Abdullah ibn Saba

Abdullah ibn Saba
Tombeau d'Ibn Saba à Latakié en Syrie
Biographie
Naissance
Nom dans la langue maternelle
عبد الله بن سبأ

Abdullah ibn Saba (en arabe : عبد الله بن سبأ), parfois aussi appelé Ibn al-Sawda[1], est un personnage du VIIe siècle lié a l'histoire islamique dont l'existence et le rôle font l'objet de visions contradictoires entre les traditions sunnite et chiite.

Les érudits musulmans sunnites[Qui ?] déclarent qu'Ibn Saba était un juif converti et qu'il est à l'origine des fondements de la croyance chiite. La plupart des chiites[Qui ?] nient ces affirmations et le considèrent quant à eux comme l'un des exagérateurs (ghulāt) d'un groupe de la ville de Séleucie-Ctésiphon (Al-Mada'in (en)), groupe qui était venu voir Ali ibn Abi Talib à Kufa et proclamèrent sa divinité. Ali aurait tenté de le faire brûler pour ces affirmations[2]. D'autres chiites nient l'existence même de Abdullah ibn Saba et voient en l'histoire de ce personnage une campagne de dénigrement de l'histoire du chiisme de la part des sunnites.

Biographie

Perspective sunnite

D'après les sunnites, Abdullah ibn Saba est un juif originaire de Sanaa au Yémen de la tribu de Hayra et est le fils de Saba ibn Shamūn et d'une abyssine appelée Sawda. Il aurait prétendu se convertir à l'islam durant le califat de Othman ibn Affan.

Des insurgés vinrent d'Égypte, à leur tête Abdullah El Rafiqi et ibn Saba, pour contester le refus de Othman ibn Affan de limoger son demi frère, Abdullah ibn Abi Sarh, de la gouvernance de l'Egypte. Ceux-ci essayèrent de rallier Ali à leur mouvement mais il les renvoya en Egypte. Sur le chemin du retour, les insurgés interceptèrent un message. Portant le sceau de Othman mais ressemblant à l'écriture de Marwan ibn al-Hakam, cette lettre était adressée au gouverneur d'Égypte lui enjoignant d’exécuter les insurgés à leur retour. Ils décidèrent alors de retourner à Médine où ils furent restés, malgré le refus de ʿAli, jusqu'à l’assassinat du Calif.

Dans l’insurrection qui mena Othman à son assassinat, Ibn Saba' joua un rôle important d'après les sunnites. La tradition rapporte qu'Ibn Saba devint un fervent partisan (Shī‘at ‘Alī). Il appela à la divinité de ʿAli. Au départ, il ne prêcha pas ouvertement ses croyances mais lorsqu'il vit qu'il était suivi, il se lança dans une campagne de prédication vigoureuse[3]. Toutefois, lorsqu'Ibn Saba' fit valoir que ʿAli était Dieu lui-même en disant : « Tu es celui qui est », ʿAli le déclara hérétique, brûla une partie de ses partisans (saba'iyyoun) et l'expulsa à al-Mada'in (en)[4].

Après l'assassinat de ʿAli ibn Abi Talib par les kharidjites, Ibn Saba déclara que ʿAli n'était pas mort mais vivant, qu'il n'avait jamais été tué, qu'une partie de la révélation (ou de la divinité) était cachée en lui, et qu'après un certain temps, il reviendrait pour remplir la terre de justice[réf. nécessaire]. En attendant, le caractère divin de ʿAli devra rester caché à travers les Imams, qui prendront sa place temporairement[réf. nécessaire]. Pour les sunnites, il est facile de voir que toute l'idée repose sur celle du Messie en combinaison avec la prophétie d'Élie, un des prophètes de l'Ancien Testament[5].

Selon des références historiques sunnites[réf. nécessaire], c'est Ibn Saba qui incita les musulmans à tuer Othman[6]. Il fit également subir beaucoup de dégâts aux armées d'Ali et de Muʿawiya qui furent adversaires dans la bataille du Chameau, forçant les deux belligérants à livrer bataille.

Ibn Saba est donc considéré par les théologiens sunnites[réf. nécessaire] comme le fondateur de l'islam chiite[7], bien que la cause de son extrémisme est considérée par les chiites comme une accusation sans fondement[8]. Pour les sunnites, l'apôtre Paul et Abdullah ibn Saba sont vus comme des « crypto-juifs » ayant infiltré le christianisme et l'islam pour les détruire de l'intérieur[9].

Perspective chiite

D'anciens érudits chiites ont évoqué Abdullah ibn Saba dans leurs ouvrages. Parmi eux, Abu Muhammad al-Hassan ibn Moussa al-Nubakhti[10], Abu ʿAmr ibn Abdil ʿAziz al-Kash-shi[11], Al-Hassan ibn ʿAli al-Hilly[12], Al-Abadi Astra[13], As-Sadouq (en)[14], et Al-Nawbakhty (en)[15]. Ils affirment que Abdullah ibn Saba était de confession juive, puis converti à l'islam. Ils pensent que lors de sa conversion, Ibn Saba se soit autoproclamé prophète et que ʿAli était en fait Allah. Ali aurait craint certaines récriminations à cause des croyances d'Ibn Saba et lui aurait enjoint de se rétracter. Lorsque Ibn Saba refusa, Ali prit les mesures nécessaires afin qu'il soit exilé ou exécuté[16], selon les avis. Étant donné que l'interprétation varie en fonction de chaque théologien, l'histoire exacte demeure inconnue mais certains récits d'origine juive semblent aller dans le sens de cette interprétation[17],[18],[19].

Le savant chiite Al-Bahrani dans son ouvrage Al-Hadaaq Al-Nadhira décrit Ibn Saba comme étant un maudit que l'émir des croyants Ali a brûlé pour ses hérésies.

Recherches contemporaines

Les historiens modernes divergent sur l'historicité d'Ibn Saba[1]. Certains d'entre eux tels qu'Israel Friedlander, Sabatino Moscati et la plupart des historiens sunnites, affirment son existence[20],[21]. D'autres, comme Taha Hussein, Bernard Lewis, Leone Caetani, ainsi que des historiens chiites le considèrent légendaire ou semi-légendaire[20]. Son origine juive a également été contestée. Marshall Hodgson considère Ibn Saba et Ibn al-Sawda comme deux differentes personnes.

Taha Hussein, écrivain d'origine égyptienne, reprend la théorie de Bernard Lewis[22] selon laquelle Ibn Saba étant présent à la bataille de Siffin prouve qu'il s'agit d'une personne fictive[23]. Il suggère que l'histoire fut "fabriquée" par les « ennemis des chiites » et même que l'insertion d'un « élément juif » tendrait à discréditer encore un peu plus les chiites[23]. Nibras Kazimi, chercheur au Hudson Institute, a décrit l'histoire d'Ibn Saba comme une « propagande sunnite » visant à créer des dissensions au sein même du chiisme[24] et cite le travail d'un autre érudit, Yitzhak Nakash, pour appuyer sa thèse.

Fiabilité de Sayf ibn Omar

Sayf ibn Omar est un historien du VIIIe siècle mort durant le règne de Hâroun ar-Rachîd à Bagdad selon Al-Dhahabi. Au cours de sa vie, Sayf a écrit deux livres qui étaient déjà disponibles pendant le règne des Omeyyades :

  • Al-Futuh wa al-Riddah parle de la période juste un peu avant la mort du prophète Mahomet jusqu'à ce que ʿOthman prenne ses fonctions de troisième calife ;
  • Al-Jamal wa Masîri ʿAisha wa ʿAli, raconte la période de l'histoire à partir de l'assassinat de ʿOthman jusqu’à la bataille du chameau, lutte qui opposa Ali ibn Abi Talib à Aïcha, Talha et Zubayr[réf. nécessaire].

L'argument principal des négateurs de l'existence d'Ibn Saba est que les récits traçants son histoire sont rapportés par Sayf et que ce dernier est disqualifié par les spécialistes de la transmission de la tradition prophétique, alors que les sunnites ont un point de vue plus mitigé.

En effet, la plupart des savant du hadith considèrent les récits de Sayf ibn Omar transmettant la tradition du prophète comme étant faibles. Mais il est aussi considéré comme une référence en histoire.

Ibn Hajar mentionne dans son ouvrage Taqrib al tahzib : « faible en hadith, une référence en histoire. »

De plus, ces récits sont rapportés via d'autres voies de transmission, sunnites et chiites, notamment celles de Ammar A-Duhani et Yazid ibn Wahb, qui ne passent pas par Sayf ibn Omar.

Ghulāt

Abdullah ibn Saba est considéré comme le premier des ghulāt (extrémistes). Il aurait été le premier à nier la mort de Ali et à prédire son retour (raj'a), ce qui était considéré comme une forme de ghulū (exagération). De plus, la notion d'occultation (ghayba) d'un imam semble être apparue pour la première fois parmi les ghulāt[25].

Notes et références

  1. Hodgson, M. G. S. (1960). "ʿAbd Allāh ibn Sabaʾ". In Gibb, H. A. R.; Kramers, J. H.; Lévi-Provençal, E.; Schacht, J.; Lewis, B. & Pellat, Ch. (eds.). Encyclopédie de l'Islam : Nouvelle édition. Volume I: A–B. Leiden: E. J. Brill. p. 51. OCLC 495469456.
  2. Lisan al-Mizan, par Ibn Hajar al-Asqalani, v3, p. 290
  3. Bihar al-Anwar, vol. 25, p. 286
  4. Heinz Halm, Shi'ism 2e Edition p. 155, (1987) 2004 Columbia University Press (ISBN 0231135874)
  5. Bibliography: Shatrastani al-Milal, pp. 132 et seq. (in Haarbrücken's translation, i. 200-201); Weil, Gesch. der Chalifen, i. 173-174, 209, 259.
  6. Othman bin 'Affaan
  7. Answering Shi'ism
  8. Moojan Momen, An Introduction to Shi`i Islam, Yale University Press, (1985) p. 46
  9. (en) Ahlus-Sunnah wal-Jama'at, « Historical Background of the Religion of Shiism »(Archive.orgWikiwixGoogle • Que faire ?)
  10. Book Firaq al-Shi'a: Nubakhti, pp.43,44
  11. Rijaal al-Kash-shi: Abu 'Amr bin Abdul Aziz al-Kash-shi, p.101 al-Mamaqaani, author of "Tanqeeh al-Maqaal", who is an authoritative Shi'i biogrophist quoted the like in his said book, p.184
  12. Kitaab al-Rijaal: al-Hilly, p.469, printed in Tehran, Iran 1383 h. From Ash-Shi'a wat-Tashayyu', p.56
  13. Manhaj al-Maqaal: al-Astar Abadi, p.203, from: Ash-Ashia wat-Tashayyu', p.56
  14. As-Sadouq (en), Man la yahduruhu al-Faqih 1/229
  15. Al-Shia page 19-20.
  16. M. G. S. Hodgson, ʿAbd Allāh ibn Sabaʾ, vol. 1, Brill Academic Publishers, Encyclopædia of Islam, , 2e éd. (ISBN 90-04-08114-3), p. 51
  17. Bibliography: Shatrastani al-Milal, pp. 132 et seq. (in Haarbrücken's translation, i. 200-201); Weil, Gesch. der Chalifen, i. 173-174, 209, 259
  18. ABDALLAH IBN SABA sur la JewishEncyclopedia
  19. KA'B AL-AḤBAR sur la JewishEncyclopedia
  20. Tucker, William Frederick (2008). Mahdis and millenarians: Shī'ite extremists in early Muslim Iraq. Cambridge University Press. pp. 10–12. ISBN 978-0-521-88384-9.
  21. Al-Samarrai, Qasim (2000), "Sayf ibn ʿUmar and ibn Sabaʾ: A new approach", in Tudor Parfitt (ed.), Israel and Ishmael: studies in Muslim-Jewish relations, Palgrave Macmillan, pp. 52–58, (ISBN 978-0-312-22228-4)
  22. (en) Bernard Lewis, Jews of Islam, Greenwood Publishing Group, (ISBN 978-1-4008-1023-9), p. 103
  23. al-Fitnat al-Kubra, Vol. II, p.90
  24. p.58,Yitzhak Nakash, "Zarqawi's anti-Shi'a Legacy: Original or Borrowed? Nibras Kazimi" found in Current trends in Islamist Ideology, volume 4, Hudson Institute, Inc 2006. (Nakash work is Yitzhak Nakash,Reaching for Power: The Shia in the Modern Arab World, (Princeton University Press, 2006, p.45)
  25. Hodgson, M. G. S. (1965). "GHULĀT". Encyclopédie de l'Islam. Vol. 2 (2nd ed.). Brill Academic Publishers. pp. 1093–1095.
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