François-Marie Robert-Dutertre
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François-Marie Robert-Dutertre ( à Ernée - à Ernée) est un écrivain, homme politique libre-penseur, poète, journaliste, économiste français. Figure du républicanisme du XIXe siècle, il est connu pour ses engagements politiques, ses innovations agricoles, et son œuvre littéraire, notamment le recueil Loisirs lyriques (1866)[1].
Biographie
Jeunesse et formation
François-Marie Robert-Dutertre naît dans un contexte marqué par les bouleversements politiques et sociaux de la monarchie de Juillet. Il étudie le droit et obtient une licence en droit, ce qui lui ouvre les portes du journalisme et de la vie publique[1]. Il fréquente le Quartier Latin à Paris, alors en pleine mutation, et y forge ses convictions républicaines.
Carrière journalistique et engagement politique
Dans les années 1840-1848, Robert-Dutertre collabore à plusieurs journaux d’opposition à la monarchie de Juillet[1], notamment : - Le Progrès de Rennes, où il défend les idées républicaines et progressistes. - Le Bonhomme-Manceau, journal connu pour son ton satirique et son engagement en faveur des classes populaires.
Ses articles reflètent son soutien aux mouvements nationaux (Italie, Pologne) et son opposition aux empires autoritaires (Russie, Autriche)[1]. Il se lie d’amitié avec des figures comme Charles Goyet-Dubignon et Vincent Charles Henri d'Etchegoyen[2], partageant avec eux un idéal démocratique et en opposition au Second Empire.
Robert-Dutertre est un républicain convaincu, fidèle à ses idéaux toute sa vie[1]. Il défend la liberté, le progrès et la justice sociale, tant dans ses écrits que dans ses fonctions publiques. Il est décrit comme un homme désintéressé, toujours prêt à aider les autres, et refusant les honneurs personnels[1].
En 1869, il collabore au Courrier de la Sarthe, de l’Orne et de la Mayenne[3], jusqu'à sa fermeture (forcée par ces actionnaires pour Léon Goupy[4]) de ce journal le . Il écrit aussi plusieurs articles comme collaborateur à L'Avenir de la Mayenne[5].
Résistance au coup d’État du 2 décembre 1851
Le , Louis-Napoléon Bonaparte dissout l’Assemblée nationale et instaure le Second Empire. Depuis les années 1850-1851, le préfet de la Mayenne dresse les listes des socialistes du département en prenant toutes les précautions[3].
Dans l'ensemble du département de la Mayenne, les meneurs sont arrêtés, emprisonnés, jugés et condamnés avant d'avoir eu la possibilité de se connecter avec les départements voisins, où le mouvement s'est intensifié. L'accusation portée contre eux est la même : avoir fait partie d'une Société secrète[3]. François-Marie Robert-Dutertre fait partie des quelques-uns suspects les plus dangereux, mais a pu échapper au coup de filet[3], contrairement par exemple à Léon Goupy ou encore Erasme Mercier. Marius Lepage indique qu' il pourra être considéré comme le chef de l'opposition républicaine dans le département de la Mayenne[3].
Retraite et vie à Ernée
Après sa carrière journalistique, il se retire à Ernée, dans la Mayenne, où il se consacre à l’agriculture, à l’écriture et à la vie locale[1]. Il y devient une figure respectée, adjoint au maire d'Ernée Amédée Renault-Morlière à partir de 1870, poste qu’il occupe jusqu’à sa mort, ainsi que conseiller d'arrondissement du canton d'Ernée de 1883 à 1892. Il a publié, outre une série d'articles dans divers périodiques, différents ouvrages, ainsi que des poésies et des chansons. (voir ci-dessous)
« Une religion, ne fût-elle qu’un trompe-l’œil tendu sur l’univers, il ne faudrait pas encore briser ce ciel, même fictif ; car, en coupant l’aile à nos espérances ultra terrestres, on nous condamne à une éternelle tristesse sur ce globe. Robert-Dutertre, Pensée détachée »

Éducation
Dans son ouvrage publié en 1879 sur Jules Ferry[6], il apparait comme républicain laïque, proche des idées de Jules Ferry, ou d’un libre-penseur engagé dans la lutte contre le cléricalisme. Le texte mêle argumentation rationnelle, ironie et références historiques ou philosophiques. Sa mention de l’ultramontanisme et des « Prussiens de l’ultramontanisme » renvoie aux tensions entre l’État français et l’Église catholique, notamment après la perte de l’Alsace Lorraine (1871) et la crainte d’une influence étrangère (allemande ou romaine) sur les congrégations religieuses[6]. François-Marie Robert-Dutertre est nommé officier de l'Instruction publique le [7].
Franc-Maçon
Il est initié à la Franc-Maçonnerie le à la Loge La Constance à Laval[3], lors de sa fête solsticiale d'hiver. Il ne tarde pas à montrer une énergie inépuisable et, se passionnant pour la littérature, devient à la fois le rédacteur et le porte-parole de tous les membres de L'Atelier. Un mois après son initiation, le procès-verbal indique déjà des Vers lus par Robert-Dutertre, faisant appel au concours de tous pour le Grand Œuvre de l'avenir : Progrès et Liberté[3].
Les membres de la Loge La Constance sont plusieurs fois visés par des attaques de l'évêque de la Mayenne Casimir Wicart[3]. En , François-Marie Robert-Dutertre ne manque pas de donner à ses frères maçons, la primeur d' un des morceaux d'Architecture dont il les gratifie avec une louable abondance Poésie[8] de Robert-Dutertre en réponse à l'allocution Multiplices inter de Pie IX[9], qui condamne sans réserve la franc-maçonnerie et interdit aux catholiques de participer aux loges maçonniques. Une lettre pastorale de Casimir Wicart, commente cette allocution le . Sur 87 diocèses, 18 diocèses en France avaient relayés cette allocution[3].
En , un incident éclate suite aux obsèques civiles du Frère Godeheult[10]. Cette affaire va remuer les passions partisanes, et lancer à nouveau les uns contre les autres, l'Evêque de Laval, et la loge avec particulièrement François Robert-Dutertre[3]. Le Frère Robert Dutertre prend la parole au cimetière pour répondre aux attaques de l'évêque Wicart contre la Franc-Maçonnerie[3]. C'est un discours provocateur en réponse à la lettre pastorale de 1865. Il fait imprimer son discours, intitulé La Mort d'un homme de bien[3]. En réaction, l'évêque ordonne la lecture d'un mandement dans toutes les églises du département le , mais l'incident reste local, le Grand Orient de France refusant de diffuser la brochure de Robert Dutertre aux Loges d'autres régions[3]. Cette polémique est aussi en lien avec l'Élections législatives de 1869 dans la Mayenne, où Louis-Antoine Garnier-Pagès, dont le gendre est Prosper Dréo va se présenter dans la circonscription de Laval, pour l'opposition républicaine[3]. A nouveau le , peu avant l'apparition mariale de Pontmain, l'évêque Casimir Wicart attaque en le mentionnant le Frère Robert Dutertre dans une lettre pastorale[3].
Agriculture
Robert-Dutertre est un agriculteur innovant. Il invente un semoir qui reçoit une médaille de la Société d’agriculture de Mayenn. Il publie plusieurs ouvrages sur l’agriculture[1], dont :
- Principes généraux d’agriculture (couronné par l’Académie nationale agricole, commerciale et manufacturière de Paris en 1860)
- Histoire d’un grain de blé (considéré comme un chef-d’œuvre par ses contemporains)
Il vulgarise les techniques agricoles, explique la composition des sols, l’action des engrais, et théorise les assolements. Son approche combine expertise scientifique et pédagogie, ce qui en fait une figure respectée dans le monde agricole[1].
Mort
À sa mort[1], ses obsèques réunissent une foule nombreuse, témoignant de l’estime générale dont il jouissait. Un hommage lui est rendu par le député-maire Amédée Renault-Morlière, qui souligne : La mort de tels hommes n’est pas seulement une perte cruelle pour leur famille : elle est un deuil public pour la ville et le pays qu’ils honorent..
Publications
- Chants composés pour l'orphéon d'Ernée, Fougères, Douchin, s.d., in-8, 14 p. ;
- Principes généraux d'agriculture, Mayenne, Derenne, 1861, in-8, 59 p. ;
- Notice sur...le Comice agricole d'Ernée, Mayenne, Derenne, 1862, in-8, 32 p. ;
- Le Bon curé de Salignac [par Robert-Dutertre], impr. de Walder (Paris) 1863 Voir en ligne
- Prédictions de M. Mathieu (de la Drôme) sur la marée et les évènements maritimes de l'année 1864. [Signé : Robert-Dutertre.] impr. de C. Lenormand (Laval), 1863 Voir en ligne
- M. le Progrès et Mme la Routine, scénario, mêlé de chants, Mayenne, Derenne, 1864, in-8, 24 p. ;
- Ensemencements et labours ;
- Notice sur... comice agricole d'Ernée, Mayenne, Derenne, 1866, in-8, 22 p. ;
- Loisirs lyriques, Paris, 1866 ;
- Les angoisses d'un mari sexagénaire, comédie, 1 acte en vers, Laval, Moreau, 1866, in-12, 42 p. ;
- Les campagnes de Crimée, poème, Laval, Lenormand, 1866, in-8, 12 p.
- Louis XIV et Louis XV, ou le Coup de hache de la Révolution, impr. de A. Leroy fils (Rennes), 1867 Voir en ligne
- Dédié à Mme Louise Colet. Epîtres aux femmes d'Europe, à la jeunesse studieuse, Beauvais (Le Mans), 1869 Voir en ligne
- Les Inondations du Midi, Imprimerie moderne (Paris), 1875 Voir en ligne
- Histoire d'un grain de blé, Laval, Bonnieux, 1875, in-12, 159 p. ; Voir en ligne
- Iambes républicains Armand Le Chevallier (Paris), 1875 Voir en ligne
- La bonne agriculture rationnellement démontrée, Paris, Marie Blanc, 1877, in-12, 29 p. ;
- Éloge de Voltaire, poésies, Paris, Marie Blanc, 1877, in-8, 22 p. ;
- Cantate pour la fête municipale d'Ernée du 8 septembre 1878, impr. de C. Bonnieux (Laval), 1878 Voir en ligne
- À M. Jules Ferry, grand maître de l'Université. L'Article VII et l'instruction des femmes, 1879 Voir en ligne
- Les bataillons scolaires, poème, Laval, 1884, in-8, 4 p. ;
- L'article VII et l'instruction des femmes, poème, Laval, imprimerie Jamin, s.d., in 12, 16 p.
Notes et références
- « François-Marie Robert-Dutertre », dans Alphonse-Victor Angot et Ferdinand Gaugain, Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, Laval, A. Goupil, 1900-1910 [détail des éditions] (BNF 34106789, présentation en ligne)
- Loisirs lyriques : poésies, romances, chants, chansons et chansonnettes / par F.-M. Robert-Dutertre,... ; avec une introduction par Émile de La Bédollière. C. Vanier (Paris), 1866
- ↑ Propriétaire du Château de Montflaux à Saint-Denis-de-Gastines.
- Marius Lepage, Histoire de la Franc-maçonnerie dans la Mayenne (1756-1951). Le Mans, Imprimerie Monnoyer, 1951. (avec la collaboration d'André Bouton)
- ↑ https://maitron.fr/goupy-leon-francois/, notice GOUPY Léon, François par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 7 octobre 2024.
- ↑ L'Avenir de la Mayenne, 9 octobre 1880.
- À M. Jules Ferry, grand maître de l'Université. L'Article VII et l'instruction des femmes, 1879
- ↑ Bulletin administratif du Ministère de l'Éducation Nationale, 1884
- ↑ Le pape et les francs-maçons
- ↑ P.V. de la Loge La Constance,
- ↑ Chaufournier à Bourgon, et membre d'une loge maçonnique à Rennes.
Liens externes
- Ressource relative à la recherche :
- Les grenouilles de bénitier et les crapauds de sacristie sur le site Les Athées d'Ille et Vilaine
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