Anna Hierta-Retzius

| Présidente de l'Association nationale des femmes suédoises (d) | |
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| - | |
Eva Upmark (d) |
| Naissance | Storkyrkoförsamlingen (d) |
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| Décès |
(à 83 ans) Paroisse Adolphe-Frédéric (d) |
| Sépulture |
Cimetière de Solna (d) (depuis le ) |
| Nationalité | |
| Activités | |
| Père |
Lars Johan Hierta (en) |
| Fratrie | |
| Conjoint |
| Propriétaire de |
Eken 9 (d) |
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| Membre de |
Föreningen Svenska Konstnärinnor (d) |
| Personnes liées |
Maria Cederschiöld (amie), Ragnhild Brolinson (d) (amie), Ellen Key (professeur), Ida Göthilda Nilsson (en) (amie), Ellen Louise von Platen (d) (amie) |
Anna Wilhelmina Hierta-Retzius, née le à Stockholm et morte le dans la même ville, est une philanthrope suédoise, militante pour les droits des femmes. Par ses nombreuses initiatives caritatives, elle contribue à la modernisation des systèmes d'enseignement et d'assistance aux pauvres et au mouvement des femmes.
Elle est cofondatrice de l'Association pour les droits de propriété des femmes mariées (en) et présidente du Conseil national des femmes suédoises (sv)[1].
Biographie
Jeunesse, famille et formation
Anna Vilhelmina Hierta est née le à Stockholm. Elle est l'aînée des cinq filles de Lars Johan Hierta (en), fondateur du journal Aftonbladet, et de Wilhelmina Fröding[2],[3].
Elle découvre plus tard, sans doute après sa mort, la double vie de son père. Celui-ci a une fille adultérine, née peu après son mariage et un fils né de sa liaison avec Wendela Hebbe sa trahison envers sa mère[4],[2]. La découverte de l'adultère de son père après la mort de sa mère en 1878 aurait été traumatisante pour elle et serait à l'origine des son attitude envers la moralité. D'ailleurs elle s'efforcera d'effacer toute trace de la double vie de son père dans les lettres et autres écrits qu'elle laisse derrière elle[4].
Elle grandit dans un milieu intellectuel : son père est directeur d'un journal progressiste et la famille reçoit régulièrement des artistes, des écrivains et des hommes politiques, ce qui la met en contact avec des idées progressistes concernant notamment l'égalité des sexes[2].
Anna Hierta reçoit son éducation élémentaire à la maison, à part un an et demi passé dans un pensionnat allemand[5].
A l'âge de seize ans, elle étudie aux Lärokursen för fruntimmer (Cours d'Études pour Femmes) de 1859 à 1861, un séminaire organisé à Stockholm en réponse au débat sur l'éducation des femmes provoqué par la publication du roman Hertha (en) de Fredrika Bremer. Ces cours représentent une avancée significative dans l'enseignement supérieur féminin[2]. Elle est une des premières femmes en Suède à bénéficier d'une éducation publique sérieuse en sciences de la nature[5].
Contrairement à ses soeurs, Anna Hierta se marie tard, à l'âge de 35 ans . Elle épouse Gustaf Retzius, médecin et biologiste, le . Ils n'auront pas d'enfants. De 1886 à sa mort en 1924, elle vit dans une propriété de Drottningsgatan, acquise par sa mère après la mort du père. Deux de ses sœurs vivent dans le même immeuble[2]. Grâce à la fortune de la famille Hierta Gustaf Retzius peut obtenir une chaire à l'Institut Karolinska et mener un travail de chercheur indépendant. Anna Hierta-Retzius soutient activement son mari dans son travail[2].
Ecoles
Comme il est d'usage pour une jeune femme de la bourgeoisie, Anna Hierta s'engage très tôt dans des œuvres caritatives à motivation religieuse. Après ses études, elle enseigne à l'école du dimanche ouverte par Sophie Adlersparre à partir de 1862[4].
Elle crée un nombre important d'institutions éducatives mais commence par approfondir la question[2]. Dès les années 1860, elle organise plusieurs réunions publiques pour débattre des différentes formes d'éducation et notamment de la réforme de l'éducation des femmes[4].
Anna Hierta est convaincue du bienfait de l'apprentissage manuel et des travaux pratiques, adaptés au bien-être mental et physique des enfants, allant jusqu'à souhaiter la suppression de l'apprentissage basé sur les livres[4]. Elle s'appuie sur les théories de l'éducateur américain Charles Leland et du neurologue italien Angelo Mosso qui estiment que les enfants ne doivent pas être exposés à un effort intellectuel unilatéral avant l'âge de sept ans[4].
En 1864, elle ouvre sa propre école du soir pour les étudiantes issues de la classe ouvrière, la Torsdagsskolan, ayant terminé une école professionnelle et la dirige pendant une dizaine d'années. On y dispense des cours de lecture, d'écriture, et des cours pratiques comme le tricot et la couture[2]. L'école dispose également d'une bibliothèque de prêt et d'une caisse d'épargne, destinée à apprendre aux jeunes femmes à économiser. En 1881, elle fonde une école de cuisine pour les filles de la classe ouvrière, qui y apprennent également les techniques ménagères. L'école forme également des enseignantes en arts ménagers et devient plus tard Stockholms skolkök[2],[5],[4].
Elle œuvre également à la création d'écoles mixtes et, en 1882, elle fonde la première école domestique suédoise pour les jeunes travailleuses et les enfants des écoles primaires [5].
Avec Sophie Adlersparre et Fredrika Limnell, elle cofonde le Stockholms läsesalong (Salon de lecture de Stockholm) pour femmes, fondé sur le modèle britannique[4].
Après avoir visité un certain nombre d'écoles professionnelles pour les femmes, comme celle de Madame Jules Simon à Paris, elle fonde en 1870, avec sa soeur Lind af Hageby, le Bikupan, une organisation caritative destinée aux femmes de la classe moyenne défavorisées. Elle cherche à améliorer la qualité de leur artisanat et leur permet de vendre leurs produits[2]. Bikupan participe à l'Exposition universelle de 1873 de Vienne[4]. Cette initiative inspire Sophie Adlersparre pour la création de l'association des amis de l'artisanat (Handarbetets Vänner)[4].
Partisane de la mixité, elle soutient Karl Edvard Palmgren et son école mixte Praktiska arbetsskolan (École de travaux pratiques), où elle introduit la gymnastique et la cuisine afin d'améliorer la santé des élèves[4],[5].
En 1887, elle fonde la première arbetsstuga (maison de travail), la Adolf Fredriks arbetsstuga för barn, un centre d'accueil périscolaire sur un modèle inspiré d'autres pays nordiques, et qui s'étend rapidement à tout le pays et jusqu'à Saint-Pétersbourg et Varsovie. Les enfants pauvres âgés de 7 à 14 ans sont employés à coudre, à tricoter, à fabriquer des brosses, des paniers et des pantoufles, à raccommoder leurs vêtements et à nettoyer les locaux où ils travaillent , en échange de quoi, ils reçoivent un repas. Par ces maisons, elle souhaite éduquer et protéger les enfants qui sont abandonnés à leur sort quand leurs parents sont au travail. Elle veut aussi compenser l'absence d'activités pratiques dans l'enseignement. L'arbetsstuga est, en quelque sorte, le précurseur des garderies postscolaires modernes[2],[4].
En 1892, elle crée la première école de métallurgie pour les garçons des écoles primaires et fonde plusieurs institutions d'aide sociale[5].
Ces initiatives d'Anna Hierta-Retzius ont une influence sur les politiques sociales et scolaires et nombre d'entre elles aboutissent à des effets durables[5],[4].

Éducation sanitaire
Anna Hierta-Retzius attache une grande importance à l'hygiène. Dans les années 1860, elle propose l'introduction de l'éducation sanitaire comme matière d'enseignement au Séminaire supérieur des enseignants et l'inclusion de la gymnastique dans l'éducation des filles[4].
Elle contribue par ailleurs à la mise en place du système de logements Oktavia Hill à Helsinki afin de proposer aux travailleurs des alternatives aux logements insalubres[4].
En 1880, elle fonde le musée de l'hygiène et participe à sa direction de 1886 à 1892[5].
Action en faveur de la classe ouvrière
Anna Hierta-Retzius utilise sa fortune revenu pour améliorer les conditions de vie des ouvrières, par exemple en instaurant des retraites, en construisant des logements décents ou en offrant des prestations sociales[2].
Elle soutient financièrement la Södra Kristliga förening av unga kvinnor (Association chrétienne des jeunes femmes de Södra), qui aide les ouvrières en proposant des activités de loisirs, des déjeuners, des cours, des cours bibliques et des réunions d'usine avec des cours de cuisine[2].
À la mort de sa mère en 1878, Anna Hierta-Retzius devient administratrice de la fortune de ses parents. Elle fonde le Fonds Stiftelsen Lars Hiertas Minne, qu'elle utilise pour soutenir de nombreuses causes, des découvertes scientifiques, des projets culturels et des réformes sociales[4]. C'est ainsi qu'elle fonde le premier cottage ouvrier en 1887 : une activité inspirée du Danemark où des enfants pauvres fabriquent des objets artisanaux en échange de nourriture. Ce projet se développe et compte environ 90 projets dans tout le pays, en Russie et en Pologne. L'objectif était d'offrir aux enfants des loisirs utiles aux parents qui travaillent. L'institutrice Sofi Nilsson cofonde avec elle un programme d'éducation familiale et de consommation pour les filles, leur permettant de cuisiner pour les cottages (1889).
La fondation soutient également l'Association suédoise pour la réforme vestimentaire[1].
Après avoir rendu visite à la réformatrice sociale Octavia Hill au Royaume-Uni pour étudier son action en faveur du logement des pauvres, elle fonde AB Stockholms Arbetarehem pour construire des logements abordables et décents pour les classes ouvrières[2],[6].
Éducation des femmes
Au début des années 1870, elle organise deux concours, avec des prix, qui suscitent de nombreux débats et une attention soutenue autour des causes de la mauvaise santé générale des femmes et de l'éducation des femmes[4].
Droit des femmes
Association pour le droit de propriété des femmes mariées
Elle prend l'initiative, en 1873, avec Ellen Anckarsvärd, de fonder l'Association pour les droits de propriété des femmes mariées (en) ( Föreningen för gift kvinnas äganderätt), première organisation de défense des droits des femmes en Suède. Elle n'en exerce cependant la vice-présidence que plusieurs années plus tard, de 1886 à 1893[4],[7]. L'initiative trouve son inspiration dans les pétitions que son père, Lars Hieta avait déjà déposé au Riksdag sur cette question. L'association exerce du lobbying auprès du Parlement pour qu'il accorde aux femmes la possibilité de décider de leur patrimoine et de leurs revenus[2]. L'association connaît un succès : si la tutelle de la femme mariée n'est pas abolie, elle obtient tout de même le droit de disposer de ses revenus[4].
En 1884, la première motion sur le suffrage féminin est présentée au Riksdag, mais est rejetée. Depuis 1862, les femmes majeures et contribuables ont déjà le droit de vote aux élections municipales. En 1887, dans le cadre des élections municipales, Anna Hierta-Retzius et l'Association pour le droit de propriété des femmes mariées lancent une campagne auprès des électrices afin de les inciter à l'exercer leur droit de vote. L'association se consacre ensuite à la défense du droit des femmes à être élues aux conseils scolaires et aux conseils sociaux[4].
L'Association fusionne ensuite avec l'Association Fredrika Bremer (Fredrika Bremer-förbundet). Anna Hierta-Retzius, bien qu'opposée à cette fusion parce qu'elle juge la Fredrika Bremer-förbundet trop conservatrice, est membre de la nouvelle structure et participe à ses activités[2],[4].
Actionnaire importante d'Aftonbladet, elle emploie Maria Cederschiöld, une pionnière importante pour les femmes journalistes[8]. De 1884 à 1887, elle collabore au journal[4],[7].
Conseil national des femmes suédoises
Anna Hierta-Retzius milite au sein du Svenska Kvinnors Nationalförbund (sv) (Conseil national des femmes suédoises) qu'elle préside de 1899 à 1911, succédant à Ellen Anckarsvärd[2]. Dans ce cadre, elle est amenée à traiter de questions comme les droits des femmes mariées, le droit des femmes à l'éducation et l'accès aux professions de la classe moyenne. Le Conseil fait campagne pour la création d'une inspection du travail féminine[2]. Durant ce mandat, elle participe à des congrès internationaux à Londres en 1899, Berlin en 1904 et Genève en 1908 et lance un débat qui aboutit à une réforme de la police suédoise avec le recrutement des premières femmes policières en 1908. Elle est vice-présidente du Conseil international des femmes de 1904 à 1909 mais décline sa réélection au printemps 1909[4],[7].
Sous sa direction, le Conseil national des femmes suédoises prend des positions très moralisatrices. Il soutient le Riksförbundet mot osedlighet i litteratur, press och bild (Fédération nationale contre l'immoralité dans la littérature, la presse et les arts), pousse à l'adoption de la censure cinématographique en 1911 et s'oppose à la remise en cause de la loi interdisant la publicité publique en faveur des contraceptifs[4].
Evolution conservatrice
Vers la fin du XIXe siècle, de nouvelles approches progressistes se font jour et, en réaction, le couple Hierta-Retzius adopte une position de plus en plus conservatrice[2].
Anne Hierta-Retzius milite pour la censure sexuelle dans la littérature et le cinéma, pour l'interdiction du contrôle des naissances et des cours sur la sexualité. Elle se forge une réputation de prude moraliste et de défenseure des idées conservatrices, ce qui marque, à bien des égards, un tournant par rapport à son radicalisme antérieur.
Anna Hierta-Retzius va jusqu'à changer d'avis sur le droit des femmes mariées à disposer de leurs revenus et de leur patrimoine qu'elle avait tant défendu précédemment. En 1912, elle se distancie des appels au suffrage féminin[2],[4].
En raison de ces positions, elle entre en conflit avec son ancienne amie Ellen Key[4].
Fin de vie
Anna Hierta-Retzius reçoit l'Illis quorum en 1907[4].
Cependant, elle ressent beaucoup d'amertume, estimant, non sans raisons, que ses actions et contributions avaient été passées sous silence ou largement minimisées sans plusieurs écrits. Dans une interview pour un livre sur des femmes éminentes, elle rapporte minutieusement ses actions dans divers domaines[4].
Elle meurt le à Stockholm[4].
Le Nationalmuseum de Stockholm possède un dessin au crayon signé par Anna Hierta et daté de 1863[9].
Bibliographie
- (sv) Gerda Helena Lindskog, Mellan triumfer och nederlag: en bok om Anna Hierta-Retzius och hennes tid, Text & Kultur,, (ISBN 978-91-7327-304-6)
- (en) Kerstin Norlander, « To be a women capitalist: Anna Hierta-Retzius, Ebba Lind af Hageby and Liljeholmen's Stearin & Candle Factory », Charitable Women: Philanthropic Welfare 1780-1930. A Nordic and Interdisciplinary Anthology, edited by Birgitta Jordansson and Tinne Vammen, Odense University Press, , p. 165-189
Références
- (sv) Gunnel Hazelius-Berg, Dräktreformer under 1800-talet », Fataburen: Nordiska museet och Skansens årsbok, Stockholm, Nordiska museets förlag, (lire en ligne)
- (en) Kerstin Norlander (trad. Alexia Grosjean), « Anna Wilhelmina Hierta-Retzius », sur Svenskt kvinnobiografiskt lexikon (consulté le )
- ↑ (sv) Mats Parner, « En ljusgestalt med ett varmt klappande hierta », sur lindelof.nu, (consulté le )
- (sv) « Anna W Retzius (Hierta-) - Svenskt Biografiskt Lexikon », sur Svenskt biografiskt lexikon (consulté le )
- (en) Minna Moscherosch, 400 Outstanding Women of the World and the Costumology of Their Time, (lire en ligne), p. 372-373
- ↑ Gilbert Moreau, « L’action d’Octavia Hill en faveur des pauvres et de leur environnement », Revue Française de Civilisation Britannique. French Journal of British Studies, vol. 12, no 3, (ISSN 0248-9015, DOI 10.4000/rfcb.1604, lire en ligne, consulté le )
- (en-US) Emma Rosen, « Anna Hierta-Retzius », sur Infinite Women (consulté le )
- ↑ (sv) Margareta Berger, Pennskaft: kvinnliga journalister i svensk dagspress 1690–1975, Stockholm, Norstedt,
- ↑ (en) « Anna Hierta-Retzius | Flicka med kasperdocka. "Sorg" | Nationalmuseum », sur collection.nationalmuseum.se (consulté le )
Liens externes
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