Anthropologie grecque

L'anthropologie grecque est l'effort des anciens Grecs de raconter les prémices de l'humanité et son acheminement vers la civilisation.

Hérodote est couramment qualifié d'« anthropologue sans le savoir » ou de « père de l'histoire » et de « père de l'ethnologie »[1],[2]. Stanley Casson le place par ailleurs au niveau des anthropologues modernes, dans le schéma structuré de sa pensée anthropologique[3].

Généralités

« Anthropologie », terme polysémique, doit être pris ici au sens le plus large de « théorie globale de l'humanité, envisagée à la fois comme un être naturel et social » (Müller 1997)[a].

Une « anthropologie grecque » a été abordée pour les écrivains présocratiques par le spécialiste de la littérature classique, Eric Havelock (« fragments of the greek anthropologists », 1964[4]) ; par l'archéologue britannique Stanley Casson[5] ; pour les auteurs de l'école ionienne par le professeur de lettres classiques de Harvard, Thomas Cole (1933-2021) (Democritus and the Sources of Greek Anthropology de 1967, réédité en 1996) ; plus récemment une anthropologie d'Aristote a été développée, dans un ouvrage auquel ont participé le philosophe américain James G. Lennox, le philosophe allemand Hans-Johann Glock (de) (Aristotle's Anthropology, 2019).

L'ouvrage de Reimar Müller (de) « Anthropologie und Geschichte »[6] examine le rôle des traditions anciennes dans l'élaboration des théories modernes de philosophie politique et juridique, d'économie politique, de pensée évolutionniste, de théorie de l'origine du langage et de sujets connexes qui ont contribué au tournant anthropologique de la philosophie des Lumières vers 1750[7],[b].

Havelock[4] en 1964 a montré à quel point l'esprit scientifique grec, déjà chez les présocratiques, était « détaché de notre propre espèce » : Pour Anaximandre, l'homme est avant tout un animal comme les autres ; toute vie organique, est considérée comme dérivée de l'inorganique ; ou plus précisément, la lignée du développement, du chaos élémentaire aux plantes, aux animaux et à l'homme, est continue. Havelock pense que l'œuvre originale d'Anaximandre, qui nous est parvenue par de trop rares fragments, devait déjà retracer le développement ultérieur de l'homme depuis ses premiers pas, sa recherche de nourriture à l'instar des animaux, et jusqu'à l'invention miraculeuse du langage, de la technologie et de la société[4].

Cole, élève de Reinhardt, s'est intéressé à l'école ionienne, suggérant que les récits antiques grecs et romains, ou fragments de récits, relatifs au développement de la civilisation que l'on trouve chez Platon, Polybe, Vitruve, Diodore de Sicile et Lucrèce, pour ne citer que les principaux auteurs concernés, provenaient d'une source commune, établie au bout d'un long raisonnement comme étant une œuvre de Démocrite[8],[9].

L'« homme primitif » apparaît sous diverses formes dans la littérature grecque archaïque, classique et hellénistique. On le retrouve d'abord chez Hésiode (anthropogonie), puis chez les présocratiques ; ensuite dans les œuvres de toute une série d'auteurs que Thomas Cole rattache à l'école ionienne et à Démocrite[10], à commencer par Diodore de Sicile et Lucrèce, dans le Livre V du De rerum natura[11]. Chez ces derniers, l'« homme primitif » apparaît très proches de celui de l'anthropologie moderne[12]. On retrouve chez ces auteurs, les mêmes questions sur l'origine des premiers humains, leurs conditions de vie et la question de savoir s'ils possédaient ou non tous les attributs de la civilisation, comme le langage, la maîtrise du feu, la métallurgie, l'agriculture et d'autres arts et sciences[12]. Ces récits de la première humanité, sont souvent appelés « histoire de la civilisation », ou selon l'expression allemande de « Kulturgeschichte », et constituent un sujet largement débattu dans l'Antiquité[13].

Anaximandre

L'image de la première humanité, à forte composante mythologique a d'abord été formée par Hésiode et avant lui chez des auteurs dont le savoir s'est transmis par voie orale. Lorsque l'humanité a cessé de croire en ses dieux, la recherche philosophique a alors pris chez les grecs deux formes : la forme ionienne, à ses origines, cherchait l'Arkhè, le commencement, qui, par multiplication, engendre tous les êtres : l'eau pour Thalès, l'air pour Anaximène, l'Infini pour Anaximandre qui fut l'élève du premier et le maître du second ; donc un matérialisme avant l'heure. À l'autre extrémité de la Méditerranée, une seconde forme, italienne, consistait à rechercher la véritable cause de cette détermination qui donne naissance aux êtres et nous permet de les appréhender, voire de les mesurer[14]. Cette cause est le nombre, une réalité fondamentalement intelligible, et la pensée, qui fait advenir l'être jusqu'à l'identification à ce nombre, est rigoureusement mesurée. L'École pythagoricienne, puis l'École éléatique (Parménide, Zénon d'Élée), spéculèrent sur l'Un, sur l'être, et bientôt sur la limite (Alcméon, Philolaos) qui façonne l'illimité mais pas encore la matière). Leucippe, disciple de Zénon, et Démocrite, à Abdère, inventèrent alors les atomes, ou idées, qui sont des êtres intelligibles appréhendés uniquement par la pensée, pour faire surgir du vide les éléments, puis les corps résultant des interactions de ces multiples êtres[14].

« Anaximandre dit que les premiers animaux sont nés dans l'humide, enveloppés par une écorce épineuse; et que, le temps aidant, ils évoluèrent vers une condition plus sèche et après avoir brisé leur écorce, ils survécurent un court instant. »

— Aétius, Opinions, V, XIX, 4 (A XXX, op. cit., p. 38). (Dumont 1993)

« Anaximandre de Milet estimait que de l'eau et de la terre réchauffées étaient sortis soit des poissons, soit des animaux tout à fait semblables aux poissons. C'est au sein de ces animaux qu'ont été formés les hommes et que les embryons ont été retenus prisonniers jusqu'à l'âge de la puberté; alors seulement, après que ces ani-maux eurent éclaté, en sortirent des hommes et des femmes désormais aptes à se nourrir. »

— Censorinus!, Du jour de la naissance, IV, 7 (A xxx, op. cit., p. 38). (Dumont 1993)

Pour Anaximandre, l'être humain était avant tout un animal comme les autres. La lignée du développement, du chaos primordial aux plantes, aux animaux et à l'être humain, était continue. La mer et les marais furent les premiers berceaux de la vie[4]. Les mammifères, compris l'homme, descendent d'espèces marines. Ce raisonnement est très proche de notre conception moderne de l'évolution et se retrouve dans l'Épitomé de Diodore, cinq siècles plus tard. Dans les rares fragments de l'œuvre d'Anaximandre qui nous sont parvenus, le récit de l'invention de l'alphabet s'inscrit dans une série d'inventions successives, à l'instar du mythe de Prométhée enchaîné[4].

École ionienne

Deux courants principaux coexistent dans la réflexion que la culture grecque a développée sur les origines de l'humanité : l'un, à travers Hésiode, fondé sur le mythe de l'Âge d'or, et datant du VIIIe siècle et l'autre, issu de la philosophie ionienne, daté du milieu du Ve siècle, et qui développe l'idée de progrès humain[15],[16]. Ce second courant a été reconstitué par Thomas Cole en 1967, dans un ouvrage qui a fait date, son Democritus and the Sources of Greek Anthropology, à partir des fragments qui nous sont parvenus des auteurs classique qui traitent de la préhistoire des hommes[17]. L'étude de Cole vise à établir que les récits antiques grecs et romains, ou fragments de récits, relatifs au développement de la civilisation (langue, technologie, religions formes d'organisation sociale) que l'on trouve chez Platon, Polybe, Vitruve, Diodore de Sicile et Lucrèce, pour ne citer que les principaux auteurs concernés, provenaient d'une source commune, établie au bout d'un long raisonnement comme étant une œuvre perdue de Démocrite[8],[9].

Thomas Cole note que les différentes étapes décrites par les textes de Platon, Polybe, Vitruve, Diodore de Sicile et Lucrèce, lorsqu'ils prétendent retracer le lent progrès de la civilisation, sont, plus ou moins, les mêmes[18]. Plus précisément Cole juxtapose cinq textes — Diodore de Sicile (1.13.3), Vitruve (33.16-23), Lucrèce (5, 932, 937-938, 953-954, 1007-1008, 1241-1257), Posidonios (via l'Épître 11 de Sénèque) et le Commentaire du savant byzantin Jean Tzétzès sur Hésiode[9],[15] — dans lesquels ils identifie des caractéristiques communes dans la manière dont les différents auteurs expliquent cette progression : l'interaction entre le hasard et l'intelligence dans la découverte des techniques et des arts, le rôle du plaisir et de l'intérêt personnel dans l'établissement des structures sociales et l'adoption des règles morales, et enfin, une perspective résolument naturaliste qui rejette toute téléologie[15].

Les étapes de la civilisation selon Cole

Les premières étapes de l'humanité jusqu'aux premières sociétés humaines pouvant s'établir comme suit[17]:

  1. Les premiers humains sont nomades (a) ; dépendaient de la cueillette pour leur subsistance (b) ; le feu, les vêtements et les abris leur sont inconnus (c) ; l'art de conserver les aliments leur sont également inconnu ; les famines sont fréquentes ;
  2. premières mesures prises pour se loger (a) ; pour la cueillette et la conservation des aliments (b) ;
  3. découverte des maisons (a) ; des vêtements (c) ; du feu. (d) ; des céréales et ses méthodes de préparation (e) ;
  4. formation des premières sociétés (a) ; premières langues (b) ; compétition et émulation stimulent le développement des arts utiles ;
  5. développement technologique ultérieur rendu possible par le feu (a) : exploitation minière et métallurgie, produisant des outils utilisés pour le développement ou l'amélioration (b) de : la guerre (c) ; le tissage (d) ; l'agriculture (e) ; caractère cumulatif du processus. (f) ;
  6. résumé des facteurs ayant contribué au développement des arts utiles : l’expérience accumulée et les dons naturels de l’humanité : dextérité manuelle, parole et intelligence ;
  7. arts non essentiels (a), notamment : astronomie (b); musique (c) ;
  8. conclusion : le stade de civilisation décrit dans les plus anciens documents écrits (a) ; leur origine tardive explique le caractère spéculatif de toutes les reconstitutions de la préhistoire (b).

Dans sa postface de 1990, Cole reconnaît que si l'influence de Démocrite ne peut être ignorée, elle ne peut à elle seule expliquer ce courant de pensée qui privilégie les explications anthropologiques ; diverses traditions présocratiques, largement diffusées et reconnues au IVe siècle, et qui auraient pu être transmises par le biais privilégié de l'Académie, ne doivent pas être écartées[15].

Diodore de Sicile

La Bibliothèque historique de Diodore de Sicile, historien grec du Ier siècle av. J.-C. contemporain de Jules César et d'Auguste, est une histoire du monde organisée chronologiquement, couvrant les temps mythiques jusqu'à 60 av. J.-C.[13]. Sur les quarante livres de l'ouvrage, une partie seulement nous est parvenue intégralement[13]. Dans le premier livre, Diodore, après avoir discuté de l'utilité de l'histoire, aborde les différentes théories concernant la genèse de l'univers [19][13], de la vie et de la civilisation[13]. L'extrait suivant (chapitre 8 du livre 1), appelé parfois Kulturgeschichte, présente la transition de la vie primitive à la vie civilisée et la naissance de la civilisation[13]. Diodore, qui reprend probablement l'enseignement de Démocrite, souligne que c'était la nécessité qui a conduit l'homme à quitter l'état primitif et à créer la civilisation[13]. Les premiers hommes « menaient une vie indisciplinée et bestiale, sortant partout pour se nourrir et partageant les herbes les plus tendres et les fruits poussant sur les arbres » (ἐν ἀτάκτῳ καὶ θηριώδει βίῳ καθεστῶτας σποράδην ἐπὶ τὰς νομὰς ἐξιέναι, καὶ προσφέρεσθαι τῆς τε βοτάνης τὴν προσηνεστάτην καὶ τοὺς αὐτομάτους ἀπὸ τῶν δένδρων καρπούς.)[20] . L'émergence des premiers groupes humains découle de leur crainte des animaux[13] ; les hommes sont contraints par la nécessité (σύμφερον) et la peur (φόβος) de commencer à coopérer [20],[19]. Dès lors, le besoin de communiquer se fit sentir[13].

« [1.8.1] καὶ περὶ μὲν τῆς πρώτης τῶν ὅλων γενέσεως τοιαῦτα παρειλήφαμεν, τοὺς δὲ ἐξ ἀρχῆς γεννηθέντας τῶν ἀνθρώπων φασὶν ἐν ἀτάκτῳ καὶ θηριώδει βίῳ καθεστῶτας σποράδην ἐπὶ τὰς νομὰς ἐξιέναι, καὶ προσφέρεσθαι τῆς τε βοτάνης τὴν προσηνεστάτην καὶ τοὺς αὐτομάτους ἀπὸ τῶν δένδρων καρπούς. [2] καὶ πολεμουμένους μὲν ὑπὸ τῶν θηρίων ἀλλήλοις βοηθεῖν ὑπὸ τοῦ συμφέροντος διδασκομένους, ἀθροιζομένους δὲ διὰ τὸν φόβον ἐπιγινώσκειν ἐκ τοῦ κατὰ μικρὸν τοὺς ἀλλήλων τύπους. [3] τῆς φωνῆς δ᾽ ἀσήμου καὶ συγκεχυμένης οὔσης ἐκ τοῦ κατ᾽ ὀλίγον διαρθροῦν τὰς λέξεις, καὶ πρὸς ἀλλήλους τιθέντας σύμβολα περὶ ἑκάστου τῶν ὑποκειμένων γνώριμον σφίσιν αὐτοῖς ποιῆσαι τὴν περὶ ἁπάντων ἑρμηνείαν. [4] τοιούτων δὲ συστημάτων γινομένων καθ᾽ ἅπασαν τὴν οἰκουμένην, οὐχ ὁμόφωνον πάντας ἔχειν τὴν διάλεκτον, ἑκάστων ὡς ἔτυχε συνταξάντων τὰς λέξεις· διὸ καὶ παντοίους τε ὑπάρξαι χαρακτῆρας διαλέκτων καὶ τὰ πρῶτα γενόμενα συστήματα τῶν ἁπάντων ἐθνῶν ἀρχέγονα γενέσθαι. [5] τοὺς οὖν πρώτους τῶν ἀνθρώπων μηδενὸς τῶν πρὸς βίον χρησίμων εὑρημένου ἐπιπόνως διάγειν, γυμνοὺς μὲν ἐσθῆτος ὄντας, οἰκήσεως δὲ καὶ πυρὸς ἀήθεις, τροφῆς δ᾽ ἡμέρου παντελῶς ἀνεννοήτους. [6] καὶ γὰρ τὴν συγκομιδὴν τῆς ἀγρίας τροφῆς ἀγνοοῦντας μηδεμίαν τῶν καρπῶν εἰς τὰς ἐνδείας ποιεῖσθαι παράθεσιν· διὸ καὶ πολλοὺς αὐτῶν ἀπόλλυσθαι κατὰ τοὺς χειμῶνας διά τε τὸ ψῦχος καὶ τὴν σπάνιν τῆς τροφῆς. [7] ἐκ δὲ τοῦ κατ᾽ ὀλίγον ὑπὸ τῆς πείρας διδασκομένους εἴς τε τὰ σπήλαια καταφεύγειν ἐν τῷ χειμῶνι καὶ τῶν καρπῶν τοὺς φυλάττεσθαι δυναμένους ἀποτίθεσθαι. [8] γνωσθέντος δὲ τοῦ πυρὸς καὶ τῶν ἄλλων τῶν χρησίμων κατὰ μικρὸν καὶ τὰς τέχνας εὑρεθῆναι καὶ τἄλλα τὰ δυνάμενα τὸν κοινὸν βίον ὠφελῆσαι. [9] καθόλου γὰρ πάντων τὴν χρείαν αὐτὴν διδάσκαλον γενέσθαι τοῖς ἀνθρώποις, ὑφηγουμένην οἰκείως τὴν ἑκάστου μάθησιν εὐφυεῖ ζῴῳ καὶ συνεργοὺς ἔχοντι πρὸς ἅπαντα χεῖρας καὶ λόγον καὶ ψυχῆς ἀγχίνοιαν »

— Διόδωρος ο Σικελιώτης – Βιβλιοθήκη 1, 8, 1-9

« [1.8.1]Voilà ce que nous savons sur l'origine du monde. Les hommes primitifs devaient mener une vie sauvage, se disperser dans les champs, cueillir les herbes et les fruits des arbres qui naissent sans culture. [2] Attaqués par les bêtes féroces, ils sentaient la nécessité de se secourir mutuellement, et, réunis par la crainte, ils ne tardaient pas à se familiariser entre eux. [3] Leur voix était d'abord inarticulée et confuse; bientôt ils articulèrent des paroles, et, en se représentant les symboles des objets qui frappaient leurs regards, ils formèrent une langue intelligible et propre à exprimer toutes choses. [4] L'existence de semblables réunions d'hommes en divers endroits du continent a donné naissance à des dialectes différents suivant l'arrangement particulier des mots de chacun. De là encore la variété des caractères de chaque langue, et le type naturel et primitif qui distingue toute nation. [5] Dans leur ignorance des choses utiles à la vie, les premiers hommes menaient une existence misérable; ils étaient nus, sans abri, sans feu et n'ayant aucune idée d'une nourriture convenable. [6] Ne songeant point à cueillir les fruits sauvages et à en faire provision pour la mauvaise saison, beaucoup d'entre eux périssaient par le froid et le défaut d'aliments. [7] Bientôt instruits par l'expérience, ils se réfugiaient dans des cavernes pendant l'hiver, et mettaient de côté les fruits qui pouvaient se conserver. La connaissance du feu et d'autres choses utiles ne tarda pas à amener l'invention des arts et de tout ce qui peut contribuer à l'entretien de la vie commune. [8] Partout le besoin a été le maître de l'homme : il lui enseigne l'usage de sa capacité , de ses mains, de la raison et de l'intelligence, que l'homme possède de préférence à tout animal. Cet exposé de l'origine et de la vie primordiale des hommes suffira pour l'ordre de notre sujet. »

— Hœfer, [13]

Lucrèce

Lucrèce, dont l'anthropologie, comme celle de Diodore de Sicile et de Vitruve, s'appuie probablement sur une œuvre perdue de Démocrite[21], rejette la conception idéalisée d'une ère primitive entièrement paisible[22].

Platon

Platon qui s'est peu intéressé à l'histoire, dans Les Lois, avait abordé une reconstitution du développement du genre humain à partir d'un déluge (pas le premier, il y a eu d'autres cataclysmes, ou pestes, où l'humanité serait repartie de zéro) : « La désolation de ces hommes primitifs engendrerait en eux un sentiment d'affection et d'amitié ; et ils n'avaient nul besoin de se battre pour leur subsistance, car ils disposeraient de pâturages en abondance », le gouvernement passe alors d'un système patriarcal, basé sur la description des Cyclopes par Homère, à l'essor de l'agriculture et de la vie urbaine ; les prémices de la législation, etc.On y sent bien sûr aussi l'influence de l'âge d'or d'Hésiode[23].

École péripatéticienne

À la fin du XIXe siècle, le médecin et anthropologue français Paul Topinard défendra l'idée qu'Aristote aurait fondé la science de l'homme physique et qu'elle avait déjà du temps d'Aristote ses observateurs appelés par lui « anthropologues »[c],[24]. L'adjectif ἀνθρωπολόγος / anthropologos est en effet attesté dans un passage de L'Éthique à Nicomaque (IV, 8, 1125, μεγαλόψυχος[d])[24]. En soulignant judicieusement cette première occurrence, Topinard a néanmoins commis une erreur grave et fréquemment répétée dans l'interprétation du sens de l'adjectif : ce mot, qui n'a aucun lien avec un idéal de science, est en réalité chargé d'une connotation négative ; la racine λόγος / logos, que nous associons spontanément à la connaissance positive, porte souvent un sens ambigu ou péjoratif en grec ancien, comme on peut le voir, par exemple, dans le cas de mutologos, littéralement « celui qui raconte des histoires »[24],[25] ; ἀνθρωπολόγος désigne ici celui qui fait des commérages, le bavard[24].

Aristote n'a de plus écrit aucun traité sur la nature humaine. Du moins, le Corpus Aristotelianum ne contient aucun ouvrage intitulé Περί φύσιος άνθρώπου / Peri physeōs anthrōpou ou Peri anthrōpou. L'expression la plus proche dans son œuvre est « ἡ περὶ τὰ ἀνθρώπεια φιλοσοφία / hē peri ta anthrōpeia philosophia » , c'est-à-dire « la philosophie des affaires humaines » ou « la philosophie de la nature humaine » utilisé dans la dernière partie de L'Éthique à Nicomaque[26]. On pourra dire que Aristote est presque à l'origine du mot « anthropologie »[27].

Le grand mérite d'Aristote a été de placer l'humanité au sein du règne animal[27]. Les ressemblances qu'il relevait incluaient des caractéristiques physiques, émotionnelles, et des qualités intellectuelles[26]. Précurseur de l'anthropologie physique, il comparait les humains et les singes en se basant sur les proportions relatives des segments des membres, le développement relatif du cerveau, la bipédie et le langage[27]. L’« homme zoologique » est abordé dans ses grandes lignes dans son Histoire des animaux[28] ; l’autre concerne l’homme moral et social[27]. Dans ses traités de sciences naturelles « De l'âme », « De la sensation », « De la mémoire », « Du sommeil », etc., Aristote envisage l'humanité sous l'angle de sa nature vivante, c'est-à-dire dotée d'une âme, principe de vie et d'unité du corps, développant son activité par des facultés de sensation, d'imagination, de mémoire et d'intellect. ; ce que nous appelons « biologie », « psychologie » ou « épistémologie »[29]. Dans plusieurs de ses œuvres majeures, il examine aussi la « différence anthropologique », c’est-à-dire les caractéristiques qui distinguent les humains des autres animaux[26].

Nombre de biologistes évolutionnistes considèrent Aristote comme le père d'une théorie typologique des espèces en totale contradiction avec la biologie évolutionniste[30]. Dès la fin du IIe siècle et le début du IIIe siècle, les traditions de la philosophie antique (platonisme, aristotélisme, stoïcisme, néoplatonisme) ont joué un rôle fondamental dans l'élaboration d'un système complet de la foi chrétienne, sous la forme d'une théologie fondée sur la philosophie[31].

Jusqu'à Aristote, la pensée grecque avait un caractère plus spéculatif et s'intéressait moins au progrès technique qu'aux principes généraux qui sous-tendent le fonctionnement de l'univers, bien que les fondements de la recherche dans des sciences particulières, notamment la biologie, aient été posés par l'immense œuvre d'Aristote lui-même[32]. Après Aristote, le désir particulier de connaître pour connaître, né chez les Ioniens du VIe siècle av. J.-C., semble s'estomper[32]. Les philosophes ont plutôt orienté leurs efforts vers l'élaboration de systèmes éthiques dans lesquels l'humanité pourrait trouver réconfort et repères dans le monde hellénistique, et leurs réflexions sur la nature et la gouvernance de l'univers physique étaient subordonnées à cet objectif[32]. L'esprit de recherche intellectuelle libre et indépendante s'est affaibli ; son dernier et plus grand représentant dans le monde antique est incontestablement Aristote[32].

Dicéraque

Les extraits de Dicéarque dans De abstinentia de Porphyre seraient tirés de sa « Vie de la Grèce » (Βίος Ἑλλάδος / Bios Hellados), ouvrage initialement en trois volumes. Dicéarque, originaire de Messine en Sicile et né vers 376 av. J.-C., fut, avec Théophraste et son ami proche Aristoxène, l'un des premiers disciples d'Aristote. Bien que très estimé par la suite, notamment par les Romains (Lucrèce, Varron et Cicéron[22]) ses écrits furent perdus de son vivant, et seules quelques traces subsistent aujourd'hui pour éclairer son œuvre philosophique. Fritz Wehrli (de) a pu rassembler 118 témoignages et fragments dans son recueil de textes, toujours considéré comme une référence, « L'École d'Aristote », malgré la rareté des documents textuels qu'il contient[33].

Dicéarque est considéré par certains historiens (John Bagnell Bury) comme le premier ayant mis en place une Kulturgeschichte, une histoire générale de la culture[23]. L'étude des antiquités, tant pour la préservation des archives que pour l'exploration des recoins du passé. L'âge primitif de Platon présenté comme moralement florissant devait être à l'esprit de Dicéarque lorsqu'il proposa sa propre Kulturgeschichte[23]. Mais si Dicéarque a puisé son texte chez Platon, son œuvre était un produit caractéristique de l'école péripatéticienne à laquelle il appartenait[23].

La théorie anthropologique de Dicéarque mêle des éléments de la tradition hésiodique du déclin à des théories progressistes (primitiviste et progressiste donc[34]). Il reprend d'Hésiode le concept de « race dorée »[22], qui menait une vie « excellente et heureuse »[22] avant de dégénérer sous l'effet de la cupidité, laquelle engendra la guerre. Dicéarque croyait que la vie des premiers humains, telle que décrite par Hésiode, était un fait historique, avec la seule réserve que les récits trop mythiques devaient reposer sur des fondements naturalistes et raisonnables[22],[e]. Ce concept est associé à des idées progressistes, telles que la vie rude des premiers hommes et le développement graduel des arts. Dans sa reconstitution, Dicéarque distingue trois étapes : la race dorée, où les hommes primitifs vivaient des fruits sauvages de la terre ; la vie pastorale, marquée par la domestication et la chasse ; et la vie agricole, avec l'introduction de l'agriculture[35]. Lucrèce, dont l'anthropologie, comme celle de Diodore de Sicile et de Vitruve, s'appuie probablement sur une œuvre perdue de Démocrite[21], rejette la conception idéalisée d'une ère primitive entièrement paisible[22]. Lucrèce a connu et combattu Dicéarque[22] ; il s'en est par ailleurs cependant inspiré pour son anthropologie, à commencer par sa réutilisation de « ἆλις δρυός »[22].

Thèmes

Origine de la vie

Lucrèce percevait très clairement que le problème de l'origine de la vie soulevait deux questions distinctes: d'où venaient les premiers êtres vivants, et comment expliquer leur forme particulière et l'adaptation remarquable de leurs organes à leurs besoins? Avec la même perspicacité, il observa que la première question ne se prêtait pas à une solution scientifique. Lorsque Darwin renonça à expliquer l'apparition des premiers êtres organisés, Lucrèce contourna le problème par un mythe. En accord avec les poètes, il faisait jaillir les êtres vivants de la Terre, mère de toutes choses. Sur le second point, la réponse de Lucrèce fait écho à celle de Darwin. Une multitude d'êtres organisés apparurent par hasard: seuls ceux qui survécurent furent capables de subvenir à leurs besoins et de résister à leur environnement. C'est déjà la théorie de la sélection naturelle. L'imagination de Lucrèce s'emballe dans cette description magnifique. La littérature latine n'offre rien qui puisse surpasser la seconde partie du Livre V[36].[37]

Humanité primitive proche de la nature et proche de l'animal

Dès le moment où les hommes ont commencé à consigner leurs pensées, une division d'opinions a persisté quant à la valeur de la civilisation. Dans leur quête incessante du sens de la vie, les hommes ont continué d'explorer des voies opposées. Certains ont accueilli avec espoir le perfectionnement des arts pratiques, le développement de compétences techniques accrues et l'essor d'une civilisation toujours plus complexe ; d'autres ont perçu cette évolution avec appréhension et ont aspiré à un retour aux vertus simples d'un mode de vie plus « naturel »[38].

La « fantaisie hésiodique », comme l'appelle de manière disqualifiante Thomas Cole[16], le récit d'Hésiode dans Les Travaux et les Jours, qui fait appel à l'idée d'un âge d'or aux tout débuts de l'humanité, est devenu le locus classicus le récit standard sur l'origine du monde et les débuts de l'histoire de l'humanité[39]; en face de lui, et en contraste, se trouve « l'homme primitif » de Lucrèce, devenu plus tard l'homme primitif de Mandeville ou de Rousseau, très proche de l'animal, et qui doit lutter pour survivre[40].

Une idée de progrès

L'influence du rationalisme ionien sur la pensée grecque est selon Cole particulièrement frappante dans le succès de son argument selon lequel les réalisations technologiques de la civilisation sont d'origine relativement récente et que la vie humaine était autrefois beaucoup plus simple et matériellement plus pauvre qu'elle ne l'est aujourd'hui. Ces conceptions sont restées pratiquement incontestées du début du IVe siècle jusqu'à ce que la doctrine judéo-chrétienne de la Chute commence à influencer les conceptions antiques de la préhistoire[10].

Lucrèce s'attarde longuement, dans l'esprit d'un « pacifiste primitiviste », sur la « pugnacité persistante et suicidaire des hommes et des nations » depuis la découverte des techniques qui ont rendu la guerre efficace et toujours plus destructrice[41].

La pensée contemporaine, désormais plus proche de la sensibilité de Lucrèce, et trop souvent monopolisées par son hypothétique idée du progrès, a tenté de concilier les contradictions de Lucrèce à travers une profusion étonnante d'interprétations[42]. Nombreux sont ceux qui les perçoivent comme le fruit d'une tension entre des exigences ou des points de vue opposés ; un conflit entre deux tempéraments chez Lucrèce, l'optimiste et le pessimiste ; voire un désaccord entre sa vision scientifique des choses et son jugement moralisateur sur l'humanité. D'autres y voient une incompatibilité entre le sociologue favorable au progrès et le professeur de sagesse qui le condamnait ; une divergence entre les tendances progressistes des successeurs d'Épicure et Épicure lui-même ; ou encore les réflexions angoissées du disciple, intimement liées à la conception optimiste du Maître[42]. Une réévaluation des idées de Lucrèce sur le progrès est nécessaire, reconnaissant la complexité et les nuances de sa pensée, et mettant en garde contre toute simplification excessive ou interprétation erronée :« il est clair que cette idée de progrès qui nous est si familière n'est pas au centre de ses préoccupations. »[42].

Théorie du langage

Lucrèce réfute la théorie de Platon, présentée dans le Cratyle, selon laquelle un homme aurait enseigné la parole à d'autres. Lucrèce suggère que les humains, à l'origine, ont tout naturellement appliqué les sons qui leur convenaient aux objets : les animaux ne produisent ils pas, dans diverses situations, des sons inarticulés tout aussi divers et parfaitement définis ?[43]

Les Grecs qui ont anticipé les spéculations modernes concernant la genèse du langage, ont négligé le problème de l'évolution préhistorique, préférant débattre, comme pour le cratylisme, de la question de savoir si les mots étaient le reflet inévitable de leurs objets respectifs (établissant un lien entre signifié et signifiant), ou établis arbitrairement par convention ou par les dieux. On trouve peu d'anticipations de la recherche moderne sur l'origine du langage chez Lucrèce. Pas plus que dans les autres œuvres qui spéculent de manière réaliste sur l'essor de la société : Horace (Satires I, 3), Diodore de Sicile (I, 1) et Vitruve (II, [33] i) ; ainsi que Grégoire de Nysse (Contra Eunomium, réponse au deuxième livre d'Eunôme, Livre XII)[44]. À l'époque moderne, et jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, peu de travaux nouveaux semblent avoir émergé. Richard Simon, est une étapes notoires. Locke[45]a complètement négligé l'aspect évolutionniste de la question. Leibniz[46], « tout en reconnaissant le fait du développement du langage, manquait d'une forte sensibilité pour le caractère provisoire, les accidents et les difficultés de son apparition originelle, et la grande lenteur de sa croissance ». Giambattista Vico[47] était un étymologiste romantique[44]. Avant l'Essai sur l’origine des connaissances humaines de Condillac, bien que négligé par les historiens de la philologie, la Fable des abeilles de Bernard Mandeville, à partir de 1728 s'est consacrées à une discussion étonnamment moderne de l'acquisition du langage humain, et sur la communication verbale et non verbale (« Dialogue VI »)[44].

Primitivisme et progressisme

Lovejoy et Boas (en) rapprochent Dicéarque d'Empédocle par ailleurs cité par le premier. La théorie primitiviste de la dégénérescence progressive chez ces auteurs suppose que le meilleur moment est au début de l'histoire de l'humanité, la suite étant marquée par un déclin qui se termine à cause de cette détérioration ou par une catastrophe. Dans son œuvre Dicéarque vise à démontrer que l'homme (civilisé) est le pire ennemi de l'homme et que la guerre a causé plus de destruction que toutes les catastrophes naturelles réunies ; le primitivisme de Dicéarque s'apparente à du Pacifisme (Lovejoy-Boas 1997))

Influences

Le philologue classique Reimar Müller (de) (qui a dirigé du temps de la République démocratique allemande une volumineuse Kulturgeschichte der Antike (de)), parle d'un « siècle des lumières grec » : « Les questions relatives à la nature physique de l'homme, à sa place dans le cosmos, aux origines de la culture, de la société et de l'État, ainsi qu'aux origines du langage et de la religion, ont occupé la philosophie et les sciences antiques pendant des siècles » ont d'abord (au travers des platonisme, aristotélisme, stoïcisme et néoplatonisme) joué un rôle fondamental dans l'élaboration d'un système complet de la foi chrétienne fondé sur la philosophie[31] ; puis lorsque ce monde ce sera essoufflé, depuis le début du XVIIIe siècle, la philosophie et les sciences, et en Angleterre, en France, puis en Allemagne, l'élaboration d'une « théorie de l'humanité », qui influencera profondément le développement des sciences aux XIXe siècle et XXe siècle[31]. L'ouvrage de Müller, Anthropologie und Geschichte[6], examine le rôle des traditions anciennes dans l'élaboration des théories modernes de philosophie politique et juridique, d'économie politique, de pensée évolutionniste, de théorie de l'origine du langage et de sujets connexes qui ont contribué au tournant anthropologique de la philosophie des Lumières vers 1750[7],[b].

Notes

  1. Le mot ἀνθρωπολόγος / anthropologos, apparemment forgé par Aristote, n'est attesté que dans un .seul passage de l'Éthique à Nicomaque, et n'a pas le sens académique de l'anthropologie moderne. Il désigne ici celui qui fait des commérages, le bavard (Blanckaert 1989). Le terme latin-grec « anthropologia » n’a pas été utilisé avant le XVIe siècle , et ce n'est que dans la seconde moitié du XVIIIe siècle qu’une « science de l’homme », « examinant tous les aspects de l’humanité » a été envisagée sous ce nom (Keil Kreft 2019) (Mandosio 2021). « Anthropologie grecque » est donc un anachronisme terminologique (Keil Kreft 2019) ; son emploi « avant la lettre » impose éventuellement une « mise à distance » , notamment d'avec toutes les certitudes hâtives de son étymologie(Sflgc 2006)(Blanckaert 1989). James G. Lennox, dans « Aristotle's Anthropology », soutient que toute tentative visant à déterminer si les nombreuses études d'Aristote sur l'humanité relèvent de l'une des catégories modernes de l'anthropologie — qu’il s’agisse de l’archéologie, de l'anthropologie sociale et culturelle, de l’anthropologie médicale ou de l’anthropologie physique — serait une entreprise futile et complexe(Lennox 2019) . Toute mise à distance établie, une anthropologie peut être envisagées (Müller 1997) — que ce soit celle de Platon, de saint Augustin, de saint Thomas d'Aquin, celle de Comenius au XVIIe siècle, ou celle Rousseau au XVIIIe siècle, etc.
    Le terme « préhistoire » n'est aussi entré dans le langage courant qu'au XIXe siècle (et Hessenbruch 2013, p. 592), mais les concepts qu'il englobe s'inscrivent dans une continuité historique remontant à la Grèce antique, où ont eu lieu les premières recherches philosophiques et scientifiques sur les origines de l'humanité, ainsi que sur les conditions de vie et le développement des premiers peuples(Hessenbruch 2013, p. 592). L'anthropologie et l'archéologie préhistorique ont progressivement émergé de questions philosophiques plus vastes, menées par des philosophes, des historiens et des scientifiques sur des questions telles que « l'origine des premiers humains, leurs conditions de vie et la question de savoir s'ils possédaient ou non tous les attributs de la civilisation, comme le langage, la maîtrise du feu, la métallurgie, l'agriculture et d'autres arts et sciences » (Hessenbruch 2013, p. 592).
  2. Reimar Müller (de), a étudié les concepts anthropologiques et sociologiques chez les philosophes et intellectuels des Lumières du milieu du XVIIIe siècle, parmi lesquels Rousseau, Diderot, Condillac, Buffon et Turgot, ainsi que leurs prédécesseurs et contemporains anglais Hobbes, Locke, Hume, Adam Smith et l'École écossaise des Lumières.(Müller 2000)
  3. « Lorsque Aristote qualifiait d'anthropologues les philosophes qui dissertaient gravement sur la nature de l'homme, il ne se doutait pas que c'est à lui que ce titre appartenait par son Histoire des Animaux. L'anthropologie naquit effectivement à Athènes trois siècles avant notre ère, avec Aristote. »

    — Paul Topinard, Éléments d'anthropologie générale. 1885; p.2

  4. « Οὐδ᾽ ἀνθρωπολόγος· οὔτε γὰρ περὶ αὑτοῦ ἐρεῖ οὔτε περὶ ἑτέρου· οὔτε γὰρ ἵνα ἐπαινῆται μέλει αὐτῷ οὔθ᾽ ὅπως οἱ ἄλλοι ψέγωνται· οὐδ᾽ αὖ ἐπαινετικός ἐστιν· διόπερ οὐδὲ κακολόγος, οὐδὲ τῶν ἐχθρῶν, εἰ μὴ δι᾽ ὕβριν »

  5. Lovejoy-Boas, affirme qu'historien, Dicéarque rejetait la mythologie traditionnelle, il considérait néanmoins la légende de l'âge de Cronos comme une version probablement non naturelle d'un fait historique(Lovejoy-Boas 1997)

Références

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Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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