Affaire du trésor du FLN
L'affaire du trésor du FLN est une affaire politico-financière en Algérie.
Après la libération de l'Algérie en 1962, Mohamed Khider trésorier du Front de libération nationale (FLN) récupère le trésor du FLN pour le placer sur des comptes bancaires. Mais Mohamed Khider s'oppose politiquement à Ahmed Ben Bella et s'exile en Suisse. Il annonce alors mettre à disposition ces fonds auprès des opposants au régime algérien, il est assassiné en 1967. Ce n'est qu'en 1979 que l'État algérien récupère une partie des fonds, l'essentiel de ceux-ci ayant disparu.
Historique
Origine des fonds
Le plusieurs résistants algériens[N 1], membres de l'Organisation spéciale branche armée du Parti du peuple algérien (PPA), organisent et participent au cambriolage de la poste d'Oran. Ce vol de 3,178 millions de francs permet notamment d'initier le trésor de guerre du Front de libération nationale (FLN) et d'acheter des armes[1].
Pendant la guerre d'Algérie (1954-1962), le trésor du FLN a pour origine, des fonds reçu par le FLN venant des cotisations mensuelles de tous les travailleurs algériens en Europe et des dons de pays arabes et des réseaux clandestins[2]. Les fonds sont alors détenus par Le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) dans des banques arabes et les fédérations du FLN en Europe[3].
Devenir des fonds après l'indépendance (1962)
Mohamed Khider, libéré en 1962, soutient Ahmed Ben Bella et il devient en septembre secrétaire général et trésorier du FLN. Son bureau politique du FLN donne mission à Mohamed Khider de récupérer les fonds déposés dans plusieurs banques à l'étranger. Sur ces comptes, il y a l'argent que possédait le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) dans certaines banques arabes, ainsi que celui des fédérations du FLN en Europe. Mohamed Khider récupère 6 milliards d’anciens francs qu’il place dans une banque à Beyrouth, ainsi qu’un milliard et demi d’anciens francs de la fédération de France qu’il dépose en à la Banque commerciale arabe (BCA)[3].
Cependant, des divergences politiques apparaissent, Mohamed Khider étant opposé avec les orientations d'inspiration socialiste que mène Ahmed Ben Bella[3].
Mohamed Khider est contraint à l'exil. Réfugié à Genève, en Suisse, il annonce officiellement son opposition à la dictature du FLN. Ben Bella puis Houari Boumédiène l'accusent d'avoir détourné les fonds du FLN qu'il gérait. Déclarant son opposition au coup d’État de 1965 et au régime autocratique du colonel Houari Boumédiène, Mohamed Khider décide de financer tout projet visant à lutter contre le régime algérien. Pour le dépôt de ces fonds, il crée en Suisse, notamment le soutien de François Genoud[N 2], la Banque commerciale arabe (BCA)[2].
Le en Espagne, Mohamed Khider est assassiné par les services spéciaux algériens à Madrid. Le trésor reste introuvable, l'État algérien intente alors une action judiciaire en Suisse à l'encontre de la BCA pour mettre la main sur les 43 millions de francs suisses constituant le « trésor de guerre » du FLN[5],[6]. L'État algérien est débouté de sa demande en 1974 par le tribunal fédéral, l'Algérie décide alors de rappeler son ambassadeur à Berne[7]. Après la mort d'Houari Boumédiène, Chadli Bendjedid est au pouvoir en Algérie, des négociations sont engagées, la famille de Mohamed Khider renonce à ses droits et l’Algérie peut recevoir ce qu'il reste du trésor du FLN, soit environ deux millions et demi de francs suisses[2].
En 1967, Le Monde évoque un don de l'émir de Koweït de 500 000 livres sterling, à l'œuvre d'assistance aux orphelins de guerre algériens Djil el Djadid. Toutefois, cette somme a été reçue par la Banque commerciale arabe (BCA) à Genève en Suisse, qui affirme l'avoir transférée à la BCA à Alger, mais cette dernière indique ne l'avoir jamais reçue[8].
Mémoire
En 2025, le journaliste algérien Saâd Bouakba évoque cette affaire du trésor du FLN dans des entretiens donnés à une chaine de télévision : « Voici comment les dirigeants de la révolution se sont partagé les fonds du FLN : révélations historiques choquantes »[9],[10]. À la suite de la plainte de la fille d’Ahmed Ben Bella, il est notamment accusé d'atteinte aux « symboles de la Révolution de libération nationale », il est alors incarcéré dans la prison d'El-Harrach puis libéré après une condamnation à trois ans de prison avec sursis et un million de dinars d’amende. La chaine qui a diffusé ses propos est définitivement fermée[11].
Bibliographie
- Pierre Péan, L'Extrémiste : François Genoud, de Hitler à Carlos, Paris, Fayard, coll. « Grands documents contemporains », , 424 p. (ISBN 978-2-213-59615-0, OCLC 34869319).
- Tarik Khider, L’affaire Khider, histoire d’un crime d’État impuni, éditions Koukou, , 246 p. (ISBN 978-9931315124)[5].
Notes et références
Notes
- ↑ Parmi les organisateurs et les exécutants de l'attaque de la poste d'Oran en se trouvent notamment : Boudjemaa Souidani, Hocine Aït Ahmed, Hamou Boutlélis, Ahmed Ben Bella, Mohamed Khider et Hocine Aït Ahmed[1].
- ↑ Jacques Vergès surnomme François Genoud « le banquier du FLN »[4].
Références
- « L’attaque de la Poste d’Oran: Action spectaculaire de l’OS pour préparer la lutte armée. », sur El Moudjahid, (consulté le ).
- Philippe Bernet, « Comment a fondu le trésor de guerre du FLN : retour sur une enquête de Philippe Bernet de l’Hebdomadaire VSD (1979). », sur VSD (article repris par Le Matin d'Algérie), (consulté le ).
- Arezki Said, « En Algérie, un journaliste emprisonné sur fond d’interrogations sur le trésor de guerre du FLN », sur Jeune Afrique, (consulté le )
- ↑ « Entretien avec Jacques Vergès. », sur Le Figaro, (consulté le ).
- Arezki Metref, « L’affaire Khider. Histoire d’un crime d’État impuni », sur Le Monde diplomatique, (consulté le ).
- ↑ Isabelle Vichniac, « Nouvel épisode de l'affaire du « Trésor du FLN algérien ». », sur Le Monde, (consulté le ).
- ↑ Jean-Claude Buhrer, « Selon la Tribune de Genève : L'affaire du « trésor du F.L.N. » serait en voie de règlement. », sur Le Monde, (consulté le ).
- ↑ « Une partie des fonds du F.L.N. serait déjà entre les mains des amis de M. Khider. », sur Le Monde, (consulté le ).
- ↑ Samia Lara, « Saad Bouakba, le doyen de la presse algérienne, emprisonné après une émission sur « le trésor du FLN » », sur L'Humanité, (consulté le ).
- ↑ Sofiane Ayache, « Le journaliste Saad Bouakba placé sous mandat de dépôt », sur Le Matin d'Algérie, (consulté le ).
- ↑ Rafik Tadjer, « Procès du journaliste Saâd Bouakba : le tribunal rend son verdict », sur TSA, (consulté le ).
Articles connexes
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