Étienne Marie Antoine Champion de Nansouty
| Étienne Marie Antoine Champion de Nansouty | ||
Le général comte de Nansouty (lithographie de Jacques-François Llanta et Paul Petit, XIXe siècle, château de Versailles). | ||
| Naissance | Bordeaux, Guyenne |
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| Décès | (à 46 ans) Ancien 10e arrondissement de Paris |
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| Origine | ||
| Allégeance | ||
| Arme | Cavalerie | |
| Grade | Général de division | |
| Années de service | 1782 – 1815 | |
| Commandement | 9e régiment de cuirassiers | |
| Conflits | Guerres de la Révolution française Guerres napoléoniennes |
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| Distinctions | Grand aigle de la Légion d'honneur Chevalier de Saint-Louis Comte d'Empire |
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| Hommages | Nom gravé sur l'arc de triomphe de l'Étoile, 16e colonne | |
Étienne Marie Antoine Champion de Nansouty, né le à Bordeaux en Guyenne et mort le à Paris, est un général français de la Révolution et de l'Empire.
Issu de la noblesse bourguignonne, il reçut une éducation militaire approfondie et commença sa carrière en 1785 en tant que sous-lieutenant au régiment de Bourgogne. Devenu officier de cavalerie, il fut affecté en 1792 comme aide de camp auprès du maréchal Luckner avant de guerroyer avec les armées françaises sur le Rhin et en Allemagne au sein du 9e régiment de cavalerie, dont il fut promu colonel en 1793. Nommé général de brigade en 1799 après avoir refusé plusieurs fois cette promotion, Nansouty combattit l'année suivante en Allemagne sous les ordres du général Moreau.
Élevé au grade de général de division en 1803, Nansouty fut appelé l'année suivante au commandement de la 1re division de grosse cavalerie de la Grande Armée. À la tête de ses cuirassiers et de ses carabiniers à cheval, il participa à plusieurs grandes batailles des guerres napoléoniennes, comme Austerlitz, Friedland, Eckmühl, Essling et Wagram. Commandant le Ier corps de cavalerie lors de la campagne de Russie en 1812, il fut sérieusement blessé au genou en chargeant à la Moskova. Il dirigea ensuite la cavalerie de la Garde impériale, prit part aux batailles de Dresde, Leipzig et Hanau, et joua encore un rôle important dans maints engagements de la campagne de France en 1814, en particulier à La Rothière, Montmirail, Vauchamps et Craonne. Malade et en mauvais termes avec l'Empereur, Nansouty quitta son commandement au lendemain de cette dernière bataille.
Bien que couvert d'honneurs sous l'Empire — grand-aigle de la Légion d'honneur, premier écuyer et colonel-général des dragons —, Nansouty se rallia à Louis XVIII pendant la Première Restauration mais, de santé fragile, mourut moins d'un an plus tard. Réputé pour son esprit caustique et mordant, sa droiture morale et son professionnalisme, il est considéré comme l'un des meilleurs généraux de cavalerie de la Grande Armée.
Jeunesse
Étienne de Nansouty naquit le à Bordeaux[1]. Il était le fils de Jean Baptiste Pierre Charles Champion (né le à Dijon), seigneur de Nansouty, capitaine de grenadiers au régiment de Bourgogne, et d'Antoinette Hélène Harpailler ; le couple donna par la suite naissance à deux autres enfants, Catherine Suzanne Alexandrine en 1769 et Pierrette Adélaïde en 1771[2]. La famille Nansouty appartenait à l'ancienne noblesse de Bourgogne et était intimement liée à l'histoire de cette région, à qui elle fournit plusieurs magistrats et soldats distingués à travers les siècles. L'un de ses membres les plus illustres, le seigneur de Nansouty, joua un rôle essentiel dans l'allégeance de la Bourgogne au roi Henri IV, qui le récompensa de sa fidélité en le nommant conseiller d'État[3].
Le père de Nansouty, après avoir servi dans l'armée de Louis XV pendant cinquante ans et participé aux guerres de succession de Pologne et d'Autriche ainsi qu'à la guerre de Sept Ans, était devenu major de la forteresse du château Trompette à Bordeaux. Comme c'était souvent l'usage pour un membre de la petite noblesse de l'Ancien Régime, le jeune Nansouty décida de suivre l'exemple paternel en s'engageant dans l'armée[1]. En 1779, à l'âge de 10 ans, il fut admis à l'école de Brienne où il se fit remarquer pour son bon comportement et son assiduité. Le , il fut transféré à l'École militaire de Paris[4] et y obtint là encore d'excellents résultats[1]. Deux ans plus tard, Nansouty devint chevalier de l'ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel[1] dont il reçut l'insigne des mains de Monsieur, frère du roi, le futur Louis XVIII[1]. Nommé sous-lieutenant le , Nansouty quitta l'école le pour être incorporé le même jour dans le régiment de Bourgogne, où son père avait servi avant lui[5]. Jean-François Massie écrit que, durant son séjour à l'École militaire, le jeune Nansouty fut pendant quelques mois le camarade de Napoléon Bonaparte, qui avait déjà été son condisciple à Brienne[5] ; cette affirmation est cependant contredite par Arthur Chuquet qui montre que les deux hommes n'ont pu se rencontrer, Nansouty étant parti rejoindre le régiment de Bourgogne à Huningue dès le , alors que Bonaparte était encore à Brienne[6].

Dans sa jeunesse, lui et sa famille menèrent une vie paisible et modeste à Bordeaux, résidant à l'intérieur des murs du Château Trompette. Son père, qui en était le commandant, percevait une pension de 1 000 livres et occupait toujours cette fonction lorsqu'il mourut subitement en 1785, après plus de soixante années de service. Sa veuve, qui n'avait pas les moyens d'élever son fils et ses deux filles, reçut l'appui de la duchesse de Brancas et de l'épouse du maréchal Beauvau qui interpellèrent le ministre de la Guerre, le maréchal de Ségur, sur la situation du jeune Nansouty. Cela porta ses fruits et, en 1788, Nansouty fut nommé capitaine par intérim au régiment des chasseurs de Franche-Comté, une unité de cavalerie légère qui devint plus tard le 4e régiment de chasseurs à cheval. Il passa ensuite dans les hussards de Lauzun (futur 6e hussards en 1791, puis 5e hussards en 1793). En 1791, Nansouty quitta ce régiment pour servir en tant qu'adjoint auprès de l'adjudant-général Antoine François Poncet de La Cour de Maupas à l'armée du Centre le , avant de devenir aide de camp du maréchal Luckner au début de l'année 1792. Promu au grade de lieutenant-colonel, il prit le commandement d'un escadron du 2e régiment de chasseurs à cheval le , puis d'un escadron du 9e régiment de cavalerie le [7].
Parcours durant les guerres de la Révolution française
Guerre de la Première Coalition
Officier au 9e régiment de cavalerie

Au début des guerres de la Révolution française, Nansouty, en sa qualité de chef d'escadron le plus ancien, assuma provisoirement le commandement du 9e de cavalerie après que son chef, le colonel Badda de Bodosalva, fût tombé malade à la fin du mois de . Affectée à l'armée du Rhin, son unité fut intégrée au corps du général Custine chargé d'opérer dans le Palatinat. Badda de Bodosalva mourut fin octobre et Nansouty fut naturellement pressenti pour lui succéder à la tête du régiment. Toutefois, Custine désigna à sa place le lieutenant-colonel Loubat de Bohan, plus ancien dans le grade que lui, et maintint sa décision en dépit des protestations de Nansouty. Mené par Loubat, le 9e de cavalerie participa à un engagement contre les Prussiens à Ober-Flörsheim, le . Après une première charge victorieuse, le 1er escadron commandé par Nansouty fut contre-chargé par des hussards ennemis ; les autres escadrons du régiment sous Loubat se portèrent alors au secours de leurs camarades et les cavaliers français parvinrent à mettre leurs adversaires en fuite. Le général Custine fut appelé peu après au commandement de l'armée du Nord, mais avant de quitter définitivement son poste, il mit en œuvre une dernière attaque contre l'armée des Habsbourg. Les troupes françaises entreprirent une marche de nuit, ce à quoi les troupes montées n'étaient pas habituées. La mauvaise coordination des manœuvres entre cavalerie, infanterie et artillerie conduisit le à l'échec total de l'opération. Au cours du combat, la cavalerie française, dont faisait partie le 9e, s'empara de plusieurs canons ennemis, mais un retour offensif de la cavalerie autrichienne refoula les Français en désordre, semant la panique dans les rangs de l'infanterie qui arrivait en sens inverse[8].
Malgré ce revers, Loubat de Bohan fut élevé quelques jours plus tard au grade de général et Nansouty assura de nouveau l'intérim. Le général Alexandre de Beauharnais, nouveau commandant en chef de l'armée du Rhin, dirigea ses troupes sur Mayence ; quelques combats se déroulèrent dans les environs de Landau au cours desquels le 9e chargea plusieurs fois. Juste après cet événement, le commandant du 2e escadron du 9e de cavalerie, invoquant les dispositions d'une nouvelle loi au contenu ambigu, réclama la direction du régiment en lieu et place de Nansouty. Sa demande fut rejetée et Nansouty fut confirmé en tant que commandant provisoire du 9e de cavalerie[9].
À la tête du 9e régiment de cavalerie
Désormais à la tête du 9e régiment de cavalerie avec le grade de chef de brigade (équivalent à celui de colonel), Nansouty prit part à plusieurs engagements de cavalerie victorieux près de Strasbourg dans les mois de novembre et . Il se trouva également à la bataille de Wissembourg dans les derniers jours de décembre. Peu après cet affrontement, le général de division Donadieu, commandant la division de cavalerie à laquelle appartenait le régiment de Nansouty, fut accusé de lâcheté en présence de l'ennemi et guillotiné à l'issue d'un procès. Nansouty ne fut cependant pas impliqué dans l'affaire et, en dépit de son appartenance à la noblesse d'Ancien Régime, ne fut jamais inquiété pour ses origines, même aux heures les plus radicales de la Révolution française[10].

Au cours de l'année 1794, la guerre se poursuivit en Rhénanie, où le général Desaix tenait en échec les troupes coalisées. Le 9e de cavalerie de Nansouty forma, avec le 17e régiment de dragons, une brigade commandée par le général Antoine Guillaume Delmas. Celle-ci se distingua à deux reprises face à la cavalerie autrichienne en ; le général de division Michaud, qui commandait en chef l'armée du Rhin, nota dans son rapport que les deux régiments de Delmas avaient à chaque fois fait preuve de bravoure et d'intrépidité en présence de l'ennemi. En juillet, le 9e de cavalerie se signala encore dans plusieurs combats et Nansouty commença à se forger une réputation de disciplinaire soucieux de donner à ses hommes le meilleur entraînement possible[11].
À partir du mois de , les forces françaises sur le Rhin traversèrent une période difficile, marquée par l'incapacité du général Pichegru à s'emparer de Mayence. Ce dernier fut peu après remplacé par le général Moreau qui réorganisa l'armée en trois corps, auxquels s'ajoutait une réserve dont faisait partie le 9e de cavalerie. La réserve de cavalerie, confiée à Bourcier, fut engagée lors de la bataille d'Ettlingen, où deux escadrons du 9e firent le coup de sabre. Un autre événement important de la campagne fut l'incident survenu à l'aube du , alors que Nansouty et ses hommes étaient provisoirement attachés au « corps du Centre » commandé par le général Gouvion-Saint-Cyr. La cavalerie de ce dernier étant épuisée par plusieurs jours de marche ininterrompue, un escadron frais des carabiniers à cheval fut chargé d'assurer le service des sentinelles, tâche inhabituelle pour cette unité d'élite de cavalerie lourde. Au lever du jour, alors que s'engageait la bataille de Neresheim, les escadrons autrichiens chargèrent les carabiniers qui, insuffisamment préparés, furent mis en déroute. Leur fuite sema le trouble au sein des autres régiments de cavalerie, accoutumés à voir les carabiniers à cheval triompher de leurs adversaires en toute circonstance. Nansouty fit de son mieux pour rétablir la discipline et réorganiser les unités en proie à la panique ; le moral des cavaliers français n'en fut pas moins très atteint pour le reste de la journée et Nansouty fut contraint d'abandonner du terrain à l'ennemi plutôt que de risquer une charge avec des troupes aussi déconfites. Cela lui valut d'être critiqué par le général Gouvion-Saint-Cyr qui envoya son aide de camp à Nansouty avec l'ordre de charger. Ce dernier finit par s'exécuter, non sans avoir pris le temps nécessaire pour déployer convenablement ses hommes. Sous sa direction, les quatre régiments de cavalerie présents (le 2e et le 20e chasseurs à cheval et les 2e et 9e de cavalerie) ralentirent l'avance de la première ligne d'infanterie autrichienne. Le jour suivant, l'archiduc Charles évacua le champ de bataille. Le 9e de cavalerie de Nansouty s'illustra encore à maintes reprises lors de la campagne de 1796[12]. Nansouty devint très attaché à son régiment et refusa à plusieurs reprises le grade de général de brigade pour rester à la tête du 9e de cavalerie[13].
Guerre de la Deuxième Coalition
L'année 1799

Si la signature du traité de Campo-Formio en avait mis fin à la Première Coalition, les hostilités reprirent en 1798 avec la formation d'une deuxième coalition contre la France révolutionnaire. Le 9e de cavalerie, avec Nansouty à sa tête, fut successivement attaché à l'armée d'Allemagne, à l'armée de Mayence et enfin à l'armée du Danube dirigée par le général Jean-Baptiste Jourdan. Le régiment de Nansouty fut incorporé en 1799 à la réserve de cavalerie de cette armée, sous les ordres du général de division Jean Joseph Ange d'Hautpoul. L'armée du Danube ayant été vaincue à la bataille de Stockach, la plupart de ses unités fusionnèrent avec l'armée d'Helvétie commandée par le général Masséna ; la cavalerie fut quant à elle incorporée à l'armée du Rhin qui venait d'être reconstituée[14].
L'année 1799 fut, pour la France, une phase périlleuse sur le plan politique et militaire, particulièrement à la suite des nombreuses défaites subies dans le sud-ouest de l'Allemagne dont la bataille de Stockach fut le point culminant. Colonel depuis de nombreuses années, Nansouty accepta finalement d'être promu au grade de général de brigade le et obtint le commandement d'une brigade de cavalerie lourde formée des 8e et 9e régiments de cavalerie. Plus tard, la brigade Nansouty fut temporairement portée à quatre régiments qui, aux côtés des quatre régiments du général Espagne, constituèrent la réserve de cavalerie du général d'Hautpoul (1er et 2e carabiniers à cheval, 6e, 8e, 9e, 10e, 19e et 23e régiments de cavalerie, 14 canons), forte de 3 000 sabres. Le commandement en chef de l'armée du Rhin fut attribué au général Claude Jacques Lecourbe qui, estimant ses forces trop faibles pour mener une offensive, décida de reculer. Lors de la retraite, un combat de cavalerie se déroula à Wiesloch lors duquel les cavaliers de d'Hautpoul, et en particulier la brigade Nansouty, furent fortement engagés. Les opérations sur le Rhin arrivant à leur terme, Lecourbe fut remplacé à son poste par le général Baraguey d'Hilliers. Ce dernier procéda à une réorganisation de la cavalerie de réserve et la brigade Nansouty fut réduite à son effectif initial de deux régiments (8e et 9e de cavalerie)[14].
Campagne en Allemagne
Malgré l'amélioration de la situation militaire aux frontières, la France demeurait en proie à des troubles politiques. Revenu de sa campagne en Égypte, le général Napoléon Bonaparte fut accueilli en héros et était regardé par beaucoup comme le sauveur de la France. Bénéficiant d'un large soutien populaire et de nombreux appuis au sein de la classe politique, Bonaparte et ses partisans organisèrent un coup d'État qui entraîna la chute du Directoire et instaura le régime du Consulat. Bonaparte, désormais Premier consul, élabora immédiatement une stratégie contre le dernier adversaire continental de la France, l'Autriche. D'abord affecté à l'armée de réserve qui devait opérer en Italie sous les ordres directs de Napoléon, Nansouty demeura à l'armée du Rhin sur l'insistance du général Moreau qui lui confia, avec Lecourbe pour supérieur, le commandement de la cavalerie de l'aile droite, composée du 15e régiment de cavalerie, du 11e régiment de dragons et du 12e régiment de chasseurs à cheval[15].
La cavalerie de Nansouty prit part à divers affrontements, notamment à la bataille d'Engen, où Nansouty se fit remarquer par la précision et l'audace de ses manœuvres ainsi que par une charge victorieuse contre un contingent d'infanterie autrichien qu'il pourchassa à travers les rues de Stockach, à l'endroit même où l'armée du Danube avait été défaite un an auparavant. Il patrouilla également dans le Tyrol et repoussa les troupes du prince de Reuss-Plauen lors d'un engagement qui eut lieu le , le jour où Napoléon remportait la bataille de Marengo sur les Autrichiens. Nansouty dirigea ensuite un corps autonome dans le Tyrol jusqu'à la fin des hostilités avant de servir sous les ordres respectifs des généraux Molitor et Gudin. Sa formation compta jusqu'à cinq régiments de cavalerie après que les 6e et 8e hussards eussent été rattachés à son commandement. Durant cette période, il confirma sa réputation de cavalier compétent et connaissant à fond les ressources de son arme ; le général Lecourbe alla jusqu'à déclarer qu'il ne désirait voir personne d'autre à la tête de sa cavalerie[16].
Années de paix

La signature du traité de Lunéville inaugura une période de paix sur le continent européen. Cependant, le royaume du Portugal était toujours allié à la Grande-Bretagne et Napoléon décida d'effectuer une démonstration de force contre la nation lusitanienne. Il ordonna pour ce faire la création du « corps d'observation de la Gironde » dont Nansouty, choisi parmi une liste de neuf individus, commanda la cavalerie. Chargées d'envahir le Portugal, les troupes françaises pénétrèrent en territoire espagnol, mais la ratification d'un traité de paix avec le gouvernement portugais mit très rapidement fin à l'expédition. Après avoir occupé divers autres emplois, Nansouty, alors âgé de 35 ans, fut élevé au grade de général de division le . D'abord commandant militaire du département de Seine-et-Oise, il dirigea ensuite la cavalerie de l'armée du Hanovre sous les ordres du général Mortier (5e chasseurs à cheval et 2e, 4e et 5e hussards) et demeura à ce poste jusqu'au désarmement de l'armée hanovrienne et à l'occupation de la ville par les Français[16].
Le , Nansouty fut affecté à la réserve de cavalerie de l'armée des côtes de l'Océan. La réforme de la cavalerie française, entamée à partir de , transforma les douze premiers régiments de cavalerie lourde de l'armée révolutionnaire en régiments de cuirassiers. Une division de cavalerie lourde forte de six régiments fut également créée à la suite de ces nouvelles dispositions et le commandement en fut confié à Nansouty ; cette division devint, le , la 1re division de grosse cavalerie de la Grande Armée. De son côté, Nansouty fut fait commandeur de la Légion d'honneur le . L'année suivante, il reçut de Napoléon le titre honorifique de premier chambellan de l'Impératrice[17] mais, détestant la vie à la Cour, il démissionna à la première occasion[13].
Général de l'Empire
Guerre de la Troisième Coalition
Premières opérations

Au début de la guerre de la troisième coalition, la Grande Armée se vit adjoindre une réserve de cavalerie commandée par le maréchal Joachim Murat. Cette réserve comprenait les divisions de cavalerie lourde de Nansouty et d'Hautpoul, trois divisions de dragons, une division de dragons à pied et une brigade de cavalerie légère. Les six régiments de la division Nansouty furent rapidement considérés comme étant les mieux commandés et les plus précis dans l'exécution de leurs manœuvres[18]. Au moment de franchir le Rhin, leur effectif était de 3 208 sabres répartis en 18 escadrons[19].
Durant la phase initiale de la campagne, la division Nansouty fut d'abord attachée au IIIe corps du maréchal Davout, avec lequel elle franchit le Rhin et le Danube, avant de rejoindre la réserve de cavalerie de Murat. Nansouty mena pour la première fois ses hommes au combat à la bataille de Wertingen, où ses cavaliers firent la démonstration de leurs qualités manœuvrières. Amputés des deux régiments de carabiniers à cheval restés avec Murat, Nansouty et le reste de sa division accompagnèrent l'Empereur à Augsbourg pour y être attachés au Ve corps du maréchal Lannes. À ce titre, les cuirassiers de Nansouty appuyèrent la division Walther lors de la bataille d'Hollabrunn. Le , le 9e régiment de cuirassiers prit part, aux côtés de la division de cuirassiers de d'Hautpoul, des dragons de Walther et des grenadiers et chasseurs à cheval de la Garde commandés par Bessières, à la bataille de Wischau, où un important combat de cavalerie opposa les escadrons français et coalisés[20].
Charge d'Austerlitz
S'étant avancé profondément en territoire autrichien avec le gros de ses troupes, Napoléon affronta une armée austro-russe de 85 000 hommes aux abords de la ville d'Austerlitz. Les hostilités débutèrent avant l'aube le . Nansouty, dont la division était rassemblée tout entière sous ses ordres, était une fois de plus affecté à la réserve de cavalerie de Murat. Il prit position à l'aile gauche de l'armée avec les six régiments de sa division, forts de trois escadrons chacun, à savoir : les 1er et 2e carabiniers à cheval de la brigade Piston (respectivement 205 hommes et 181 hommes), les 2e et 9e cuirassiers de la brigade La Houssaye (respectivement 304 hommes et 280 hommes) et les 3e et 12e cuirassiers de la brigade Saint-Germain (respectivement 333 hommes et 277 hommes). À cet ensemble s'ajoutait une batterie montée de la 4e compagnie du 2e régiment d'artillerie à cheval. La grosse cavalerie de Nansouty se rangea initialement sur deux lignes, en arrière de la division d'infanterie du général Caffarelli appartenant au Ve corps de Lannes[18].

Vers 10 h, alors que l'engagement était devenu général sur toute la ligne, le général russe Piotr Bagration recula face à la progression du Ve corps français. Ce fut alors que le prince autrichien Jean Ier de Liechtenstein jeta ses 4 000 cavaliers dans la bataille contre les 6 000 sabres de la cavalerie de Murat. Les coalisés négligèrent cependant de faire soutenir cette attaque par de l'infanterie ou de l'artillerie, alors que les hommes de Murat étaient appuyés par les fantassins et les artilleurs de Lannes. Après une série d'engagements contre l'infanterie de Lannes, la cavalerie coalisée, qui avait subi des pertes énormes, se replia pour se reformer et fut rejointe à ce moment par la cavalerie du corps de Bagration. Les cavaliers austro-russes repartirent de nouveau au combat en ciblant cette fois le centre du dispositif de Murat. Alors que les cavaliers austro-russes s'approchaient de leur objectif, ils furent durement contrés par quatre des six régiments de la division Nansouty (1er et 2e carabiniers à cheval et 2e et 3e cuirassiers) ; le bruit provoqué par le choc des deux cavaleries fut entendu à une certaine distance à la ronde. À l'issue d'un bref combat, la cavalerie coalisée fut sabrée et mise en déroute[21]. Liechtenstein parvint malgré tout à rallier ses soldats et, voyant toute la cavalerie française positionnée à gauche de la division d'infanterie de Caffarelli, lança une attaque sur le flanc droit de cette division. Ses hommes furent toutefois accueillis par d'intenses salves de mousqueterie qui semèrent la confusion dans leurs rangs. Saisissant l'occasion, Nansouty porta sa division sur la droite, traversa les lignes de fantassins par pelotons et déploya ses hommes sur deux lignes en avant de l'infanterie. Le général engagea ensuite avec habileté ses unités par ordre successif, d'abord les deux régiments de carabiniers à cheval et le 2e cuirassiers de sa première ligne puis le 9e cuirassiers et la brigade Saint-Germain de sa deuxième ligne. Les trois charges menées à peu de distance d'intervalle par la division Nansouty brisèrent la cavalerie austro-russe qui fut définitivement repoussée[22]. De nouvelles attaques coordonnées de cavalerie et d'infanterie, sous la supervision conjointe de Murat et de Lannes, contraignirent Bagration au repli, non sans avoir perdu 2 000 hommes et 16 canons[21].
Du côté français, en dépit des charges répétées menées ce jour-là, la 1re division de grosse cavalerie n'essuya que des pertes relativement faibles, ce qui attestait de la qualité du commandement. La 1re brigade de Piston comptait 2 tués et 41 blessés, la 2e brigade de La Houssaye 1 tué et 25 blessés et la 3e brigade de Saint-Germain 47 tués et 28 blessés ; le 3e cuirassiers fut de loin le régiment le plus entamé avec 44 tués et 27 blessés, soit 21 % de pertes[23]. Le général Belliard, chef d'état-major de Murat, mentionna dans son rapport la charge « superbe et brillante » de Nansouty, lequel fut cité peu après dans le bulletin de la Grande Armée et fait grand-officier de la Légion d'honneur le . Des six colonels de sa division, trois furent promus au grade de général de brigade et trois reçurent la croix de commandeur de la Légion d'honneur. À la suite du traité de Presbourg conclu avec l'Autriche à la fin du mois de , la division Nansouty stationna en territoire bavarois et y prit ses quartiers d'hiver[22].
Guerre de la Quatrième Coalition
Campagne de Prusse

Une quatrième coalition s'étant formée contre la France en , Napoléon se dirigea avec la Grande Armée en Allemagne pour y affronter la Prusse. Composée des mêmes régiments que l'année précédente (1er et 2e carabiniers à cheval, 2e, 3e, 9e et 12e cuirassiers), la 1re division de grosse cavalerie de Nansouty fit une nouvelle fois campagne au sein de la réserve de cavalerie de Murat. En raison de la rapidité avec laquelle se déroulèrent les opérations, la division Nansouty et l'une des deux brigades de cuirassiers de la division d'Hautpoul ne purent arriver à temps pour participer à la bataille d'Iéna. Au soir de la bataille, la cavalerie de Nansouty se lança à la poursuite des troupes prussiennes en déroute, traquant un corps ennemi de 10 000 fantassins et trois régiments de cavalerie jusque dans les rues d'Erfurt le . Les Prussiens, piégés dans la ville, se rendirent dans la nuit au colonel Préval du 3e régiment de cuirassiers[24] ; 12 000 prisonniers (dont 6 000 blessés) et 65 canons tombèrent aux mains des Français[25].
Interrompant sa poursuite des débris de l'armée prussienne, la division Nansouty se trouva à Potsdam le participa deux jours plus tard à l'entrée triomphale des troupes françaises dans Berlin et fut passée en revue par l'Empereur le . Le , Nansouty et ses cavaliers rejoignirent Murat qui cheminait vers l'est et franchirent la Vistule le avec le reste de la cavalerie de réserve. Après un engagement bref mais victorieux au pont de Lapazin, la division Nansouty tenta de rallier le champ de bataille de Golymin mais les cavaliers, retardés par la boue épaisse et par la division de dragons plus lente qui les précédait, arrivèrent trop tard pour participer à l'affrontement. La division prit alors ses quartiers d'hiver à Varsovie. Murat ayant quitté momentanément le service pour raisons de santé, ce fut Nansouty qui fut désigné pour le remplacer au commandement de la division de cavalerie légère du général Lasalle et des divisions de dragons Klein et Milhaud. Ces divisions furent déployées en avant du front et Nansouty, bien que formellement placé sous les ordres du maréchal Soult, reçut l'ordre d'agir en toute indépendance et de rendre directement compte de ses observations à l'Empereur. Nansouty s'acquitta de cette mission avec soin, patrouillant lui-même sur la ligne de front pour décider de l'emplacement des piquets de cavalerie légère destinés à couvrir les avant-postes de l'infanterie[26].
Campagne de Pologne : premières manœuvres

À la suite de l'attaque menée par les Russes contre l'aile gauche de l'armée française, Murat reprit le commandement de la cavalerie de réserve et replaça Nansouty à la tête de la 1re division de grosse cavalerie, avec ordre de se regrouper avec le reste de l'armée près de la ville d'Eylau. Rejoignant ses hommes à Varsovie, Nansouty les dirigea sans plus attendre vers leur destination mais sa division n'arriva sur place que le , cinq jours après la bataille d'Eylau. Le 14, Nansouty apprit la mort du général d'Hautpoul, son camarade et ancien supérieur des guerres de la Révolution, mortellement blessé à Eylau lors des grandes charges de la cavalerie française. Après la bataille, les opérations furent suspendues pour un temps et la Grande Armée prit ses quartiers d'hiver. Pour assurer la sécurité de ses avant-postes, l'Empereur envoya en avant de ses lignes une forte colonne de cavalerie conduite par Murat, dont faisaient partie les hommes de Nansouty, afin de repousser toutes les unités ennemies qu'elle trouverait sur sa route. Un petit combat impliquant la 1re division de grosse cavalerie se déroula à Wolfsdorf le , mais toutes les unités de cavalerie lourde reçurent finalement l'ordre de se diriger sur le cours inférieur de la Vistule pour s'y reposer dans l'attente de renforts[27].
L'arrivée de nouveaux contingents permit de regonfler les effectifs diminués par la campagne d'hiver ; au , les six régiments de la division Nansouty alignaient 3 257 hommes, ce qui en faisait de loin la plus importante division de cavalerie lourde de la réserve de cavalerie, forte à ce moment de deux autres divisions du même type, la 2e division du général Saint-Sulpice et la 3e division nouvellement constituée aux ordres du général Espagne[28]. Les opérations militaires reprirent à la fin de l'année 1807 et la division Nansouty fut rapidement dirigée sur Deppen, où le VIe corps du maréchal Ney s'était retiré après s'être habilement extrait d'une situation périlleuse face aux Russes. Avec le corps de Ney, la cavalerie de réserve et la Garde, Napoléon se mit en route vers Guttstadt et s'y heurta le à un important contingent russe fort de soldats des trois armes. Dans une série de charges conduite avec la cavalerie légère de Lasalle et la grosse cavalerie de Nansouty, Murat refoula les troupes adverses et les poursuivit jusque dans les rues de Guttstadt, où ses hommes pénétrèrent à la nuit tombée. Nansouty, qui s'était brillamment comporté à la tête de sa division, ne joua aucun rôle actif lors de la bataille d'Heilsberg qui eut lieu le jour suivant, laissant supporter tout le poids du combat à la 3e division de grosse cavalerie du général Espagne[29].
Au début du mois de , Napoléon reconsidéra sa stratégie et décida de faire mouvement au nord-est afin d'empêcher les troupes russes de Bennigsen de traverser la rivière Alle à Friedland, ceci afin d'empêcher les Russes de se rapprocher de leurs alliés prussiens stationnés à Königsberg. L'Empereur élabora aussitôt un plan de campagne et, confiant au maréchal Murat le commandement de deux corps d'armée et d'une puissante réserve de cavalerie chargés de se diriger sur Königsberg, il envoya le reste de ses troupes en direction de Friedland. Les dragons de Grouchy et les cuirassiers et carabiniers de Nansouty furent temporairement attachés au corps de réserve du maréchal Lannes (deux divisions d'infanterie et une brigade de cavalerie) qui marchait à l'avant-garde. En l'absence de Murat, Grouchy, en sa qualité de général de cavalerie le plus ancien, reçut le commandement de toute la cavalerie restée avec l'Empereur[29].
Friedland

Lannes et ses troupes arrivèrent à Friedland le , à la nuit tombée, et trouvèrent la position déjà occupée par les Russes[29]. Le , très tôt dans la matinée, Lannes attaqua avec une force presque symbolique (entre 11 000 et 13 500 hommes) les 85 000 hommes de l'armée russe. Le maréchal souhaitait de la sorte empêcher ses adversaires de traverser l'Alle tout en donnant suffisamment de temps à Napoléon pour arriver sur le champ de bataille avec le reste de la Grande Armée. La division Nansouty, arrivée à Friedland alors que la bataille était déjà commencée, fut dépêchée sur le village d'Heinrichsdorf dont la possession, seule à même de garantir la sûreté des lignes de communication de Lannes avec Napoléon, était vitale pour les Français. La division de dragons de Grouchy se rendait également sur place lorsque son général découvrit avec stupéfaction que la localité était aux mains des Russes et que les cavaliers de Nansouty se retiraient au trot, sans même chercher à contenir l'ennemi où à défendre la route qui constituait pourtant la seule ligne de communication de l'avant-garde française avec le reste de l'armée[30]. En réalité, Nansouty avait reçu l'ordre de prendre position à Heinrichsdorf sans instructions complémentaires et sans rien connaître de la situation sur la droite. Pressé fortement par l'infanterie et la cavalerie russes et craignant lui-même d'être enveloppé, le général s'était alors replié avec ses hommes pour ne pas être coupé du reste des troupes[31].

Cette décision de Nansouty compromit toutefois entièrement le plan de Lannes qui comptait sur l'arrivée d'importants renforts depuis Heinrichsdorf. Le maréchal expédia de toute urgence un de ses aides de camp à Grouchy pour l'informer qu'il devait empêcher les Russes de rompre ses communications avec l'Empereur à n'importe quel prix. Réagissant avec célérité, Grouchy prit le commandement des escadrons de tête de Nansouty et les ramena sur leur position de départ, puis lança ses propres dragons dans une charge désespérée mais victorieuse contre les troupes russes qui défendaient Heinrichsdorf. Désorganisés par leur charge même, les dragons de Grouchy, contre-chargés par la cavalerie de Bennigsen, se retrouvèrent dans une situation délicate mais Nansouty intervint juste à temps pour écarter le danger et sécuriser le terrain conquis[32]. Une discussion orageuse s'ensuivit entre Grouchy et Nansouty, le premier invoquant son ancienneté et sa position de supérieur hiérarchique pour critiquer le repli initialement ordonné par Nansouty alors que ce dernier arguait de sa plus longue expérience au commandement d'unités de cavalerie. Cette querelle n'empêcha pas Nansouty de servir avc distinction sous les ordres de Grouchy dans les péripéties de la bataille à venir. Revenus de leur premier échec, les Russes décidèrent de forcer le passage à Heinrichsdorf en dirigeant sur ce point une puissante colonne d'infanterie, précédée par une soixantaine d'escadrons de cavalerie et 2 000 cosaques. Pour parer à cette menace, Grouchy usa d'un stratagème qui lui permit d'attirer une partie de la cavalerie russe à distance de son infanterie. Grouchy chargea ensuite ses adversaires de front pendant que Nansouty les attaquait par le flanc, ce qui eut pour effet de mettre les Russes en déroute. Malgré de nombreuses charges et contre-charges, la cavalerie française conserva le dessus[33].
Napoléon déboucha entre-temps sur le champ de bataille avec d'importants renforts et donna immédiatement des ordres en vue d'une contre-attaque générale. L'Empereur, qui désirait porter l'effort principal sur l'aile gauche des Russes, ne voulait pas que celle-ci fût renforcée par des unités en provenance de l'aile droite et ordonna en conséquence au général Grouchy de harceler sans répit les troupes qui lui étaient opposées de manière à fixer la droite du dispositif russe. En outre, Grouchy reçut pour mission de réduire au silence les canons ennemis qui accablaient la gauche française. Nansouty seconda parfaitement Grouchy dans cette tâche difficile et tous deux réussirent à faire taire la canonnade russe dans ce secteur. Dans son rapport, Grouchy fit l'éloge de la prestation de Nansouty dans cette phase du combat, laquelle avait, selon ses termes, « glorieusement réparé » sa précédente erreur ; par ailleurs, le nom de Nansouty fut cité dans le 79e bulletin de la Grande Armée. Après la bataille, la 1re division de grosse cavalerie se joignit à la poursuite des Russes en direction du Niémen mais la signature des traités de Tilsit mit fin aux hostilités[33].
Comte de l'Empire, premier écuyer et service en Espagne
Les honneurs et les dotations dont Nansouty fit l'objet après Friedland suggèrent que Napoléon ne lui tint pas rigueur de son erreur initiale au commencement de la bataille et qu'il le tenait toujours en haute estime. Le , Nansouty fut nommé grand aigle de la Légion d'honneur[33], distinction qui n'était attribuée qu'aux officiers généraux les plus méritants[34], et pourvu d'un revenu annuel de 20 000 francs. Il reçut en outre, le , une première rente de 12 846 francs sur le duché de Varsovie, laquelle fut complétée d'une dotation supplémentaire de 5 882 francs sur l'Almanach impérial le suivant. De plus, il fut fait comte de l'Empire le et bénéficia de deux autres dotations, une de 25 000 francs sur le royaume de Westphalie et une autre de 10 000 francs sur le domaine de Zeven au Hanovre[35]. Une dotation de 100 000 francs lui étant également accordée pour l'achat d'un hôtel particulier à Paris, Nansouty jeta son dévolu sur l'hôtel du président Duret, situé dans le faubourg Saint-Germain, à proximité des résidences d'autres éminentes figures du régime impérial telles que le vice-roi d'Italie Eugène de Beauharnais, les maréchaux Davout et Lannes et les généraux Rapp et Legrand[36],[37].
Dans le courant de l'année 1808, Nansouty intégra la Maison militaire napoléonienne en étant nommé premier écuyer de l'Empereur[38]. À ce poste, pourvu d'un revenu annuel de 30 000 francs, il assuma la direction du service des écuries et des équipages en remplacement du grand écuyer, le général Armand Augustin Louis de Caulaincourt, désigné comme ambassadeur à Saint-Pétersbourg. Si ses manières distinguées, son éducation, son allure aristocratique et ses talents d'administrateur étaient tout indiqués pour cette fonction[39], Nansouty ne put, compte tenu de ses obligations militaires, se consacrer beaucoup aux devoirs de sa charge, à laquelle il ne manifestait d'ailleurs guère d'intérêt en dehors des aspects liés à la discipline[40]. En sa qualité de premier écuyer, il accompagna Napoléon durant la brève campagne de ce dernier en Espagne, de à , au cours de laquelle il assura, en plus de ses responsabilités habituelles, le commandement des aides de camp affectés aux généraux qui remplissaient cette fonction à l'état-major de l'Empereur[39]. Lorsque Napoléon rentra en France à la fin du mois de , Nansouty était à ses côtés[41].
Guerre de la Cinquième Coalition
Alors que la plus grande partie des forces de Napoléon étaient occupées en Espagne, l'Autriche, désireuse de venger son humiliante défaite de 1805, entama des préparatifs de guerre qui, au commencement de l'année 1809, étaient si avancés que Napoléon quitta l'Espagne pour se rendre de toute urgence à Paris afin de réorganiser son armée en Allemagne[42]. Au printemps, Nansouty fut rappelé au commandement de la 1re des trois divisions de grosse cavalerie de la réserve, dirigée cette fois par le maréchal Bessières. Peu après l'ouverture des hostilités, la division Nansouty fut cependant détachée de la réserve pour être temporairement placée à la suite du IIIe corps du maréchal Davout, qui joua un rôle important dans la première phase de la guerre. Napoléon ayant décidé de regrouper son armée à Ratisbonne, la division Nansouty repassa en définitive sous les ordres de Bessières et servit aux côtés des troupes bavaroises ; vainqueur à Abensberg et Landshut, Napoléon concentra ensuite le gros de ses forces, dont les hommes de Nansouty, dans la région d'Eckmühl où Davout était en attente de renforts[43].
Eckmühl et Ratisbonne

Du 21 au , Napoléon affronta l'armée autrichienne de l'archiduc Charles lors de la bataille d'Eckmühl. Le deuxième jour du combat, Nansouty fut envoyé du côté de Schierling en soutien des Bavarois du général Deroy qui, après plusieurs vaines tentatives, s'emparèrent du village d'Eckmühl[44]. En dehors de la plaine qui s'étendait dans le secteur de Schierling, le champ de bataille était d'un relief très inégal et vallonné, avec des pentes particulièrement raides, ce qui le rendait impropre à l'usage de la cavalerie. Ce fut pourtant là que fut livré l'un des plus importants combats de cavalerie des guerres napoléoniennes. Un premier engagement très bref se produisit aux abords d'Eckmühl lorsque la cavalerie bavaroise et wurtembergeoise chargea son homologue autrichienne. Les Autrichiens l'emportèrent et les cavaliers allemands se replièrent pour se reformer à proximité des deux divisions de grosse cavalerie française présentes sur le champ de bataille ; ces deux divisions, la 1re commandée par Nansouty (1er et 2e carabiniers à cheval, 2e, 3e, 9e et 12e cuirassiers) et la 2e sous les ordres de Saint-Sulpice (quatre régiments) étaient déployées côte à côte, sur cinq lignes de profondeur, les régiments rangés en colonne les uns devant les autres. Les deux divisions s'ébranlèrent, escaladèrent la pente et débouchèrent au galop sur le plateau dont la cavalerie légère avait été chassée quelques instants auparavant. Défilant devant les fantassins du maréchal Lannes qui, en signe d'admiration, s'écrièrent « vive les cuirassiers ! » lors de leur passage, les cavaliers de Nansouty et de Saint-Sulpice, avec les deux régiments de tête déployés en ligne et la cavalerie légère allemande sur chaque flanc, repoussèrent sans difficulté les unités de cavalerie autrichiennes disposées sur le plateau. Cet engagement n'était toutefois que le prélude d'un combat de cavalerie bien plus important[45].
Afin de couvrir la retraite de son armée, l'archiduc Charles déploya l'ensemble de sa cavalerie de réserve, soit 44 escadrons, de part et d'autre de la route de Ratisbonne[46], à proximité du village d'Eggolsheim[44]. Entre 7 h[46] et 8 h du soir[44], Napoléon ordonna à sa cavalerie de chasser son homologue autrichienne de cette position. En prévision de la charge, Nansouty déploya cinq de ses six régiments en deux lignes, trois au premier rang et deux au second rang, le dernier régiment restant avec Saint-Sulpice. La division de ce général prit place à droite de celle de Nansouty et conserva sa formation en colonnes tandis que la cavalerie légère couvrait les flancs de l'ensemble. Les Français disposaient en tout de 48 escadrons. Au cours de leur progression, les cavaliers français furent soumis au feu nourri de l'artillerie autrichienne puis chargés vigoureusement par le régiment de cuirassiers Gottesheim. Voyant l'ennemi arriver, les escadrons de Nansouty avancèrent au petit trot et, lorsque les Autrichiens ne furent plus qu'à cent pas, le régiment de tête des carabiniers à cheval s'arrêta pour délivrer une salve de carabines sur les assaillants à une distance de trente ou quarante pas. Les carabiniers tirèrent ensuite leur sabre et se joignirent aux cuirassiers dans une charge vigoureuse contre les cavaliers autrichiens en approche. Confrontée aux unités de Nansouty, bientôt rejointes par celles de Saint-Sulpice, la cavalerie autrichienne, en dépit de sa détermination, fut repoussée à l'issue d'un bref combat au corps-à-corps. Venus au secours des cuirassiers du régiment Gottesheim, leurs camarades du régiment Kaiser subirent le même sort, de même que les hussards de Stpisicz et les chevau-légers de Vincent. Une mêlée générale particulièrement meurtrière se déroula au clair de lune, rendant visibles dans la nuit les étincelles produites par les coups de sabre sur les cuirasses en fer. Le général autrichien Andreas von Schneller fut blessé au cours du combat tandis que le général Karl Wilhelm von Stutterheim, qui commandait la cavalerie autrichienne, échappa de justesse à la capture. Ses hommes furent refoulés dans les marais au-delà d'Eggolsheim par la cavalerie française[46] et se replièrent sur Köfering, pendant que le gros des forces de l'archiduc Charles se retirait en direction de Ratisbonne[44].
La poursuite française reprit le lendemain à l'aube et déboucha, le , sur la bataille de Ratisbonne, au cours de laquelle les Autrichiens tentèrent de ralentir la progression de leurs adversaires. Après un dur combat, où les cavaliers de Nansouty et de Saint-Sulpice chargèrent avec succès la cavalerie autrichienne à trois reprises, les Français s'emparèrent de la forteresse de Ratisbonne, mais les Autrichiens limitèrent l'ampleur de ce succès par une habile retraite que Nansouty, demeuré à Ratisbonne avec Davout, reçut pour mission de surveiller[47].
Aspern-Essling

Le , Napoléon franchit le Danube à proximité de Vienne et, lors de la bataille d'Essling, attaqua l'armée autrichienne de l'archiduc Charles située sur la rive nord du fleuve. Les troupes françaises étaient toutefois largement inférieures en nombre et il devint rapidement évident, au fil des heures, que la résistance ne pourrait être prolongée très longtemps. Au cours des affrontements du , Nansouty ne put engager qu'une seule brigade, celle du général Saint-Germain (3e et 12e cuirassiers), le reste de sa division étant demeuré sur l'autre rive du Danube. Nansouty observa les cuirassiers du général Espagne, qui avaient chargé à maintes reprises depuis le début de la journée, lancer une nouvelle attaque dans une tentative désespérée de relâcher la pression autrichienne sur les lignes françaises chancelantes. Espagne fut tué et ses escadrons, décimés et éreintés, devaient être relevés de toute urgence. Nansouty fit aussitôt avancer la brigade de Saint-Germain qui chargea l'infanterie autrichienne, permettant à l'armée de se maintenir sur ses positions[48].
Au second jour de la bataille, le , Nansouty reçut le renfort de sa deuxième brigade de cuirassiers (2e et 9e régiments) commandée par le général Doumerc. Dans la matinée, disposant de quelques troupes fraîches, Napoléon lança le corps du maréchal Lannes dans une attaque contre les lignes adverses. Les cavaliers de Nansouty et de Lasalle, chargés de couvrir la marche des colonnes d'infanterie, durent charger la cavalerie autrichienne pour leur dégager la voie. Toutefois, à 9 h du matin, la nouvelle de la rupture du grand pont sur le Danube, qui rendait impossible l'acheminement de renforts supplémentaires, força Napoléon à suspendre son offensive pour entamer une retraite en bon ordre. La situation de l'armée française était alors très critique et les pertes humaines, dont le maréchal Lannes qui avait reçu une blessure mortelle, nombreuses. Il fallut toute l'habileté de Nansouty et des autres chefs de la cavalerie pour contenir l'assaut massif des Autrichiens et permettre au reste de l'armée d'évacuer le champ de bataille. Les hommes de Nansouty n'abandonnèrent le terrain qu'à la nuit, une fois le gros des forces de Napoléon replié en sécurité sur l'île Lobau. Il fut plus tard établi que l'intervention de la cavalerie française ce jour-là empêcha l'affrontement de dégénérer en une véritable catastrophe pour Napoléon[48].
Wagram

Après le sanglant échec essuyé à Essling, Napoléon mit six semaines pour planifier minutieusement une nouvelle traversée du Danube. Il déclencha l'opération dans la soirée du ; le 5, aux premières heures du jour, une partie importante de ses forces se trouvait déjà de l'autre côté du fleuve. La division Nansouty ne fut cependant pas engagée le premier jour de la bataille de Wagram et campa durant la nuit en arrière de la Garde impériale. Le lendemain , Nansouty fut initialement dépêché en soutien de Davout sur l'aile droite française, mais lorsqu'il devint clair que ce secteur n'était pas menacé par l'arrivée de renforts ennemis, ses cavaliers furent rappelés en réserve au centre du champ de bataille, à proximité du village d'Aderklaa. La situation de la gauche française s'étant rapidement dégradée, Napoléon ordonna au maréchal Bessières, commandant la cavalerie de réserve, de charger les formations autrichiennes qui menaçaient son aile gauche. Le temps jouant contre lui, Bessières décida de ne pas attendre l'arrivée de la cavalerie de la Garde et, ses deux autres divisions de cavalerie lourde étant engagées ailleurs, de conduire son attaque avec la seule division Nansouty[49]. Cette dernière, composée des brigades Defrance (1er et 2e carabiniers à cheval), Doumerc (2e et 9e cuirassiers) et Berckheim (3e et 12e cuirassiers), totalisait à ce moment plus de 4 000 sabres répartis en 24 escadrons[50].
Bessières et Nansouty menèrent leurs hommes à la charge, les deux régiments de carabiniers à cheval en tête, sous une grêle de mitraille et de boulets. Ayant décelé un point faible dans la ligne autrichienne, les cavaliers français firent une percée et bousculèrent l'infanterie adverse qui s'était formée en carrés, sabrant au passage le bataillon de grenzers Georger qui se trouvait sur leur chemin. Cependant, une bonne partie d'entre eux ne parvint pas à se faufiler à travers les masses d'infanterie autrichienne et Nansouty ne commandait plus qu'à un petit nombre de cavaliers. Par une manœuvre habile, Nansouty obliqua sur la droite et chargea les canons du prince de Liechtenstein, se heurta aussitôt à la cavalerie autrichienne, notamment aux chevau-légers de Rosenberg et aux cuirassiers du régiment Kronprinz qui prirent les carabiniers à cheval de flanc et les repoussèrent jusqu'à leurs lignes. Le coûteux échec éprouvé par la division Nansouty ne découragea pas Bessières qui s'apprêtait à lancer un nouvel assaut, cette fois-ci avec le soutien d'une partie de la cavalerie de la Garde, lorsque son cheval fut tué par un boulet ; Bessières, sérieusement blessé, fut transporté inconscient en arrière des lignes[51]. Son supérieur étant présumé mort, Nansouty, sans connaissance des ordres de l'Empereur, décida en conséquence de retirer promptement ses hommes de la ligne de front pour préserver sa division déjà fortement entamée[52].

Ce mouvement ne mit pas pour autant un terme à son action lors de cette bataille. Si la grande charge de cavalerie de Bessières avait permis de relâcher quelque peu la pression sur le centre-gauche de la ligne française, cette dernière restait toujours dans une position vulnérable. Napoléon décida de reprendre l'initiative en lançant à l'attaque le corps du général Macdonald sur le centre-droit du dispositif autrichien[53]. Macdonald, davantage par le fruit du hasard que d'une quelconque innovation tactique, déploya ses deux divisions en un gigantesque carré d'infanterie, cas unique dans les annales des guerres napoléoniennes[54]. Quatre escadrons de carabiniers à cheval de la division Nansouty furent chargés de flanquer cette colonne tandis que le gros de la division suivait plus en arrière[55]. Alors que la progression française était considérablement gênée par le feu nourri des batteries autrichiennes, Macdonald, afin de réduire ces dernières au silence, sollicita l'intervention de la cavalerie de la Garde du général Walther, sur sa droite, et de la 1re division de grosse cavalerie de Nansouty, sur sa gauche. Sans ordre direct de Napoléon ou du maréchal Bessières, celui-ci étant hors de combat, Walther n'esquissa aucun mouvement[56] alors que Nansouty, dont la division était trop éloignée, ne put être engagé à temps, les canons ennemis ayant été déplacés avant son arrivée[55].
Les pertes de la division Nansouty à Wagram furent très lourdes et dépassèrent celles des deux autres divisions de grosse cavalerie réunies, en hommes comme en chevaux. Le bilan chez les montures fut particulièrement sévère, avec 1 141 bêtes tuées ou blessées ; les pertes en hommes furent elles aussi importantes, alors même que seuls les carabiniers à cheval prirent véritablement part à la mêlée : 164 tués et 436 blessés. Les deux régiments de carabiniers à cheval, très éprouvés, ne comptaient plus à eux deux que 300 chevaux à la fin de la journée, soit un taux de pertes équin de 77 %[51]. Les 9e et 12e cuirassiers subirent également des pertes sensibles[55]. En dépit du fait que la charge de Bessières, menée à la hâte avec la seule division Nansouty, eut des conséquences tactiques moins prononcées qu'à Essling en raison de l'efficacité de l'artillerie autrichienne et de la confrontation avec des fantassins adverses prêts à recevoir le choc, elle fit gagner à Napoléon un temps précieux, permettant à ce dernier de reprendre l'initiative de la bataille[51].
Interlude entre deux campagnes

Après Wagram, le général Macdonald critiqua fortement Walther et Nansouty pour ne pas lui avoir fourni un soutien de cavalerie adéquat lors de son attaque. Dans ses mémoires, Macdonald écrivit qu'il avait été « surpris par la lenteur du général Nansouty […] Nansouty chargea finalement, mais trop tard pour exploiter le trou béant que j'avais percé au centre de l'armée autrichienne »[57]. Quelques jours après la bataille, Napoléon s'entretint avec Nansouty et lui reprocha de ne pas avoir su appuyer Macdonald. Nansouty se défendit en expliquant qu'il n'avait pas été consulté sur le placement de sa division, ce qui l'avait empêché de manœuvrer convenablement pendant le combat. Devant l'insistance de Napoléon, Nansouty conserva son sang-froid et finit par rétorquer au souverain : « après tout, ce n'est pas Votre Majesté qui va m'apprendre à manier de la cavalerie ». Cette remarque acerbe n'empêcha pas Nansouty d'occuper plusieurs postes importants dans les années suivantes. Ce fut peu après la sanglante bataille de Wagram que Nansouty insista pour que les carabiniers à cheval perçoivent une cuirasse en acier afin de mettre un terme à ce qu'il considérait comme un état d'infériorité de ces troupes vis-à-vis de leurs camarades cuirassiers. L'initiative de Nansouty fut approuvée et entra en vigueur en 1810[55].
Après la signature du traité de Schönbrunn, qui mit fin à la guerre entre la France et l'Autriche, Nansouty transmit le commandement de sa division au général Bruyère et reprit sa place de premier écuyer auprès de l'Empereur le . Cependant, avec le retour du grand écuyer Caulaincourt, la fonction de premier écuyer perdit beaucoup de son importance. En conséquence, Nansouty se vit attribuer en 1811 un emploi supplémentaire, celui d'inspecteur général de la cavalerie. Très impliqué dans l'exercice de ses nouvelles responsabilités, il devint rapidement connu pour sa rigueur, ses connaissances approfondies et l'expérience inestimable qu'il avait de son arme. Le spectre de la guerre ne tarda cependant pas à réapparaître : le , Nansouty fut choisi pour commander les 2e et 4e divisions de cuirassiers du corps d'observation de l'Elbe, sous les ordres du maréchal Davout, avant d'obtenir le commandement du Ier corps de cavalerie dans le cadre de la réorganisation de la Grande Armée en [58].
Campagne de Russie
À l'ouverture de la campagne de Russie en 1812, la Grande Armée était composée, en plus des corps d'armées habituels, de quatre grands corps de réserve de cavalerie, commandés respectivement par les généraux Nansouty (Ier), Montbrun (IIe), Grouchy (IIIe) et La Tour-Maubourg (IVe)[58]. Durant la campagne, le Ier corps de cavalerie de Nansouty fut constitué comme suit :
- 1re division de cavalerie légère, général Bruyère (7e et 8e hussards, 16e chasseurs à cheval, 9e chevau-légers lanciers, un régiment de chevau-légers prussiens et un régiment de chevau-légers polonais) ;
- 1re division de cuirassiers, général Saint-Germain (2e, 3e et 9e cuirassiers, 1er chevau-légers lanciers) ;
- 5e division de cuirassiers, général Valence (6e, 11e et 12e cuirassiers, 5e chevau-légers lanciers) ;
- 36 pièces d'artillerie[58].

Après le franchissement du Niémen par ses troupes, Nansouty servit sans interruption sous les ordres de Murat à l'avant-garde de l'armée et s'empara de Vilna, située dans l'axe de progression des envahisseurs. Bien que marchant constamment aux côtés de Murat et de l'Empereur, le Ier corps de cavalerie de réserve fut assez peu engagé, se distinguant toutefois lors d'un combat d'arrière-garde à Ostrowno avant de participer brièvement à la bataille de Vitebsk. Un incident peu glorieux impliquant la cavalerie légère de Nansouty se déroula lors de cet affrontement lorsque le 8e hussards et le 16e chasseurs furent mis en déroute par la cavalerie russe. Cet épisode mit en évidence le fait que la division Bruyère, à laquelle appartenait ces deux régiments, était très diminuée à force d'être systématiquement déployée à l'avant-garde de l'armée, ce qui avait conduit à la perte des soldats les plus braves et les plus aguerris. Malgré tous les efforts de Nansouty, les marches longues et épuisantes, les pluies torrentielles et l'absence de fourrage affectèrent durement le Ier corps de cavalerie, dont l'effectif avait été réduit de moitié depuis le début des opérations. En outre, de même que les autres chefs de corps, Nansouty n'exerçait que rarement un contrôle direct sur l'ensemble des unités dont il avait la charge, de sorte que ces dernières étaient parfois utilisées de manière inappropriée[59].
Les trois divisions de Nansouty furent finalement regroupées le et, le même jour, prirent une part active à la bataille de la Moskova. Le Ier corps de cavalerie fut placé en deuxième ligne de l'aile droite française, derrière le corps du maréchal Davout. Après que Murat se fût emparé de deux redoutes sur le flanc gauche des Russes, Nansouty déploya ses hommes à droite de cette position et soutint ensuite l'avance de l'aile droite française. Les Russes faisant un retour offensif, Nansouty conduisit en personne la charge des divisions de cuirassiers de Saint-Germain et de Valence. Lors de cette attaque, il fut blessé pour la première fois de sa carrière en ayant le genou fracassé par une balle, ce qui le tint à l'écart des combats pour le restant de la campagne[60]. Transporté à Moscou après la bataille, et bien que souffrant toujours de sa blessure, il fut chargé le de commander le convoi qui devait ramener les généraux et colonels blessés ainsi que les principaux trophées capturés en sûreté derrière les lignes françaises[60],[61]. À l'issue de cette mission, durant laquelle les dangers, la faim et le froid fragilisèrent sa santé déjà chancelante, il fut autorisé à rentrer en France pour y poursuivre sa convalescence[60].
Guerre de la Sixième Coalition
Les restes de l'armée française quittèrent définitivement le territoire russe en . Cette défaite exalta les sentiments anti-français en Allemagne et encouragea la Prusse à s'allier avec la Russie pour former la Sixième Coalition. La guerre reprit au début de l'année 1813, mais Nansouty n'était pas encore complètement remis de sa blessure et ne put en conséquence reprendre du service. Le , il fut toutefois nommé au poste prestigieux de colonel-général des dragons par l'Empereur après la mort du général Baraguey d'Hilliers[62]. Quoique la blessure de Nansouty fût sérieuse, le général avait eu beaucoup de chance car la balle qui avait percé son genou avait seulement endommagé la chair, laissant la rotule intacte[61]. Ayant manqué le début de la campagne, Nansouty fut rappelé sur les champs de bataille sitôt sa santé rétablie au milieu de l'année 1813. Il accepta de prendre le commandement de la cavalerie de la Garde impériale, dotée d'un effectif de 5 000 sabres, avec sous ses ordres les grenadiers à cheval du général Guyot, les dragons du général Letort, les chasseurs à cheval du général Lefebvre-Desnouettes et les deux régiments de chevau-légers lanciers du général Colbert[62].
Campagne d'Allemagne (1813)
En 1813, les opérations se déroulèrent essentiellement en Saxe, et des affrontements mineurs opposèrent la cavalerie coalisée aux chasseurs à cheval et aux lanciers de Colbert. Le premier engagement sérieux de la campagne eut lieu lors de la bataille de Dresde, où la cavalerie de la Garde sous les ordres de Nansouty appuya l'attaque du maréchal Ney sur le flanc gauche, en liaison avec l'infanterie de la Jeune Garde du maréchal Mortier[63].

Toutefois, la cavalerie de la Garde impériale ne fut pas engagée en tant que telle avant la bataille de Leipzig, du 16 au . D'abord tenues en réserve, la cavalerie et l'artillerie de la Garde durent intervenir de toute urgence après la défection d'une partie des troupes saxonnes. Ces dernières combattaient à présent les soldats qui, l'instant d'avant, avaient été leurs alliés et la situation d'une partie des régiments français devint extrêmement critique ; la division du général Durutte, en particulier, qui se trouvait à proximité des Saxons, avait désespérément besoin d'être secourue. Napoléon envoya rapidement pour la soutenir Nansouty à la tête de la cavalerie et de l'artillerie de la Garde. Nansouty chargea énergiquement avec quelques-uns de ses régiments, grenadiers à cheval, dragons et lanciers, et contraignit les Saxons au repli. Le rapport de force bascula néanmoins le avec l'explosion prématurée d'un pont sur l'Elster, qui constituait la principale ligne de retraite de l'armée française. La cavalerie de la Garde parvint à s'extraire du champ de bataille et couvrit efficacement le repli des contingents rescapés[64].
Alors que la Grande Armée battait en retraite, un événement potentiellement dangereux pour les Français se produisit le . La Bavière ayant à son tour rejoint les rangs de la coalition, une armée austro-bavaroise d'environ 45 000 hommes, commandée par le général Carl Philipp von Wrede, entreprit de barrer la route aux troupes françaises et de les ralentir jusqu'à l'arrivée du gros des forces coalisées. Pour accomplir sa mission, Wrede pouvait notamment compter sur une artillerie nombreuse, forte d'une centaine de pièces, et sur une puissante cavalerie de cinquante escadrons. En comparaison, les troupes françaises étaient très dispersées et seules les rares unités à avoir conservé leur cohésion se trouvaient en état de combattre[65]. Les deux armées s'affrontèrent lors de la bataille de Hanau, le . Wrede positionna son armée en avant de la forêt de Lamboi, située sur ce qu'il pensait être l'axe de retraite des Français, et déploya sur sa gauche la quasi-totalité de sa cavalerie, commandée par le général Franz Splény de Miháldy. En dépit de son infériorité numérique, Napoléon envoya une partie de son armée contre les Bavarois retranchés dans la forêt, mais seule l'entrée en lice de l'infanterie de la Garde permit d'emporter la décision. Les Bavarois, qui avaient combattu aux côtés des Français lors des campagnes précédentes, abandonnèrent leur position à l'issue d'un bref combat, paniqués à la vue des bonnets à poils des fantassins de la Garde. Le feu de leur artillerie obligea toutefois l'infanterie française à interrompre sa progression. Napoléon ordonna alors au général Lenoury de mettre ses canons en batterie et détacha pour le soutenir Drouot avec l'artillerie à cheval de la Garde et quelques autres bouches à feu ; la « grande batterie » d'une cinquantaine de canons qui en résulta fut en mesure de riposter efficacement à la canonnade des Austro-Bavarois. Nansouty, avec les dragons et les lanciers de la Garde, reçut pour mission de protéger cette batterie et disposa à cet effet ses hommes derrière les canons[66].

Sa situation se dégradant à vue d'œil, Wrede lança sa cavalerie, soit environ 7 000 sabres, contre la grande batterie de Drouot. Un feu de mitraille dévastateur balaya la plupart des escadrons alliés qui coururent se réfugier derrière leurs lignes, mais quelques-uns parvinrent malgré tout à atteindre les canons français et à dépasser la batterie pour être immédiatement contre-chargés et repoussés par la cavalerie de la Garde. Le danger étant écarté, Nansouty, appuyé par les cuirassiers de Sébastiani, se lança à la poursuite de la cavalerie adverse et rompit successivement un régiment de cuirassiers autrichiens, le régiment de dragons Knesevich et deux régiments de chevau-légers bavarois conduits personnellement par Splény ; puis, par une manœuvre similaire à celle de Kellermann à Marengo, Nansouty déporta ses hommes sur la gauche et se précipita sur l'infanterie coalisée, l'enfonçant. Les grenadiers à cheval de la Garde, qui se trouvaient au cœur de la mêlée, furent temporairement mis en difficulté par une contre-charge de la cavalerie bavaroise mais l'intervention d'un régiment de gardes d'honneur les dégagea. Nansouty jeta alors toute sa cavalerie dans le combat, culbuta les carrés et les dernières unités de cavalerie adverses et en rejeta une partie dans la rivière Kinzig. La charge de Nansouty permit à Sébastiani, par un emploi judicieux de la division de cuirassiers de Saint-Germain et de la division de cavalerie légère d'Exelmans, de réduire au silence l'artillerie bavaroise[67],[68]. Nansouty fut légèrement blessé au cours de l'engagement, mais sa remarquable prestation à Hanau est comparée par un auteur russe à celle du général de cavalerie prussien Friedrich Wilhelm von Seydlitz à la bataille de Zorndorf[69].
Campagne de France (1814)
La dernière campagne de Nansouty se déroula en 1814 sur le sol français et dans des conditions particulièrement dramatiques, les armées de la coalition déferlant sur le territoire national. Lors de cette campagne, il conserva le commandement de la Garde à cheval, forte de 5 000 sabres, c'est-à-dire les 1er et 2e régiments de chevau-légers lanciers du général Colbert-Chabanais, les chasseurs à cheval du général Levesque de Laferrière, les grenadiers à cheval du général Guyot, les dragons du général Letort ainsi que toute l'artillerie à cheval de la Garde[69].
Cette cavalerie ne tarda pas à entrer en action dès le lors de la bataille de Brienne. Deux compagnies d'artillerie à cheval sous les ordres d'un officier nommé Marin, un vétéran des campagnes d'Italie et d'Égypte tenu en haute estime par Napoléon, y furent presque complètement anéanties, le commandant et le matériel étant faits prisonniers. Napoléon fut extrêmement mécontent d'apprendre que la cavalerie lourde de la Garde avait laissé ces canonniers sans protection adéquate. L'artillerie de la Garde essuya des pertes supplémentaires à la bataille de La Rothière, qui fut l'une des rares défaites tactiques de la carrière de Napoléon. Une partie de la cavalerie de la Garde avait d'abord chargé la cavalerie coalisée avec succès mais, face aux lignes inébranlables des gardes prussienne et russe et menacée sur son flanc par des unités de dragons, elle fut rapidement contrainte au repli, abandonnant plusieurs canons derrière elle[69].
Après avoir rejoint l'Empereur à Champaubert, Nansouty prit part à la bataille de Montmirail, où il fut dans un premier temps chargé d'assurer la protection de l'artillerie. Appuyant ensuite l'attaque de la Garde à pied sur la ferme d'Épine-au-Bois, il vira subitement à gauche avec sa cavalerie, tomba sur une partie de l'infanterie coalisée qui n'avait pas eu le temps de se préparer au choc, la mit en déroute et se lança à la poursuite des fuyards. Cette attaque combinée de la Garde se solda par la capture d'un grand nombre de prisonniers et de canons ; Nansouty fut, pour sa part, légèrement blessé. Certaines de ses unités prirent part à la bataille de Château-Thierry, lors de laquelle l'Empereur ordonna à la cavalerie de la Garde d'effectuer un mouvement tournant sur l'aile gauche des Coalisés et où deux des subordonnés de Nansouty, le général Letort et le colonel Curély, enfoncèrent plusieurs carrés adverses. Le , Nansouty se distingua personnellement à Vauchamps, où il soutint Grouchy dans une attaque qui décida du sort de la bataille ; chargées de front par Nansouty et sur leurs arrières par Grouchy, les troupes prussiennes de Blücher furent sabrées et dispersées. La poursuite, à laquelle participa la cavalerie de la Garde, fut couronnée de succès. Les pertes ennemies furent estimées à 9 000 ou 10 000 hommes et 25 canons perdus. Cette victoire mit Napoléon de très bonne humeur mais, à la tombée de la nuit, sa joie se transforma en colère lorsqu'il apprit que plusieurs artilleurs à cheval de la Garde étaient tombés aux mains des Coalisés. Ces hommes avaient été capturés durant leur marche et l'un des subordonnés de Nansouty, le général Guyot, qui ne leur avait pas fourni de guide ni d'escorte appropriée, fut tenu pour responsable de cet incident. En présence de Nansouty, Napoléon fit une scène violente à Guyot et le blâma pour ses négligences ayant entraîné la perte de plusieurs canons lors des précédentes batailles, ainsi que pour divers autres manquements comme celui de ne pas assurer convenablement sa sécurité. À l'issue de ce sermon, Guyot fut relevé de ses fonctions par l'Empereur qui annonça à Nansouty son intention de remplacer Guyot par Exelmans à la tête de la cavalerie lourde de la Vieille Garde. Cet épisode contribua vraisemblablement à refroidir les relations entre Napoléon et Nansouty[70].

Toujours à la pointe des combats pendant cette campagne, Nansouty se trouvait le à proximité de Troyes. Des négociations en vue d'un armistice étaient en cours dans un village voisin et, en dépit d'ordres formels prescrivant de continuer la lutte, les hostilités entre les belligérants s'étaient momentanément interrompues. Nansouty et ses cavaliers attaquèrent cependant des troupes adverses dans les rues du village où se tenaient les négociations. Voyant cela, le délégué français aux pourparlers d'armistice, Charles de Flahaut, alla trouver Nansouty et protesta vivement contre l'initiative de ce dernier. Nansouty répondit que l'Empereur était sans aucun doute au courant du déroulement des négociations mais qu'il avait reçu l'ordre de capturer cette position sans plus attendre. Le , Napoléon fit à nouveau mouvement contre les Prussiens de Blücher, laissant une partie de ses forces vers Troyes afin d'observer les agissements des troupes autrichiennes de Schwarzenberg. Nansouty, avec la cavalerie de la Garde, accompagna l'Empereur, dont il assurait la protection, et dut s'ouvrir la route à coups de sabre lors d'un sanglant combat de cavalerie à Château-Thierry le . Un autre engagement eut lieu le au cours duquel Nansouty repoussa 3 à 4 000 cavaliers coalisées et captura le pont de Berry-au-Bac, sur l'Aisne, en dépit d'une violente canonnade. Débouchant de l'autre côté de la rivière avec quelques pelotons de lanciers polonais, Nansouty poursuivit énergiquement les vaincus, capturant plusieurs canons, des munitions et un nombre assez important de prisonniers, parmi lesquels figurait le jeune prince Gagarine[71].
La bataille de Craonne, livrée le , fut le théâtre d'un incident dans lequel Nansouty exprima ouvertement un désaccord avec Napoléon. Alors que la bataille faisait rage, le général Belliard, de l'état-major de l'Empereur, arriva auprès de Nansouty pour lui annoncer qu'il avait reçu l'ordre de le remplacer dans le cas où son état de santé ne lui permettrait plus d'exercer son commandement. Nansouty lui rétorqua qu'il était en effet malade mais que cela ne l'empêcherait pas de conduire ses hommes au combat. Bien que d'une mauvaise humeur inhabituelle après cet incident, Nansouty donna une nouvelle fois la mesure de ses talents à Craonne. Ayant reçu l'ordre de traverser un terrain accidenté et d'escalader une pente abrupte avec sa cavalerie et ses canons afin de tomber sur le flanc droit des coalisés, Nansouty dirigea ses escadrons sur la crête, les fit se déployer en ligne et déclencha son attaque, refoulant en désordre deux bataillons russes. Il fut, à cette occasion, victime d'une nouvelle blessure mais celle-ci n'était pas très grave et il resta à la tête de ses hommes[71]. C'est alors que Napoléon aurait demandé à Nansouty d'attaquer une redoute sous un feu très meurtrier ; Nansouty, pour toute réponse, ordonna à ses soldats de s'arrêter et se mit à avancer seul vers la position. S'étant vu demander la raison de son comportement par l'Empereur, il rétorqua qu'il n'enverrait pas ses hommes à une mort inutile et qu'il attaquerait donc seul. Napoléon révoqua immédiatement son ordre[72].
Cet affrontement fut le dernier de la longue carrière de Nansouty. Le , à la veille de la bataille de Laon, Nansouty était à Chavignon, un village situé à neuf kilomètres de Laon, et où se trouvait également l'Empereur. Bien que les circonstances du départ de Nansouty ne soient pas très claires, il est certain qu'il quitta le village — et son commandement — le jour même. Deux jours plus tard, Napoléon écrivit au ministre de la Guerre pour l'informer que la santé du général Nansouty ne lui permettait plus de remplir ses obligations militaires et qu'il était autorisé à venir se reposer à Paris. Le général Belliard exerça le commandement par intérim de la cavalerie de la Garde lors de la bataille de Laon avant que le commandement permanent n'en fût attribué au général Sébastiani[71].
Première Restauration
Ayant remis son commandement au général Belliard le , Nansouty se trouva trois jours plus tard dans un convoi de plusieurs officiers se rendant à Paris. En chemin vers la capitale, ils furent attaqués par un pulk de cosaques qui parvint à disperser l'escorte. Nansouty et les officiers qui l'accompagnaient se frayèrent un passage à coups de sabre et galopèrent en direction de l'Aisne. Une fois sur la rive, le général se retrouva isolé et, alors qu'il s'apprêtait à franchir la rivière à cheval, sa monture fut tuée sous lui, jetant le général à terre. Il parvint toutefois à se relever et nagea sain et sauf jusqu'à l'autre rive. Cet événement, ainsi que son activité inlassable pendant toute la campagne, tendent à démontrer que sa santé ne fut pas le principal motif de son départ. Il est également peu probable que l'Empereur fût à l'origine de cette décision, étant donné l'échec de la tentative de Belliard lors de la bataille de Craonne et le statut de commandant provisoire attribué à ce général après le départ de Nansouty. Il est ainsi plus raisonnable de penser que ce dernier démissionna en raison de ses démêlés avec l'Empereur[73].
Rentré à Paris, Nansouty y demeura sous la Première Restauration, Napoléon ayant abdiqué entre-temps. Il fut l'un des premiers officiers généraux à faire acte d'allégeance à Louis XVIII[74], ce qui encouragea de nombreux autres généraux à faire de même[72]. Le nouveau souverain lui accorda, en retour, de nombreux honneurs[74]. Le , Nansouty fut nommé commissaire extraordinaire du roi dans la 2e division militaire puis, le , membre de la commission chargée de la dissolution de l'ex-Garde impériale. Il fut également fait chevalier de l'ordre de Saint-Louis le 1er juin avant d'intégrer, le , la Maison militaire du roi de France en tant que capitaine-lieutenant de la 1re compagnie de mousquetaires (les « mousquetaires gris »). Cependant, malgré ces diverses responsabilités, la situation financière de Nansouty se dégrada fortement sous la Restauration. Le général s'était toujours comporté avec une droiture particulière pendant les guerres napoléoniennes et, contrairement à certains de ses camarades, n'avait jamais tiré le moindre profit du pillage. Il avait, par ailleurs, maintenu un train de vie fastueux, ce qu'il considérait normal pour un noble comme lui. De fait, ses nombreuses fonctions lui avaient procuré d'importants revenus sous l'Empire, à quoi s'ajoutaient les généreuses dotations que Napoléon attribuait régulièrement à ses meilleurs généraux ; ainsi, gratifications impériales mises à part, les différents traitements perçus par Nansouty dans les quatre premiers mois de l'année 1814 lui avaient rapporté pas moins de 104 000 francs. La situation changea sous les Bourbons : sa dignité de colonel-général des dragons fut supprimée et remplacée par le titre honorifique d'inspecteur des dragons, le général ne conservant plus que les 25 000 francs associés à sa charge de capitaine-lieutenant de la Maison militaire du roi[74].
Mort et lieu de repos

Au cours de la seconde moitié de l'année 1814, la santé de Nansouty, fragilisée par dix années de campagnes presque ininterrompues dans toute l'Europe, se détériora rapidement[75], jusqu'à le laisser partiellement paralysé[76]. Sur son lit de mort, il déclara : « j'ai réfléchi à toutes mes actions depuis ma naissance et, de toute ma vie, je n'ai fait de mal à personne ». Il aurait également réaffirmé sa foi chrétienne et recommandé son fils à la bienveillance du souverain[75]. Le général Nansouty mourut le à Paris, laissant derrière lui une femme et un fils unique. Une pension annuelle de 6 000 francs fut accordée par le roi à la veuve du général[74]. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise (division 27)[77]. Conformément à la volonté exprimée dans son testament, son cheval de bataille est sacrifié sur sa tombe[76].
Le nom du général Nansouty est inscrit sur le côté Est de l'arc de triomphe de l'Étoile à Paris[78].
Famille
Le général Nansouty épousa, le , Jeanne Françoise Adélaïde Gravier de Vergennes (1781-1849)[74], nièce du ministre d'État de Louis XVI, le comte Charles Gravier de Vergennes[13]. Amie d'Hortense de Beauharnais, elle laissa, selon l'historien Charles-Otto Zieseniss, « le souvenir de sa jolie voix, fort admirée dans les salons »[79]. De cette union naquit Étienne Jean Charles Champion de Nansouty (-), chef d'escadron au 3e régiment de chasseurs à cheval et pair de France le , dont les deux filles ne laissèrent pas de descendance[80]. Un neveu du général, Charles-Marie-Étienne Champion Dubois de Nansouty (1815-1895), atteignit également le grade de général de division[74].
Considérations
En tant que commandant, Nansouty était connu pour être un homme d'esprit mais avec une tendance excessive au sarcasme, ce qui nuisait à sa réputation et lui créa de nombreuses inimitiés. Ses quelques mois passés en Espagne en 1808, où il commandait les officiers d'ordonnance de l'Empereur et les aides de camp attachés aux généraux de l'état-major, semblent attester chez lui d'un penchant indésirable pour la moquerie dans le service, à tel point qu'un de ses subordonnés écrivit qu'« on ne savait jamais quand il plaisantait ou quand il était sérieux ». Lorsqu'il s'agissait de questions militaires, l'attitude de Nansouty devenait extrêmement imposante, concise et rude. Perfectionniste, doté d'un réel coup d’œil et d'une parfaite connaissance de son arme, il était ulcéré à chaque fois que ses manœuvres de cavalerie étaient mal exécutées et devenait alors désobligeant, insultant même parfois avec ses subordonnés. Toutefois, lorsqu'il allait trop loin dans la réprimande, il était visiblement mécontent de lui-même, plein de remords et essayait de se racheter auprès de la personne qu'il avait insultée. Ce type de comportement semble avoir été récurrent chez lui[81]. Son humeur paraît avoir été particulièrement mauvaise dans ses derniers mois de service en 1814, peut-être à cause des blessures légères qu'il avait reçues à plusieurs reprises dans un court laps de temps mais plus vraisemblablement en raison de ses démêlés avec l'Empereur. Durant cette période, il maltraita sévèrement un chef d'escadron pour n'avoir pas exécuté un de ses ordres assez rapidement et alla même jusqu'à renvoyer son chef d'état-major, le colonel de la Loyère, pour une faute mineure[71].

Le caractère fier et indépendant de Nansouty transparut tout au long de sa carrière et sa nature présomptueuse, typique des grands généraux de cavalerie de l'époque, conduisit à plusieurs affrontements avec ses pairs. L'un de ces incidents, qui eut lieu le , quelques jours après la bataille de Wagram, faillit se terminer par un duel avec un autre officier en présence de leurs hommes. Il opposa Nansouty au général Arrighi de Casanova, qui commandait la 3e division de cavalerie lourde. Les deux généraux se disputaient la propriété exclusive pour leurs hommes d'un étang situé à proximité d'une petite ferme. Aucun des deux ne voulut céder et le ton de la discussion s'échauffa rapidement, à tel point qu'un duel fut envisagé afin de régler l'affaire. En définitive, Nansouty, plus ancien dans le grade, eut le dernier mot, et juste après l'incident, l'un des cuirassiers d'Arrighi érigea un panneau sur lequel était inscrit de manière sarcastique : « L'étang de Nansouty »[82].
Parfois, son sarcasme était dirigé jusqu'à l'encontre de ses supérieurs et Nansouty eut une explication orageuse avec Grouchy, plus expérimenté que lui pourtant, lors de la bataille de Friedland. Néanmoins, Grouchy reconnut peu après que le comportement de la division Nansouty au cours de la bataille avait été « glorieux »[83]. En 1809, Nansouty fit cette réponse célèbre à Napoléon qui le critiquait pour son action à Wagram : « après tout, ce n'est pas votre Majesté qui va m'apprendre à manier de la cavalerie »[55]. Trois ans plus tard, lors de la campagne de Russie, alors que Murat se plaignait du manque de résistance des chevaux, Nansouty lui rétorqua : « oh oui, Sire, c'est parce qu'ils manquent de patriotisme »[84]. À la bataille de Craonne en 1814, un jour avant de remettre sa démission, il refusa d'exécuter un ordre de Napoléon qui lui prescrivait d'attaquer une redoute sous un feu particulièrement nourri, estimant que c'était envoyer ses hommes à la mort. De fait, Nansouty répondit à l'Empereur : « j'y vais seul ; il n'y a là qu'à mourir, et je n'y conduirai pas ces braves soldats »[72].
Son comportement en campagne a été décrit comme parfaitement honorable et parfois humain : sous la Révolution française, il ne ménagea pas ses efforts pour protéger les émigrés capturés de la vindicte des révolutionnaires au sein de l'armée. Il se montrait également respectueux des populations civiles dans les territoires occupés et ne tolérait aucun pillage ou acte de violence de la part de ses hommes[85]. Installé au palais Kourakine lors de son séjour à Moscou, il prit des dispositions pour préserver cet édifice des flammes et des pillards[86]. Il se vit offrir à plusieurs reprises des cadeaux en signe de gratitude mais les refusait et les renvoyait le plus souvent ; alors qu'il faisait campagne dans le Tyrol, il accepta ainsi une forte somme d'argent qu'il redistribua immédiatement aux hôpitaux de la région. Une autre preuve de son humanité fut le soin qu'il accordait à la vie et au bien-être de ses hommes, se montrant toujours réticent à les sacrifier pour la gloire[85].
En tant que général de grosse cavalerie, Nansouty fut l'un des meilleurs soldats en activité pendant les guerres napoléoniennes. Précis, méthodique, avec une parfaite connaissance des ressources de son arme et des tactiques de la cavalerie, il était supérieur à n'importe qui pour préparer ses dispositions d'attaque[87]. Ces qualités étaient cependant tempérées par une trop grande prudence qui se révélait parfois préjudiciable sur le champ de bataille[88]. L'historien américain John Elting, qui loue son attention constante envers la troupe, estime que « son tempérament était dépourvu de cet élan et de cette disposition à infliger un coup décisif et inattendu pour redresser une situation désespérée »[89]. N'ayant pas l'audace de Lasalle, de Montbrun ou de Kellermann, Nansouty n'en dirigea pas moins certaines des charges de cavalerie les plus mémorables du Premier Empire[87]. Charles Antoine Thoumas affirme en outre qu'il agissait avec une « lenteur calculée » lorsqu'il était placé sous le commandement de Murat[83]. Son habileté à entretenir et à entraîner les troupes dont il avait la charge semble avoir surpassé celle de ses pairs. Cette caractéristique fut illustrée au début des guerres napoléoniennes dans le cadre de l'organisation de la réserve de cavalerie de la Grande Armée sous les ordres du maréchal Murat. Le commandement des différentes unités de cette réserve fut confié à quelques-uns des meilleurs généraux de cavalerie du moment, à savoir Jean-Joseph-Ange d'Hautpoul, Dominique-Louis-Antoine Klein, Marc-Antoine de Beaumont, Frédéric Henri Walther, Louis Baraguey d'Hilliers et Jean-Baptiste Milhaud. En dépit de la renommée et de la compétence de ces commandants, les six régiments de la division Nansouty acquirent la réputation d'être les mieux commandés et les plus précis dans l'exécution de leurs manœuvres[18]. Lors d'une bataille, il faisait continuellement manœuvrer ses troupes, persuadé qu'ainsi il parviendrait à les distraire du danger auquel elles faisaient face[90].
Les charges conduites par Nansouty à Austerlitz, Friedland, Eckmühl, Essling, La Moskova, Hanau ― qui lui valut d'être comparé au grand général de cavalerie prussien Friedrich Wilhelm von Seydlitz ―, Montmirail, Vauchamps et Craonne incitent son biographe, le général Thoumas, à le considérer comme l'un des meilleurs généraux de cavalerie de la Grande Armée[91].
Notes et références
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Étienne Marie Antoine Champion de Nansouty » (voir la liste des auteurs).
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- ↑ Griffon de Pleineville 2004, p. 33.
- Thoumas 2004, p. 13.
- ↑ Griffon de Pleineville 2004, p. 31.
- ↑ (en) John R. Elting, Swords Around a Throne : Napoleon's Grande Armée, Phoenix Giant, (1re éd. 1989), 769 p. (ISBN 0-7538-0219-8), p. 162.
- ↑ Courcelles 1823, p. 147.
- ↑ Thoumas 2004, p. 58.
Bibliographie
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- Jacques Garnier, Friedland, une victoire pour la paix, Éditions Napoléon Ier, .
- Natalia Griffon de Pleineville, « Le général Nansouty (2) », Tradition Magazine, no 204, , p. 31-34 (ISSN 0980-8493).
- Jean-François Massie, « Le général de division de cavalerie Étienne Antoine Marie Champion, comte de Nansouty (Bordeaux 1768-Paris 1815) », Revue historique de Bordeaux et du département de la Gironde, no 29, , p. 83-102 (lire en ligne).
- Jean-Pierre Mir, Hanau et Montmirail, La Garde donne et vainc, Paris, Histoire et Collections, , 83 p. (ISBN 978-2-35250-086-5).
- Alain Pigeard, Dictionnaire des batailles de Napoléon, Paris, Tallandier, coll. « Bibliothèque Napoléonienne », , 1022 p. (ISBN 2-84734-073-4).
- Georges Six (préf. commandant André Lasseray), Dictionnaire biographique des généraux et amiraux français de la Révolution et de l'Empire, t. 2, Paris, Georges Saffroy Éditeur, (lire en ligne), p. 249-250.
- Oleg Sokolov (ill. Serge Letine), L'armée de Napoléon, Saint-Germain-en-Laye, Commios, , 592 p. (ISBN 2-9518364-1-4).
- Charles Thoumas, Les grands cavaliers du Premier Empire, t. II, Éditions historique Teissèdre, (ISBN 0-543-96047-1).
- (en) James R. Arnold, Napoleon conquers Austria : the 1809 campaign for Vienna, Westport (Conn.), Praeger Publishers, , 247 p. (ISBN 0-275-94694-0, lire en ligne).
- (en) Ian Castle, Aspern and Wagram 1809, Osprey Publishing, coll. « Osprey / Campaign » (no 33), , 96 p. (ISBN 1-85532-366-4).
- (en) Digby Smith, Great Cavalry Charges of the Napoleonic Wars, Londres, Greenhill Books, (ISBN 1-85367-541-5).
Annexes
Voir aussi
- Liste des généraux de la Révolution et du Premier Empire
- Noms gravés sur l'arc de triomphe de l'Étoile
Liens externes
- Archives conservées par : Service historique de la Défense (GR 7 YD 374, FRSHD_PUB_00000355.pdf)
- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :
- Service Historique de l’Armée de Terre – Fort de Vincennes – Dossier S.H.A.T. Cote : 7 Yd 374.
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