Barbara (Gaza)

Barbara
Course de chevaux à Barbara, le 7 septembre 1940, sous les yeux des soldats de la 6e division australienne.
Géographie
Pays
Sous-district
Superficie
13,98 km2
Coordonnées
31° 37′ 26″ N, 34° 34′ 46″ E
Carte au 1:20 000 de Barbara (1940).
Démographie
Population
2 410 hab. ()
Densité
172,4 hab./km2 ()
Histoire
Événement clé
Identifiants
Site web
Carte

Barbara (برْبره) ou Berbere est un village arabe palestinien situé à 17 km au nord-est de Gaza, près de l'actuelle Ashkelon. Peuplé de 2410 habitants en 1945, Barbara est, comme des centaines de villages palestiniens, expulsé et détruit par l'armée israélienne dans son programme de nettoyage ethnique appliqué au cours de la guerre israélo-arabe de 1948.

Géographie

Barbara était situé dans le sous-district de Gaza, à 17 kilomètres au nord de la ville de Gaza, à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer[4]. Le wadi Salam coulait à l'est du village. Le village était construit sur un terrain généralement plat, derrière la barrière dunaire parallèle au rivage. Le problème des avancées sableuses n'a été résolu que dans les années 1940, avec la plantation d'arbres aux endroits appropriés pour stabiliser les dunes[4]. La route côtière et la ligne de chemin de fer de Jaffa au Caire en Égypte, via El Qantara sur le canal de Suez, passaient immédiatement à l'est du village, ce qui facilitait grandement les communications[4].

Sa superficie était de 13 978 dounams (14 km2)[3], dont 1348 hectares appartenant à des Arabes et 50 hectares étant des terres publiques[4]. Les plantations d'agrumes et de bananiers occupaient 132 dounams, 2952 dounams étaient classés comme plantations et terres irrigables, et 9615 dounams étaient consacrés aux céréales[5]. Les terres non-cultivables occupaient 128 hectares[4].

Histoire

Le nom Barbara date de l'Empire romain.

Outre l'Empire romain, la région a été sous la domination de l'Égypte hellénistique (avant la conquête romaine), l'Empire byzantin a succédé à l'Empire romain. Puis la conquête arabe dans les années 630 fait passer la Palestine sous la domination des dynasties califales successives (Omeyyades jusqu'en 750 puis Abbassides), jusqu'aux Croisades et la création des États latins du Levant. La Palestine est ensuite dominée par le sultanat mamelouk d'Égypte, jusqu'à la conquête de la Syrie-Palestine par l'Empire ottoman en 1517, dont le règne dure quatre siècles avant la conquête britannique en 1917-1918.

Antiquité

Les fouilles archéologiques ont permis de mettre au jour les restes de bâtiments et de céramique romaines et byzantines. Des monnaies de Néron, Valentinien II, Théodose Ier, Justin Ier et Justinien le Grand ont aussi été retrouvées[6]. Un pressoir à vin d'époque byzantine a aussi été découvert[7]. La découverte la plus tardive est une monnaie omeyyade de la première moitié du VIIIe siècle[6].

Période musulmane

Selon le géographe Mujir al-Din (en) (1456–1522), le savant cheikh Yousouf al-Barbarawi est né à Barbara ; ce sage local, élève d'Ahmad ibn Dawoud, est mort en 1323[8].

Au XVe siècle, Barbara était enregistré comme dotation d'un waqf, fondation pieuse musulmane[9].

Empire ottoman

En 1517, les armées ottomanes font la conquête de la Syrie-Palestine lors de la guerre ottomano-mamelouke, marquée par la bataille de Marj Dabiq.

La mosquée de Barbara est construite sous le règne du sultan Mourad III (1574-1596). Elle abrite la tombe de Yousouf al-Barbarawi[10]. Dans le registre fiscal de 1596, Barbara relevait de la nahié (sous-district) de Gaza et de la liwa' (district) de Gaza (voir sandjak de Gaza). Le village comptait 73 foyers musulmans, soit environ 400 habitants. Ils payaient un impôt fixe de 17 000 akçe, qui était entièrement reversé à un waqf[11].

En , Victor Guérin visite le village, dont il estime la population à 400 habitants. Il note aussi le maqam (sanctuaire) de cheikh Yousouf, avec des tronçons de colonnes de marbre gris-blanc, le même genre de colonnes se retrouvant autour du puits[12]. D'après une liste de villages officielle de 1870, Barbara avait alors 113 maisons et une population de 372 hommes, les femmes n'étant pas recensées[13]. En 1883, l'enquête du Palestine Exploration Fund décrit le village comme rectangulaire et entouré de jardins et de deux étangs. Le sable envahissant de la côte est stoppé par des haies de cactus autour des jardins. Les plantations d'oliviers se trouvent à l'est du village[14].

Un bâtiment du premier quart du XXe siècle, a été fouillé[15]. Selon Grossman, une partie au moins des habitants ont une ascendance égyptienne[16].

Période du mandat britannique

De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Simsim est conquise en et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations. Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Barbara a une population de 1369 habitants, tous musulmans[17], qui augmente au recensement de 1931 à 1546, toujours tous musulmans, dans 318 maisons[18].

Dans les statistiques de Village de 1945, la population de Barbara est estimée à 2410 musulmans[2]. À la fin de la période mandataire, Barbara avait toujours sa mosquée du XVIe siècle, ainsi que plusieurs commerces. Une école primaire est créée en 1921, et avait 252 élèves en 1947. Barbara était connue pour ses longs tapis, al-mazawid, tissés par les femmes du village[10],[4]. Les rues étaient sableuses. L'économie du village reposait principalement sur l'agriculture ; ses raisins étaient réputés et se vendaient sur toute la côte. Une profusion d'autres plantes étaient cultivées : amandiers, figuiers, oliviers, oranges, goyaves, pastèques, melons cantaloup. Plusieurs puits avaient été creusés jusqu'à 35 ou 40 mètres de profondeur pour l'irrigation[4].

Guerre de 1948 et nettoyage ethnique

Détail de la carte du plan de partage de la Palestine de 1947. Majdal figure dans la partie attribuée à l'État arabe.

Des escarmouches ont lieu dès le début de l'année 1948 : selon le journal Filastin, à 7 heures du matin, le , des sionistes traversent le village à bord d'un bus tout en tirant des rafales de mitraillette. Les seuls dégâts sont les vitres de l'école brisées[4].

D'après Tariq al-Ifriqi, le Soudanais commandant des volontaires arabes de Gaza, une autre attaque a lieu le . Des colons sionistes vivant près de Barbara tirent sur les fellahin qui labouraient leurs champs, faisant un blessé. La milice du village intervient immédiatement, et la bataille dure deux heures, faisant plusieurs morts et blessés chez les assaillants, aucun chez les défenseurs[4].

L'armée israélienne s'empare de Barbara lors de l'opération Yoav, impliquant les brigades Néguev, Guivati et Yiftah, le  : les habitants sont expulsés sous des tirs en rafale[4]. Fin , les troupes du district de la plaine côtière balaient les villages autour d'al-Majdal (aujourd'hui Ashkelon). Les ordres envoyés aux bataillons et aux sections du génie précisaient que les habitants devaient être expulsés vers Gaza, et que leur retour devait être empêché par la destruction des villages et le minage des chemins[19]. L'opération a lieu le . Le compte-rendu des troupes n'est pas très clair, mais à Barbara et al-Jiyya, ils ne trouvent qu'une quarantaine de personnes, vieux hommes, femmes et enfants, qui sont expulsés vers Beit Hanoun. Plusieurs dizaines d'hommes âgés, de femmes aveugles et leurs enfants sont autorisés à rester, sans que le rapport précise où. Aucune résistance n'a été rencontree, mais huit jeunes hommes sont faits prisonniers et envoyés dans des camps de détention au statut incertain[20].

Période israélienne

Après la guerre, Barbara est annexée par Israël. Dès le , le moshav de Mavki'im est créé sur les terres de Barbara, à proximité immédiate du village, afin de prévenir toute réinstallation d'infiltrés palestiniens[4]. En 1950, la colonie de Talmei Yafeh est aussi créée sur les terres de Barbara[21]. Enfin, Ge'a, également fondée en 1950, est très près de Barbara, mais sur les terres d'al-Jiyya[4].

L'historien Walid Khalidi décrit ainsi les restes de Barbara en 1992) : « Les murs en ruines et les débris des maisons sont tout ce qui reste des bâtiments du village. Les débris sont recouverts d'épineux et de broussailles. De vieux eucalyptus, des sycomores et des cactus poussent aussi sur le site. Quelques-unes des vieilles rues sont clairement identifiables. Un espace du site sert de décharge à ordures et de casse automobile[21]. »

Personnalités liées à Barbara

Voir aussi

Bibliographie complémentaire

  • Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 (2e édition en français). (ISBN 978-2-35872-280-3) ;
  • Rosemary M. Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2000. (ISBN 978-0-98151313-3)

Articles connexes

Liens externes

Notes

  1. Palmer, 1881, p. 367
  2. Department of Statistics, 1945, p. 31 « https://web.archive.org/web/20200414113959/http://users.cecs.anu.edu.au/~bdm/yabber/census/VSpages/VS1945_p31.jpg »(Archive.orgWikiwixGoogle • Que faire ?),
  3. Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Quoted in Hadawi, 1970, p. 45
  4. « Barbara — بَرْبَرَة », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 16 octobre 2025.
  5. Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 86.
  6. Nikolsky, 2013, Horbat Barbarit.
  7. Haimi, 2008, Mavqi‘im Final Report.
  8. Al-Khalidi 1968:84, and D 1/2:255, fn. Cité par Khalidi, 1992, p. 81.
  9. Roy Marom et Itamar Taxel, « Ḥamāma: The historical geography of settlement continuity and change in Majdal 'Asqalan's hinterland, 1270–1750 CE », Journal of Historical Geography, vol. 82,‎ , p. 49–65 (ISSN 0305-7488, DOI 10.1016/j.jhg.2023.08.003 Accès libre)
  10. Khalidi, 1992, p. 81.
  11. Hütteroth, Abdulfattah, 1977, p. 151. Cité par Khalidi, 1992, p. 81.
  12. Guérin, 1869, p. 172-173.
  13. Socin, 1879, p. 144.
  14. Conder, Kitchener, 1883, III: p. 259. Cité par Khalidi, 1992, p. 81.
  15. Haimi, 2016, Horbat Barbarit
  16. Grossman, D. (1986). "Oscillations in the Rural Settlement of Samaria and Judaea in the Ottoman Period". in Shomron studies. Dar, S., Safrai, S., (eds). Tel Aviv: Hakibbutz Hameuchad Publishing House. p. 383.
  17. Barron, 1923, Table V, Sub-district of Gaza, p. 8.
  18. Mills, 1932, p. 2.
  19. Coastal Plain District HQ to battalions 151 and ´1 Volunteers`, etc., 19:55 hours, 25 Nov. 1948, IDFA (=Israeli Defence Forces and Defence Ministry Archive) 6308\49\\141. Cité par Morris, 2004, p. 517 et suivantes.
  20. Morris, 2004, p. 518.
  21. Khalidi, 1992, p. 82.

Bibliographie

  • Barron, J.B., Palestine: Report and General Abstracts of the Census of 1922, Government of Palestine, (lire en ligne)
  • C.R. Conder et H.H. Kitchener, The Survey of Western Palestine: Memoirs of the Topography, Orography, Hydrography, and Archaeology, vol. 3, London, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne)
  • C. Dauphin, La Palestine byzantine, Peuplement et Populations, vol. III : Catalogue, Oxford, Archeopress, coll. « BAR International Series 726 », (ISBN 0-860549-05-4, lire en ligne) (p. 876 )
  • Department of Statistics, Village Statistics, April, 1945, Government of Palestine, (lire en ligne)
  • V. Guérin, Description Géographique Historique et Archéologique de la Palestine, vol. 1: Judee, pt. 2, Paris, L'Imprimerie Nationale, (lire en ligne)
  • S. Hadawi, Village Statistics of 1945: A Classification of Land and Area ownership in Palestine, Palestine Liberation Organization Research Center, (lire en ligne)
  • Yoram Haimi, « Mavqi'im Final Report », Hadashot Arkheologiyot – Excavations and Surveys in Israel, no 120,‎ (lire en ligne)
  • Yoram Haimi, « Horbat Barbarit », Hadashot Arkheologiyot – Excavations and Surveys in Israel, no 128,‎ (lire en ligne)
  • M. Hartmann, « Die Ortschaftenliste des Liwa Jerusalem in dem türkischen Staatskalender für Syrien auf das Jahr 1288 der Flucht (1871) », Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins, vol. 6,‎ , 102–149 (lire en ligne)
  • W.-D. Hütteroth et K. Abdulfattah, Historical Geography of Palestine, Transjordan and Southern Syria in the Late 16th Century, Erlanger Geographische Arbeiten, Sonderband 5. Erlangen, Germany: Vorstand der Fränkischen Geographischen Gesellschaft, (ISBN 3-920405-41-2, lire en ligne)
  • Karmon, Y., « An Analysis of Jacotin's Map of Palestine », Israel Exploration Journal, vol. 10, nos 3,4,‎ , p. 155–173; 244–253 (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  • W. Khalidi, All That Remains: The Palestinian Villages Occupied and Depopulated by Israel in 1948, Washington D.C., Institute for Palestine Studies, (ISBN 0-88728-224-5, lire en ligne)
  • Mills, E., Census of Palestine 1931. Population of Villages, Towns and Administrative Areas, Jerusalem, Government of Palestine, (lire en ligne)
  • B. Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-00967-6, lire en ligne)
  • Vlada Nikolsky, « Horbat Barbarit », Hadashot Arkheologiyot – Excavations and Surveys in Israel, no 125,‎ (lire en ligne)
  • E.H. Palmer, The Survey of Western Palestine: Arabic and English Name Lists Collected During the Survey by Lieutenants Conder and Kitchener, R. E. Transliterated and Explained by E.H. Palmer, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne)
  • E. Robinson et E. Smith, Biblical Researches in Palestine, Mount Sinai and Arabia Petraea: A Journal of Travels in the year 1838, vol. 3, Boston, Crocker & Brewster, (lire en ligne)
  • A. Socin, « Alphabetisches Verzeichniss von Ortschaften des Paschalik Jerusalem », Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins, vol. 2,‎ , 135–163 (lire en ligne)


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