Betar US

Betar US
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Le Betar US, ou Betar USA, est la branche américaine du Betar, organisation de jeunesse sioniste fondée par Vladimir Jabotinsky. Fondé en 1929, le Betar US connaît plusieurs décennies d'inactivité avant d'être relancée en juin 2023 par l'entrepreneur Ronn Torossian (en) et Ross Glick. Il est positionné à l'extrême droite.

L'organisation revendique plusieurs milliers de membres répartis dans plus de cinquante villes américaines. Elle soutient le déplacement forcé des Palestiniens de Gaza et appelle ouvertement à la destruction de Gaza. À partir de 2025, elle intensifie ses activités en constituant des listes de militants pro-palestiniens transmises selon elle aux autorités fédérales américaines en vue de leur expulsion. Ses méthodes, qui incluent la surveillance, l'intimidation et le recours à la reconnaissance faciale, lui valent d'être intégrée en 2025 à la base de données de l'Anti-Defamation League (ADL) sur les organisations extrémistes et haineuses, faisant du Betar US la seule organisation juive répertoriée dans cette base. En 2026, à l'issue d'une enquête pour violences et harcèlement, le Betar US accepte de dissoudre ses opérations à New York et sa structure associative.

Histoire

Origines

Le Betar est une organisation internationale fondée en 1923 à Riga par le sioniste de droite Vladimir Jabotinsky[1],[2], sous le nom complet de Brit Yosef Trumpeldor, en référence à un colon juif tué lors d'un affrontement avec des Palestiniens en 1920. L'organisation prône un nationalisme juif militariste et autoritaire et devient l'un des plus grands mouvements de jeunesse sionistes de l'entre-deux-guerres, avec environ 70 000 membres, principalement en Europe de l'Est. Elle s'oppose au sionisme travailliste et est impliquée dans l'immigration clandestine de Juifs vers la Palestine après les restrictions britanniques de 1939. Ses membres s'intègrent par la suite à l'Irgoun, milice sioniste qui participe à la fondation de l'État d'Israël en 1948[2].

Première itération

Moshe Arens en 1999.

La branche américaine du Betar est fondée en 1929[2]. Elle sert de vivier de cadres : Moshe Arens en prend la direction à 26 ans avant de devenir ministre des Affaires étrangères israélien, et Benzion Netanyahou, confident de Jabotinsky et père du futur président Benyamin Netanyahou, y est également associé. Jabotinsky meurt le 4 août 1940 lors d'une visite au camp Betar des montagnes Catskills, alors qu'il se trouve aux États-Unis pour plaider la cause d'un État juif[3].

En février 1975, une quinzaine de membres du Betar US se barricadent dans la salle de méditation du siège de l'Organisation des Nations unies (ONU) à New York pour exiger que l'organisation intervienne en faveur des Juifs soviétiques, et notamment du médecin Mikhaïl Stern (en), condamné à huit ans de déportation en Sibérie pour corruption dans une affaire que le mouvement considère comme un montage. Les manifestants obtiennent une audience auprès d'un représentant de la division des droits de l'homme de l'ONU[4].

En août 2000, dans le contexte des négociations de Camp David et des tensions croissantes autour du processus de paix israélo-palestinien, l'organisation nomme Shay Rubenstein comme nouveau shliach (émissaire) pour l'Amérique du Nord, avec pour mission d'ouvrir des clubs Tagar (branche universitaire du Betar) à l'université Columbia et à l'université de New York, depuis un bureau installé dans le bas de Manhattan[3].

Deuxième itération

Ronn Torossian en 2007.

Après avoir connu une relative inactivité pendant plusieurs décennies, le Betar US est relancé en juin 2023[2],[5] sous l'impulsion du responsable de relations publiques et entrepreneur Ronn Torossian (en)[2],[6], membre de la précédente itération du mouvement[6] et donateur à la campagne de Donald Trump et au congressiste pro-israélien Ritchie Torres[2] ; et celle de Ross Glick, également membre de la précédente itération, qui devient le premier directeur exécutif de ce nouveau Betar US[6]. L'organisation adopte la devise « Jews Fight Back » (en français : « les Juifs ripostent »), et revendique plusieurs milliers de membres répartis dans plus de cinquante villes américaines[6], dont New York, Washington, Dallas et La Nouvelle-Orléans[2]. Elle obtient le statut d'association à but non lucratif exonérée d'impôts en juillet 2024[1]. Son ton est jugé plus agressif par le Times of Israël[5].

En 2025, le Betar US intensifie ses activités en marge des décrets anti-immigration et anti-antisémitisme signés par le président Donald Trump. L'organisation constitue une liste de militants pro-palestiniens, qu'elle affirme avoir transmise aux autorités fédérales et comprenant selon elle « des centaines de noms », en vue de leur expulsion du territoire américain[1]. Le groupe revendique notamment le signalement de Mahmoud Khalil, militant palestinien et étudiant à l'université Columbia ; Momodou Taal, étudiant à l'université Cornell ; et Rumeysa Ozturk, doctorante à l'université Tufts. Le département de la Sécurité intérieure nie toute collaboration directe avec le Betar US[7]. Efe Erçelik, ancien étudiant turc de l'université du Massachusetts à Amherst, voit son visa être révoqué le lendemain de la publication de son nom et est placé en détention par l'ICE. La juge fédérale Angel Kelley ordonne sa remise en liberté en mai 2025, estimant que sa détention avait été « presque exclusivement déclenchée » par le Betar US[8].

En janvier 2025, ses membres perturbent une veillée organisée à New York en la mémoire de Hind Rajab, une enfant palestinienne tuée par l'armée israélienne à Gaza, en filmant les participants et en les menaçant de signalement à l'ICE, recourant notamment à la reconnaissance faciale[1].

En janvier 2026, à l'issue d'une enquête ouverte en mars 2025 pour violences et harcèlement commis à l'encontre de musulmans, d'Arabes, de Palestiniens et de Juifs new-yorkais opposés à ses positions sur le Moyen-Orient, que le bureau de la procureure générale de New York Letitia James juge contraires au droit civil de l'État de New York, cette dernière annonce un accord avec le Betar US, le contraignant à soumettre des rapports de conformité annuels pendant trois ans et l'exposant à une amende de 50 000 dollars en cas de violation. Betar US accepte également de dissoudre ses opérations à New York, sans que cela soit formellement requis par l'accord[9],[10], et dissout sa structure associative à but non lucratif[11].

Actions

Ses actions vont des contre-manifestations face aux mobilisations pro-palestiniennes à la constitution de dossiers sur des étudiants étrangers en vue de demandes d'expulsion auprès de l'administration Trump, en passant par des provocations telles que l'envoi symbolique de bipeurs à des militants ou universitaires pro-palestiniens, en référence à l'opération israélienne d'explosion de bipeurs ciblant le Hezbollah en septembre 2024, geste interprété par ses destinataires comme une menace de mort[6].

Affiliations

L'organisation collabore avec le Shirion Collective, qui gère un système similaire de primes à l'identification de militants, et cible en particulier des personnalités comme la militante palestino-américaine Nerdeen Kiswani, contre qui elle propose des récompenses financières. Ces actions font l'objet de critiques de la part d'organisations telles que Jewish Voice for Peace et Palestine Legal, ainsi que de juristes spécialisés dans la liberté d'expression, qui soulignent que le Premier amendement protège la parole politique des étrangers en situation régulière[1]. D'après l'Anti-Defamation League, des membres du groupe ont exprimé leur souhait de collaborer avec les Proud Boys pour « contrer les djihadistes islamiques »[12].

Idéologie

Vladimir Jabotinsky.

Le Betar US est positionné à l'extrême droite[1],[6],[2]. Il se revendique de l'héritage idéologique de Vladimir Jabotinsky[1],[3], dont il reprend les principaux concepts. Celui de hadar d'abord, défini par Jabotinsky comme un ensemble de fierté, de dignité, d'excellence et de discipline quasi militaire. Celui du « Mur de fer » ensuite, théorie formulée dans les années 1920 selon laquelle les Arabes n'accepteront de compromis qu'une fois perdu tout espoir de se débarrasser de la présence juive, moment où les modérés prendront le dessus sur les radicaux[3].

Le Betar US revendique également la souveraineté juive sur les deux rives du Jourdain, fondée selon lui sur une promesse britannique qu'il juge trahie dans les années 1920[3], soutient le déplacement forcé des Palestiniens de Gaza[6] et appelle ouvertement à la destruction de Gaza et au meurtre des Palestiniens[2]. Dans une posture de soutien inconditionnel à Israël, l'organisation assimile d'après l'Intercept toute critique de la politique israélienne à du soutien au terrorisme ou à l'antisémitisme, ce qui justifie à ses yeux ses actions de surveillance et d'intimidation contre les militants pro-palestiniens[1]. Le groupe s'en prend également à des personnalités juives, y compris pro-israéliennes, jugées trop modérées, du sénateur Chuck Schumer au journaliste Peter Beinart[6].

Logo du parti kahaniste Kach, utilisé par le Betar US.

L'Anti-Defamation League établit un parallèle entre le Betar USA et la Jewish Defense League (JDL), organisation activiste anti-arabe fondée par Meir Kahane et classée comme groupe terroriste d'extrême droite par le FBI. L'ADL note que le groupe adopte le slogan kahaniste « Every Jew, a .22 » (en français : « À chaque juif un calibre 22 »)[12],[5]. Plusieurs membres utilisent par ailleurs les symboles et l'imagerie de la JDL[6]. Le Haaretz estime quant à lui le Betar US idéologiquement proche du Likoud. D'après l'ADL, le Betar US tient également des propos islamophobes et harcèle des musulmans en ligne et en personne[12].

Réception

Ses positions et ses méthodes lui valent d'être critiqué non seulement par des organisations juives institutionnelles, mais aussi par des militants pro-israéliens, dont le professeur de l'université Columbia Shai Davidai, qui dénonce ses méthodes qu'il estime contre-productives[6]. En raison de ses attaques contre Davidai, Ronn Torossian est banni du Congrès sioniste en 2025[13]. De même, la même année, l'Anti-Defamation League, qui est pro-israélienne, intègre le Betar USA à sa base de données des mouvements et organisations promouvant des idéologies extrémistes et haineuses[2],[5],[12], faisant du groupe la seule organisation juive répertoriée parmi les centaines d'entrées de cette base de données[12],[7]. Du côté antisioniste, Jewish Voice for Peace le qualifie de groupuscule d'extrême droite marginal que la majorité de la communauté juive américaine rejette fermement. À l'inverse, l'Organisation sioniste d'Amérique prend publiquement sa défense, tandis que l'American Jewish Committee ne le condamne pas[2].

Références

  1. (en) Jonah Valdez, « The Far-Right Group Building a List of Pro-Palestine Activists to Deport » Accès libre, sur The Intercept, (consulté le )
  2. (en) « Betar: Who is the far-right Jewish-American group calling for 'blood in Gaza?' » Accès libre, sur Middle East Eye, (consulté le )
  3. (en) Jonathan Mark, « It's Jabotinsky Time » Accès libre, sur Agence télégraphique juive, (consulté le )
  4. (en) « Militant Zionists occupy U.N. room », The New York Times,‎ , p. 4 (lire en ligne Accès payant)
  5. Zev Stub, « L’ADL attaque le Betar US, qu’il a ajouté à sa liste des organisations extrémistes » Accès libre, sur The Times of Israël, (consulté le )
  6. (en) Andrew Lapin, « A century-old Zionist group is being rebooted with a new motto: ‘Jews fight back’ » Accès libre, sur The Forward, (consulté le )
  7. (en) Will Oremus, « A militant Zionist group threatens activists online with a ‘deport list’ » Accès payant, sur The Washington Post, (consulté le )
  8. (en) Hannah Feuer, « Betar 'almost exclusively triggered' former student's detention, judge says » Accès libre, sur The Forward, (consulté le )
  9. (en) Liam Stack, « Militant Pro-Israel Group Agrees to Halt Operations in New York » Inscription nécessaire, sur The New York Times, (consulté le )
  10. (en) Andrew Lapin et Grace Gilson, « Militant pro-Israel group Betar US to halt NY operations after settlement with state attorney general » Accès libre, sur Agence télégraphique juive, (consulté le )
  11. (en) Anna Betts, « Pro-Israel group Betar to end New York operations after inquiry finds ‘violent conduct’ » Accès libre, sur The Guardian, (consulté le )
  12. (en) Etan Nechin, « 'Embraces Islamophobia, Harasses Muslims': ADL Lists Far-right Betar USA as Hate Group » Accès payant, sur Haaretz, (consulté le )
  13. (en) Andrew Lapin, « Betar USA founder banned from World Zionist Congress over feud with Israeli firebrand Shai Davidai » Accès libre, sur The Forward, (consulté le )
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