Baladna

Baladna Food Industries
Création
Fondateurs Moutaz Al-Khayyat
Ramez Al-Khayyat
Personnages clés Moutaz Al-Khayyat (président)
Ramez Al-Khayyat (vice-président)
Marek Warzywoda (directeur général du groupe)
Malcolm Jordan (ancien directeur général)
Forme juridique Société par actions cotée
Siège social Al Khor
Drapeau du Qatar Qatar
Président Moutaz Al-Khayyat
Actionnaires Fondateurs (25 %)
Investisseurs stratégiques qataris (23 %)
Flottant (52 %)
Activité Industrie laitière, agroalimentaire, boisson
Produits Lait, yaourt, fromage, ayran, crème, jus de fruits, lait en poudre, lait évaporé
Société mère Power International Holding (25 % - actionnaire fondateur)
Filiales Baladna Algérie S.P.A.
Baladna Egypt
Baladna Syria
Effectif ~ 1 400 (2024)
Site web https://baladna.com/en

Chiffre d'affaires 342,9 millions de dollars (2025)
en augmentation +11 % (2025)
Résultat net 145,5 millions de dollars (2025)

Baladna (arabe : بلدنا, signifiant « notre pays ») est une entreprise qatarie spécialisée dans l'industrie laitière et l'agroalimentaire. Fondée en sous le nom de Baladna Livestock Production W.L.L., elle est devenue, à la suite de la crise diplomatique du Qatar de 2017, le principal producteur laitier du pays et l'un des symboles de la stratégie d'autosuffisance alimentaire de l'émirat[1],[2].

L'entreprise exploite à Al Khor, au nord de Doha, la plus grande ferme laitière verticalement intégrée du Moyen-Orient, qui s'étend sur 2,4 millions de m2 et abrite jusqu'à 24 000 vaches de race Holstein[3],[4]. Elle assure plus de 95% de l'approvisionnement en lait frais du Qatar et produit plus de 250 références couvrant le lait, le yaourt, le fromage, le labneh, la crème, les boissons fermentées traditionnelles et les jus de fruits[1],[5].

Issue d'une petite exploitation de moutons et de chèvres, Baladna a connu une croissance fulgurante au cours du blocus de 2017, lorsque l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l'Égypte et Bahreïn ont rompu leurs relations diplomatiques avec Doha, privant brutalement le Qatar de la quasi-totalité de ses importations de produits laitiers[6],[7],[8]. En quelques semaines, l'entreprise a fait acheminer par pont aérien 4 000 vaches Holstein depuis les États-Unis, l'Australie, les Pays-Bas, l'Allemagne et la Hongrie, un épisode resté connu sous le nom de « histoire des vaches volantes du Qatar »[9],[6]. Le Qatar a atteint l'autosuffisance en lait frais dès le mois de [1].

Introduite à la Bourse du Qatar le à la suite d'une introduction en bourse sursouscrite ayant levé environ 1,425 milliard de riyals (392 millions de dollars)[10],[11], l'entreprise s'est lancée à partir du début des années 2020 dans une politique d'expansion internationale ambitieuse, signant des partenariats stratégiques avec l'Algérie, l'Égypte, la Syrie, la Malaisie, le Nigeria ou encore les Philippines[12],[13],[14]. Le projet algérien d'Adrar, doté de 3,5 milliards de dollars et co-détenu avec le Fonds national d'investissement algérien, est présenté par ses promoteurs comme la « plus grande ferme laitière intégrée au monde »[14],[15],[3].

Étymologie et dénomination

Le nom «Baladna» provient du terme arabe بلدنا (baladunā), qui signifie littéralement « notre pays » ou « notre patrie »[2]. Ce choix renvoie explicitement au discours d'autosuffisance alimentaire porté par l'émirat dans le cadre de sa Vision nationale 2030 et a été massivement mobilisé par la communication de l'entreprise lors de la crise de 2017[2],[16].

La raison sociale initiale était Baladna Livestock Production W.L.L.[8], avant qu'elle ne devienne Baladna Food Industries W.L.L. à mesure que l'entreprise élargissait ses activités à la transformation laitière et aux boissons[17]. Lors de son introduction en bourse en 2019, elle a été restructurée sous la forme d'une société par actions cotée (Q.P.S.C., pour Qatari Public Shareholding Company), désormais désignée comme Baladna Q.P.S.C.[10].

Histoire

Fondation et premières années (2014-2017)

Baladna est officiellement créée en dans la zone d'Umm al-Hawaya, à environ 50 km au nord de Doha, dans la municipalité d'Al Khor[8],[2]. Elle est fondée par deux entrepreneurs syro-qataris, les frères Moutaz Al-Khayyat et Ramez Al-Khayyat, déjà connus pour avoir bâti le conglomérat Power International Holding (PIH), actif dans la construction, l'immobilier, l'agroalimentaire, l'énergie et les services.

L'exploitation est initialement conçue comme une ferme d'élevage de moutons et de chèvres, et présentée comme la plus grande du genre au Moyen-Orient. Le site accueille alors près de 40 000 brebis de race Awassi, adaptées aux climats arides, ainsi que 5 000 chèvres et une unité de production d'aliments pour le bétail d'une capacité de 100 tonnes par jour[18]. La production reste à cette époque principalement constituée de lait de brebis et de viande, le lait de vache demeurant marginal.

Dès , Baladna entame la production de produits laitiers transformés destinés au marché qatari, posant les bases d'une transition vers une activité industrielle plus complète. Des projets d'importation maritime de vaches Holstein sont alors envisagés à moyen terme[8].

Le blocus de 2017 et le pont aérien des vaches

Le , l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l'Égypte et Bahreïn rompent leurs relations diplomatiques avec le Qatar et imposent un blocus terrestre, aérien et maritime à l'émirat, qu'ils accusent de soutenir le terrorisme, accusation rejetée par Doha[11]. Or, le Qatar importait alors environ 80% de son lait frais depuis l'Arabie saoudite et près de 72% de l'ensemble de ses produits laitiers de l'étranger, principalement via la frontière saoudienne d'Abu Samra[1].

Face à l'urgence, Moutaz Al-Khayyat décide d'accélérer drastiquement les plans d'élevage bovin de Baladna et lance, avec le soutien du gouvernement qatari, ce qui sera décrit comme « le plus grand pont aérien bovin de l'histoire »[9]. Le , un avion-cargo Boeing 777 de Qatar Airways Cargo atterrit à Doha avec à son bord 165 vaches Holstein en provenance de Budapest, en Hongrie[6],[7].

Au total, près de 4 000 vaches Holstein sont acheminées par les airs en quelques mois depuis les États-Unis, l'Australie, les Pays-Bas, l'Allemagne et la Hongrie, au prix de plus de 60 vols cargo de Qatar Airways Cargo, chaque animal pesant en moyenne 590 kg[8],[18]. Pour héberger le troupeau dans un environnement aride où les températures estivales dépassent fréquemment 45 °C, l'entreprise édifie dans l'urgence d'immenses étables climatisées équipées de ventilateurs, de brumisateurs et de générateurs électriques importés des rares pays restant en lien commercial avec le Qatar[9],[7].

Selon les récits de l'entreprise, la production locale couvre environ 30% des besoins du pays dès le mois de [1]. La première veau née à Baladna, baptisée « Milky », devient un symbole médiatique de la résilience qatarie face au blocus[9].

Autosuffisance et introduction en bourse (2018-2019)

La montée en puissance se poursuit en 2018 et 2019. À six mois du début du blocus, Baladna couvre déjà 30 % de la demande nationale; en , le Qatar atteint l'autosuffisance en lait frais selon les chiffres communiqués par l'entreprise[1]. En , Baladna affirme fournir 95% du lait frais consommé dans le pays et exporter ses excédents vers l'Afghanistan, le Yémen et bientôt Oman[19].

Le , l'entreprise annonce officiellement le lancement de son introduction en bourse sur la Bourse du Qatar (Qatar Stock Exchange), avec un objectif de levée de 1,425 milliard de riyals (environ 392 millions de dollars)[11],[17]. L'opération porte sur 75% du capital, dont 23% réservés à des investisseurs stratégiques qataris, parmi lesquels la General Retirement and Social Insurance Authority (10%), Hassad Food (5%), Al Meera (4%), Mwani Qatar (2%) et Widam Food Company (2%) et 52% au grand public qatari, les fondateurs conservant 25% des parts[17],[20].

La période de souscription s'étend du au , à un prix unitaire de 1,01 QAR par action[17]. L'opération est sursouscrite, et les titres sont cotés à la Bourse du Qatar sous le mnémonique BLDN à compter du [10]. Baladna devient la 47e société cotée à Doha et la première introduction en bourse qatarie de l'année 2019[10],[21].

Diversification et lancement à l'international (2020-2023)

Après l'IPO, Baladna se diversifie verticalement et horizontalement. En , elle lance le premier lait longue conservation produit localement au Qatar, suivi en avril d'une gamme de jus de fruits[19]. En 2020, dans un contexte marqué par la pandémie de Covid-19, l'entreprise lance la marque Awafi, positionnée sur le segment « prix accessible » en réponse aux nouvelles attentes des consommateurs régionaux.

Le , Baladna annonce un bénéfice net de 84 millions de QAR sur sept mois pour un chiffre d'affaires de 442 millions de QAR, attribué à des gains de productivité. En 2021, l'entreprise initie une politique d'intégration verticale à rebours en investissant dans la culture de fourrage : 5 000 hectares en Roumanie pour produire 85% de l'alimentation du troupeau, ainsi qu'une première expérience de culture d'alfalfa au Qatar même, grâce à l'irrigation par pivot central[1],.

L'année 2021 marque également le lancement de l'expansion internationale. En , Baladna signe un mémorandum d'entente avec l'agence agricole publique malaisienne FELCRA Berhad et le groupe FGV Holdings pour développer une ferme intégrée dans l'État de Perlis, avec un objectif initial de 10 000 vaches et de 100 millions de litres de lait par an[22],[23].

En , Baladna porte sa participation dans Juhayna Food Industries, le leader égyptien des produits laitiers et des jus, à 10,1%, pour une valeur de 2,5 millions de QAR[24]. Cette participation est progressivement portée à environ 15% à l'été 2023[24].

En , l'entreprise noue un partenariat avec le groupe français Bel pour la production locale, à partir de 2023, de fromage La Vache qui rit en pots et d'autres produits du portefeuille du groupe[25]. Le partenariat avec l'Algérie sur un projet de production de lait en poudre est annoncé en et formalisé courant 2024[26].

Le tournant africain et moyen-oriental (2024-2026)

En 2024, Baladna réalise un chiffre d'affaires record de 1,145 milliard de QAR (+8%) et un bénéfice net de 185 millions de QAR (+69%), grâce notamment à l'amélioration des marges, à l'introduction de 39 nouveaux produits et au repositionnement de la marque Awafi sous le slogan «Every Day Quality, Every Day Value»[27],[28]. La même année, l'entreprise devient la première société qatarie à obtenir la certification FSSC 22000 version 6 pour la sécurité des denrées alimentaires[28].

À l'inverse, le projet malaisien tourne court. En , FGV Holdings annonce l'abandon de la coentreprise avec Baladna en raison de « conditions non satisfaites » dans l'accord d'actionnaires ; le projet, valorisé à 4,5 milliards de ringgit (environ 1,01 milliard de dollars), prévoyait l'élevage de plusieurs dizaines de milliers de vaches sur 3 259 hectares dans la vallée agro-industrielle de Chuping[29].

En , Baladna officialise la création de la coentreprise Baladna Algeria S.P.A. avec le Fonds national d'investissement algérien et signe les contrats de la première phase, d'un montant de 500 millions de dollars, du projet géant d'Adrar[14],[30]. Dans la foulée, en , le conseil d'administration approuve un investissement de 250 millions de dollars pour un complexe industriel intégré (laiterie, jus, emballage plastique, station d'épuration) en Syrie, peu après la levée des sanctions américaines sur ce pays[13],[31].

En , Baladna annonce des plans d'investissement « de plusieurs millions de dollars » pour une usine intégrée dans l'État d'Ogun, au Nigeria[32],[33]. Le , Baladna et la Société financière internationale (SFI), filiale du groupe de la Banque mondiale, signent un accord de conseil pour la reconstruction de la filière laitière syrienne dans le cadre du programme AgriConnect[34].

L'exercice 2025 se solde par des résultats records : un chiffre d'affaires de 1,27 milliard de QAR (+11 %), un EBITDA de 770,1 millions de QAR (marge de 60,7%) et un bénéfice net de 538,8 millions de QAR (marge de 42,6%), porté par les revenus du portefeuille d'investissements stratégiques diversifiés et la contribution croissante des activités internationales[5].

Activités

Site de production d'Al Khor

Le site principal de Baladna est situé dans la zone d'Umm al-Hawaya, à environ 50 km au nord de Doha, le long de la route Al Shamal, dans la municipalité d'Al Khor[5]. Il s'étend sur 2,4 millions de m2 et constitue la plus grande ferme laitière intégrée du Moyen-Orient[4],[3].

L'exploitation se compose de 40 étables climatisées d'une capacité totale de 24 000 vaches Holstein, de salles de traite automatisées tournant en continu sur 24 heures, d'une unité de production d'aliments pour bétail, d'une usine de plastique pour les emballages, d'un site d'épuration des eaux et d'une réserve d'aliments de six mois[17],[1]. Le troupeau est constitué de Holstein importées des États-Unis, des Pays-Bas, d'Allemagne, d'Australie et de Hongrie ; le fourrage provient principalement d'Asie, d'Europe et d'Afrique.

Parc Baladna à Al Khor

Le site abrite également un parc d'attractions pour familles, un zoo, un magasin et un restaurant accueillant le grand public, ces équipements en faisant l'une des destinations agritouristiques les plus visitées du Qatar[9].

Capacité et production

La capacité industrielle de Baladna est estimée entre 700 000 et 900 000 litres de boissons par jour. En 2024-2025, l'entreprise produit en moyenne plus de 400 000 litres de lait frais par jour et opère 149 routes commerciales au Qatar[5].

Selon les chiffres communiqués par Baladna, l'entreprise contrôle en 2024 une part de marché globale de 54,1% au Qatar, dont 96,1% sur le lait frais et 92,5% sur le lait UHT[35],[36]. Environ 80% de la production est destinée à la consommation intérieure et le reste à l'exportation.

Produits et marques

Baladna développe deux marques principales :

  • Baladna, couvrant l'ensemble des catégories laitières et des jus de fruits : lait frais entier, demi-écrémé et écrémé, lait UHT, laban et ayran, yaourts (nature, grec, skyr, à boire), labneh, crèmes (fraîche et aigre), fromages (akkawi, halloumi, majdoula, moshalal, nabulsi, feta, paneer), lait en poudre, lait évaporé, crème stérilisée, desserts (rice pudding, crème pâtissière), thé glacé et jus chillés ou longue conservation[37] ;
  • Awafi (marque économique lancée en 2020), couvrant le lait UHT, le yaourt, le laban et le fromage râpé, repositionnée en 2024 sous la signature «Every Day Quality, Every Day Value»[38],[39].

L'entreprise produit également, dans le cadre de son partenariat avec le groupe Bel, des fromages La Vache qui rit sous licence depuis 2023[25]. Le portefeuille atteint en 2025 267 références, dont une trentaine introduite la même année[5].

Clients et canaux de distribution

Baladna sert le marché de détail qatari via les principales enseignes de l'émirat ainsi qu'un réseau hôtellerie-restauration (HoReCa), avec une présence remarquée à l'Aéroport international Hamad et via son partenariat de longue date avec Qatar Airways, qui a renouvelé ses contrats d'approvisionnement à plusieurs reprises[39]. L'entreprise est par ailleurs liée à des contrats publics, dont un contrat-cadre de 100 millions de QAR obtenu en pour la fourniture de lait évaporé sur l'année 2025[28].

Baladna exporte ses produits vers une dizaine de pays, parmi lesquels Oman, le Yémen, l'Afghanistan, la Libye, le Pakistan et la Jordanie, et a entamé en 2025 des livraisons régulières de produits longue conservation vers la Syrie,[5].

Données financières

Depuis son introduction en bourse, Baladna publie des résultats trimestriels et annuels conformément aux exigences de la Bourse du Qatar. L'évolution récente de ses principaux indicateurs est résumée ci-dessous :

Principaux indicateurs financiers (en millions de QAR)[24],[27],[28],[5]
Exercice Chiffre d'affaires Variation Bénéfice net Marge nette
2022 985,6 +27,5% 80,6 8,2%
2023 ~ 1 060 +7,5% ~ 109 10%
2024 1 145 +8% 185 16%
2025 1 270 +11% 538,8 42,6%

Le bond du résultat net entre 2024 et 2025 s'explique pour l'essentiel par les revenus tirés du portefeuille d'investissements stratégiques diversifiés (en particulier les premières contributions du projet algérien) et par la montée en puissance des opérations internationales[5]. Le bénéfice par action est ainsi passé de 0,086 QAR en 2024 à 0,252 QAR en 2025[5].

Gouvernance et actionnariat

Moutaz Al-Khayyat occupe la présidence du conseil d'administration depuis la fondation. Son frère Ramez Al-Khayyat en est le vice-président et directeur général ; les deux frères sont également respectivement président et président-directeur général du groupe Power International Holding, maison mère du fondateur. La direction opérationnelle a longtemps été assurée par Malcolm Jordan en qualité de directeur général ; il est désormais épaulé, à la tête du groupe, par Marek Warzywoda comme Group CEO[34],[12].

L'actionnariat reflète la structure mise en place lors de l'introduction en bourse :

  • les fondateurs et leur véhicule conservent 25% du capital social[17] ;
  • des investisseurs stratégiques publics ou semi-publics qataris détiennent ensemble 23%, dont la General Retirement and Social Insurance Authority (10%), Hassad Food (5%), Al Meera (4%), Mwani Qatar (2%) et Widam Food Company (2%)[17],[20];
  • le solde, soit 52%, est détenu par le public (personnes physiques ou morales qataries, avec une fenêtre d'ouverture jusqu'à 49% pour les investisseurs non qataris depuis l'opération de 2019)[20].

L'État qatari et ses démembrements (caisses de retraite, fonds souverains, sociétés semi-publiques) détiennent au total environ 27% du capital, ce qui fait de Baladna une entreprise stratégique inscrite dans la politique nationale de sécurité alimentaire.

Une particularité de la gouvernance tient à la dimension confessionnelle : le , les cheikhs Ali Al-Qaradaghi et Walid Bin Hadi ont émis une fatwa autorisant la souscription aux actions Baladna en raison de l'engagement de l'entreprise à respecter les règles de la charia et de la constitution d'un comité de conformité charia interne[20].

Stratégie internationale

Algérie : la «plus grande ferme laitière intégrée du monde»

Le projet d'Adrar, en Algérie, constitue le pilier de la stratégie d'expansion internationale de Baladna. Il découle d'un accord-cadre conclu en 2024 entre Baladna et le ministère algérien de l'Agriculture, formalisé par la création de la coentreprise Baladna Algeria S.P.A., détenue à 51% par Baladna et à 49% par le Fonds national d'investissement algérien[3],[14].

Doté d'un investissement total estimé à 3,5 milliards de dollars, le projet prévoit l'aménagement de 117 000 hectares dans la wilaya d'Adrar (dans le Sahara), structurés en trois pôles intégrant chacun une exploitation céréalière et fourragère, un élevage laitier et bovin et une usine de lait en poudre[3],[40]. Le troupeau cible atteindra environ 270 000 vaches Holstein (avec une première tranche de 50 000 têtes en 2026) pour une production annuelle de lait estimée à 1,7 milliard de litres, transformés en environ 200000 de lait en poudre, soit la moitié des besoins nationaux algériens[3],[40],[15].

L'équipementier allemand GEA Group a été retenu pour fournir les salles de traite etles installations de séchage par atomisation, pour un contrat estimé entre 140 et 170 millions d'euros[15]. La mise en service est prévue à partir de fin 2027[14].

La deuxième phase, lancée en , prévoit un investissement supplémentaire d'environ 635 millions de dollars et l'organisation d'un pont aérien depuis neuf États américains (Arizona, Nouveau-Mexique, Texas, Colorado, Idaho, Californie, Kansas, Iowa et Indiana) pour acheminer 30 000 vaches sur dix mois[41]. Le projet prévoit la création de quelque 5 000 emplois directs et indirects[3],[14].

Égypte

Baladna est entrée au capital de Juhayna Food Industries, premier producteur laitier et de jus égyptien, en , avec une participation initiale de 10,1%[24]. Cette part a été portée à environ 15% à l'été 2023, l'entreprise qatarie justifiant ses acquisitions par le potentiel du marché égyptien (plus de 100 millions de consommateurs) et le rôle de leader de Juhayna dans la distribution agroalimentaire[24].

En , Baladna a créé une filiale égyptienne de services support, et en 2023, elle avait signé un accord avec l'Autorité du canal de Suez portant sur un investissement potentiel de 1,5 milliard de dollars pour une ferme et une usine produisant 300 millions de litres de lait par an[13],[31].

Syrie

L'investissement syrien de 250 millions de dollars, approuvé par le conseil d'administration le , marque la première grande implantation industrielle qatarie en Syrie depuis la chute du régime d'Assad en [13],[31]. Il comprend une usine laitière, une usine de jus, une unité d'emballage plastique et une station d'épuration des eaux[31]. L'accord de conseil signé en avec la Société financière internationale vise à étudier la reconstruction de la chaîne d'approvisionnement laitière syrienne et à intégrer les petits producteurs au sein de filières viables, dans le cadre du programme AgriConnect de la SFI[34].

Malaisie (projet abandonné)

Le projet malaisien, initialement présenté comme une transposition du modèle qatari en Asie du Sud-Est, devait être implanté dans la vallée agro-industrielle de Chuping (Perlis) sur 3 259 hectares[22],[29]. Une coentreprise avait été constituée avec FELCRA Berhad, FGV Holdings et le groupe Touch (40%, 40%, 20%), pour un investissement total prévu à 4,5 milliards de ringgit[29].

Le 11 décembre 2024, FGV Holdings annonce officiellement l'abandon du projet en raison de l'expiration du délai prévu pour la levée des conditions suspensives[29]. Baladna n'a pas commenté publiquement la rupture, mais a annoncé son intention de redéployer ses ressources vers le projet algérien[36].

Nigeria, Philippines et autres marchés

Au Nigeria, une mission de Baladna a visité, le 23 juin 2025, le gouverneur de l'État d'Ogun, Dapo Abiodun, pour discuter de l'acquisition d'un terrain et lancer des études de faisabilité en vue d'un complexe agroalimentaire intégré (laiterie, viande et cultures)[32],[33]. L'investissement, dont le montant n'a pas été précisé, doit contribuer à réduire la facture annuelle d'importations laitières nigérianes (estimée à 1,5 milliard de dollars) et appuyer l'objectif fédéral de doublement de la production laitière à 1,4 million de tonnes d'ici 2030[33].

Aux Philippines, un accord conclu en 2022 vise à augmenter de 120 millions de litres la production locale, soit plus de quatre fois la production nationale antérieure[25]. Des études de faisabilité ont également été menées en Indonésie et en Bulgarie (cultures fourragères)[42].

Développement durable et responsabilité sociale

Environnement

Baladna affirme avoir intégré une stratégie ESG alignée sur la Vision nationale du Qatar 2030 et sur les Objectifs de développement durable des Nations unies[43]. L'entreprise communique sur un investissement de plus de 25 millions de dollars en faveur de la modernisation environnementale de son site, qui inclut :

  • un partenariat avec Veolia Water Technologies permettant de convertir plus de 22 000 litres d'eaux usées agricoles par jour pour l'irrigation et le refroidissement du troupeau, avec une réduction de la consommation d'eau douce supérieure à 50%[43] ;
  • un système de gestion des déchets organiques permettant la transformation des effluents d'élevage en compost et en engrais organique, avec une réduction revendiquée de 30 000 tonnes de CO2 par an ;
  • la mise en place d'un modèle dit «Grass to Glass», visant à intégrer l'ensemble de la chaîne de valeur depuis la culture fourragère jusqu'à l'emballage final[43].

En 2021, Baladna s'est engagée à planter 5 000 arbres à l'occasion de la fête nationale du Qatar, dans le cadre des objectifs de réduction de la pollution atmosphérique et des émissions de dioxyde de carbone du pays[44].

Engagements sociétaux

L'entreprise multiplie les partenariats philanthropiques au Qatar, notamment avec Qatar Charity, le magazine Jassim du groupe Dar Al Sharq, l'orphelinat Dreama et le Dadu Children's Museum of Qatar, dont elle devient en membre fondateur[43],. Elle revendique également une politique de ressources humaines axée sur la formation et la rétention des compétences locales, l'entreprise employant environ 1 400 personnes en 2024[45].

Critiques et controverses

Soutien public et valorisation

Lors de l'introduction en bourse de 2019, Baladna a reconnu publiquement bénéficier de contrats de soutien gouvernemental qui n'avaient pas été intégrés à sa valorisation : selon le vice-président Ramez Al-Khayyat, la valeur d'entreprise réelle s'élevait alors à 2,9 milliards de QAR, mais elle avait été « sous-évaluée » à 1,9 milliard de QAR pour « protéger les intérêts des petits porteurs »[45]. Cette dépendance au soutien étatique a été pointée par certains analystes comme une source de fragilité à moyen terme[2].

Le projet algérien et la question de l'eau

Le projet géant d'Adrar suscite, depuis 2024, des critiques marquées d'organisations non gouvernementales et d'experts agricoles. L'ONG GRAIN estime que le projet nécessitera plus de 1700 milliards de litres d'eau prélevés sur un aquifère saharien « non renouvelable »[46]. L'ONG souligne également que, bien que les banques algériennes et le Fonds national d'investissement financent les trois quarts du projet, la direction et le conseil d'administration de la coentreprise sont contrôlés par Baladna en vertu de sa participation de 51%[46].

Les ONG environnementales avertissent que « les méga-fermes dans le désert peuvent créer un mirage de sécurité alimentaire tout en épuisant des ressources hydriques fragiles »[47],[46]. Le contexte algérien, avec les émeutes de Tiaret de juin 2024 en réaction à la pénurie d'eau potable, alimente ces inquiétudes, dans un pays qui aurait pourtant fait du développement de l'agriculture saharienne une priorité[46],[48].

Implications géoéconomiques

Le projet algérien est également perçu comme un défi pour l'Union européenne, premier fournisseur de lait en poudre de l'Algérie. Selon plusieurs analystes du secteur, l'atteinte de 50% d'autosuffisance algérienne pourrait priver les exportateurs européens, en particulier la France, les Pays-Bas et l'Irlande d'un débouché stratégique[47]. La Nouvelle-Zélande, grand exportateur mondial de poudre, pourrait également voir une partie de ses parts de marché menacée, certaines estimations évoquant un risque de plus d'un milliard de dollars d'échanges déplacés[49].

Modèle agricole et pétro-modernité

Les chercheurs en humanités environnementales de l'université Georgetown à Doha ont, par ailleurs, analysé le récit médiatique de Baladna comme une forme de « pétro-modernité » : la mise en scène de la « liberté alimentaire » occulterait l'intensité énergétique réelle de l'opération, en particulier les besoins de climatisation, de dessalement d'eau et de transport aérien inhérents à un élevage laitier en climat aride[16].

Distinctions et certifications

Baladna a reçu plusieurs distinctions et certifications professionnelles :

  • Qatar International Food Safety Award en 2017 et 2018[50] ;
  • Certification ISO 22000:2018 (systèmes de management de la sécurité des denrées alimentaires)[50] ;
  • Certifications ISO TS 22002-1:2009 et exigences additionnelles FSSC 22000 V6, Baladna est la première entreprise qatarie à recevoir cette dernière certification[51] ;
  • Best Digital Annual Report Award (catégorie Small Cap) pour son rapport annuel 2023[51] ;
  • MENA Digital Award 2024 du meilleur dispositif créatif pour le secteur laitier et jus de la région[51].

Notes et références

  1. « Bovine heroes: The quest for food security in Qatar », sur baladna.com (consulté le )
  2. (en) Sebastian Garcia, « Developing the Desert: How Qatar Achieved Dairy Self-Sufficiency Through Baladna », Sustainability, vol. 16, no 24,‎ , p. 11262 (DOI 10.3390/su162411262, lire en ligne)
  3. (en) « Qatari dairy developing record milk powder plant in Algeria », sur Dairy Global,
  4. « About Baladna | Our Story, Mission & Dairy Leadership », sur baladna.com (consulté le )
  5. (en) « Baladna reports record FY2025 results as international expansion and strategically diversified investments accelerate growth », sur Qatar Tribune,
  6. (en) « Qatar airlifts in cows after Arab embargo cuts milk supplies », sur CNN Business,
  7. (en) « Cows on a Plane: 165 Bovines Airlifted to Qatar to Meet Milk Demand », sur Newsweek,
  8. (en) « Qatar's first air shipment of cows lands amid Saudi-led blockade », sur The Peninsula Qatar,
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Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

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étude de cas pédagogique

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