Aribert d'Intimiano

Aribert d'Intimiano
Fonction
Archevêque de Milan
-
Arnolfo II da Arsago (en)
Biographie
Naissance
Décès
Activités
Autres informations
Propriétaire de
Lierna (jusqu'en )

Aribert d'Intimiano (italien : Ariberto da Intimiano), mort le à Monza, fut archevêque de Milan de 1018 à sa mort. Selon Yves Renouard, « Aribert a été un des plus grands hommes politiques de l'Italie du XIe siècle »[1].

Biographie

Prémieres années et élection episcopale

Aribert d'Intimiano était le cadet d'une famille de seigneurs fonciers des confins du diocèse vers Côme. Formé à l'école de la cathédrale, il devient sous-diacre de l'Église de Milan. En 1018, Aribert est choisi comme archevêque, consultu majorum civitatis ac dono imperatorie potestatis, et consacré le  : il était le représentant des familles de capitanei quì l'ont porté au trône, et il est possible que son élection ait été entachée de quelque simonie[2]. Grâce à ses dons politiques, Aribert va donner à la société milanaise conscience et désir de sa grandeur collective.

Aribert s'efforce de restaurer la puissance matérielle et spirituelle de l'Église de Milan. Il profite de la crise créée par la mort d'Henri II (1024) pour accroître son pouvoir et utilise ce pouvoir accru pour affirmer l'intangibilité des privilèges de l'église et de la ville de saint Ambroise face à l'Empereur.

Aribert archevêque de Milan

La mort d'Henri Il avait suscité une grande agitation en Italie du Nord ; la plupart des grands laïcs cherchaient à réaliser le royaume d'Italie, qui avait échoué au temps d'Ardouin, marquis d'Ivrée, et proposaient la couronne à un seigneur français ; cependant les électeurs allemands donnaient Conrad II pour successeur à Henri II. Aribert, devenu l'arbitre de la situation, découragea Guillaume d'Aquitaine, et offrit à Conrad II la couronne d'Italie ; il obtint en contrepartie le droit d'investir l'évêque de Lodi, son suffragant, qui devint son vassal : Milan obtenait un débouché sur l'Adda ; il reçut d'autre part le dominatus de la très riche abbaye de Nonantola. La reconnaissance de Conrad II a suscité une révolte à Pavie au cours de laquelle le palais impérial est brûlé par les partisans d'un roi français ou italien qui y résiderait constamment par crainte que l'archevêque de Milan devenu représentant de l'Empereur ne s'y installe.

L'alliance avec Conrad II

Aribert couronne Conrad II roi d'Italie à Milan (1025) et l'aida à assiéger Pavie révoltée ; en 1027, il obtint la première place après le Pape lors de la cérémonie du couronnement impérial à Rome ; aux yeux du chroniqueur Arnulfe de Milan, Milan est désormais une autre Rome, Roma altera. En Lombardie, grâce à l'appui de l'Empereur, Aribert abattit les ennemis de son Église et étendit ses prérogatives . Au cours d'une visite pastorale, il rencontra au château de Monforte, dans le diocèse d'Asti, l'hérétique Girard, qu'il interrogea longuement, faisant la preuve de sa science théologique ; c'est la première manifestation de la diffusion du catharisme chez les vavasseurs et dans les milieux les plus humbles de la société rurale ; l'appel de Girard à la communauté des biens dresse contre l'hérésie les capitanei, qui conduisent au bûcher les cathares condamnés par la Cour de l'archevêque.

L'expédition en Bourgogne

En 1032, Conrad II hérita du royaume de Bourgogne, et, contre les nobles bourguignons qui refusaient de le reconnaître, l'Empereur organisa une expédition militaire ; fidèle à son choix politique, Aribert participa à l'expédition à la tête de ses vassaux et de leurs vavasseurs, ajoutant à son pouvoir la dimension du prestige militaire ; il était désormais le principal personnage d'Italie avec le marquis Boniface de Toscane, père de la célèbre Mathilde de Canossa. À Milan même, le comte ne rendait plus sa justice qu'avec l'autorisation de l'archevêque ; le vicomte, qui en tant que gastald, administrait les domaines royaux du « contado » , devient le premier dignitaire laïc de la Curia de l'archevêque, et l'un de ses feudataires ; la Curia est organisée en dix services, dirigés chacun par un magister, l'un des deux services laïcs étant dirigé par le vicomte. Par son habileté politique, Aribert a établi son pouvoir incontesté sur la ville et le diocèse et étendu son autorité à toute la province ecclésiastique.

Aribert est chassé de Milan

Le grand crucifix d'Aribert provenant de San Dionigi et conservé dans le trésor de la cathédrale de Milan.

Les vavasseurs auraient voulu obtenir, comme tous les féodaux, la dévolution héréditaire de leurs fiefs à leurs enfants ; ils avaient misé sur les entreprises des feudataires laïcs, partisans d'un roi italien ou français; cet espoir ayant été frustré, ils se tournèrent du côté de l'Empereur, qui commençait à trouver excessive la puissance de l'archevêque. Ils prirent pour prétexte la coûteuse expédition de Bourgogne, qui les avait ruinés, et se soulevèrent contre Aribert ; celui-ci pouvait compter sur le soutien des capitanei, qui tenaient à conserver leur pouvoir sur les vavasseurs, et sur celui des simples citoyens, et il convoqua l'hériban. Les vavasseurs, appuyés par les classes serviles et par tous les adversaires extérieurs d'Aribert, livrèrent une bataille indécise à Campomalo, entre Milan et Lodi, en 1036.

L'arrest

Conrad II décida alors d'intervenir pour ramener la paix et convoqua à Pavie une diète, qui devait abaisser les grands, au premier rang desquels se trouvait l'archevêque : I'Empereur demanda à Aribert de rendre raison des usurpations dont se plaignaient tous ses voisins; d'après les Annales de Magdebourg, l'archevêque déclara qu'il ne rendrait rien à qui que ce soit des biens de l'église de Saint-Ambroise. L'archevêque fut arrêté et mis au ban de l'Empire.

L'arrestation d'Aribert fut interprétée à Milan comme un coup porté à la ville, attaquée dans la personne de son chef, le successeur de saint Ambroise, et la ville entière se souleva contre l'Empereur ; non seulement les classes sociales, qui, pour des raisons politiques ou économiques, redoutaient l'ingérence du pouvoir impérial, mais tous les habitants de Milan, frappés dans leur conscience collective : I'âme d'une ville se réveille, au souvenir d'un héros du passé, Ambroise, évêque et saint, qui avait excommunié un Empereur. Il n'y a pas d'autre exemple d'un seigneur féodal qui ait à ce point incarné les intérêts et les idéaux d'une ville entière, unie et dressée contre I'Empereur.

La guerre entre Milan et l'Empereur

La riposte de Conrad II fut à la fois politique et militaire : de Pavie, à nouveau proclamée capitale du royaume d'Italie par les Honorantie civitatis civitatis Papie (v. 1020), I'Empereur lança une offensive contre Milan, puis mit le siège devant ses murs ; en même temps, fut publié un texte juridique de grande portée : la Constitutio de Feudis () reconnaissait aux vavasseurs, dans tout l'Empire, l'hérédité irrévocable de leurs fiefs, et les soumettait au seul jugement de l'autorité impériale, représentée par le missus ; leur irrésistible ascension sociale les plaçait ainsi au même rang que les capitanei ; I'Empereur tentait aussi par là même de dresser capitanei et cives contre les vavasseurs, et de briser la résistance unanime de Milan.

L'evasion et le retour à Milan

La riposte impériale resta cependant sans force devant la cohésion et le sentiment communautaire de Milan, et l'Empereur dut lever le siège, tandis qu'Aribert, évadé du monastère où il était gardé, rentrait dans la ville dans l'enthousiasme général. Conrad II chercha alors à atteindre Aribert dans sa charge ecclésiastique, qui s'était révélée comme un élément aussi efficace de sa puissance que son pouvoir féodal : il le déclara déchu de la chaire de saint Ambroise et le fit excommunier par le Pape (1038).

Se haussant au même niveau, Aribert élimina les rares clercs qui se disaient fidèles à Conrad II, et offrit la couronne d'Italie à Eudes de Champagne ; l'archevêque de Milan disposait de la Couronne de Fer comme Grégoire VII plus tard prétendra le faire de la couronne impériale.

Eudes de Champagne fut écrasé par Conrad, qui marcha à nouveau contre Milan au printemps 1039 ; Aribert, selon le chroniqueur Arnulfe de Milan, appela aux armes tous le peuple de Saint-Ambroise : « Illico convenire ad urbem omnes ambrosianae parochiae incolas armis instructos a rustico usque ad militem, ab inope usque ad divitem, ut in tam cohorte patria tueretur ab oste... »

Le « carroccio » dans une ancienne miniature.

Interprète d'une passion commune, Aribert manifesta son génie de l'organisation et son accord profond avec l'opinion, en faisant sortir de Santa Maria Hyemale, la cathédrale, un énorme chariot de bois, qu'on y conservait pour les processions ; en y faisant ficher la croix et l'étendard de la ville, il transforme le « carroccio » en symbole de la ville et de l'Église unies, et crée le symbole des libertés urbaines, qui sera imité dans toutes les villes d'Italie. Conrad II mourut au cours du siège, qui fut levé : Aribert et Milan avaient vaincu.

Les lendemains de la victoire

Aribert chercha aussitôt à liquider la crise, et se rendit à Ingelheim auprès du nouvel Empereur, Henri III, qui le reconnut comme archevêque (1040). Mais il fallait ensuite donner une part de la direction de la ville à ceux qui avaient été appelés à la défendre : Aribert constata, à son retour d'Allemagne, que la Constitutio de Feudis avait créé une situation nouvelle : vavasseurs et capitanei ne formaient plus qu'une seule classe, et à la puissance accrue des nobles s'opposaient les cives, combattants de 1039 ; il n'y avait plus de classe intermédiaire à Milan. En 1040, les cives se soulevèrent pro libertate acquirenda ; pris au dépourvu et moins nombreux, les nobles quittèrent la ville, et Aribert les suivit : vieilli, dépassé par les événements, l'homme qui avait incarné la ville entière devenait l'homme d'un parti. À la tête du peuple de Milan, contre le front uni des nobles, qui mirent le siège devant leur ville, se dressa un chevalier, juge du Palais, Lanzone della Corte ; ce dernier demanda la médiation de l'Empereur, et eut l'habileté d'en avertir les nobles ; il suscita ainsi la réconciliation des Milanais, qui jurèrent en 1045 de maintenir et de défendre l'autonomie de la ville ; les nobles revinrent, et Aribert, malade, se fit porter à Milan pour y mourir, le . Il laissait Milan transformée : la ville la plus puissante d'Italie du Nord avait pris collectivement conscience d'elle-même[3].

Le grand crucifix d'Aribert

Le tombeau d'Aribert dans la cathédrale de Milan

Le tombeau d'Aribert se trouve dans la première travée du bas-côté droit de la cathédrale de Milan[4]. Le sarcophage de l'archevêque est surmonté d'une copie du célèbre crucifix d'Aribert, un chef-d'œuvre de l'orfèvrerie romane lombarde du XIe siècle. Réalisé en feuille de cuivre doré sur une âme en bois, il est orné de pierres précieuses et d'émaux. Le Christ est mort, les yeux clos, la tête penchée, après avoir rendu le dernier soupir. Les bras mêmes ont un peu fléchi et les pieds placés sur un suppedaneum assez large, se sont rapprochés, les talons se touchentet les jambes sont presque jointes. Le corps long et maigre est suspendu sur la croix ; un perizonium très léger et court laisse voir le nu osseux des jambes.

Aribert donna le crucifix au monastère de San Dionigi vers 1040. Après la démolition du monastère en 1783, le crucifix a été transféré au Duomo, mais il a été remplacé par une copie pour des raisons de sécurité en 1970, tandis que l'original est exposé au musée du Duomo[5].

Une reproduction de la croix d'Aribert est également l'un des symboles de victoire du Palio de Legnano. La manifestation se déroule le dernier dimanche de mai à Legnano, en Lombardie afin de commémorer la Bataille de Legnano du qui vit les armées de la Ligue Lombarde battre celles de l'empereur d'Allemagne, Frédéric Barberousse[6]. Le quartier (contrada) gagnante du concours expose la croix pendant une année entière dans son église de référence, jusqu'à la prochaine édition du prix[6].

L'évangéliaire d'Aribert

Couverture de l'évangéliaire d'Aribert

L'évangéliaire d'Aribert est un chef-d'œuvre de l'orfèvrerie lombarde du XIe siècle, commandé par Aribert pour la Cathédrale de Milan. Conservé au musée du Duomo de Milan, cet objet roman en or, pierres précieuses et émaux se distingue par une riche reliure à plaques d'argent repoussé.

La scène du crucifiement s'y trouve représentée dans une suite de compartiments. Le crucifix se détache au centre et en relief, tandis que tous les témoins de ce drame divin sont figurés autour par des peintures en émail. Les émaux principalement employés sont le bleu de ciel, le vert et le blanc éclatant. Par opposition aux émaux byzantins on voit ici le vert foncé, et le jaune chrome est remplacé par l'or. Outre le pourpre translucide (avec les nuances d'écaille) on remarque le rouge cannelle opaque.

La sainte Vierge occupe la place habituelle, mais au lieu de son costume traditionnel, elle porte les riches manteaux des princes du XIe siècle. Auprès d'elle on lit l'inscription « Maria, En Filius tuus », tandis qu'à l'opposé, près de saint Jean, « Apostole, ecce Mater tua ».

Notes

  1. Renouard 1969, p. 391.
  2. Renouard 1969, p. 386.
  3. Renouard 1969, p. 392.
  4. (it) « Cattedra: Una Chiesa bimillenaria e una palma nel cuore di Milano » (consulté le )
  5. Maria Luisa Marzorati, « ARIBERTO », dans Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 4, (lire en ligne).
  6. Giorgio D'Ilario, Egidio Gianazza, Augusto Marinoni et Marco Turri, Dizionario Biografico degli Italiani, Legnano, Edizioni Landoni, , « Profilo storico della città di Legnano », p. 337.

Bibliographie

  • Pietro Rotondi, « Ariberto d'Intimiano arcivescovo di Milano », Archivio storico lombardo, vol. XVIII,‎ , p. 54-89 ;
  • Amato Amati, Ariberto e Lanzone, ossia il risorgimento del Comune di Milano, Milan, Lombardi,  ;
  • Hermann Pabst, De Ariberto II Mediolanensi Primisque Medii Aevi motibus popularibus, Berlin, Lange,  ;
  • Charles Rohault de Fleury, La sainte Vierge : étude archéologiques et iconographiques, vol. 1, Paris, Librairie Poussielgue, , p. 216 ;
  • Max Pfenniger, Kaiser Konrads Beziehungen zu Aribo von Mainz, Pilgrim von Köln, und Aribert von Mailand, Breslau, Lindner,  ;
  • Achille Ratti, « Il probabile itinerario della fuga di Ariberto arcivescovo di Milano da un suo autografo inedito », Archivio storico lombardo, vol. XXIX,‎ , p. 5-25 ;
  • Achille Ratti, « Ancora il probabile itinerario della fuga di Ariberto », Archivio storico lombardo, vol. XXIX,‎ , p. 476-81 ;
  • Erich Wunderlich, Aribert von Antimiano Erzbischof von Mailand, Halle, John,  ;
  • H. E. J. Cowdrey, « Archbishop Aribert II of Milan », History, vol. 51, no 171,‎ , p. 1-15 (JSTOR 24405426) ;
  • Yves Renouard, Les Villes d'Italie, de la fin du Xe sìècle au début du XIVe siècle, vol. 2, Paris, Société d'édition d'enseignement supérieur, .

Liens externes

  • icône décorative Portail du catholicisme
  • icône décorative Portail de Milan
  • icône décorative Portail du Moyen Âge central