Élection présidentielle ougandaise de 2026

Élection présidentielle ougandaise de 2026
Corps électoral et résultats
Inscrits 21 649 067
Votants 11 366 201
 
52,50 % en diminution 6,9
Votes exprimés 11 090 848
Blancs et nuls 275 353
Yoweri Museveni – NRM
Voix 7 946 772
71,65 %
 
en augmentation 13,3
Bobi Wine – NUP
Voix 2 741 238
24,72 %
 
en diminution 10,4
Président de la République
Sortant Élu
Yoweri Museveni
NRM
Yoweri Museveni
NRM

L'élection présidentielle ougandaise de 2026 a lieu le afin d'élire le président de la république d'Ouganda pour un mandat de cinq ans. Des élections législatives sont organisées simultanément.

Le président sortant Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, se représente pour un septième mandat. La campagne est marquée par une répression de l'opposition avec de nombreuses arrestations et de violences par le gouvernement en place, notamment envers la candidature du principal opposant Bobi Wine. Le réseau internet est également coupé dans le pays deux jours avant le début du scrutin alimentant les allégations de fraude électorale.

Le , Museveni est déclaré réélu avec 71,65 % des voix.

Contexte

Yoweri Museveni

La précédente élection présidentielle de 2021 voit de nouveau la victoire du président sortant Yoweri Museveni du Mouvement de résistance nationale (NMR) pour un sixième mandat consécutif avec 58,38 % des voix[1],[2]. Au pouvoir depuis le renversement du régime autoritaire de Milton Obote en 1986, Museveni a notamment fait supprimer la limitation à deux mandats par un amendement constitutionnel en 2005, et de même avec la suppression de la limite d'âge à 75 ans en 2017, afin d'assurer sa réélection[3],[4]. Bobi Wine, le principal adversaire de Museveni et candidat de l'opposition avec la Plateforme de l'unité nationale (NUP), dénonce les résultats comme « une mascarade complète » accusant le pouvoir en place de fraudes électorales[2]. Il est détenu et victime de torture[5].

Le , Kizza Besigye, la principale figure de l'opposition et candidat à la présidence à quatre reprises, est arrêté au Kenya et extradé vers l'Ouganda où il est accusé de « complot par la force des armes pour renverser le gouvernement », ce qui lui vaut de risquer la peine de mort dans le pays[6]. Initialement poursuivi devant un tribunal militaire, il obtient le , par la Cour suprême de l'Ouganda, que les poursuites militaires contre des civils soient suspendues, mais reste cependant en détention[7].

Système électoral

Le président de la république d'Ouganda est élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour un mandat de cinq ans, sans limitation du nombre de mandat. Est élu le candidat ayant obtenu la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour. À défaut, un second tour est organisé entre les deux candidats ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages, et celui qui arrive en tête est déclaré élu[8].

Le chapitre 142 de la loi sur les élections présidentielles de 2000 dispose que les candidats à la présidence doivent être citoyens ougandais de naissance et être qualifiés pour être députés au Parlement[9]. Les candidats doivent également être sains d'esprit et n'avoir aucun lien formel avec la Commission électorale de l'Ouganda. La limite du nombre de mandat est abolie en 2005[3]. Les élections sont supervisées par la Commission électorale[9].

Candidats

Le , lors d'une conférence nationale du NRM, Museveni est reconduit à sa tête, sans adversaire, pour cinq ans et confirmé comme candidat à l'élection présidentielle de pour un septième mandat à l'âge de 80 ans[10].

Le , la NUP et le Parti démocrate (DP) déposent une demande d'enregistrement de candidats pour l'élection présidentielle[11]. Le , la commission électorale autorise officiellement Bobi Wine à se présenter à la présidence[12]. Il s'agit de la deuxième candidature de Wine après celle de 2021, au cours de laquelle il est arrivé en deuxième position. Il conteste toutefois les résultats du scrutin, invoquant des irrégularités telles que des fraudes électorales, et dépose un recours devant la Cour suprême, qu'il retire par la suite[13],[14].

Le , la commission électorale confirme officiellement avoir autorisé huit candidats à se présenter sur les 38 candidatures qui lui ont été soumises. D'anciennes figures politiques importantes, présentes au scrutin de 2021, tel que John Katumba, Joseph Kabuleta, Willy Mayambala, et Nancy Kalembe, ne sont pas retenus par la commission. Enfin, quatre femmes, dont l'avocate et activiste Yvonne Mpambara (en), recueillent un nombre suffisant de signatures pour être considérées comme candidates potentielles. Aucune d'entre elles n'est toutefois investie par la commission électorale[15],[16].

Campagne et répression

Répression de l'opposition

Les mois précédant le lancement de la campagne sont marqués par plusieurs actions du gouvernement visant le principal parti d'opposition de la NUP. En , dix membres du NUP sont arrêtés dans le nord de l'Ouganda, tandis qu'au moins 95 autres sont inculpés pour des infractions mineures en [17]. Les mesures prises par les autorités à l'encontre de la NUP se poursuivent après le début de la campagne électorale. Le , Bobi Wine, accompagné de plusieurs partisans et membres de son équipe, est attaqué et battu par les forces de sécurité alors qu'il mène sa campagne à Gulu[18].

Amnesty International décrit que la campagne comme entachée par une « campagne de brutale répression » visant l'opposition, évoquant notamment l'usage de gaz lacrymogènes, de gaz poivre, des passages à tabac et d'autres actes de violence. Dans son allocution de fin d'année prononcée le , le président Museveni recommande aux forces de sécurité de recourir davantage au gaz lacrymogène pour disperser les rassemblements de ce qu'il qualifie « d'opposition criminelle ». Il a par ailleurs justifié la dispersion des partisans de Bobi Wine au moyen de gaz lacrymogène, affirmant que « cela ne tue pas » et que cette méthode est « bien préférable à l'utilisation de balles réelles »[19]. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme accuse également le gouvernement de mener une guerre juridique, notamment par le biais de réglementations militaires, afin de restreindre les activités des personnalités politiques et des partisans de l'opposition à l'approche des élections[20].

Quelques jours avant le scrutin, Bobi Wine est assigné à résidence. Plusieurs de ses partisans sont tués par l'armée[5].

Coupure d'Internet

Le , les pouvoirs publics décident de couper l'accès à Internet pour une durée indéterminée. Selon la Commission des communications de l'Ouganda « Cette mesure est nécessaire pour atténuer la propagation rapide de la désinformation [...] en ligne, la fraude électorale et les risques connexes, ainsi que pour empêcher l'incitation à la violence[21]. » Quelques jours plus tôt, le , les autorités avaient pourtant affirmé qu'elles ne couperaient pas son accès durant les élections[22]. Bobi Wine accuse le gouvernement d'utiliser ce blocage pour procéder à des bourrages des urnes et à des arrestations de ses responsables de parti[23].

Cette même mesure avait été prise il y a quelques mois lors d'élections dans un pays voisin, la Tanzanie. A partir du , lors d'élections jugées frauduleuses par des observateurs internationaux, Internet avait été coupé pendant cinq jours[24]. Ce qui avait empêché la diffusion d'images de tueries par les forces de sécurité où plus de 2 000 personnes auraient été alors tuées selon l'opposition[25].

Résultats

Résultats nationaux[26]
Candidats Partis Premier tour
Voix %
Yoweri Museveni NRM 7 946 772 71,65
Bobi Wine NUP 2 741 238 24,72
Nandala Mafabi FDC 209 039 1,88
Mugisha Muntu ANT 59 276 0,53
Frank Bulira Kabinga RPP 45 959 0,41
Robert Kasibante NPP 33 440 0,30
Munyagwa Mubarak Sserunga CMP 31 666 0,27
Elton Joseph Mabirizi CP 23 458 0,21
Votes valides 11 090 848 97,58
Votes blancs et nuls 275 353 2,42
Total 11 366 201 100
Abstention 10 282 866 47,50
Inscrits / participation 21 649 067 52,50

Analyse et conséquences

Le jour de l'élection est remarqué par des retards allant jusqu'à quatre heures dans plusieurs circonscriptions, la commission électorale accusant des « problèmes techniques » incluant des défaillances des kits d'identification biométrique et un manque d'équipement[27]. La commission conseille aux agents de vote d'utiliser des registres papier pour empêcher les électeurs d'être privés de leur droit de vote[28]. Le président sortant Yoweri Museveni indique lui-même avoir rencontré des problèmes d'identification avec une machine biométrique. L'opposition incarnée par la NUP dénonce ses problèmes d'organisation comme « délibérés » et accuse le gouvernement de « de truquer l'élection »[29]. Le vote, qui doit se terminer à 16 h EAT, est prolongé d'une heure[30]. Après la clôture du scrutin, la militante des droits humains Agather Atuhaire déclare que les forces de l'ordre ont abattu au moins dix partisans de l'opposition qui se sont rassemblés à la résidence du député Muwanga Kivumbi, dans le district de Butambala, afin de suivre la publication des résultats. La police pour sa part affirme avoir ouvert le feu après que des « voyous » de l'opposition, présentés comme organisés par Kivumbi, ont attaqué un poste de police à l'aide de machettes, de haches et de boîtes d'allumettes[31].

Les premiers résultats publiés le indiquent que Yoweri Museveni arrive en tête du scrutin avec 76,25 % des voix, suivi de Bobi Wine avec 19,85 %[31]. Le même jour, Wine est placé en résidence surveillée[32]. Le , au lendemain de l'élection présidentielle dont Bobi Wine est déclaré perdant, celui-ci est enlevé chez lui par un hélicoptère de l'armée et emmené vers une destination inconnue[5].

Références

  1. ↑ (en) Commission électorale de l'Ouganda, « Presidential Elections 2021 : Final Results » [PDF], sur ec.or.ug, (consulté le ).
  2. AFP, « Ouganda : Yoweri Museveni réélu président pour la sixième fois, l'opposant Bobi Wine dénonce des fraudes », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  3. (en) Hanibal Goitom, « Uganda: Proposal to Re-Introduce Presidential Term Limits », sur loc.gov, Ouganda, Bibliothèque du Congrès, (consulté le ).
  4. ↑ AFP, « Ouganda : les députés suppriment la limite d'âge de 75 ans pour être candidat à la présidentielle », sur France 24, (consulté le ).
  5. « Ouganda : le candidat de l’opposition emmené de force par l’armée au lendemain de la présidentielle », Ouest-France,‎ (lire en ligne)
  6. ↑ Rédaction, « Kenya : Nairobi reconnaît son rôle dans l'enlèvement d'un opposant ougandais », sur Radio France internationale, (consulté le ).
  7. ↑ (en) Dominic Wabwireh, « Uganda's supreme court halts civilian prosecutions in military courts », sur africanews, (consulté le ).
  8. ↑ (en) « Republic of Uganda : Election for Ugandan Presidency », sur electionguide.org, Fondation internationale pour les systèmes électoraux (consulté le ).
  9. (en) Ouganda. « Loi sur les élections présidentielles ». (version en vigueur : 12 décembre 2000) [lire en ligne (page consultée le 29 décembre 2025)].
  10. ↑ Lucie Mouillaud, « Présidentielle en Ouganda: le président Museveni désigné comme candidat à l'élection par son parti », sur rfi.fr, (consulté le ).
  11. ↑ (en) « Uganda's 2026 presidential race heats up », sur africanews.com, (consulté le ).
  12. ↑ (en) « Uganda clears Museveni and Bobi Wine to face off in 2026 presidential election » [« L'Ouganda autorise Museveni et Bobi Wine à s’affronter lors de l'élection présidentielle de 2026 »], sur africanews.com, (consulté le ).
  13. ↑ (en) Andrew Hilliar, « Uganda's Bobi Wine rejects early poll results, claims victory » [« Bobi Wine en Ouganda rejette les résultats provisoires des sondages et revendique sa victoire »], sur france24.com, (consulté le ).
  14. ↑ (en) « Kyagulanyi claims 2021 election victory with 54.19%, calls for peaceful demo » [« Kyagulanyi revendique la victoire électorale de 2021 avec 54,19 %, appelle à une mobilisation pacifique »], sur independent.co.ug, The Independent Uganda, (consulté le ).
  15. ↑ (en) Yvonne Mpambara, « I was trying to run for the presidency in Uganda – yet men still found the audacity to call me 'baby, sweetheart, darling' » [« J'essayais de me présenter à la présidence en Ouganda – pourtant les hommes avaient encore l'audace de m’appeler « bébé, chérie, chérie » »], sur theguardian.com, (consulté le ).
  16. ↑ (en) Priscilla Nakayenze, « Eight Cleared for 2026 Presidential Race as Women Miss Out » [« Huit personnes autorisées à se présenter à la présidentielle de 2026 alors que les femmes sont absentes »], sur nilepost.co.ug, Nile Post, (consulté le ).
  17. ↑ (en) Kristof Titeca, « Uganda's Fixed Election Belies an Uncertain Future » [« L'élection fixé en Ouganda dément un avenir incertain »], sur foreignpolicy.com, Foreign Policy, (consulté le ).
  18. ↑ (en) AP, « Uganda: opposition leader Bobi Wine attacked by security forces in Gulu » [« Ouganda : le chef de l'opposition Bobi Wine attaqué par les forces de sécurité à Gulu »], sur africanews.com, (consulté le ).
  19. ↑ (en) AP, « Ugandan opposition facing 'brutal campaign of repression' ahead of Jan. 15 vote, Amnesty says » [« L'opposition ougandaise fait face à une « campagne brutale de répression » avant le vote du 15 janvier, selon Amnesty »], sur africanews.com, (consulté le ).
  20. ↑ (en) Rodney Muhumuza, « UN rights office cites 'widespread repression' in Uganda before next week’s presidential election », sur apnews.com, AP, (consulté le ).
  21. ↑ « Ouganda: l'accès à Internet sera coupé avant la présidentielle de jeudi, selon un courrier de l'autorité de communication », sur rfi.fr, (consulté le ).
  22. ↑ (en) Sammy Awami et Jean Otalor, « Uganda election 2026: UCC denies plans to shut down internet » [« Élection ougandaise de 2026 : l'UCC dément tout projet de coupure d'Internet »] Accès libre, sur BBC, (consulté le ).
  23. ↑ AFP, « Fermeture des bureaux de vote en Ouganda après des retards, une coupure d'internet », sur france24.com, (consulté le ).
  24. ↑ Rose Troup Buchanan, « "Etat militaire" : l'opposition dénonce des droits humains en berne dans l'Ouganda de Museveni » Accès libre, sur information.tv5monde.com, TV5 Monde, .
  25. ↑ AFP, « Une ONG dénonce « des exécutions sommaires » en Tanzanie durant la contestation de 2025 », sur ledevoir.com, Le Devoir, (consulté le ).
  26. ↑ (en) David Vosh Ajuna, « EC declares Museveni president for near half-century rule, Bobi Wine self-evacuates » [« La Commission électorale déclare Museveni président pour près d'un demi-siècle de règne, Bobi Wine s'auto-évacue »] Accès limité, sur monitor.co.ug, Daily Monitor, (consulté le ).
  27. ↑ (en) Sammy Awami, Wycliffe Muiaand et Natasha Booty, « Votes being counted in Uganda election as opposition alleges rigging » [« Des votes dépouillés lors des élections ougandaises alors que l'opposition accuse une fraude »], sur bbc.com, (consulté le ).
  28. ↑ (en) AP, « Uganda election: Bobi Wine and wife cast votes, Wine slams internet shutdown » [« Élection en Ouganda : Bobi Wine et sa femme votent, Wine dénonce la coupure d'internet »], sur aafricanews.com, (consulté le ).
  29. ↑ AFP, « Une « machine » récalcitrante : en Ouganda, le président Museveni admet avoir rencontré des problèmes techniques en votant », sur lefigaro.fr, Le Figaro, (consulté le ).
  30. ↑ (en) « Uganda's presidential election experiences hours of delays at some polling stations » [« L'élection présidentielle ougandaise subit des heures de retards dans certains bureaux de vote »], sur apnews.com, (consulté le ).
  31. (en) « At least seven killed overnight in Uganda after tense presidential election », sur aljazeera.com, (consulté le ).
  32. ↑ (en) « Bobi Wine placed under house arrest after Uganda vote » [« Bobi Wine placé en résidence surveillé après l'élection en Ouganda »], sur africanews.com, (consulté le ).
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