Bataille d'El Fasher (2023-2025)
| Date | - |
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| Lieu | El Fasher (Soudan) |
| Issue |
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| Nimir Mohammed Abdelrahman[1] Minni Minnawi[2] |
Abdelrahim Dagalo Ali Yaqoub Gibril † Abdul Rahman Qarn Shata † Abu Al Qasim-Ali Musa † Osman Mohamed Hamid Mohamed Ibrahim Delib † Hamida Abbas † El’fateh Abdullah Idris Adam Gedo Hamdan Ahmed Mohamed Tijani Ibrahim Moussa Mohamed |
| Inconnu | Inconnu |
Batailles
Prélude :
Batailles :
Crimes de guerre :
Crise humanitaire :
Autres :
| Coordonnées | 13° 22′ nord, 25° 13′ est | |
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La bataille d'El Fasher a lieu dans le contexte de la guerre civile soudanaise opposant depuis 2023 les Forces armées soudanaises (FAS) commandées par le général et chef de l'État de facto, Abdel Fattah Al-Burhan, aux Forces de soutien rapide (FSR) commandées par le général Mohamed Hamdan Dogolo. Elle se termine par la prise de la ville par les FSR le à la duite d'un siège de dix-huit mois, ce qui permet au général Dogolo est de contrôler les cinq capitales du Darfour.
Carrefour entre le Soudan, le Tchad et la Libye, peuplée d'environ 2,5 millions d'habitants avant la guerre, El Fasher est attaquée dès les premiers jours du conflit qui débute le . Le , les États-Unis imposent aux belligérants un cessez-le-feu divisant la ville en deux (les FAS occupant des positions à l'ouest et les FSR à l'est), mais celui-ci vole en éclats le . Une relative accalmie y perdure néanmoins les mois suivants, les combats se déroulant principalement à Khartoum, ainsi que dans les États soudanais du Darfour du Sud, du Darfour-Oriental et d'Al Jazira. À l'offensive, les FSR élargissent considérablement leur contrôle du Soudan, tout en multipliant les exactions à l'encontre des populations des territoires conquis où ils appliquent une politique de la terre brûlée. En réaction, deux groupes armés du Darfour qui étaient restés neutres depuis le début de la guerre, le Mouvement pour la justice et l'égalité et l'Armée de libération du Soudan, se rallient à l'armée soudanaise.
Au début de l'année 2024, le général Dogolo, galvanisé par ses victoires, masse des troupes à El Fasher, dernière capitale du Darfour à échapper à son contrôle, sous le commandement de son frère Abdelrahim Dagalo (en). En supériorité numérique avec au moins 30 000 combattants, contre 8 000 du côté de l'armée et ses alliés, les FSR reçoivent en plus des renforts de mercenaires africains et colombiens, ainsi qu'une importante aide matérielle en armes et en munitions des Émirats arabes unis. La population d'El Fasher, appartenant majoritairement à l'ethnie Zaghawa persécutée par les FSR (nommées à l'époque « janjawid ») lors du génocide du Darfour, doit se ranger du côté de l'armée, ou fuir. Après plusieurs assauts infructueux, les paramilitaires encerclent complètement la ville. L'armée soudanaise, étant la seule à disposer d'avions de combat, multiplie les frappes aériennes pour tenter de briser le blocus et les lignes d'approvisionnement ennemies. Mais les forces assiégeantes comme celle défendant la ville tiennent leurs positions.
Lorsqu'en , le général Al-Burhan parvient à reprendre Khartoum, le Soudan se retrouve divisé en deux, l'est et le centre contrôlés par les Forces armées soudanaises, et l'ouest contrôlé les Forces de soutien rapide. Alors que la ligne de front se stabilise le long d'une « frontière » traversant le Soudan du nord au sud, El Fasher devient l'épicentre de la guerre civile et le théâtre d'affrontements de plus en plus fréquents et meurtriers.
En , seuls 13 km2 de la ville échappent encore aux assaillants, où se concentrent selon les estimations de 250 000 à 400 000 habitants assiégés depuis plus de 500 jours. Des dizaines de personnes meurent quotidiennement de faim, du manque de soins, des tirs et des bombardements, tandis que l'ONU et des organisations humanitaires alertent sur les risques d'un massacre si El Fasher est prise par les FSR. Des témoignages révèlent que les paramilitaires profitent de la crise humanitaire qu'ils ont eux-mêmes provoquée pour racketter des personnes voulant fuir, tandis que d'autres sont exécutées s'ils les soupçonnent de liens avec l'armée. Fin septembre et début octobre, l'armée soudanaise largue par avion des vivres et des munitions sur la ville, mais ces ravitaillements, destinés aux soldats, n'impactent pas les souffrances de la population. Parallèlement, des renseignements américains rapportent que les Émirats arabes unis accélèrent, via la Libye, leurs livraisons d'armes et de munitions aux FSR en vue d'un assaut décisif.
Le , les paramilitaires investissent le quartier général de l'armée, qui ne communique pas sur la situation, tandis qu'un porte-parole de la résistance civile affirme que cela ne signifie pas que la ville est prise. Le lendemain, le général Al-Burhan reconnaît toutefois que la ville est tombée aux mains de ses ennemis et que les forces gouvernementales l'ont quittée. Les jours suivants, les prévisions tragiques de l'ONU sont confirmées par des massacres qui font plusieurs milliers de victimes.
En raison de sa durée, de sa brutalité, et de sa valeur stratégique pour les deux camps, la bataille d'El Fasher est comparée par la chercheuse soudanaise Kholood Khair à celle de Stalingrad.
Contexte
Guerre au Darfour de 2003 à 2020
Pendant une grande partie de la guerre au Darfour, El Fasher est contrôlé par l'armée soudanaise et les Janjawid, bien que les rebelles aient occupé des positions dans le lointain Djebel Marra. La ville a souvent été un lieu de négociations, des réunions ayant eu lieu en 2010 et le Document de Doha pour la paix au Darfour y ayant été signé en 2013[4],[5]. Malgré cela, des combats ont encore lieu occasionnellement dans la ville, entre rebelles, MINUAD, l'armée soudanaise et les Janjawid[6].
La guerre au Darfour prend fin grâce à la révolution soudanaise qui évince Omar El-Bechir en 2019. Le , les parties belligérantes signent l'accord de paix de Djouba (en). Cependant, les affrontements se sont poursuivis sporadiquement, et les pillages, les raids et les batailles résultant de conflits territoriaux ou ethniques se sont poursuivis en [7]. Lors de ces attaques, des dizaines de personnes ont été tuées, et les forces de sécurité du Darfour du Nord et l'armée soudanaise ont souvent été incapables de stabiliser la situation[8]. En , des pillages et des violences se sont produits autour de l'ancienne base des Nations unies dans la ville, qui était utilisée à des fins logistiques par la MINUAD[9].
Guerre civile soudanaise depuis 2023
À la suite de la révolution soudanaise, un gouvernement intérimaire est mis en place, dirigé par Abdallah Hamdok, un économiste et ancien haut fonctionnaire de l'ONU[10]. Mais les forces armées soudanaises restent dirigées par des officiers de l'ancien régime, qui s’attribuent des postes clés au sein de ce nouveau gouvernement, craignant de perdre leurs privilèges et de rendre des comptes pour leurs crimes s'ils renoncent à leur influence sur le pouvoir politique[11]. En , un coup d'État militaire est mené par les généraux à la tête des deux principales forces armées du pays, Abdel Fattah al-Burhan devenu chef des forces armées soudanaises, et Mohamed Hamdan Dogolo, chef des FSR[12]. Le général al-Burhan prend la présidence du pays et s'octroie les pleins pouvoirs, tandis que le général Dogolo en prend la vice-présidence[12].
Après avoir brutalement mis fin à la transition démocratique en cours depuis deux ans au Soudan, les deux putschistes se retrouvent en concurrence pour imposer leur autorité politique et militaire, mais aussi économique sur le pays[13]. Alors que l'armée soudanaise accapare les quatre cinquièmes du budget de l’État[11], les FSR prennent le contrôle de plusieurs mines d'or au Soudan (celles du Darfour produisent pour plus de 700 millions d'euros par an), tandis que leur mission de mercenariat au Yémen au service de la coalition dirigée par l'Arabie saoudite leur apporte une expérience militaire et une importante source de revenus[13]. Selon l'analyste géopolitique Clément Molin, la situation politico-militaire au Soudan est alors comparable au piège de Thucydide[14] : à mesure que les FSR croissent en effectifs, puissance et mobilité, l'armée soudanaise, après avoir bénéficié de leur collaboration pour son coup d'État et la répression d'opposants, se sent menacée par une puissance rivale[11]. En conséquence, Abdel Fattah al-Burhan ordonne l'intégration des FSR dans l'armée soudanaise (et donc sous son commandement) dans un délai de deux ans[13], ce que Mohamed Hamdan Dogolo refuse s'il n'obtient pas une place dans l'état-major à la hauteur de son ambition et de l'influence politique et militaire qu'il souhaite conserver[15].
Le , la tension monte d'un cran lorsque les FSR se déploient avec des blindés et des armes lourdes près des villes de Khartoum et de Merowe (en)[16]. La guerre éclate de facto le lorsqu'elles attaquent l'aéroport international de Khartoum, le palais présidentiel et plusieurs casernes militaires à proximité[15]. Les deux belligérants semblent certains de pouvoir l'emporter rapidement, ce qui précipite la guerre qui se propage dans une grande partie du Soudan : elle atteint El Fasher dès les premiers jours[17].
Forces en présence
Comptant environ 8 000 soldats, l'armée soudanaise est renforcée par le ralliement en novembre 2023 du Mouvement pour la justice et l'égalité et l'Armée de libération du Soudan[18].
Les Forces de soutien rapide commandées par Abdelrahim Dagalo (en), sont en supériorité numérique avec au moins 30 000 combattants lorsqu'elles commencent à assiéger la ville en mai 2024[18]. Les paramilitaires reçoivent en plus des renforts de mercenaires originaires de pays africains frontaliers du Soudan, mais aussi de plusieurs centaines d'anciens soldats colombiens[19]. Ces derniers, formés, entraînés, et aguerris par leur participation au conflit armé colombien, sont recrutés et rémunérés par les Émirats arabes unis, et commandés au Soudan par le colonel Alvaro Quijano[19]. Leur expérience dans le pilotage des drones s'avère cruciale et décisive pour cette bataille[19].
La bataille
2023
Début de la guerre civile et des combats à El Fasher
Dès le , des affrontements éclatent à El Fasher[17]. Le 17, des attaques meurtrières ont eu lieu dans le quartier d'El Jama[20]. L'électricité est coupée dans la ville, et le marché principal et le marché aux bestiaux sont détruits, tandis que l'aéroport est fermée[21].
L'ONG Médecins sans frontières annonce que 136 personnes blessées ont été amenées dans ses installations à El Fasher, bien qu'il devienne de plus en plus difficile de les soigner. L'organisation affirme également que de nombreux blessés étaient des civils touchés par des balles perdues[22]. Des témoins affirment à Al Jazeera, que les deux camps ont subi des pertes, mais les FSR en ont subi davantage, tandis que des dizaines de corps sont abandonnés dans les rues[23]. Un citoyen indien est tué par une balle perdue[24]. Médecins sans frontières annonce qu'au , plus de 44 personnes ont été tuées et 279 blessées[25]. Le Syndicat des médecins soudanais déclare neuf tués et 36 blessés hospitalisés en ville[26]. MSF et le Syndicat des médecins soudanais déclarent alors que leurs stocks de matériel leur laissent à peine trois semaines d'autonomie[27].
Le camp de réfugiés d'Aobu Chouk, qui abrite plus de 100 000 personnes déplacées, est incendié fin avril, ainsi que le marché principal d'El Fasher[28].
Cessez-le-feu
Le , les commandants des FSR et des FAS s'accordent sur un cessez-le-feu de trois jours, négocié par le Comité civil des bons offices[29]. Selon les termes de l'accord de cessez-le-feu, les FAS occuperaient des positions à l'ouest de la ville et les FSR se tiendraient à l'est, tandis que le centre d'El Fasher serait démilitarisé et placé sous l'autorité de la police. Les quartiers et les sièges des organisations internationales seraient confiés à des mouvements rebelles tels que les restes du JEM et de l'ALS, tous deux signataires de l'Accord de paix de Djouba. La trêve est prolongée le pour une durée indéterminée[30].
Reprise des combats
Le , Minni Minnawi, gouverneur du Darfour-Occidental, revient avec ses troupes à El Fasher après l'échec des négociations à Khartoum[31]. Le 12, le cessez-le-feu est interrompu et les affrontements reprennent. Cependant, le , des groupes et des signataires de l'Accord de Djouba, ainsi que les cinq gouverneurs des États du Darfour, créént une Force conjointe au Darfour (en) et déploient des troupes dans la ville pour rétablir la trêve. Des combats reprennent à El Fasher, mais ceux-ci sont limités par les dispersion des FSR au Darfour[32]. Ces derniers concentrent leurs efforts vers à l'ouest et au sud faisant peu à peu converger leurs troupes vers El Fasher au fur et à mesure leurs conquêtes[32].
En , les FSR s'emparent de la ville d’El-Geneina, capitale du Darfour-Occidental à 400 kilomètres à l'ouest d'El Fasher, et perpètrent un massacre ciblé contre la communauté Massalit faisant entre 10 000 et 15 000 morts[33]. Cette tuerie de masse préfigure le destin potentiel de la population d'El Fasher si les FSR en prenaient le contrôle[33], et pousse une majorité des Soudanais zaghawa à soutenir l'armée[34].
Le , les FSR s'emparent de la ville de Nyala, capitale de l'État du Darfour du Sud et deuxième ville du pays, située à 200 kilomètres d'El Fasher[35]. Cette ville avait déjà fait l'objet de violents combats lors de la première semaine du conflit[35]. Le frère de Mohamed Hamdan Dogolo, Abderrahim Daglo (en), commande lui-même les troupes qui chassent de cette ville la 16e division d'infanterie de l'armée, et s'emparent de cette localité stratégique cruciale pour le contrôle du Darfour[35]. Les FSR transforment Nyala en point de ravitaillement, notamment aéroporté pour leur campagne du Darfour, où ils proclameront en 2025 un « gouvernement parallèle », faisant ce dette ville leur capitale au Soudan[36]. La mois suivant, la ville d'Ed Daein capitale Darfour-Oriental à 300 kilomètres au sud-est d'El-Fasher est prise par les FSR, permettant à ces dernières de contrôler 4 des 5 capitales du Darfour : la dernière étant El Fasher, dont les FSR s'approchent dangereusement[37].
2024
Concentration des FSR sur El Fasher
Le , des combats éclatent entre l'armée et les FSR dans le camp de réfugiés d’Abou Chrouk et font un mort[38]. Le , de nouveaux combats éclatent entre les deux camps à El Fasher, qui est pilonnée par les paramilitaires[39]. Ces pilonnages provoquent la mort d'au moins cinq personnes et en blessent une vingtaine d'autres selon des sources locales qui ne précisent pas s'il s'agit de combattants ou de civils[39]. Mais la 6e division de l'armée tient ses positions[40]. Selon le chercheur Roland Marchal, d'autres forces armées locales du Nord-Darfour sont susceptibles d'intervenir et de peser sur l'issue de la bataille[40].
En , l'armée soudanaise lance plusieurs frappes aériennes sur les positions des FSR au Darfour du Nord, notamment à El Fasher[41]. Selon Roland Marchal, ce début de possible renversement de situation s'explique par les drones et la formation militaire fournis par l'Iran, ainsi que par le ralliement à l'armée de civils inquiets de la menace des FSR depuis qu'elles ont pris Wad Madani[41]. Parallèlement, un autre groupe rebelle du Darfour, l’Armée de libération du Soudan, annonce son ralliement à l'armée soudanaise[42].
Dans la deuxième quinzaine d'avril, les FSR complètent leur encerclement d’El Fasher[43]. L'ONU, les États-Unis et plusieurs organisations humanitaires alertent sur le risque d'un massacre dans cette ville qui abrite plus de 700 000 réfugiés (sur un total de 2,5 millions d'habitants[44]), par les miliciens déterminés de parachever l'épuration ethnique du Darfour[43]. En mai, les combats s'intensifient et les FSR massent 30 000 combattants[18]. Le Mouvement pour la justice et l'égalité neutre au début de la guerre, se rallie à l'armée dont les effectifs sur place ne dépassent pas 8 000 soldats[18]. Le 10, les FSR lancent un assaut qui fait, au moins 27 morts et 130 blessés, selon l'ONU[45]. Le 12, l'ONU fait état de tirs à l'arme lourde et de frappes aériennes dans des zones densément peuplées d'El Fasher, qui font des dizaines de victimes parmi les civils pris au piège à la suite du blocage des routes par les FSR[46]. Ce blocus provoque une famine, poussant certains habitants à manger des animaux domestiques, des insectes, des feuilles, et de la terre pour survivre, tandis que certaines femmes se prostituent pour obtenir de la nourriture[47]. Le 16, les FSR réussissent à s’infiltrer dans certains quartiers, provoquant la riposte de l'armée par des bombardements ; plusieurs obus tombent sur des maisons, dont une école qui abrite des réfugiés[47]. Mais les paramilitaires sont stoppés grâce à la coopération entre l'armée, les groupes paramilitaires pro-gouvernementaux, et la population quasiment exclusivement de l’ethnie Zaghawa, très hostile aux tribus arabes[48]. Le 20, dix jours après leur assaut, la progression des FSR reste contenue à la périphérie de la ville[48]. Le 26, MSF annonce un bilan d'au moins 134 morts depuis deux semaines, dont un de ses employés gardien d'une pharmacie, tué dans un bombardement[49]. L'ONG annonce également avoir soigné 979 blessés à l'hôpital du sud, le seul établissement hospitalier encore opérationnel dans la ville assiégée[49].
Poursuite des affrontements autour d'une ville sous blocus
Le , des échanges de tirs d'artillerie ont lieu à l'est d'El Fasher, mais sans faire évoluer la ligne de front[50]. Le 8, MSF rapporte que le seul hôpital opérationnel d'El Fasher est contraint de cesser son activité et d'évacuer son personnel après avoir été pris d'assaut par les FSR[51]. Le , dans un message vidéo, le procureur de la Cour pénale internationale Karim Khan appelle à la coopération de tous les acteurs de la société civile pour enquêter sur les crimes commis au Darfour en documentant les exactions commises par les deux camps[52]. Cette déclaration laisse entendre qu’un génocide pourrait être à l’œuvre dans la région[52]. Le 13, par la résolution 2736 (en), le Conseil de sécurité des Nations unies demande la levée du siège de la ville[53],[54]. Le , MSF annonce un bilan de 226 morts, un chiffre probablement sous-estimé, et décrit une « situation chaotique » où les habitants ne peuvent plus se déplacer pour des soins d'urgence en raison des affrontements, des tirs d'artillerie et des bombardements aériens[55]. Le même jour, Ali Yaqoub Gibril (en), le commandant des FSR au Darfour-Central, qui conduit le siège d'El Fasher, est tué lors d'un assaut contre les quartiers généraux de la 6e division des forces armées soudanaises dans la ville[56]. En mai et , les Nations unies recensent par photographies satellites près de 18 000 habitations détruites en ville, près de 200 morts et plusieurs infrastructures importantes endommagées[57].
La bataille d'El-Fasher se poursuit par à-coups tout au long du mois de juillet, sans que la ville tombe, mais des massacres sont perpétrés par les assaillants[58]. Du au 29, 65 civils (43 enfants, 13 femmes et 9 hommes) sont tués dans les bombardements des FSR à l'artillerie et à l'aide de drones qui touchent « les hôpitaux, les logements, les mosquées et les marchés »[59]. Selon le gouverneur du Darfour, Minni Minnawi, ces bombardements ont eu lieu « après qu'Abdelrahim Dagalo (en) a apporté il y a deux jours un système de missiles via Geneina »[60].
Le , un rapport de l'ONU indique que le camp de réfugiés de Zamzam, près d'El Fasher, est « confronté à la famine »[61]. Le 3, un bombardement d'artillerie des FSR tue 23 civils et en blesse 60 autres[62]. Le 5, au moins cinquante-trois personnes sont tuées et soixante autres blessées lors de raids des FSR dans plusieurs quartiers d'El Fasher et dans l'État de Gezira[63]. Le , un communiqué du comité local de résistance d'El-Fasher, un groupe prodémocratie, indique que des « tirs délibérés des paramilitaires [des FSR] sur le marché et la place [du] camp de réfugiés d'Abou Chouk » ont fait « moins 20 morts et 32 blessés »[64]. En raison de la détérioration des conditions sécuritaires de ses équipes, l'ONG Médecins sans frontières est contrainte de se retirer du camp de la ville d'El Fasher en août 2024[65].
Le septembre, les FSR lancent une grande offensive et parviennent, au prix de lourdes pertes dans leurs rangs, à s’infiltrer par le sud de la ville et à s'approcher du quartier général de l'armée[66]. Le 18, la sous-secrétaire générale de l'ONU pour l'Afrique, Martha Pobee, et la cheffe par intérim du Bureau de la coordination des affaires humanitaires, Joyce Msuya, s'inquiètent respectivement « des risques de violence de masse » et de la « menace imminente », auxquels sont confrontés les milliers de civils bloqués à El Fasher[67]. Tandis que les combats se propagent dans la ville, des centaines de milliers de civils s'y trouvent dans l'impossibilité de fuir, selon la sous-secrétaire générale de l'ONU pour l’Afrique, Martha Pobee[68]. Ils ne peuvent que s'enfuir à pied, par la route reliant El Fasher au camp de réfugiés de Zamzam[69], qui est en proie à la famine[70]. Ceux qui restent en ville profitent de chaque accalmie dans les combats pour tenter de trouver à manger[69]. Le , le président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki, « appelle à la cessation immédiate des combats à l'intérieur et à l'extérieur d'El-Facher »[71]. Le , au soir, 18 personnes sont tuées dans le bombardement d'un marché d'El Fasher par les FSR[72]. Le même jour, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, s'inquiète du « risque élevé de violations et de violences ethniquement ciblées, y compris des exécutions sommaires et des violences sexuelles » si la ville tombe aux mains des FSR et de leurs alliés[73]. Le , 30 personnes sont tuées et des dizaines d'autres blessées par des tirs d'artillerie des FSR[74]. Le 28, de nouveaux bombardements d'artillerie des FSR tuent 30 personnes et en blessent des dizaines d'autres[75].
Le , les FSR réussissent une incursion de quelques heures dans le sud d'El Fasher où des habitations sont pillées[76]. Le , des tirs d'artillerie des FSR font au moins une douzaine de victimes[77], tandis que l'armée bombarde les positions des forces assiégeantes, et fait pour la première fois parachuter des militaires au-dessus de la ville encerclée[76]. Les jours suivants, les FSR resserrent leur étau en convergeant sur trois points stratégiques : le quartier général de l'armée, la base militaire aérienne et la route qui mène du centre-ville au camp de Zamzam, plus au sud[78].
Le , le bombardement du camp de Zamzam[79] fait douze victimes, deux morts et dix blessés[80]. Le même jour, des responsables du gouvernement soudanais accusent les FSR d'avoir lancé des drones assemblés aux Émirats arabes unis depuis le Tchad voisin[81]. Le , le camp de Zamzam est de nouveau bombardé par les FSR, faisant une dizaine de victimes[79]. Le 18, un bombardement des FSR sur El Fasher fait une dizaine de morts et deux fois plus de blessés[82]. Le 20, les autorités soudanaises annoncent qu'au moins une cinquantaine de personnes, principalement du groupe ethnique Zaghawa, sont tuées par les FSR à El Fasher[83].
Un tournant à la fin de l'année 2024 est l'élargissement des assauts et bombardements des FSR aux camps de réfugiés proche d'El Fasher (Zamzam et Abou Chouk), jusqu'alors relativement calmes, et qui pouvaient servir de points de repli à la population[84]. À partir de 2025, le blocus est élargi à ces camps où les pires massacres des FSR sont commis, à mesure que l'armée soudanaise et ses alliés, sur la défensive, sont contraints de se replier vers le centre d'El Fasher[84].
2025
Poursuite du siège et des bombardements
Le , après plusieurs jours d'affrontements, les forces de l'Armée de libération du Soudan du gouverneur du Darfour Minni Minnawi chassent les FSR de la ville d'Al-Malha, située sur un axe stratégique desservant El Fasher, dont elles espèrent desserrer le siège[85]. Le 12, Médecins sans frontières dénonce un tir sur une de ses ambulances à El-Fasher, qui fait un mort[86]. Le 21, un bombardement des FSR contre un camp de réfugiés d’Abou Chouk fait 16 morts et 18 blessés[87]. Le lendemain, une attaque de drone contre l’hôpital saoudien d’El Fasher, l’un des derniers encore en activité dans la ville, fait 70 morts et 19 blessés, selon une source médicale qui ne précise pas les auteurs[88]. Le , l'ONU accuse les FSR d'entraver l'acheminement de l'aide au Darfour avec des restrictions persistantes et des obstacles bureaucratiques[89]. En raison de la détérioration des conditions sécuritaires de ses équipes, l'ONG Médecins sans frontières est contrainte de se retirer du camp de Zamzam en février 2025[65]. Ses équipes sont déplacées vers le camp de réfugié de Tawila, à environ 60 kilomètres d'El Fasher[65].
Le , au moins six personnes sont tuées dans un bombardement d’artillerie contre un marché bondé dans un camp d’Abou Chouk[90]. Le 21, l'armée et ses milices alliées annoncent avoir repoussé les attaques des FSR sur El-Fasher, mais les paramilitaires bombardent les camps de réfugiés voisins[91]. À la fin du mois de mars, la reprise de Khartoum par l'armée soudanaise aux FSR pousse ces derniers à intensifier sa pression sur El Fasher[34], et mettent sous blocus le camp de déplacés de Zamzam où ils empêchent toute entrée d'aide humanitaire[92].
Le , les FSR prennent le contrôle de la ville d’Um Kadadah au Darfour et exécutent des dizaines de civils pendant plusieurs jours ; le 13, un groupe local pro-démocratie évoque un bilan de 56 civils[93]. Le même jour, les FSR prennent le contrôle du camp de Zamzam[94], qu'ils transforment en base arrière pour leurs offensives sur El-Fasher et y installent des milliers de combattants, des véhicules et de l'artillerie lourde[95]. Selon l'ONU, plus de 1 000 réfugiés de ce camp sont massacrés par les paramilitaires en trois jours entre le 11 et le 13, dont plus de 300 sont exécutés et plus d'une centaine, pour la plupart de l'ethnie Zaghawa, subissent des violences sexuelles[92].
La 14, l’ONU déclare que plus de 400 personnes ont été tuées la semaine précédente au Darfour[96]. Le 17, une source médicale indique que près d'une soixantaine de civils ont été tués lors d'attaques des FSR à El Fasher, repoussées par l'armée[97]. Le 20, des tirs d'artillerie sur des habitations situées à El Fasher font une trentaine de morts[98]. Le , le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme Volker Türk déclare qu'au moins 542 civils ont été tués depuis trois semaines au Darfour du Nord[99].
Le , une attaque menée près de Koma au Darfour du Nord contre un convoi humanitaire d'une quinzaine de camions transportant de la nourriture destinée à El-Facher fait cinq morts et plusieurs blessés[100]. Le matin du 4, à l'aéroport de Nyala capitale du Darfour du Sud contrôlée par les FSR, un avion-cargo venu les ravitailler est bombardé peu après son atterrissage[101]. Cet aéroport est également utilisé par les FSR pour stocker et faire décoller leurs drones de surveillance et de combat[101]. D'autres explosions sont entendues dans la ville par des habitants, probablement des frappes aériennes de l'armée soudanaise[101]. Le même jour, au moins 14 personnes sont tuées dans un bombardement du camp de réfugiés d'Abou Chouk au Darfour[102]. Le 23, la responsable de l'ONU Virginia Gamba déclare que les risques de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité au Soudan sont très élevés[103]. Le 27, des bombardements des FSR sur El-Facher font 13 morts[104].
Le , huit civils sont tués par des tirs d'artillerie des FSR à El-Fasher[105]. Le 11, les FSR lancent une offensive depuis le sud-ouest de la ville à l'aide de mitrailleuses, et progressent en direction de l'aéroport[106]. Le 12, l’armée soudanaise annonce avoir repoussé cette offensive, et mené une contre-offensive victorieuse, qui lui permet de reprendre la prison de Chala et une base militaire située au sud-ouest de la ville[106]. Le 16, des tirs d'obus des FSR sur le camp de réfugiés d'Abou Chouk fait au moins huit morts[107].
Intensification des offensives et resserrement de l'étau des FSR
Au début du mois d', l'étau sur El-Facher est plus que jamais resserré par les FSR qui l'assiègent depuis plus d'un an, et souhaitent absolument s'en emparer depuis leur perte de Khartoum pour contrôler les capitales des cinq États du Darfour[108]. Au nord de la ville, les FSR auraient, selon des images de satellite, érigé plus de 31 kilomètres de remblais de terre, tandis que l'armée et ses alliés ne contrôlent plus qu'un périmètre de 13 km2 sur un total d'environ 80 km2, concentrés principalement autour de l'aéroport[108]. Des habitants y creusent des tranchées et enfouissent des conteneurs dans le sol pour se protéger des obus et des balles perdues[109],[110]. Les FSR exigeraient des pots-de-vin des personnes voulant fuir la ville et exécuteraient celles soupçonnées de liens avec l'armée, selon le chercheur Nathaniel Raymond[108].
L'été 2025 est également marqué par l'intensification des combats au Kordofan du Nord, considéré par les deux camps comme une connexion entre l'ouest et l'est du pays[111]. Sa prise de contrôle par l'armée permettrait à celle-ci d'acheminer des renforts vers le Darfour pour briser le siège d'El-Fasher, tandis que les FSR la convoitent pour constituer une ligne de défense et consolider leur contrôle du Darfour[111].
Le , quatorze civils sont tués et des dizaines sont blessés par les FSR dans le village de Qarni, en périphérie d'El-Facher[112]. Le même jour, l'armée soudanaise annonce avoir repoussé une nouvelle attaque des FSR, et neutralisé plusieurs mercenaires, dont un Colombien à la tête d'une unité d'élite[113]. Le 6, la télévision d'État soudanaise annonce le bombardement par l'armée soudanaise d'un avion en provenance des Émirats arabes unis transportant des mercenaires colombiens lors de son atterrissage à l’aéroport de Nyala[114]. Une source militaire confirme la destruction au sol de cet appareil, qui aurait fait une quarantaine de morts[114]. Le 10, un responsable du ministère soudanais de la Santé annonce que plus d'une soixantaine d’habitants d'El-Facher sont morts de malnutrition depuis une semaine[115]. Un bilan sous-évalué puisqu'il ne concerne que les personnes ayant pu atteindre l'hôpital où leur décès a été constaté[115]. Les 11 et 12, les FSR lancent une attaque contre El-Fasher sur trois axes, décrite comme la plus vaste depuis le début de la guerre, utilisant plus de 543 véhicules armés, dont plus de 300 blindés[116]. Alors que les FSR dépassent les premières lignes de défense, leur attaque est finalement contenue par les forces conjointes défendant la ville, puis repoussée par plusieurs contre-offensives[116]. Des bombardements visent les positions des FSR pendant plusieurs heures faisant, selon l'agence de presse gouvernementale Suna, 245 tués et près de 500 blessés[116]. Parallèlement, le 11 et , les FSR prennent d'assaut le camp d'Abou Chouk, ouvrent le feu dans les maisons et dans les rues, tuant plus de 40 civils et en blessant plusieurs dizaines[117]. Il pourrait s'agir d'un acte de vengeance en raison de l'échec de leur attaque[116]. L'ONU condamne ces attaques visant des civils, dont un nouveau bilan évoque 57 morts pour la seule journée du , certains étant abattus lors d'exécutions sommaires[118]. Le 16, les FSR bombardent de nouveau El-Fasher et tuent au moins 17 civils et en blessent 25 autres[119]. Le 22, l'ONU annonce un bilan d'au moins 89 civils tués au Darfour du Nord par les FSR depuis dix jours[120]. Le 26, le média RFI annonce qu'un « calme précaire » est revenu à El-Fasher où résident encore 300 000 habitants, après neuf jours d'affrontements consécutifs entre l'armée et les FSR qui sont une nouvelle fois repoussées[121]. Les 30, au moins sept personnes sont tuées et 71 blessées dans des bombardements des FSR qui touchent plusieurs quartiers densément peuplés dans l’ouest d’El Fasher[110].
Les 11 et , des bombardements des FSR tuent 13 civils à El Fasher dont 4 enfants[122]. Le 19, les FSR bombardent une mosquée dans le quartier d'al-Daraja, où s'étaient abrités des civils qui avaient fui le camp de réfugiés d'Abou Chouk, tuant 75 personnes[123]. Cette attaque est qualifiée de potentiel « crime de guerre » par l'ONU[124]. Un responsable des FSR a affirmé à l'AFP que les paramilitaires ont pris le contrôle total de l'ancien complexe de la Minuad, une affirmation jugée crédible, car corroborée par des images de satellites[123]. Grâce à cette avancée, l'aéroport d'El-Facher, devenu une base de l'armée, se retrouve à portée des tirs des FSR[123]. Le 24, une frappe de drone sur un marché d'El-Facher fait 15 morts[125]. Le 29, l'armée soudanaise effectue son premier largage aérien réussi de vivres vers sa base principale à El Fasher[126]. Mais plusieurs experts estiment que ce succès limité arrive trop tard et que le compte à rebours avant la chute de la ville a commencé[127]. En outre, ce ravitaillement n'est destiné qu'aux soldats soudanais qui défendent la ville, et n'atténue pas la crise humanitaire qui touche sa population[128]. Néanmoins, la livraison par les Émirats arabes unis de drones et de canons anti-aériens aux FSR font perdre la maitrise du ciel à l'armée, qui ne peut se permettre de multiplier les survols de la ville en raison de sa dangerosité pour ses avions[128].
Le , les FSR lancent un nouvel assaut sur El Fasher et parviennent à occuper pendant quelques heures un quartier général de l'armée, avant d'être repoussés par une contre-attaque[129]. Le 7, l'armée soudanaise réussit un second largage de munitions, de vivres et de fournitures médicales à El Fasher grâce à deux avions Antonov[129]. Le 8, un bombardement des FSR sur une maternité à El Fasher fait 8 morts et 7 blessés[130]. Le même jour, des tirs d'artillerie des FSR sur une mosquée où s'étaient réfugiés des habitants chassés de leurs maisons par les paramilitaires provoquent la mort d'au moins 13 civils[131]. Le 11, une frappe de drone des FSR sur un centre de déplacés à El Fasher fait plus de 60 morts[132]. Les 23 et , au moins 300 civils sont tués par des bombardements des FSR frappant le camp de réfugiés Abou Chouk[128].
En parallèle de ces affrontement, tout au long du mois d', de multiples signes indiquent la préparation d'une offensive des FSR de particulièrement grande envergure sur El Fasher. Des renseignements américains rapportent que les Émirats arabes unis accélèrent, via la Libye, leurs livraisons d'armes et de munitions[133]. Plus d'une cinquantaine d'atterrissages d'avions-cargos émiratis auraient été observés dans l'est de la Libye contrôle par le maréchal Khalifa Haftar, allié des Émirats, transportant des armes acheminées par camions vers le Darfour[133]. Ces armes incluent des drones chinois Sunflower 200, d'une portée de 2 000 kilomètres, dont plusieurs ont par la suite été lancés depuis le territoire libyen pour frapper El Fasher et Khartoum, ainsi que des véhicules militaires Spartan 2-Mav[133]. Sur la base aérienne de Nyala, « capitale » des FSR, des mouvements de troupes et la concentration importante de drones de combats sont observés par des satellites[134]. Préparant un assaut décisif, les FSR intensifient leurs bombardements à l'artillerie et au drone, détruisant notamment des infrastructures civiles essentielles[128]. À bout de souffle, les forces défendant la ville diminuent l'intensité de leurs ripostes suivant les assauts des FSR[84].
Chute de la ville (du 25 au 28 octobre 2025)
Dans la nuit du 24 au , une vaste offensive des FSR visant le quartier général du 6e bataillon est stoppée, mais les paramilitaires s'en rapprochent dangereusement, et parviennent à couper les communications entre les forces armées soudanaises et leurs alliés locaux[128],[135]. Le lendemain, menacés d'encerclement, les soldats négocient un sauf-conduit et se retirent de leur QG, rapidement investi par les FSR[135]. Celles-ci revendiquent sur leur chaîne Telegram la prise de contrôle de la ville[136], après avoir déclaré s'être emparées du quartier général de l'armée plus tôt dans la journée[137],[138],[139]. L'armée ne fait alors aucune déclaration, mais un de ses alliés affirme que la prise du quartier général ne veut pas dire que la ville était tombée, et que les combats se poursuivent[140]. Néanmoins, les lignes de défenses sont bien rompues, et des centaines de paramilitaires circulant à motos submergent les rues et commencent à piller les maisons[128]. Une enquête de l'ONU révèle par la suite que l'armée avait reçu l'ordre de quitter ses positions le au soir, et de transférer la mission de protéger le ville à ses alliés locaux[84].
Le , António Guterres, le secrétaire général de l'ONU, déplore « une terrible escalade du conflit » et pointe du doigt les ingérences extérieures[141]. La veille Tom Fletcher, le responsable des affaires humanitaires de l'ONU avait demandé que les civils piégés dans la ville puissent la quitter en toute sécurité[141]. Le 27 au soir, le général al-Burhan admet que la ville a été prise et que ses troupes se sont retirées, dans l'espoir d'épargner aux civils la poursuite des combats[142]. Il promet néanmoins de continuer le combat « jusqu’à ce que cette terre soit purifiée »[143]. Profitant de cette concentration de combattants ennemis dans une zone ou elle s'est retirée, l'armée soudanaise pilonne à son tour El Fasher et parvient à infliger des pertes importantes aux FSR[128].
Le , les FSR annoncent officiellement leur prise totale de la ville après en avoir capturé la partie ouest et l'aéroport, et ratissent les rues à la recherche de poches de résistance[128]. Les civils sont laissés sans protection, à la merci de paramilitaires chauffés à blanc par 18 mois de siège et des centaines d’assauts repoussés faisant des milliers de morts dans leurs rangs[33].
Conséquences
Bilan humain
Crise humanitaire durant le siège
Selon l'ONG ACLED, entre les premières attaques visant El Fasher au début de la guerre civile soudanaise le , et les derniers affrontements précédent la chute de la ville le , plus de 400 attaques ont visé les civils faisant plus de plus de 1 400 morts, dont plus de la moitié durant la seule année 2025[144]. Les deux mois les plus violents sont (ce pic d'assauts infructueux des FSR précédant le début du siège de la ville le mois suivant) et [144]. Tandis que la journée la plus meurtrière semble être le , lorsque le bombardement par les FSR d'une mosquée dans le quartier d'al-Daraja provoque la mort d'au moins 75 personnes[123],[145]. À une échelle géographique plus large, le massacre par les FSR du camp de Zamzam qui dure trois jours du 11 au et fait plus d'un millier de victimes semble être la tuerie de masse la plus dévastatrice[92].
Il faut ajouter à cela les morts de faim et des conséquences de la détérioration de la situation sanitaire, notamment de l'épidémie de choléra. À mesure que les paramilitaires resserrent leur étau sur la ville, les ressources s'amenuisent du fait d'une pénurie volontairement provoquée par ces derniers qui bloquent l'aide humanitaire à leurs check-points[33]. La livraison par les Émirats arabes unis de canon anti-aériens leur permet de limiter fortement la livraison d'aide humanitaire par avion[128], tandis que plusieurs marchands tentant de faire passer des sacs de riz en contrebande sont capturés et fusillés[33]. Inversement, les personnes qui tentaient de sortir d'El-Fasher à la recherche de nourriture risquaient d'être arrêtées et abattues[84]. Même à l'intérieur de la ville, les cuisines communautaire (dites « takiyas ») destinées à fournir un minimum de repas aux habitants sont bombardées par les drones des FSR[84].
Ainsi, pendant l'été 2025, la population n'a pas reçu d'aide humanitaire depuis des mois, ce qui pousse les habitants à manger de la nourriture pour bétail (notamment de « l'ambaz »[109],[110]), voire parfois des peaux de vache bouillies[33]. À cette pénurie généralisée sur les marchés, s'ajoute la peur des bombardements qui oblige les habitants à rester dans leurs abris malgré la faim[33]. Près de 40 % des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë, selon l'ONU[108], sachant que plus de la moitié de la population assiégée est constituée d'enfants[33].
Massacres suivant la chute de la ville
Ce bilan augmente très vite après la chute de la ville le marquée par des exactions nombreuses[33]. Les habitants d'ethnie Zaghawa sont entraînés dans un cercle vicieux : les risques encourus en cas de chute de la ville ont incité certains d'entre eux à soutenir l'armée soudanaise, ce qui fournit un prétexte aux FSR pour les massacrer[144],[33]. Rien que dans les 24 heures qui suivent, plus de 2 000 civils sont exécutés par les paramilitaires[146]. Un rapport ultérieur du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme évoque un bilan d'au moins 6 000 civils tués à El Fasher entre le 25 et le [128]. Dans cet intervalle de temps, deux massacres particulièrement sanglants visent des civils rassemblés : dans la maternité saoudienne, seul hôpital encore partiellement opérationnel oú des civils réfugiés, des patients et des membres du personnels soignant sont tués sans distinction ; et dans l'Université d'El Fasher, bombardée à l'aide de drones, à la suite de quoi les occupants tentant de fuir son mitraillés à la sortie du bâtiment[84]. Chacun fait près de 500 morts dont des femmes et des enfants, tandis qu'en bordure de la ville, une troisième massacre d'une ampleur équivalente est provoqué par le bombardement à l'artillerie d'une colonne dé réfugiés tentant de fuir la ville[128].
Des images et des témoignages d'exécutions sommaires[33], de viols[147] et de tortures sont partagés, notamment par le commandant des FSR Abu Lulu qui déclare fièrement que son « travail consiste uniquement à tuer »[145]. Embarrassé, le général Dogolo annonce son arrestation prouvée par une vidéo, mais ces images sont considérées comme « théâtrales » et « chorégraphiées » pour plusieurs analyses[145],[148]. En , des enquêteurs de l'ONU déclarent n'avoir trouvé aucune information concernant d'éventuelles poursuites judiciaires contre lui, ni rien qui indique qu'il ait été libéré par la suite[84]. Des sources locales soudanaises révèlent néanmoins qu'il a été rapidement libéré et envoyé sur le front du Kordofan (en)[149].
Des images satellites de l'Université Yale permettent d'identifier des cadavres sur le sol et des fosses communes fraichement creusées, parfois recouvertes[145]. D'autres images révèlent des crémations massives de corps d'habitants massacrés[150].
Une journaliste locale rescapée d’El-Fasher témoigne en déclarant[33] :
« Les médecins, les activistes, les politiciens, ont été ciblés. Des dizaines de cas de viols ont été recensés. Ce qui s’est déroulé à El-Fasher n’est pas une guerre entre deux armées, c’est un massacre. Un assaut motivé par la haine ciblant des populations sans défense sur des critères ethniques. »
Ce témoignage est corroboré par d'autres rapportant des noms déshumanisants donnés aux civils par les officiers FSR ordonnant de les tuer comme des « chiens », des « moutons », des « esclaves »[128], ou des « falangay », un terme péjoratif désignant les groupes ethniques non arabes[151]. D'autres rapportent avoir entendu des FSR assumer ouvertement leurs intentions génocidaires en déclarant notamment : « Y a-t-il des Zaghawa parmi vous ? Si nous en trouvons, nous les tuerons tous. »[84].
Un mois après la prise de la ville, des images satellites de l'Université Yale révèlent des rues désertes, posant la question inquiétante du devenir des dizaines de milliers d’habitants qui n'ont pas pu fuir[150]. En effet, selon Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, El Fasher comptait lors de sa prise par les FSR environ 260 000 habitants, dont on sait qu'environ 100 000 ont réussi à fuir, tandis que près de 80 000 seraient restés[128]. Les 80 000 restant sont considérés comme tués, détenus, ou portés disparus[128].
Le , des chercheurs de l'Université Yale publient un nouveau rapport dans lequel ils identifient plus de 150 charniers autour d'El Fasher, dont la dispersion laisse penser que les paramilitaires se sont déplacés entre les quartiers pour tuer les civils barricadés dans leurs maisons[152],[153]. Les FSR essaient de couvrir leur crimes en enfouissant et brûlant des corps mais les images satellites permettent d'observer et de documenter leurs actes[154]. En , l'Université Yale estime à environ 60 000 le nombre d'habitants tués ou portés disparus dans les massacres qui ont suivi la chute de la ville, tandis que le média soudanais Sudan Tribune rapporte qu'environ 50 000 sont en détention[155].
Détentions
Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, au moins une dizaine de centres de détention situés à El Fasher étaient contrôlés par les FSR juste après leur prise de la ville[128]. De nombreux civils y seraient retenus pour être échangés contre des rançons[156] : dans certains cas, les FSR leur auraient fourni des téléphones portables pour appeler leurs familles et exiger des sommes de plusieurs milliers de dollars[128]. D'après plusieurs témoins, ces opérations ont été méticuleusement organisées, les FSR ayant identifié en amont les familles les plus aisées susceptibles de pouvoir payer plus cher[128].
Début , on estime que plus de 2 000 personnes, dont des combattants de l'armée soudanaise et ses alliés, sont détenues à la prison de Shala à El Fasher, tandis qu'au moins 6 000 autres ont été transférées à la prison de Tagris à Nyala, dans le Darfour du Sud, sous la supervision des FSR[128]. Des milliers d'autres seraient détenues d'autres centres de détention à El Fasher, gérés directement par les FSR[128]. Même l'hôpital pédiatrique d'El Fasher est transformé par les FSR en centre de détention et d'exécution[84].
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme y a documenté de nombreux cas de torture et de traitements dégradants incluant la flagellation, la suspension dans des positions douloureuses, la nudité forcée, ainsi que la privation de nourriture et de soins médicaux[128]. Des épidémies infectieuses ou de choléra y auraient causé la mort de plusieurs centaines de détenus[128].
Violences sexuelles
Les violences sexuelles, notamment le viol y compris le viol collectif, semblent avoir été généralisées lors de l'offensive finale sur El Fasher[128]. Les femmes représentent plus de la moitié des civils, dont près de 30 % sont des filles de moins de 18 ans particulièrement exposées au risque de violences sexuelles[147]. Les femmes et les filles des communautés non-arabes, accusées de liens familiaux, d'affiliation ou de soutien à l'armée soudanaise et à ses alliés sont particulièrement visées[128]. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux et des témoignages de survivants montrent des combattants des FSR poursuivant des femmes comme « butin de guerre »[128].
Les attaques contre les établissements de santé rendent presque impossible l’accès aux soins maternels et reproductifs, tandis que les grossesses liées aux viols se multiplient[147]. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, les violences sexuelles sont utilisées comme une stratégie visant à terroriser et à traumatiser la population[128]. Les hommes cherchant à protéger les femmes sont systématiquement abattus selon elles, ce qui augmente leurs traumatismes psychologiques[84].
En mars 2026, un rapport de Médecins sans frontières documente et déplore la difficulté d'accès aux soins des femmes victimes de violences sexuelles au Darfour à cause de la stigmatisation sociale et de la peur de représailles si elles dénoncent leurs agresseurs[65].
Crise des réfugiés
Cette chute enclenche l’exode d'au moins 100 000 personnes[155], majoritairement vers Tawila[146], à 70 kilomètres à l’ouest aux pieds des montagnes du Djebel Marra et sous le sous le contrôle du Mouvement de libération du Soudan[33], ainsi que vers les localités de Kabkabiya, Mellit, et Kutum[157]. D'autres, moins nombreux, parviennent à atteindre et à franchir la frontière tchadienne via les points de passage de Tiné et Oure Cassoni[158]. Au total, le Tchad accueille près d'un million et demi de Soudanais depuis le début de la guerre civile[158]. Les réfugiés les plus « chanceux » sont ceux qui parviennent à quitter la ville en suivant les forces armées lorsqu'elles abandonnaient leurs positions[156]. Les vagues suivantes quittent le ville le plus souvent la nuit et par petits groupes pour éviter d'être repérés[84]. Mais sachant cela, les FSR sillonnent régulièrement les routes aux alentours à bords de véhicules motorisés pour retrouver des survivants[84].

Ainsi, alors qu'une majorité de réfugiés converge vers Tawila seuls 10 000 parviennent à l'atteindre, indiquant qu'une large part a été stoppée et parfois massacrée[33]. Des témoignages révèlent que des femmes et des hommes ont été séparés à la sortie de la ville, et que des centaines d’hommes ont été arrêtés[157], dépouillés et parfois regroupés, puis mitraillés[33]. Tout homme non-arabe et âgé de moins de 50 ans est suspecté par les FSR d'être un combattant du côté de l'armée soudanaise et de ses alliés, et par conséquent arrêté ou exécuté, tandis que plusieurs garçons âgés de huit à quinze ans sont enlevés pour être enrôlés comme enfants-soldats, une pratique courante chez les paramilitaires[128].
D'autres témoignages révèlent la poursuite de réfugiés par les FSR à bord de véhicules motorisés ou stoppés par des embuscades tendues par ces derniers, qui élargissent leurs exactions à des dizaines de kilomètres de la ville[156]. Certains réfugiés sont rackettés par les FSR en échange d'une promesse de transport vers des camps de réfugiés, puis sont ramenés de force vers El Fasher après avoir été embarqués dans leurs camions[128].

Des habitants de Tawila décrivent l'arrivée d'adultes avec « des enfants qui ne sont pas les leurs », familles « recomposées » à la hâte par des rescapés[157]. Selon un rapport de l'ONU, environ 400 enfants ont rejoint le camp de Tawila sans leurs parents[84]. D'autres cas d'enfants arrivés sans leurs parents sont rapportés de camps de réfugiés situés au Tchad et dans l'État soudanais du Nord[128].
Exactions contre des personnes handicapées
Le , un rapport de l'ONG Human Rights Watch basé sur des entretiens conduits avec 22 survivants du siège d'El Fasher rapportent des crimes commis par les FSR contre des personnes en situation de handicap[151]. Après un an et demi de siège et de bombardements répétés, beaucoup de civils ont des séquelles physiques graves, notamment la perte d'un membre[151]. Cette diminution de leurs aptitudes physiques les rend parfois incapables de fuir lorsque les FSR envahissent la ville, et contraint leurs proches au dilemme terrible de les porter au risque d'être ralentis, ou de les abandonner[151]. Certains survivants ont rapporté avoir été portés, puis abandonnés sur la route par leurs aidants épuisés, affamés et assoiffés, incapables de continuer de leur venir en aide[151]. Les rares qui parviennent jusqu’à Tawila décrivent une fuite dans des conditions extrêmes, et la difficulté de vivre dans un camp de réfugiés sans aménagement, ni infrastructure accessible pour eux[151].
Selon Emina Ćerimović, directrice adjointe de la division Droits des personnes handicapées à Human Rights Watch, les FSR une fois dans la ville ont « traité les personnes handicapées comme des suspects, des fardeaux ou des personnes sacrifiables »[151]. Certains ont été accusés par les paramilitaires d'avoir été blessés en combattant au sein des forces pro-gouvernementales, justifiant des représailles : violences physiques, harcèlement, humiliations, notamment par la confiscation de leur équipements d'assistance (béquilles, chaises roulantes, appareils auditifs, etc), détention, et exécutions sommaires[151].
Selon Emina Ćerimović, c’est la première fois que HRW rapporte « des violences de ce type, y compris des meurtres, commis à une telle échelle, à l’égard de personnes qui sont ciblées en raison de leur handicap »[151]. Selon un communiqué de l'ONG, les attaques et mauvais traitements délibérés subis par les civils en situation de handicap sont des crimes de guerre et peuvent constituer des crimes contre l’humanité[151].
Pertes humaines parmi les combattants
Du côté des combattants, aucun bilan officiel n'est donné, mais les pertes semblent plus élevées du côté des FSR, plus exposés aux tirs lors des assauts et aux frappes aériennes. Selon l'armée soudanaise, lors de la seule journée du , les paramilitaires perdent au moins 245 hommes tués – dont les officiers Ahmad Chouaib et Abdel Aziz –, et près de 500 blessés[159]. Un autre officier des FSR, Ali Yaqoub Gibril, est tué au combat le [160]. Le , la destruction d'un avion transportant des mercenaires colombiens venus renforcer leurs rangs fait au moins une quarantaine de morts[114].
Le , lors de l'entrée des FSR dans la ville, des témoignages rapportent l'exécutions sommaire de plus d'une centaine de combattants loyaux à l'armée soudanaise après que ces derniers aient déposé les armes, parfois gravement blessés[128]. Des dizaines d'autres hommes soupçonnés de collaborer avec l'armée soudanaise sont également massacrés[128].
Bilan matériel
Tout au long de la bataille d'El Fasher qui dure 18 mois, de très nombreuses destructions affectent les hôpitaux, les logements, les mosquées et les marchés. En mai et , les Nations unies recensent par images satellites près de 18 000 habitations détruites en ville, et plusieurs infrastructures importantes endommagées[57].
Après la chute de la ville, de nombreux bâtiments sont pillés et incendiés par les FSR, rapportées par des images satellites de l'Université Yale[161]. Des carcasses de camions calcinés sont également visibles sur ces images[145]. De nombreux travailleurs médicaux et humanitaires sont spécifiquement pris pour cibles, souvent exécutés à l'intérieur des établissement de santé, pour priver la population de leurs services[128].
Un mois plus tard, ce laboratoire relève que depuis lors, aucune activité n’a été enregistrée sur sept de ses marchés[150]. Dans le quartier de Daraja Oula, le marché d'Abu Qurun semble à l'arrêt, alors que les chercheurs y notent des va-et-vient de véhicules militaires et la présence d’un conteneur[150]. Le mois suivant, de nouvelles images satellites révèlent l'absence totale d'activité civile à El-Fasher, les marchés envahis par la végétation, les points d'eau déserts, et plus aucune trace de vie quotidienne visible[162].
Impact stratégique
Avec la prise d’El Fasher, les FSR contrôlent les cinq capitales régionales du Darfour et consolident leur administration à Nyala, où elles ont mis en place un gouvernement parallèle[143]. Cette prise consacre la fragmentation du Soudan en zones d’influence rivales et fait planer le spectre de la partition du pays[143].
La situation militaire montre que la guerre civile risque de se prolonger, car elle met en évidence une fois de plus que les négociations ont échoué à résoudre le conflit, les FSR ayant poursuivi leurs attaques alors qu'un nouveau cycle de pourparlers était en cours[143]. Par ailleurs, l'accélération début des livraisons d'armes aux FSR par Abou Dhabi, un allié clé de Washington dans le Golfe, démontre la passivité américaine qui permet aux belligérants de se sentir « libres » de commettre des exactions[163]. En effet, plusieurs analystes soulignent le caractère décisif de cette aide militaire arabe, que le département d'État des États-Unis aurait pu stopper assez facilement grâce à son influence diplomatique[163].
La prise d'El-Fasher permet également aux FSR d'arriver en position de force dans d'éventuelles futures négociations, tandis que leur contrôle complet de la région leur donne la légitimité d'un véritable gouvernement parallèle, plutôt que comme une simple milice opposée à l'État soudanais[107]. Montrant sa détermination à capitaliser sur ce succès, Mohamed Hamdan Dogolo déclare que « la libération d'El-Facher est une opportunité pour l'unité du Soudan, par la paix ou par la guerre »[164].
Quelques jours après cette victoire, les FSR annoncent être disposés à signer un accord de cessez-le-feu avec l’armée, dans une tentative de redorer leur blason après la vague de condamnations internationales pour leurs crimes commis au Darfour[33]. Mais dès le lendemain, ces derniers mènent une série d’attaques de drones contre des infrastructures civiles et militaires à l’Est du pays[33]. L'épicentre de la guerre civile se déplace dans la province soudanaise du Kordofan que les FSR souhaitent également conquérir pour l’intégrer à leur territoire sécessionniste[33],[144]. De son côté, armée appelle à la mobilisation générale, tout en réclamant un soutien accru de ses parrains égyptien et turc[33].
Réactions internationales
Enquête de l'ONU sur un possible génocide
Le , le Conseil des droits de l'Homme des Nations Unies adopte une résolution ordonnant une enquête pour identifier les responsables des violations présumées du droit international à El Facher afin qu'ils soient traduits en justice[165]. À la suite de cette résolution, l'ONU conduit des entretiens avec 320 témoins et victimes du siège et de la prise d'El Fasher, rencontrés dans des camps de réfugiés au Soudan, au Tchad, et au Soudan du Sud[84]. Mais aucun des belligérants en guerre au Soudan, ni les FSR, ni l'armée ne répond aux sollicitations de l'ONU[84].
L'enquête relève des signaux caractéristiques d'un génocide, notamment :
- Les déclarations explicites des combattants des FSR, pendant le siège et après la chute d'El Fasher, assumant leurs intentions de nettoyages ethniques visant les non-arabes, principalement les Zaghawas, les Masalits, et les Fours[84] ;
- L'installation d'un blocus total, à partir de , pour empêcher les approvisionnements alimentaires et sanitaires vers la ville, qu'ils viennent de commerçants ou d'organisation humanitaires, et la population de fuir[84] ;
- La destruction intentionnelle d'infrastructures civiles essentielles comme les établissements de santé, de production d'électricité, d'eau potable, ainsi que les marchés et les cuisines communautaires[84]. Après leur prise de la ville, le dernier hôpital encore opérationnel est immédiatement attaqué par les par les FSR et son personnel massacré, ainsi que les patients qui s'y trouvent[84].
- La destruction intentionnelle, également, de lieux publics lorsque des civils y sont rassemblés démontrant l'objectif de faire le maximum de victimes, comme les marchés, les mosquées, les écoles, et l'université d'El Fasher[84] ;
- Les multiples exactions commises par les FSR après la chute de la ville comme des massacres, passages à tabac, pillages, violences sexuelles et destruction de biens[84] ;
- La blocage d'axe empruntés par les réfugiés pour en arrêter et en massacrer le maximum[84] ;
- L'organisation méthodique de massacres à grande échelle, incluant la disparition des corps des victimes par enterrement dans des fosses communes ou par crémation, ainsi que la destruction de preuves de leurs crimes[84] ;
- Les viols de masse organisés, parfois après enlèvements des victimes, suivis de déclarations comme « vous serez nos femmes » et « vous devez donner naissance à nos enfants », démontrant une volonté de déshumaniser ces femmes et de leur causer des traumatismes sur plusieurs générations[84].
Les auteurs de ce rapport concluent que : « l’ampleur, la gravité et l’impact cumulés des actes commis par les Forces de soutien rapide présentent des indications pointant vers un génocide à El Fasher et dans ses environs »[84].
Autres réactions internationales
L'envoyé spécial de l'Union africaine et conseiller spécial des Nations Unies pour la prévention du génocide Adama Dieng avertie que « le risque de génocide existe au Soudan, il est réel et s'accroît chaque jour »[165]. Le , le Royaume-Uni annonce des sanctions contre quatre commandants des FSR dont Abdelrahim Hamdane Dagalo, accusés d'être impliqués dans les exactions commises à El-Facher[166].
Mais selon Nathaniel Raymond, directeur du laboratoire humanitaire de l’Université Yale, la réticence des pays occidentaux à s'opposer aux Émirats arabes unis à causes d'enjeux économiques et financiers les rend largement impuissants à influencer le conflit[155]. Le fait que l'Égypte et la Turquie, principaux soutiens du général Al-Buhran soient aussi de proches alliés des États-Unis contribue à expliquer la distance américaine vis-à-vis ce conflit où Washington a des alliés dans les deux camps[34].
Le , à la suite d'une enquête de l'ONU sur un possible génocide à El-Fasher, le Trésor américain sanctionne néanmoins trois commandants des FSR ayant participé à ce siège : Elfateh Abdullah Idris Adam surnommé « Abu Lulu », Gedo Hamdan Ahmed Mohammed surnommé « Abu Shok », et Tijani Ibrahim Moussa Mohammed surnommé « Al Zeir Salem »[149]. Cela implique le gel de leurs avoirs aux États-Unis (s'ils en ont) ainsi que l’interdiction pour toute personne ou entreprise américaine de faire affaire avec eux[149].
Notes et références
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Voir aussi
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Articles connexes
Liens externes
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