Association de Solidarité Franco-Arabe
L’Association de Solidarité Franco-Arabe (ASFA) est une association française qui a œuvré au rapprochement entre la France et les pays arabes, particulièrement dans les années 1970 et 1980.
Elle a publié, entre autres, la revue mensuelle en couleur France-Pays arabes, pendant quarante ans.
Objectifs et activités
L’Association de Solidarité Franco-Arabe (ASFA) a été créée en 1967[1] ; le premier numéro de sa revue France-Pays arabes est daté de novembre 1968[2] ; le dernier numéro date de 1999.
Complémentaire de l'Association France-Algérie créée en 1963 dans le cadre de la « politique arabe de la France » de Couve de Murville et de Gaulle qui, après la guerre d'Algérie, voulaient renouer avec les États arabes, l'ASFA avait pour but de renforcer les relations politiques, économiques et culturelles entre la France et les pays arabes[3]. Elle avait pour particularité d’exprimer dans ses statuts un soutien à la cause palestinienne, et d’avoir pour cadres des gaullistes très critiques à l’égard d’Israël[4]. L'article premier de ses statuts de 1967 porte :
« L'Association a pour but de développer la solidarité des Français vis-à-vis des Arabes victimes du conflit du Proche-Orient et notamment des réfugiés palestiniens ; de lutter contre tout racisme anti-arabe et d'apporter à l'opinion française une meilleure information quant à la situation et à l'évolution des peuples arabes. »
L’association a été financée par le Quai d'Orsay et des États arabes[5]. Outre ses nombreuses publications, elle organisait des conférences, des colloques, des voyages d’études et des rencontres entre responsables français et arabes[6], ou faisait publier des articles et communiqués dans la presse[7]. — Elle ne doit pas être confondue avec la Chambre de Commerce Franco-Arabe (CCFA), créée peu après sous l’impulsion de la Ligue arabe et d’un ancien ministre du Général de Gaulle[8] ; ni avec un Cercle France-Pays arabes créé sous la présidence de Yves Guéna « pour accompagner la politique du gouvernement[9] ».
Selon l'historien Thomas Maineult, l'ASFA réunissait « des gaullistes plutôt de gauche, des communistes, certains socialistes, et jouait en quelque sorte le rôle de lobby de la cause palestinienne[10] ». Selon Abdellali Hajjat, la création de l'ASFA a été « la démarche la plus significative » pour nouer des contacts entre l'OLP et la diplomatie française, et pour le soutien des Palestiniens en France[11]. Selon Mamarbachi, le parcours des dirigeants et membres de cette association illustre comment la mobilisations contre la guerre d’Algérie et le soutien au FLN des années 1954-62, se mue ensuite en engagement en faveur des Arabes de Palestine[12]. Selon Frémeaux, cette association, « financée, de son aveu même, par le Quai d'Orsay » est restée jusqu'à la fin de XXe siècle l'un des organes les plus actifs de la cause palestinienne en France[5].
L'ASFA s'est en outre engagée dans la promotion de l'art arabo-musulman[13], et elle a créé en 1969 un prix littéraire annuel, le Prix de l'amitié franco-arabe[14],[15] et, la même année, le Prix Palestine.
Dirigeants
- Président : Louis Terrenoire, homme de confiance du général de Gaulle[16], ancien président du groupe parlementaire UNR[16] et ancien ministre.
- Secrétaire général et directeur de publication : Lucien Bitterlin, ancien des services secrets français contre l'OAS devenu fervent défenseur des luttes arabes[17],[18].
Bitterlin était l'initiateur, Terrenoire, à la demande d'Edmond Michelet, le président pendant onze ans, jusqu'en 1978 lorsque Bitterlin le remplace[19],[20].
Georges Montaron, directeur de Témoignage Chrétien est vice-président à partir de 1971 ; il mettait son imprimerie à la disposition des publications de l'association[21],[22],[23]. Pierre Rondot, ancien des services de renseignement français au Proche-Orient, est aussi vice-président en 1984[24].
Caractère institutionnel
L'ASFA n'est pas une simple association de particuliers. Elle est créée par des hommes du pouvoir pour contribuer à la promotion d'une politique du gouvernement français, et être un lieu de rencontre avec des émissaires de gouverments étrangers[25] en vue de faciliter des accords diplomatiques ou des coopérations commerciales ou militaires. Voulue par le chef d'État, le général de Gaulle, présidée par un ancien ministre, Louis Terrenoire, cette association est un instrument de « la politique arabe de la France », et elle est soutenue, voire influencée, au moins discrètement, par le ministère français des Affaires étrangères[5]. Son mensuel en quadrichromie, qui met en valeur les actions de présidents de pays arabes, est aussi financé par eux, ainsi que les colloques et voyages de ses membres et proches sur les rives de la mer méditerranée. Son partenariat avec l'action du Témoignage chrétien de Georges Montaron et de milieux protestants lui confère également une assise dans l'institution de l'Église et la chrétienté.
Quand en 1974 son animateur, Lucien Bitterlin, s'engage à partir des locaux de l'ASFA dans la coordination de comités Palestine via son Comité Eurabia, il reçoit deux lettres d'entente des Premiers ministres de France et des Pays-Bas[26]. Sous la présidence de Jacques Chirac le rapport avec le chef d'État se confirme, mais conflictuellement, l'un soutenant l'Irak de Saddam Hussein, l'autre la Syrie de Hafez el-Assad[25].
Enfin l'animateur de l'ASFA lui-même, Lucien Bitterlin, n'est pas sans relations avec des policiers français et des agents de la surveillance du territoire[27], étant un ancien de services parallèles (barbouzes en 1962) qui recevait à l'ASFA des ambassadeurs et émissaires arabes[25], et rencontrait même des acteurs engagés dans le terrorisme international, dont le très dangereux Abu Nidal[28],[29], responsable entre autres de l'attentat de la rue des Rosiers à Paris en 1982.
L'implication institutionnelle la plus riche de conséquences pour toute l'Europe fut le rôle moteur de l'ASFA avec ses partenaires britanniques dans la création (selon le voeu du président français Georges Pompidou et de son ministre des Affaires étrangères, Michel Jobert) de l’Association parlementaire pour la coopération euro-arabe (APCEA) en 1974 à Paris[30],[31],[32], association européenne de parlementaires qui dès juin 1975 pose les bases du Dialogue euro-arabe (suivi du Partenariat Euromed en 1995 et de l'Union pour la Méditerranée en 2008) par sa « Déclaration de Strasbourg » qui « réclame des gouvernements européens un aménagement des dispositions légales concernant Ia libre circulation et le respect des droits fondamentaux des travailleurs immigrés en Europe : ces droits doivent être équivalents à ceux des citoyens nationaux[33] ».
Publications
L’ASFA a édité pendant quarante ans une revue illustrée intitulée France-Pays arabes . Cette revue, de belle facture, en quadrichromie et mensuelle, traitait des évènements politiques dans les pays arabes, des relations franco-arabes, de la politique proche-orientale et de questions économiques et culturelles, ainsi que de ses propres activités. De 1968 à 2008, 319 numéros ont été publiés[34]. De mars 1990 à mai 1999, la revue insérait les bulletins d'information EURABIA sous forme d'un en encart de 4 pages, « EURABIA » étant ajouté en sous-titre sur sa couverture.
Des suppléments étaient aussi édités, comme Les Dossiers de France Jérusalem[35], France Palestine[36],[37], et même une brochure prenant partie lors d'une élection : L’ASFA pour Valéry Giscard d’Estaing, lors de la campagne présidentielle de 1974[21]. L'ASFA publiait aussi des textes de Bitterlin, comme Actualisation des droits nationaux du peuple palestinien en 1979 ou L'Information arabe en Europe : l'enjeu d'une guerre psychologique en 1980.
Bibliographie
- Lucien Bitterlin, La flamme et le souffre, Paris: Vegapress, 1988 ; Arles: Actes Sud, 1999[38].
- Lucien Bitterlin, L'Information arabe en Europe : enjeu d'une guerre psychologique, France-Pays arabes, Paris 1980, 23 p. (communication au Dialogue des journalistes euro-arabes, Bagdad, janvier 1980 (catalogue BnF).
- Jacques Frémeaux, Le Monde arabe et la sécurité de la France depuis 1958, Paris, PUF, (présentation en ligne).
- Marc Hecker, « Un demi-siècle de militantisme pro-palestinien en France : évolution, bilan et perspectives », Confluences Méditerranée, nos 86-3, , p. 200 (lire en ligne, consulté le ).
- Thomas Maineult, La cause palestinienne en France de 1967 à la fin des années 1980 : acteurs, réseaux, mouvements, Institut d'études politiques de Paris - Sciences Po, 2024, 382 p.[39]
- Alexandre Mamarbachi, « De l’Algérie à la Palestine, genèse d’une cause tiers-mondiste », Matériaux pour l’histoire de notre temps, no n° 147-148, p. 105-111, (lire en ligne, consulté le )
- Ali Ouertatani, « Les citadelles du lobby proarabe en France », Outre-terre, no 9, (lire en ligne, consulté le ).
- Institut du monde arabe, Le Prix de l'amitié franco-arabe: 1969-1997 : Des femmes et des hommes pour la reconnaissance mutuelle des cultures, Paris, 1997.
- Pierre Siramy et Laurent Léger, 25 ans dans les services secrets - Témoignage, Paris, Flamarion, , ch. 4 : De l’Urss à l'Égypte, des amitiés suspectes… (aperçu en ligne).
- Louis Terrenoire, De Gaulle et l'Algérie, Paris: Fayard, 1964.
- Louis Terrenoire, De Gaulle, Israël et les Palestiniens, Paris, Témoignage chrétien, (présentation en ligne).
Références
- ↑ Préfecture de police de Paris, Bureaux des associations : statuts datés du 21 novembre 1967, enregistrés le 6 décembre.
- ↑ Catalogue de la Bibliothèque nationale de France.
- ↑ Lucien Bitterlin, L'Information arabe en Europe : l'enjeu d'une guerre psychologique, France-Pays arabes (ASFA), Paris, 1980.
- ↑ Marc Hecker, 2013.
- Frémeaux, 1995.
- ↑ Voir le détail dans les numéros de France-Pays arabes. Exemples :
- conférence « Les Réfugiés arabes de Palestine », Paris, 28 Mars 1968 (sudoc) ;
- « Conférence mondiale des chrétiens pour la Palestine », Beyrouth, mai 1970 : initiative de Georges Montaron avec l'ASFA, dont Montaron devient vice-président l'année suivante (relation de Jacques Elul) ;
- conférence de Youakim Moubarac, « Musulmans, chrétiens et juifs à l’épreuve de la Palestine », Paris, 2 juin 1970 ;
- colloque euro-arabe : « L'Europe peut-elle contribuer à un réglement de paix au Proche-Orient ? », octobre 1977 (voir Philippe Rondo, Politique étrangère, n° 43-5, p. 631, et Le Monde, 24 septembre 1977) ;
- nombreux voyages, dont à Tunis, février 1982, invité par la Ligue arabe (relation de Harald Bock, invité). - ↑ Voir exemples ci-dessous dans Liens externes, Articles du journal Le Monde.
- ↑ Présentation de la CCFA (consulté le 19-05-2026).
- ↑ Journal Le Monde, 27 juin 1987.
- ↑ Radio France, « 1974, le virage français » (en ligne).
- ↑ Abdellali Hajjat, Les comités Palestine (1970-1972). Aux origines du soutien de la cause palestinienne en France, Revue d’études palestiniennes, 2006, 98, pp.74-92 (en ligne).
- ↑ Mamarbachi, 2023.
- ↑ Paul Balta, Claudine Rulleau, La politique arabe de la France, de De Gaulle à Pompidou, Paris: Sindbad, 1973, p. 138 : L'ASFA apporte son concours à une université de Strasbourg pour une « exposition sur les rapports entre la pemture moderne et l'art arabo-musulman » en janvier 1972.
- ↑ Académie Française.
- ↑ Le Monde, Prix de l'amitié euro-arabe, 25 novembre 1988.
- Lacouture, p. 62.
- ↑ Abou Diab Khattar, Lucien Bitterlin - La flamme et le souffre, Politique étrangère, n°43-3, 1988, p. 760 : Bitterlin reconnait « vouloir marcher aux côtés des Arabes qui n'acceptent pas les batailles perdues » (en ligne).
- ↑ Philippe de Saint Robert, Au temps des “amitiés franco-arabes”, sur france-irak-actualite.com (en ligne).
- ↑ De Gaulle, Israël et les Palestiniens, p. 14.
- ↑ Ancien président de l'Association de solidarité franco-arabe, M. Terrenoire explique les raisons de sa démission, Le Monde, 18 août 1978.
- Les citadelles du lobby proarabe, p. 418.
- ↑ Caterina Bandini, Catholiques français et chrétiens palestiniens : pour une sociologie relationnelle de la solidarité, note 15 (en ligne).
- ↑ Jérôme Bocquet,Georges Montaron - Témoignage chrétien et la Palestine, dans D. Avon et A. Messaoudi De l'Atlas à l'Orient musulman : Contributions en hommage à Daniel Rivet, Paris: Karthala, p. 171-187 (en ligne).
- ↑ France-Pays arabes, n° 122, novembre 1984, p. 49.
- Les citadelles du lobby proarabe.
- ↑ Lettres signées, l'une par Pierre Messmer, 9 mars 1974, l'autre par Joop den Uyl, 11 mars 1974. Texte des lettres dans la Lettre d'information EURABIA n°19, avril 1974.
- ↑ Siramy, 25 ans dans les services secrets, chapitre 4 : le colonel Joseph Fourrier, adjoint au chef du contre-espionnage à la DGSE, assurait que Bitterlin était « un agent de la DST » et « en excellents termes avec des membres de la police ».
- ↑ Entretien avec Abu Nidal, France-Pays arabes, n° 124, février 1985.
- ↑ Edwy Plenel, La France et le terrorisme : la tentation du sanctuaire, Politique étrangère, vol. 51, n° 4, 1986, p. 931 (en ligne.
- ↑ « APCEA (Association Parlementaire pour la Coopération Euro-Arabe) », sur medea.be (consulté le )
- ↑ Lettre d'information EURABIA n°19, avril 1974.
- ↑ Jean-Pierre Bensimon, Les origines de la politique arabe de l’Europe, Controverses, n° 3, octobre 2006, p. 286.
- ↑ Résolution adoptée le 8 juin 1975 à Strasbourg (texte en ligne en français et en anglais).
- ↑ La collection est conservée à la La Contemporaine, Nanterre (Catalogue en ligne.
- ↑ Catalogue de la Bibliothèque nationale de France.
- ↑ 74 numéros, 1975-1978, Catalogue de la Bibliothèque nationale de France.
- ↑ Autres publications sur Sudoc.
- ↑ Khattar Abou Diab, La flamme et le souffre de Lucien Bitterlin, compte-rendu, dans Politique étrangère, n° 53-3, 1988, pp. 760-761 (en ligne).
- ↑ Sudoc.
Aticles connexes
- Eurabia (lettre d'information)
- Louis Terrenoire
- Lucien Bitterlin
- Dialogue euro-arabe
- Sixième sommet des chefs d'État arabes (novembre 1973)
Liens externes
- Lucien Bitterlin, Une lettre de l'ASFA, Le Monde, 25 avril 1974, dans laquelle il évoque la lettre du 9 mars 1974 par laquelle le Premier ministre Pierre Messmer marquait son accord avec les objectifs du Comité Eurabia, et dans laquelle l'ASFA se félicite que « que l'opération des commandos palestiniens de Kyriath-Shmoneh a eu un grand retentissement dans l'opinion occidentale ».
- Louis Terrenoire, Le général de Gaulle ne concevait pas de règlement au Proche-Orient sans la France, Le Monde, 21 novembre 1973.
- Louis Terrenoire, De Gaulle, Israël et les Palestiniens, Paris: éd. Témoignage chrétien, 1989 (aperçu en ligne).
- L'Association de solidarité franco-arabe : un bilan pour l'avenir, 1980 (WordCat).
- 20 ressources supplémentaires sur WorldCat.
- Articles du journal Le Monde de, ou sur, l'ASFA.
- Portail des associations
- Portail du monde arabe
- Portail de la France