Élie II de Géorgie

| Patriarche de Géorgie | |
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| - | |
David V de Géorgie (en) | |
| Évêque Éparchie d'Abkhazie | |
| - | |
Romanoz (d) Nikoloz Makharadze (d) |
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Sépulture | |
| Nom de naissance |
Irakli Gudushauri-Shiolashvili |
| Nationalités |
soviétique (jusqu'en ) géorgienne (à partir de ) |
| Formation | |
| Activités |
Patriarche, chef religieux |
| Consécrateur |
Éphraïm II de Géorgie (en) |
|---|---|
| Distinctions | Liste détaillée Ordre de Chohrat () Ordre présidentiel de l'Excellence Ordre du prince Iaroslav le Sage, 3e classe Ordre du prince Iaroslav le Sage, 1re classe Ordre du Mérite Ordre de Vakhtang Gorgasali (en) Ordre de Saint-Vladimir, prince égal aux apôtres Docteur honoris causa de l'université d'État de Tbilissi Ordre de David le bâtisseur Ordre de la gloire et de l'honneur Ordre de l'Amitié des peuples Ordre du Mérite, 1re classe Order of Sheikh-ul-Islam |
| Sa Sainteté |
|---|


Ilia II (en français : Élie II), né Irakli Ghuduchaouri-Chiolachvili le à Ordjonikidzé (oblast autonome d'Ossétie du Nord, URSS) et mort le à Tbilissi (Géorgie), est le catholicos-patriarche de l'Église orthodoxe géorgienne du jusqu'à sa mort.
Biographie
Jeunesse et ordination
Le futur patriarche est né le à Ordjonikidzé (qui a maintenant repris son nom de Vladikavkaz) dans l'oblast autonome d'Ossétie du Nord (URSS) sous le nom d'Irakli Ghudushauri-Shiolashvili, dans une famille géorgienne ayant des liens familiaux avec la famille royale des Bagratides. Il part à Moscou où il entre au séminaire, situé dans la Laure de la Trinité-Saint-Serge. Il est ordonné diacre en 1957 puis tonsuré hiéromoine en 1959, et cela alors que l’Église russe est persécutée par le régime communiste.
Il est diplômé de l’Académie ecclésiastique de Moscou en 1960 et il revient peu après en Géorgie où il devient prêtre dans la ville de Batoumi. Il est honoré du titre d'archimandrite peu de temps après. En , il est choisi comme évêque de Batoumi et il assume parallèlement la charge de recteur du séminaire ecclésiastique de Mtskheta, qui est alors le seul séminaire de Géorgie, car le régime communiste empêche qu'on en ouvre d’autres. En 1967, il devient évêque de Soukhoumi et d’Abkhazie et il est élevé au rang de métropolite en 1969.
Patriarcat durant l'ère soviétique
Après la mort du patriarche David VI, il est élu patriarche et catholicos de Géorgie, le . Dans les années précédant la chute de l’Union soviétique, il s’implique beaucoup dans les affaires sociales géorgiennes.
En avril 1989, il prend part à la manifestation contre le régime communiste. L’un des actes les plus marquants de son patriarcat est sa décision de rester aux côtés des manifestants dans la nuit du [1]. Ce jour-là, alors que la Géorgie est encore une république soviétique, des milliers de Géorgiens se rassemblent depuis plusieurs jours sur l’avenue Roustavéli, à Tbilissi, pour manifester pacifiquement en faveur de l’indépendance du pays. Informé que l’armée soviétique s’apprête à disperser la foule par la force, le patriarche se rend sur place dans la nuit du 8 au 9 avril. Il monte à la tribune pour les supplier de se disperser et les avertit du danger. Les exhortant à quitter la place et à se réfugier dans l’église Saint-Georges-de-Kachvéti, située à proximité, afin d’éviter un bain de sang. Les manifestants, déterminés à poursuivre le rassemblement, refusent de se disperser, et le patriarche choisit de rester auprès d’eux. Il racontera plus tard dans une interview : « J'ai senti que les gens ne me croiraient pas. [...] J'ai décidé de rester avec le peuple ». Peu avant l’aube, les troupes soviétiques, appuyées par des blindés et des unités spéciales, lancent l’assaut pour dégager l’avenue. La dispersion se transforme en massacre : au moins 22 personnes sont tuées et des centaines d’autres blessées ou intoxiquées, la plupart des victimes étant des femmes. Cet épisode, connu sous le nom de « tragédie du 9 avril » ou « massacre de Tbilissi », devient un tournant majeur dans la lutte de la Géorgie pour l’indépendance, et joue un rôle central dans la mémoire de l’héritage spirituel et politique du patriarche Élie II.
Patriarcat après l'indépendance
Après l'indépendance de la Géorgie en 1991, Élie II n'est pas en bons termes avec le premier président Zviad Gamsakhourdia. En effet, Zviad Gamsakhourdia avait une vision très nationaliste. Son idéologie reposait sur une conception très exclusive de l’identité géorgienne, marquée par un fort accent sur l’ethnicité et la tradition chrétienne, ainsi que par une hostilité envers certaines minorités ethniques. À sa mort, le patriarche devient la principale figure d’autorité du pays. En revanche, Élie II entretient de meilleures relations avec son successeur, Edouard Chevardnadze, qui dirige le pays jusqu'en 2003[2],[3]
Pendant la guerre civile et la crise des années 1990, il exhorte les différentes parties à trouver des solutions pacifiques. Pendant la guerre de 2008, il dénonce publiquement les bombardements russes et le fait que des « Russes orthodoxes bombardent des Géorgiens orthodoxes ». Il se déplace personnellement dans la ville de Gori, en crise humanitaire, et participe à une campagne de recherche de corps de civils et de soldats tués. Sur le plan diplomatique et symbolique, il réaffirme à plusieurs reprises que l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud doivent rester des territoires géorgiens, dénonçant les distorsions historiques et la présence de bases militaires russes dans ces régions.
En , Élie II se rend à Moscou où il rencontre le patriarche Alexis II et le président Dmitri Medvedev. Malgré les tensions entre la Géorgie et la Russie, Élie II a toujours eu de bons rapports avec l’Église russe et Alexis II[4]. Loin de toute volonté de légitimer la Russie, Élie II conçoit le maintien du dialogue avec Moscou comme un impératif religieux visant à préserver l'unité de l'Église orthodoxe, convaincu que seule la force du dialogue pouvait, à terme, l'emporter sur la logique de l'affrontement. Il incarne une posture de médiateur souvent incomprise en temps de guerre par ceux qui attendaient une rupture totale avec l'agresseur.
Afin d'augmenter la natalité (la démographie géorgienne est mauvaise depuis les années 1990), le patriarche déclare qu'il baptisera personnellement tout troisième enfant d'une famille, ce qui aurait joué un rôle dans l'apparition d'un baby-boom[5],[2].
Dernières années et mort
Selon des documents internes du Service de sécurité d'État de Géorgie révélés en 2021, Élie II souhaitait dès 2020 démissionner de ses fonctions de patriarche mais son neveu, l'évêque Dimitri de Batoumi, aurait fait pression pour qu'il continue[2].
Le au matin, il est hospitalisé suite à une « hémorragie abdominale massive ». Il meurt dans la même journée, à l'âge de 93 ans. Le métropolite Shio Mujiri, nommé patriarche locum tenens par Élie II de son vivant, le remplace en attendant l'élection de son successeur[6].
Son décès donne lieu à d'importantes commémorations. La Géorgie déclare une période de deuil national et met les drapeaux en berne, tandis que de nombreux représentants étrangers, dont le pape Léon XIV, envoient leurs condoléances[7]. Le , une procession funéraire est organisée à la cathédrale de la Sainte-Trinité de Tbilissi, avant son inhumation le à la cathédrale Sioni[8].
Prises de positions
Il se montre fervent partisan du rétablissement d’une monarchie constitutionnelle en Géorgie, idée controversée qu'il avance en 2008 puis à nouveau en 2018. Il marie en 2009 les deux descendants de deux branches concurrentes des Bagratides, qui ont un fils, vu comme un potentiel monarque[2].
En 2013, Élie II a évoqué Joseph Staline en soulignant qu’il avait autorisé la réouverture d’églises orthodoxes et d’établissements d’enseignement religieux en URSS. Dans la même interview, il a également déclaré que les Géorgiens et les Russes étaient « frères », en référence à des liens historiques et spirituels liés à la tradition chrétienne orthodoxe. Il a toutefois précisé que ces propos relevaient d’une fraternité religieuse, et non d’un alignement politique, réaffirmant son attachement à l’indépendance de la Géorgie. Cette formulation, perçue comme une prise de position conciliatrice envers la Russie, a suscité une polémique en Géorgie, notamment dans le contexte encore sensible suivant la Guerre la guerre russo-géorgienne d'août 2008. Bien qu'il soit partisan de l'autocéphalie de l'Église orthodoxe géorgienne, il cherche à maintenir des relations institutionnelles forts avec l'Église orthodoxe russe indépendamment des considérations politiques Russes, dans l’objectif de « sauvegarde l'influence géorgienne », ce qui lui est parfois reproché[2].
Tout au long de son patriarcat, Élie II exprime une opposition marquée à l'avortement, qu'il considère comme un enjeu majeur pour la société géorgienne. Il adopte plus généralement des positions sociétalement très conservatrices, notamment en ne condamnant pas explicitement les violences commises lors de manifestations ultra-conservatrices anti-LGBT[2].
En mars 2022, il condamne l'invasion russe de l'Ukraine et critique directement Cyrille de Moscou pour son silence : « Tout le monde chrétien, y compris l’épiscopat d’Ukraine et plusieurs évêques étrangers du patriarcat de Moscou, dit l’évidence : la Russie a commencé la guerre dans un autre pays. Et seul le maître de Moscou a largement fermé les yeux et la bouche. »[9].
Notes et références
Notes
Références
- ↑ (ka) თამუნა, « April 9 — What We Fought and Fight for, and How They Fought and Fight Against Us », sur აპრილი მედია, (consulté le ).
- (en) « Obituary | Patriarch Ilia II — the one constant in Georgia’s modern history », sur OC Media, (consulté le )
- ↑ Nikoloz Aleksidze, « Old saints and new anxieties. Sainthood and nationhood in modern Georgia », dans Identities and Representations in Georgia from the 19th Century to the Present, De Gruyter Oldenbourg, , 117–136 p. (ISBN 978-3-11-066360-0, DOI 10.1515/9783110663600-010, lire en ligne)
- ↑ « Catholicos Elie de Géorgie : "J'ai eu avec le patriarche Alexis des relations particulièrement étroites" », sur Eglise orthodoxe russe en France (consulté le ).
- ↑ (en) « BBC NEWS / Europe / Church leader sparks Georgian baby boom », sur news.bbc.co.uk (consulté le ).
- ↑ « Mort à 93 ans du chef de l'Eglise orthodoxe de Géorgie », sur TV5 Monde Info, (consulté le )
- ↑ (en-US) « International Condolences Pour In After Ilia II’s Passing », sur Civil Georgia (consulté le )
- ↑ (en) « International Condolences Pour In After Ilia II’s Passing », sur Civil Georgia (consulté le )
- ↑ (ru) « Грузинский патриарх: Россия начала войну, а Кирилл закрыл глаза и рот », sur ГЛАВКОМ, (consulté le )
Annexes
Articles connexes
Liens externes
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- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :
- (en) Biographie détaillée sur le site de l'Eglise Orthodoxe géorgienne
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