Amaury Dréo

Amaury Dréo
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Député français
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Amaury Prosper Marie Dréo, né le à Rennes (Ille-et-Vilaine)[1] et mort le à Trouville-sur-Mer (Calvados)[2], est un avocat, journaliste, homme politique français et une figure majeure de la franc-maçonnerie sous la Troisième République. Il fut député du Var, secrétaire du Gouvernement de la Défense nationale, et un défenseur des idéaux républicains, laïcs et sociaux.

Biographie

Jeunesse et formation

Amaury-Prosper-Marie Dréo naît à Rennes le . Il est le fils de Joachim Raoul Marie Dréo et d'Adèle Fouassier. Il étudie le droit à la faculté de Rennes, où il effectue toutes ses études[3]. Il est reçu licencié en droit en 1850[3].

Il va ensuite à Paris pour être docteur en droit et concourir pour l'auditorat du Conseil d'État[3]. Il est, en même temps que Ferdinand Hérold, l'un des lauréats de l'École de droit de Paris[4]. Le coup d’État du 2 décembre 1851 lui fait renoncer à la carrière administrativecoup d’État du 2 décembre 1851. Il s’inscrit alors en tant qu'avocat au barreau de Paris en 1851[4]. Il demeure au no 21 de la rue Jacob (6e arrondissement)[5], épouse la fille du député Garnier-Pagès, Éléonore-Anna Pagès (1835-) où naquit Anna Dréo[6] et milite activement aux côtés des républicains[7].

Il épouse en 1857[3] la fille de Garnier-Pagès, figure emblématique de la Seconde République, ce qui le lie étroitement aux milieux républicains parisiens[8].

Engagement républicain sous le Second Empire

Dès les années 1860, Dréo s’engage dans l’opposition républicaine au Second Empire. Il participe activement aux manifestations contre le régime de Napoléon III[8]. La première condition pour la lutte contre le Second Empire étant la connaissance complète des élections et des pratiques électorales[3]. Il se présente aux Élections législatives de 1859 en Ille-et-Vilaine, suite à la vacance de la circonscription de Fougères et de Vitré[3]. C'est au cours de cette campagne, menée avec énergie, que la diffusion d'une circulaire du sous-préfet de Fougères M. Thil aux maires, avant l'élection, fit grand bruit, suite à une protestation postérieure d'un autre Candidat M. Le Beschu, suite à l'élection de Pierre Albert de Dalmas[3].

« MONSIEUR LE MAIRE,
Le scrutin ouvre demain.
J'ai l'honneur de vous rappeler que vous devez l'ouvrir immédiatement après la première messe; que vous aurez sur le bureau un certain nombre de bulletins portant le nom de M. de Dalmas, et pas d'autres; qu'il est important que des personnes intelligentes et sûres, munies de bulletins portant le nom de Dalmas, occupent les abords de la mairie et protègent les électeurs si bien intentionnés de votre commune contre l'erreur et le mensonge.
Un cantonnier restera à votre disposition pendant les deux jours du scrutin.
Trois candidats sont en présence :
M. de Dalmas, secrétaire sous-chef du cabinet de l'Empereur, candidat du gouvernement;
M. Le Beschu de Champsavin,
M. Dréo, gendre de Garnier-Pagès, fondateur de la République de 1848, un de ceux qui décrétèrent les 45 centimes, dont vous avez gardé le souvenir.
M. de Dalmas représente le principe du dévouement au gouvernement, à l'autorité, à l'ordre, et peut seul, par sa position, favoriser le développement des nombreux intérêts de l'arrondissement.
M. Dréo représente la république, le socialisme, la misère ! Entre ces deux candidatures opposées, celle de M. Le Beschu doit s'effacer devant les intérêts de l'ordre et de la société menacés. Faites voter la masse, Monsieur le Maire, pour M. de Dalmas, candidat du gouvernement, et, par votre conduite éclairée, vous servirez à la fois l'Empereur et l'intérêt général du pays.
Le sous-préfet de Fougères, THIL.  »

Peu de temps après, il est nommé membre du Conseil municipal de Fougères[3].

Procès des Treize

En 1863, se réunissant chez son beau-père peu avant les élections de Paris, il est arrêté avec d'autres républicains[8] pour le délit d'avoir fait partie d'une association non autorisée de plus de vingt personnes, implicitement d'avoir collaboré au manuel électoral[4] qui venait d'être publié et condamné à 500 francs d’amende lors du « procès des treize » en 1864[9].

Le , Amaury Dréo, alors à Fougères, se prépare pour prépare pour poser sa candidature aux Élections législatives de 1863 dans la Mayenne. Ce lancement sera bloqué par le Procès des 13, et c'est finalement Charles Goyet-Dubignon qui sera le candidat républicain.

« Le comité consultatif pour les élections s'est formé hier; en voici la note, dont l'insertion doit être faite dans les journaux, etc. Votre nom est devenu le centre de l'opinion libérale modérée, etc. Une circulaire a été adoptée; nous l'enverrons demain probablement. Courage et espérance. - Demain, il y aura réunion de tous les partisans de l'action chez vous, dans mon salon; cent trente convoqués. (.) Lettre que Garnier-Pagès adresse à Dréo »

Dréo est condamné à 500 francs d’amende pour avoir fait partie d’une association non autorisée de plus de vingt personnes et pour sa collaboration au Manuel électoral, un guide pratique pour les candidats républicains[4].

Comme François-Marie Robert-Dutertre ou d'autres républicains, il est à nouveau surveillé par le gouvernement de Napoléon III lors l'Élections législatives de 1869 dans la Mayenne, où Louis-Antoine Garnier-Pagès, dont il est le gendre, et qui va se présenter dans la circonscription de Laval, pour l'opposition républicaine[10].

Journalisme

Il est un des fondateurs du Journal Les cinq centimes illustrés, où il écrit sous plusieurs pseudonymes : A. Doré, Aymrau, Bouai. Le portrait des principaux avocats de Paris furent souvent remarqués, et repris par la presse départementale[3]. Il collabore à plusieurs journaux républicains, notamment L'Avenir national[4]. et La Tribune, et est le correspondant de plusieurs journaux étrangers, comme : Il Pungolo di Napoli, La Riforma di Milano, la Nouvelle Presse Libre de Vienne, The Daily Telegraph, etc[3].

Il publie des brochures politiques[8], comme le Manuel électoral (1860) et Liberté des transactions (1861). Il est également l’un des rédacteurs du Manuel électoral, publié chez Pagnerre, qui devient un outil clé pour les candidats républicains. Dans la Liberté des transactions, il demande la suppression du monopole et le rachat des charges d'Agent de change et de courtier. Cette brochure inaugure la campagne à la suite de la laquelle le monopole du courtage fut supprimé en 1865[3].

Rôle pendant la Commune et la Défense nationale

Vue globale de La Bataille de Champigny, telle que représentée dans le livret descriptif vendu aux visiteurs du panorama.

Après la Proclamation de la République française du 4 septembre 1870[11], Dréo est appelé par le Gouvernement de la Défense nationale à l'Hôtel de ville de Paris[3], et devient l’un de ses secrétaires. Il est chargé de rédiger les procès-verbaux des séances, mais son rôle et ses notes feront l’objet de controverses, notamment avec Henri Rochefort[12]. Ces procès-verbaux servirent par la suite à éviter les projets de mise en accusation des membres du Gouvernement de la Défense nationale par l'Assemblée nationale[3].

Il participe également à la Commission des barricades pendant le siège de Paris par les Prussiens. Ses notes, publiées plus tard, constituent un témoignage précieux sur cette période

Membre du Gouvernement de la Défense nationale, pendant le Siège de Paris, il fit creuser avec Charles Floquet, par 300 ouvriers, le à Champigny-sur-Marne le retranchement[3] qui permet la retraite de l'armée française lors de la Bataille de Champigny[13].

Carrière parlementaire

Amaury Dréo
Fonctions
Député français

(11 ans, 2 mois et 9 jours)
Élection
Réélection 20 février 1876
14 octobre 1877
21 août 1881
Circonscription Var
Législature Ire, IIe et IIIe (Troisième République)
Groupe politique Union républicaine
Successeur Marius Poulet
Biographie

Il se présente sans succès à la fois aux Élections législatives de 1871 en Ille-et-Vilaine Liste du « Comité libéral » et aux Élections législatives de 1871 dans la Mayenne sur la liste républicaine[8].

Dréo est élu député du Var le [7], lors d’une élection complémentaire, par 29 748 voix sur 50 812 votants. Il s’inscrit à l’Union républicaine[11], dont il est un des fondateurs[3], et dont il a été le questeur pendant la législature. Il devient une figure centrale de l’opposition aux gouvernements monarchistes et conservateurs. Il vota tous les projets de lois et mesures tendant à l'établissement du régime républicain et adopta l'ensemble des lois constitutionnelles[8]. En , il fut amené à expliquer et à défendre son vote et celui de ses amis politiques contre les attaques d'Alfred Naquet[8].

Il est réélu aux Élections législatives de 1876 dans le Var et aux Élections législatives de 1877 dans le Var dans l'arrondissement de Brignoles, avec des scores très nets.

Il est l’un des signataires de Manifeste des 363 qui refusent la confiance au gouvernement de Broglie après le [7], marquant leur opposition à la politique conservatrice et monarchiste. Il est décrit comme un homme de taille élevée, mais un peu voûté, grisonnant, l'air bon et distingué[4].

Le , en tant que député de l’arrondissement de Brignoles, il inaugure le premier monument dédié aux victimes du coup d’État du à Aups (Var)[14]. Lors de son discours inaugural, il rappelle qu’il a été le premier à proposer, le , devant l’Assemblée une indemnisation des victimes du coup d’État[14],[15].

Il est réélu une dernière fois en 1881, mais meurt en cours de mandat. Il décède à Trouville-sur-Mer[4] d'une suite de péritonite[16]. Il est remplacé par Marius Poulet[7].

Dréo est salué par ses pairs comme un serviteur fidèle de la République, un défenseur acharné de la laïcité et un champion de la démocratie. Sa mort prématurée est pleurée par les républicains et les francs-maçons, qui voient en lui un modèle d’engagement et de probité. Sa mère reçoit à sa mort un hommage du maire, et du Conseil municipal de La Croixille[17], le remerciant pour les services apportés par son fils pour la Commune.

Principales propositions et votes

  • Indemnisation des victimes du coup d’État du 2 décembre 1851 : En 1872, Dréo dépose une proposition de loi tendant à indemniser les citoyens français victimes du coup d’État, atteints dans leur fortune ou leurs moyens d’existence[4].
  • Instruction gratuite, laïque et obligatoire : Il est l’un des premiers à réclamer l’instruction gratuite, laïque et obligatoire, et signe les propositions d’amnistie et de dissolution
  • Amnistie pour les communards : Il soutient activement l’amnistie plénière pour les acteurs de la Commune de Paris
  • Suppression des aumôniers militaires : Il s’oppose à la présence des aumôniers dans l’armée

Engagement maçonnique

Dréo est une figure majeure de la franc-maçonnerie française. Il est vénérable de la loge parisienne L’École mutuelle et Très Sage du chapitre Isis-Monthyon, membre du Conseil philosophique de la Clémente Amitié[18]. L'École Mutuelle est une loge fondée en 1865 par des maçons non conformistes et progressistes, désireux de se libérer de certains aspects des rituels. Ses membres s'engageaient à ne pas demander de grade supérieur à celui de Maître et à changer chaque année le titulaire du premier maillet[19]. Plusieurs avocats sont membres de L’École Mutuelle, comme Eugène Delattre, Albert Joly et Joachim Isa-Porié et participent à ses travaux[19]. Il participe activement aux débats et aux actions de la maçonnerie, notamment en faveur de l’instruction laïque, de l’émancipation des femmes et de la laïcisation de la société.

Œuvres et publications

  • Manuel électoral (1860)
  • Liberté des transactions ; rachat des offices de change et de courtiers d’assurance (1861)
  • Discours et motions à l’Assemblée nationale (1871-1877)
  • Procès-verbaux des séances du conseil de gouvernement de la Défense nationale (publiés postérieurement). Dréo est parfois critiqué pour son rôle de secrétaire du gouvernement de la Défense nationale, notamment pour ses notes personnelles et leur publication partielle, qui ont pu être perçues comme une tentative de réécriture de l’histoire.

Sources et références

  • Dictionnaire des contemporains, Vapereau Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Biographie universelle des contemporains, Glaëser Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Les Hommes d'aujourd'hui, 1881 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Le Figaro,
  • Le Journal illustré,
  • Procès des Treize, Plaidoyers de Berryer
  • Procès-verbaux des séances du conseil de gouvernement de la Défense nationale, publiés par Henri Des Houx, 1905
  • Le Monde maçonnique, archives des loges parisienne

Notes et références

  1. « Acte de naissance (vue 214/250) cote : 2 E 37 - Registre des naissances (1829) », archives de rennes
  2. « Acte de décès n°96 (vue 25/84) », Archives du Calvados
  3. Les Hommes d'aujourd'hui, 1881
  4. Le Gaulois : littéraire et politique. Numéro du 13 septembre 1882, lire en ligne sur Gallica
  5. Jean-François Vincent, « Base biographique : Antoine Clément Salvy, correspondant Amaury Dréo », sur Bibliothèque interuniversitaire de santé (consulté le ).
  6. Guy Antonetti, Fabien Cardoni et Matthieu de Oliveira (Enfants naturels), Les ministres des Finances de la Révolution française au Second Empire (III) : Louis-Antoine Garnier-Pagès, Vincennes, Institut de la gestion publique et du développement économique, coll. « Dictionnaire biographique 1848-1870 », , 563 p., 22 cm (ISBN 9782821828278 et 978-2-11-094808-3, OCLC 494750235, BNF 41291964, DOI 10.4000/books.igpde.1230, SUDOC 12619565X, présentation en ligne, lire en ligne), p. 63-85.
  7. « Amaury Dréo », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition], lire en ligne sur Gallica (consulté le ).
  8. Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains : contenant toutes les personnes notables de la France et des pays étrangers...
  9. Tribunal de première instance (Avocats : Mes. Jules Favre, Marie, Grévy, Ernest Picard, Henri Didier, Berryer, Dufaure, Senard, Desmarest, Emmanuel Arago et Hébert), Le procès des treize en appel…, première instance… : MM. Garnier-Pagès, Carnot, Dréo, Hérold, Clamageran, Floquet, Ferry, Durier, Corbon, Jozon, Hérisson, Melsheim et Bory, les prévenus, Paris, A. Lacroix, Verboeckhoven et cie : E. Dentu, , 366 p., 23 cm (OCLC 496367269, SUDOC 104095814, lire en ligne).
  10. Marius Lepage, Histoire de la Franc-maçonnerie dans la Mayenne (1756-1951). Le Mans, Imprimerie Monnoyer, 1951. (avec la collaboration d'André Bouton)
  11. « Mandats d'Amaury, Pierre Dréo », sur Assemblée nationale (consulté le ).
  12. L'Intransigeant, 25 novembre 1905, lire en ligne sur Gallica.
  13. Allocution d'Eugène Delattre, Le Réveil, Brignoles, novembre 1882
  14. « La première proposition d’indemnisation (1872) », sur Association 1851, (consulté le ).
  15. « L’inauguration du monument d’Aups », sur Association 1851, (consulté le ).
  16. Charles Yriarte (dir.), « M. Dréo », Le Monde illustré, Paris, [s.n.],‎ , p. 224 / 224 (ISSN 0996-2336, BNF 32818319, lire en ligne, consulté le ).
  17. L'Avenir de la Mayenne, 26 novembre 1882, lire en ligne sur Gallica.
  18. La République maçonnique : organe de l'unification des At. symboliques. 17 septembre 1882.
  19. Yves Colleu, « Albert Joly (1844-1880):Un avocat versaillais, bâtisseur de la République et apôtre de la laïcité. Première partie », Chroniques d'histoire maçonnique, vol. 71, no 1,‎ , p. 17–37 (ISSN 0240-7418, DOI 10.3917/chm.071.0017, lire en ligne, consulté le )

Voir aussi

Article connexe

Liens externes

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