Aérodrome militaire d'Ulrichen

Aérodrome militaire d'Ulrichen
Militärflugplatz Ulrichen
Image illustrative de l’article Aérodrome militaire d'Ulrichen
L'aérodrome en décembre 1972
Image illustrative de l’article Aérodrome militaire d'Ulrichen
Localisation
Pays Drapeau de la Suisse Suisse
Canton Valais
Ville Ulrichen
Coordonnées 46° 30′ 07″ nord, 8° 17′ 58″ est
Altitude 1 344 m (4 409 ft)
Histoire
Ouverture 30 octobre 1942
Fermeture 1999
Informations aéronautiques
Code OACI LSMC
Type d'aéroport Militaire, « aérodrome de guerre »
Gestionnaire Forces aériennes suisses
  • DAM Direction des aérodromes militaires (DAM), 1942 - 1968
  • Service des aérodromes militaires (SAM), 1968 - 1979
  • Office fédéral des aérodromes militaires (OFAEM), 1979 - 1995
  • Office fédéral des exploitations des Forces aériennes (OFEFA), 1995 - 2000
Pistes
Direction Longueur Surface
05/23 2 100 m (6 890 ft) Asphalte
Géolocalisation sur la carte : Suisse
(Voir situation sur carte : Suisse)
Aérodrome militaire d'Ulrichen
Géolocalisation sur la carte : canton du Valais
(Voir situation sur carte : canton du Valais)
Aérodrome militaire d'Ulrichen

L'aérodrome militaire d'Ulrichen (code OACI : LSMC) est un ancien aérodrome militaire des Forces aériennes suisses situé à Ulrichen, dans le canton du Valais, en Suisse. Il s'agissait d'un « aérodrome de guerre » (Reduit Flugplatz), son but étant le stationnement d'une escadrille dans des installations protégées. Jusqu'en 1999, année de sa fermeture, il était l'aérodrome militaire le plus élevé de Suisse.

Localisation

Localisation d'Ulrichen dans la vallée de Conches à l’extrémité Est de la vallée du Rhône et du canton du Valais.
Ulrichen
Localisation du Valais en Suisse
Localisation d'Ulrichen dans la vallée de Conches à l’extrémité Est de la vallée du Rhône et du canton du Valais.

Situé dans les Alpes suisses, l'aérodrome d'Ulrichen était localisé dans la vallée de Conches, dans la haute vallée du Rhône, à une dizaine de kilomètres de la source du fleuve.

Il appartenait au groupe des aérodromes militaires valaisans, tous situés dans la vallée du Rhône, soit, d'ouest en est et d'aval en amont, Sion (482 m), Tourtemagne (de) (624 m), Rarogne (638 m), Münster (1 327 m) et Ulrichen (1 344 m).

La piste de l'aérodrome et les chemins de roulage sont répertoriés pour la première fois sur la carte nationale de la Suisse au 1:25 000 (feuille 1250, Ulrichen) de 1993. Les abris pour avions ne figurent, quant à eux, qu’à partir de l'édition de 1999[1].

Histoire

Seconde Guerre mondiale

L'aérodrome est créé durant la Seconde Guerre mondiale dans le cadre du programme de construction des points d'appui de 1941, situés dans le secteur central (Réduit national). Onze aérodromes sont alors construits, s'ajoutant aux sept sites déjà existants dans le secteur central[2] :

En 1941, des négociations sont menées avec les communes de Turtmann, Raron, Münster, Ulrichen et les propriétaires fonciers au sujet de la construction d'aérodromes[3]. Dès 1942, les travaux de nivellement débutent sur ces sites[3].

Un abri U-43, ici à Rarogne.

Parallèlement aux voies de circulation et de la piste en herbe, un hangar en bois, une installation de carburant et des baraquement sont érigés. L'aérodrome d'Ulrichen est achevé le [4]. Les coûts sont alors estimés à 530 000 francs, hors abris à avions, installations de carburants et dépôts de munitions[5].

À partir de 1942-1943, les 18 aérodromes du secteur central (Zentralraum)[6] sont dotés de pistes en dur, pour la plupart de 900 mètres de long sur 40 mètres de large, afin de permettre des opérations par tous temps[7]. Huit abris pour avions U-43, quatre buttes pare-éclats en terre et quatre fortins légers de défense rapprochée y sont également construits[5].

Guerre froide

Après le service actif de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs étapes d'agrandissement et de modernisation ont eu lieu. En 1954, la piste est prolongée pour atteindre 1 500 mètres[4].

Ulrichen est doté d'un poste de commandement souterrain (Einsatz-Kommandoposten F54), d'un système de réservoirs à kérosène souterrains ainsi que d'abris pour avions plus modernes. Aucune caverne pour avions n'y est construite[5].

L'abri U-69 pour quatre avions.

La construction du poste de commandement (PC) et de sa caserne souterraine s'avère très coûteuse à Ulrichen, comme pour presque tous les aérodromes de guerre. Au , un surcoût de 2,85 millions de francs est calculé, dont près d'un million de francs en raison de difficultés de construction et plus d'un million de francs à cause de l'inflation. Au lieu des 6,3 millions de francs initialement prévus, le coût total atteint 9,175 millions de francs. L'infrastructure comprend également une connexion par faisceau hertzien avec le réseau de communication à haute altitude (Höhennetz) des forces aériennes[5]. Le PC est utilisé pour la première fois lors du cours de répétition[8] de l'automne 1964[3].

En 1970, quatre abris U-43 sont transformés en abris pour avions U-43/68. En 1972, un abri U-69 pour quatre avions (deux avions par halle) est mis en service. En 1976, une halle polyvalente est construite, elle est également mise à disposition de la commune[4]. En 1986, trois abris d'alarme U-80 (un double et un simple) et un U-83 (pour quatre avions) sont en service[9],[4].

Fermeture

L'aérodrome est fermé en 1999. Le détachement d'Ulrichen de l'Office fédéral des exploitations des Forces aériennes (OFEFA), rattaché à Sion, est officiellement dissous au [3].

La piste a été en partie démantelée sur plusieurs sections. Sur les 800 mètres de piste supprimés dans la partie ouest de l'aérodrome, le Geschinersee, un lac artificiel de 600 mètres de long, est officiellement inauguré le . Après l'hiver avalancheux de 1999, une barrière paravalanches avait été édifiée à Geschinen. Le matériel utilisé pour sa construction provenait d'une excavation sur l'ancienne piste de l’aérodrome et il fut décidé d'y aménager un lac[10].

Avant et après sa fermeture, l'aérodrome a été utilisé à plusieurs reprises par Agusta puis AgustaWestland pour des essais à haute altitude de divers prototypes d'hélicoptères. Ce fut notamment le cas en avec l'Agusta A109K2[11], appareil de sauvetage conçu pour répondre à une demande de la Rega. En , l'Agusta-Bell AB139 AC/2 y effectua une première mission, suivie d'autres en 2007, 2008 et 2010 pour des tests de catégorie A (CAT. A), d'essais de treuillage, de crochet barycentrique, etc[12]. En , le deuxième prototype de l'ADAV AgustaWestland AW609 y fut basé pendant une semaine pour effectuer des vols d'essai[13].

Infrastructures de l'aérodrome en 1990

  • Piste en asphalte 05/23 (2 100 m x 40 m)
  • Poste de commandement souterrain F54
  • Installation de réservoirs souterrains (Unterirdische Tankanlage UTA) de Rosseye pour l'approvisionnement en kérosène, relié à la ligne ferroviaire Brigue–Andermatt du Matterhorn-Gotthard Bahn[14]
  • État des huit abris pour avions U-43 de 1943
    • Trois abris restés dans leur configuration d'origine (avec portes en acier)
    • Quatre abris transformés en U-43/68
    • Un abri transformé en magasin à munitions
  • Un abri avions U-69 (quatre avions)
  • Trois abris d'alarme U-80 (un double et un simple) en bout de piste
  • Un abri avions U-83 (quatre avions)
  • Deux ponts sur le Rhône reliant des abris pour avions et la piste. Ici les chemins de roulage traversent également la ligne ferroviaire du MGM.
  • Magasins de munitions
  • Cantonnements d'Ägina (Truppenlager Ägina) et de Rhonesand (Truppenlager Rhonesand) avec salle polyvalente
  • Un fortin léger pour la défense rapprochée (sur les quatre construits à l'origine)
  • Abris U4 (Kugelbunker)
  • Hangar en bois
  • Bâtiment de commandement (utilisé en temps de paix)
  • Divers baraquements, entrepôts et garages

Avions, unités et escadrilles

Ulrichen est occupée pour la première fois par une unité volante des Troupes d'aviation de à . La moitié de la Fliegerstaffel 16 (de), équipée de C-35 et C-3603, était stationnée à Münster et l'autre moitié à Ulrichen. En 1945, le groupe aérodrome 3 met en œuvre des Me-109E à Ulrichen[15]. Le groupe est alors composé des compagnies d'aviation 7, 8 et 9, avec les escadrilles respectives 7, 8 et 9 [16]. Il est subordonné au régiment aérodrome 1, appellation du régiment aviation 1 depuis le [17].

En , le régiment aérodrome 1 (rgt aérod 1) est transféré en Valais[17]. Le groupe aérodrome 3 (gr aérod 3) est stationné à Ulrichen avec la compagnie d’État-major aérodrome 3 (cp EM aérod 3), la compagnie d'aviation 2[17] et la batterie DCA aérodrome 3. Le gr aérod 3 met en œuvre des D-3801 de 1951 à 1954, puis des de Havilland Venom DH-112 de 1955 à 1983.

Entre 1954 et 1956, bien que le gr aérod 3 soit stationné à Ulrichen, ses différentes compagnies effectuent leurs cours de répétition à Turtmann, Buochs (en) (cours de transition sur Venom de la cp av 2 en 1955) et Sion.

Le , la brigade aérodrome 32 est créée. Le régiment aérodrome 1 (Valais) qui lui est subordonné comprend alors le gr aérod 1 à Tourtemagne (de), le gr aérod 2 à Rarogne, le gr aérod 3 à Ulrichen et le gr aérod 4 à Sion. Le groupe aérodrome 3 (gr aérod 3) à Ulrichen est composé de la compagnie d’État-major aérodrome 3 (cp EM aérod 3), de la compagnie d’aviation 2 (cp av 2), de la batterie DCA aérodrome 3 (bttr DCA aérod 3) et de la compagnie de génie aviation 3 (cp G av 3)[9],[17].

En 1972, toutes les formations des troupes d'aviation et de DCA sont en service du au . Lors des grandes manœuvres d'automne de cette année (les « Kaisermanöver » du au ), tous les systèmes d'armes et de conduite (FLORIDA) sont intégrés et engagés pour la première fois dans des conditions tactiques réelles[17].

Le , pour les 60 ans des troupes d'aviation et de DCA, le régiment aérodrome 1 organise des portes ouvertes à Sion, Turtmann, Raron et Ulrichen[17]. En 1975, un premier cours de déneigement de la brigade aérodrome 32 se déroule à Ulrichen[17]. Lors du cours de répétition de , le rgt aérod 1 effectue l'exercice « SUBITO » pour entraîner l'entrée en service en condition de mobilisation et le service de vol immédiat. À Ulrichen, l'exercice « LINDI » entraîne les staticiens et les ferblantiers aux réparations de guerre sur les avions.

En , l'exercice « COMPACT 81 » entraîne les régiments d'aviation 1 et d'aérodromes 1 à l'engagement des avions avec les effectifs OEMT (organisation des états-majors et des troupes). Les avions sont alors configurés comme en cas de guerre et le déroulement des opérations s'est effectué selon les conditions techniques et logistiques pseudo-réelles[9]. Le 21 novembre, une journée de visite est organisée à Ulrichen au gr aérod 3[17].

L'emblème de l'escadrille d'aviation 2 représente la grue de la Gruyère
Le Hawker Hunter J-4099 à Payerne en 1989. Il arbore l'inscription « Space Shuttle » en référence à son pilote, Claude Nicollier. Alors astronaute en formation et pilote de milice au sein de l'Escadrille 2, ce dernier a participé à l'ultime cours de répétition de l'unité à Ulrichen en mai 1990.

À partir de 1983, l'Escadrille d'aviation 2 (de), qui vole sur Hawker Hunter, est stationnée à Ulrichen.

En 1985, le groupe aérodrome 2 est en dislocation à St. Stephan (de), et le gr aérod 7 effectue son cours de répétition à Ulrichen.

En 1986, la cp av 2, qui a effectué son cours de transition sur F-5 Tiger II en 1984, est transférée à Sion (gr aérod 4)[9] et le gr aérod 3, toujours à Ulrichen, reçoit la compagnie aviation 15 (cp av 15) qui met en œuvre des Hawker Hunter. En cas de mobilisation de guerre, le groupe aérodrome 3, responsable des opérations, du déploiement et de la défense, devait recevoir pour sa défense la compagnie de fusiliers de montagne III/48 (Geb Füs Kp III/48) du régiment d'infanterie 69 (Inf Rgt 69)[5].

Le groupe aérodrome 3, alors composé de la compagnie d’État-major aérodrome 3 (cp EM aérod 3), de la compagnie d’aviation 15 et de la compagnie de génie aviation 3[16], effectue son dernier cours de répétition à Ulrichen du au . Durant ce cours de répétition, l'Escadrille d'aviation 2 y vole du 6 au , avec le dernier service de vol jet sur l'aérodrome le .

Avec la réorganisation de la brigade aérodrome 32 de 1992, le gr aérod 3 est transféré à Turtmann, la compagnie aviation 15 est dissoute au [17] et le groupe aérodrome 6 (Flpl Abt 6) est transféré à Ulrichen. Il est composé de la compagnie d’État-major aérodrome 6 (Flpl Stabskp 6), de la compagnie de transport aérien 8 (LT Kp 8, anciennement L Fl Kp 8)[17] qui a effectué son cours de transition sur Super Puma en 1991, de la compagnie de génie aviation 6 (Fl G Kp 6) et des compagnies de fusiliers lourds 835 et 837 (Sch Füs Kp 835 / 837)[9]. Avec ce groupe, c'est une escadrille de transport aérien (la 8?), équipée de cinq Alouette III et cinq Super Puma, qui est stationnée à Ulrichen.

En , le dernier cours de répétition à Ulrichen est effectué par le gr aérod 6 et une escadrille de transport avec cinq Super Puma et cinq Alouette III[18].

Durant son exploitation, d'autres types d'aéronefs, notamment des avions d'entraînement et de liaison, des hélicoptères et des PC-6[19],[20] se posaient à Ulrichen lors d'entraînement au vol, lors d'exercices ou pour des ravitaillements en kérosène.

Notes et références

  1. Ulrichen (VS) - Obergoms, map.geo.admin.ch.
  2. David Külling, Manfred Hildebrand et Maurice Lovisa, Monuments militaires le domaine des Forces aériennes, Berne, DDPS, armasuisse, , 60 p. (lire en ligne), p. 10
  3. Hugo Freudiger, Histoire des Forces aériennes suisses - 12 Histoire de la Base aérienne de Sion, Forces aériennes suisses, Berne, 2016
  4. (de) (fr) (it) Anhang, Kurz-Chroniken der BAMF-Betribe, Zusammengestellt von Max Kägi, Zur Geschichte des BAMF / Souvenirs de l'OFAEM, 1995, Bundesamt für Militärflugplätze
  5. Flugplatz Ulrichen, festung-oberland.ch
  6. Alpnach, Ambri (600 m), Buochs, Frutigen, Interlaken, Kägiswil, Lodrino (880 m), Meiringen, Mollis, Münster (880 m), Raron (1 500 m), Reichenbach, Saanen (1 000 m), Sion, St. Stephan, Turtmann, Ulrichen, Zweisimmen (880 m)
  7. Walter Dürig, Die Flieger- und Fliegerabwehrtruppen von den Anfängen bis 1943, Beiträge zur Geschichte der schweizerischen Flieger- und Fliegerabwehrtruppen, 26 novembre 2016, wrd.ch
  8. En Suisse, le cours de répétition (CR) désigne la période annuelle d'entraînement militaire obligatoire d'une unité. Il dure trois semaines (19 jours) pour la troupe et environ un mois pour les cadres.
  9. Maj Victor Dario, 25 ans brigade aérodrome 32, Zürich/Winterthur, Flpl Br 32, , 92 p. (lire en ligne)
  10. Geschinersee, gemeinde-goms.ch.
  11. Agusta A109K2 (c/n 7340) I-DACE, aaa.dgualdo.it.
  12. Augusta-Bell AB139 AC/2 - elicottero - meccanica, lombardiabeniculturali.it.
  13. (en) [vidéo] « BA-609 Tilt Rotor tests at Ulrichen, Switzerland », sur YouTube,
  14. (de)MGB: Unterirdische Tankanlage (UTA) bei Ulrichen, 16 avril 2010, modell-bahn.ch.
  15. Chronik der Flugplatz Abteilung 3, flplabt3.ch
  16. Abteilungschronik im Detail, janvier 2003, flplabt3.ch
  17. Régiment aérodrome 1 (1945 - 1995), chronique du jubilé, 1995, Sion, wrd.ch
  18. Ulrichen-LSMC, airhistory.net.
  19. Markus Herzig, S/N 649, pc-6.com
  20. Com_L31-0043-0007-0008, e-pics.ethz.ch.

Voir aussi

Article connexe

Liens externes

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