Al-Jammama

Al-Jammama
Village de Jammama en 1948.
Géographie
Pays
Territoire
Sous-district
Altitude
150 m
Coordonnées
31° 29′ 55″ N, 34° 41′ 10″ E
Carte de la région d‘al-Jammama au 1:250 000 (1945).
Carte

Al-Jammama (الجمامه) ou Djelameh est un hameau palestinien situé dans le désert du Naqab (actuellement appelé Néguev), à 30 kilomètres au nord-ouest de Beersheba. Sa population recensée était de six habitants en 1931, des Bédouins de la tribu des Ataouinas[1]. Comme des centaines d’autres villages arabes, il a été détruit et ses habitatns expulsés en 1948, lors de la guerre pour la Palestine de 1948.

Étymologie

En 1881, alors qu‘al-Jammama n’est encore qu’une ruine abandonnée (Khirbet en arabe), Palmer donne l‘étymologie suivante : Khirbet Jemmâmeh, « les ruines de l’abondance » ou « les ruines des réservoirs »[2].

Géographie

Al-Jammama est construit dans une région vallonnée, sur les rives de l’oued al-Mudabba'. Le village est à proximité immédiate d‘un carrefour de routes secondaires : l’une, vers le nord-ouest, conduit à Gaza par Burayr et donc à la grande route côtière. D’autres routes secondaires relient al-Jammama aux villages voisins et à Beersheba. Al-Jammama a donc été considéré comme un carrefour stratégique pour la conquête du sud de la Palestine[1].

Histoire

Mosaïque découverte à proximité d’al-Jammama.

Le village est construit sur des sites archéologiques ; des citernes, un pressoir à huile d‘olive, des mosaïques, des tombes et des outils de pierres du Paléolithique moyen ont été découverts dans les enviros[3].

Un texte d‘invocation, Qu‘Allah ait pitié de toi, Amr b. Sahl al Jahmi, datant des débuts du 2e siècle de l‘Hégire (IXe siècle de l‘ère chrétienne) a été trouvé dans les vestiges d‘un ancien bain à Al-Jammama. L’inscription est conservée au kibboutz Ruhama[4]. Une inscription de fondation, pour la construction d’une citerne ou d‘un puits, plus récente de trois siècles (5e siècle de l‘Hégire/XIe siècle de l‘ère chrétienne) a aussi été découverte à Al-Jammama[4].

Empire ottoman

En 1863, Victor Guérin décrit Khirbet-Djelameh, alors à l‘état de ruines situées sur une petite hauteur, proche de l‘oued el-Hesy[5].

En 1883, le rapport du Palestine Exploration Fund (SWP) trouve à Khurbet Jemmameh « les restes d‘un village en ruines, d‘environ 20 maisons. Citernes en ruines. Un puits à sec en été. Un pressoir à huile et une partie d‘une mosaïque »[6].

En 1909, les Bédouins Ataouna d’al-Jammama vendent 600 hectares de terres au groupe moscovite Sheerit Israel[7],[8] afin d’obtenir des fonds pour construire des habitations et des entrepôts dans la ville nouvelle de Biˀr as-Sabˁ. Cependant, les lois ottomanes interdisaient la vente de terres et l’immigration sioniste en Palestine[9]. La vente ne put se conclure que grâce à des requêtes auprès des autorités d’Istanbul[10], notamment de la Jewish Colonization Association et d’un notable de Gaza. La colonie est baptisée Ruhama ("grâce") et finalement fondée en 1912[11],[12].

Les colons plantent des oliviers et des amandiers[10] mais louent la majorité des terres qu’ils ont acheté aux Bédouins qui leur ont vendu, dès novembre 1913[8]. Dès la fin de 1917, malgré de grosses subventions de Russie, Ruhama est trop endettée et est saisie par la banque anglo-palestinienne[13],[14], filiale du Fonds colonial juif (Jüdische Kolonialbank) créée en 1902 à Jaffa[15]. Les travailleurs sont eux déportés durant la Première Guerre mondiale par l‘Empire ottoman car ils avaient accueilli l‘organisation anti-ottomane Nili[13],[10].

Mandat britannique

Chevaux de l‘armée britannique à Jammama pendant la Première Guerre mondiale.
Carte topographique d’al Jammama au 1:20 000 (1947).

De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Jammama est conquise en novembre 1917. Le 8 novembre, l’armée britannique bat les troupes ottomanes à Al-Jammama, puis occupe le village[16]. La région est administrée par le Royaume-Uni comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations. Au recensement de 1931, le village a 6 habitants sédentaires, tous musulmans, dans une maison[17]. Cependant, d’après des Bédouins Ataouinas d‘Al-Jammama réfugiés en Galilée après 1948 et travaillant au centre pour la recherche sociale de Galilée, il y avait environ 120 bakiyas à al-Jammama avant 1948. Les bakiyas sont des bâtiments construits en pierre liée à la terre et couverts en bois et terre. Un noyau de ces bakiyas étaient rassemblés à al-Jammama avec quelques boutiques, d‘autres étaient dispersés aux alentours. Ces bakiyas étaient soit habités, soit, quand ils étaient en mauvais état, utilisés comme étable ou lieux de stockage. Selon l’Encyclopédie de la Question palestinienne, il y a soit eu un important sous-recensement en 1931, soit un important développement du village entre 1931 et 1948[1], qui aurait été permis par la culture du blé, de l’orge, des légumes et de l’élevage. Des puits permettaient l’irrigation[1].

Al-Jammama avait une école primaire, créée en 1944[18].

À côté d’al-Jammama, 13 nouveaux colons juifs tentent une nouvelle fois de s‘installer à Ruhama[19],[20] en cultivant du tabac et en continuant de louer la moitié de leurs terres aux Bédouins d‘al-Jammama[21] mais abandonnent en 1925[19]. Plusieurs auteurs indiquent une nouvelle tentative en 1933[22],[23],[20],[24],[25], mais le kibboutz est détruit lors de la grande révolte arabe. Cependant, d’autres sources suggèrent qu’il avait été abandonné volontairement plusieurs années avant 1938[26].

Le kibboutz de Ruhama est recréé une ultime fois en 1944[18] par des Juifs venus de Roumanie[20].

Guerre de 1948 et nettoyage ethnique

Pendant la guerre pour la Palestine, les brigades israéliennes Néguev et Givati s‘emparent du village le 22 mai 1948 et expulsent les habitants, durant l’opération Barak[1],[27]. Après la guerre la région est annexée par Israël.

Voici ce qui subsistait du village en 1992 : « Quelques murs subsistent sur les pentes des collines, entourés d‘arbustes et d‘épineux. Des cactus et des eucalyptus poussent sur le site, utilisé pour faire pâturer le bétail. Il y a aussi une écurie. Les terres sont cultivées. Des Bédouins continuent de camper près du site pour faire pâturer leurs troupeaux[18] ».

Notes et références

  1. « al-Jammama — الجَمّامَة », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consultée le 17 mai 2026.
  2. Palmer, 1881, p. 371.
  3. Ohel 1967:49-56. Cité par Khalidi, 1992, p. 74.
  4. Sharon, 2016, p. 162-167.
  5. Guérin, 1869, p. 293-294. Conder et Kitchener, 1883, SWP III, p. 282 se demandent s’il n‘y a pas deux lieux nommés Khurbet Jemmameh.
  6. Conder, Kitchener, 1883, SWP III, p. 282.
  7. W. Khalidi, All That Remains: The Palestinian Villages Occupied and Depopulated by Israel in 1948, Washington D.C., Institute for Palestine Studies, (ISBN 0-88728-224-5, lire en ligne), p. 74
  8. Ahmad Amara, Governing Property: The Politics of Ottoman Land Law and State-Making in Southern Palestine, 1850-1917 (thèse), , 72–73 p. (lire en ligne)
  9. Büşra Barin, The Ottoman Policy towards Jewish Immigration and Settlement in Palestine: 1882–1920 (thèse), , 32–35 p. (lire en ligne)
  10. (he) Eliyahu Kna'ani, Ruhama, the first Jewish settlement in the Negev, Yad Ben Zvi, (lire en ligne [archive du ])
  11. Place Names in Israel. A Compendium of Place Names in Israel compiled from various sources. Translated from Hebrew, Jerusalem 1962 (Israel Prime Minister’s Office. The Israeli Program for Scientific Translations) p. 167.
  12. Carta's Official Guide to Israel and Complete Gazetteer to all Sites in the Holy Land. (3rd edition 1993) Jerusalem, Carta, p. 403, (ISBN 965-220-186-3) (English)
  13. (he) « Ruhama », sur Ha-Poel Ha-Tzair, (consulté le )
  14. Yosi Katz, « The "Achuza" Projects in Eretz-Israel, 1908-1917 », Cathedra, vol. 22, no 1,‎ , p. 134
  15. (de) Zionistisches Centralbureau Köln, Zehn Jahre Zionismus [« Ten Years of Zionism »], Cologne, Verlag "Die Welt", (lire en ligne)
  16. Wavell 1972:145, cité par Khalidi, 1992, p. 74.
  17. Mills, 1932, p. 7.
  18. Khalidi, 1992, p. 74.
  19. (he) « Ruhama », sur Ha-Poel ha-Tzair, (consulté le )
  20. Elieser Doron, The Negev. An Anthology, Lion the Printer, , p. 90
  21. (he) « Ruhama », sur Ha-Poel ha-Tzair, (consulté le )
  22. « Jews will not Buy Peace at Price of Ghettoizing Palestine, Goldie Myerson Tells Press », sur The Canadian Jewish Chronicle, (consulté le )
  23. « When Ruhama was Searched », sur The Sydney Jewish News, (consulté le )
  24. Ruth Kark, « Jewish Frontier Settlement in the Negev, 1880-1948: Perception and Realization », Middle Eastern Studies, vol. 17, no 3,‎ , p. 341 (DOI 10.1080/00263208108700476)
  25. Arieh L. Avneri, The Claim of Dispossession: Jewish Land-Settlement and the Arabs, 1878-1948, Yad Tabenkin, , p. 218
  26. (he) « Ben-Zvi and the "Natural" Division of Jerusalem », sur Ha-Yarden, (consulté le ) : « The leaders of official Zionism have long been educating the settlement on the notion of "division" [of the land between Jews and Arabs,] even before the Peel Commission appeared. As a result of this mindset, the settlement itself "divided" the country. Thus, the Jews relinquished [Nablus], Beersheba, Ruhama, and in recent years, Hebron. ».
  27. Morris, 2004, p. xx, village #364.

Annexes

Bibliographie

Bibliographie complémentaire

  • Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 (2e édition en français). (ISBN 978-2-35872-280-3) ;
  • Rosemary M. Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2000. (ISBN 978-0-98151313-3)

Articles connexes

Liens externes

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