Biana Duhamel

Biana Duhamel
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Cimetière du Père-Lachaise, Grave of Duhamel (d)
Nationalité
Activités
Fratrie
Vue de la sépulture.

Louise Jeanne Bibiane Duhamel[1], dite Biana Duhamel, née le à Rouen (Seine-Maritime) et morte le à Paris, est une comédienne française[2].

Biographie

Début de carrière

Sa mère Bibiane Augustine Duhamel (morte en 1901)[1], à qui elle ressemble physiquement, est une actrice qui n'a jamais connu que des seconds rôles. Mais elle a joué dans beaucoup de villes : à Bourges (1873-1874), au Mans (1875), Saint-Étienne (1876-1877) et à Paris (1887). Elle a eu deux filles, l'autre étant Sarah, qui tenta aussi sa chance sur scène, mais sans connaître autant de succès[3].

Biana a un joli brin de voix, est gracieuse et spirituelle. Dès l’âge de quatre ans, elle joue des rôles d'enfant. Mais sa carrière commence à quinze ans et à Paris, où elle joue au théâtre de la Gaîté le héros du Petit Poucet (1885), aux côtés de la grande Mary Albert, dans un jeu déjà adroit et très averti, puis dans la Féerie de Leterrier, opérette d'un genre alors prisé. En 1888, élève de Delaunay au Conservatoire, elle obtient le deuxième accessit de comédie. Aussitôt engagée au théâtre de l'Odéon, elle joue quelques rôles féminins et se distingue dans celui du jeune Joas dans Athalie de Jean Racine[3].

Affiche lithographiée de Miss Helyett (1890) par Paul Maurou.

Il faut pourtant attendre 1890 pour qu'elle révèle vraiment son talent au Tout-Paris ; l’Odéon la prête au théâtre des Bouffes-Parisiens pour y créer le rôle de Phrynette dans L’Enfant prodigue, pantomime de Michel Carré. Elle y joue en même temps que sa mère. Là-bas, Edmond Audran confie à la jeune actrice le rôle redoutable de l'héroïne de sa nouvelle création : Miss Helyett. Cette pièce provoquera grand vacarme et publicité tapageuse à la fin de ce XIXe siècle puritain. Il y est question de postérieur, dont il est pendant question trois actes sans qu'il ne soit vu au naturel sur scène[3].

Elle y apporte « la fleur de ses vingt ans, une voix modeste mais un abattage exceptionnel », qui après sa création aux Bouffes-Parisiens le 12 novembre 1890, connut 400 représentations[4]. Les ovations à la fin ne laissent aucun doute : c'est elle la vedette. Nombreux sont ses admirateurs à revenir chaque soir, certains la regardant fixement pendant le spectacle et voulant forcer le passage afin de parvenir à la porte de sa loge. Elle reçoit systématiquement une gerbe de fleurs accompagné de la même carte de visite sans commentaire, gravée au nomde « Albert, baron de L'Espée », qui lui est inconnu. Un soir, l'homme rencontre dans la salle sa mère, qui reçoit alors les félicitations de sa fille comme si c'étaient les siennes[3].

La dame permet à l'homme de rencontrer l'artiste, qui ensuite se voient régulièrement, quand elle est remplacée dans son rôle par Debério. Seulement, comme avoir vingt ans à cet époque est considéré comme être mineur et qu'elle habite chez sa mère, l'histoire doit rester entre eux. Sous un faux nom, il loue un appartement de l'hôtel des Deux-Mondes et obtient le silence des employés moyennant finance. L'artiste n'est pas tellement séduite par l'apparence de son amant, qui n'est pas avantageuse : il est gros et pas très beau. Il n'est pas du tout mondain, étant misanthrope et très solitaire, préférant la compagnie de ses chiens à celle de la plupart des gens. Elle apprécie éventuellement l’originalité de son caractère[2]. Mais, malgré son succès, le risque de tomber dans l'oubli à cause d'un public frivole et de compliquer le début de sa carrière incertaine est grand. Ce serait donc embêtant de ne pas saisir une telle opportunité de se mener une vie aussi facile grâce à la générosité de son admirateur[3].

Vie de châteaux

Par la suite, elle profitera des moments de libre que lui laisse son métier pour passer du temps avec son amant dans une de ses nombreuses demeures, qui préfère sa compagnie à celle de son épouse Delphine née Bongars, à celle de son fils René ou à celle du reste de sa famille qu'il méprise. Mais pour l'heure, le succès de Miss Helyett pousse les Bouffes-Parisiens à prolonger les représentations jusqu'en [3]. C'est aussi en 1890 ou 1891 qu'Édouard Vuillard la représente dans son portrait La Robe rayée, actuellement conservé au musée d'Orsay[5].

Ce n'est qu'en 1892 qu'elle dispose de congés : elle rejoindra Albert à Saint-Vallier-de-Thiey, où il possède une villa. Mi-janvier, le couple passe quelques jours chez un ami à elle, Émile Vassal, rentier quadragénaire membre de l'Union Artistique. Il possède dans la forêt de Rambouillet, justement connue pour ses chasses, le château de Saint-Léger. Le baron, une fois ses fusils révisés par l'armurier parisien Morian, espère bien chasser et passer du temps avec elle. En février, le baron a presque acquis les terrains de Belle-Île-en-Mer qu'il convoite pour édifier sa nouvelle demeure. En attendant la fin des futurs travaux, il loue une maison à Quiberon ; l'actrice le rejoint alors mais, par discrétion, elle loge à l'Hôtel de France. Elle visite aussi l'île, qu'elle imagine mieux[3].

Au printemps 1895, elle rejoint Albert dans sa villa de Thonon et visite avec lui les hauteurs qu'ils aperçoivent depuis les fenêtres. Ils randonnent ensemble, tandis qu'il lui parle sans cesse de la surprise qu'il lui réserve à Biarritz. Tôt un matin, ils partent en voiture et déjeunent à l'auberge de Montriond, charmant village alpin typique d'une région quasiment pas fréquentée. Autout de ce que les habitants appellent lac Noir, ils sont émerveillés par l'isolement d'un lac aux eaux vertes, dans lequel se reflètent les rochers et les sapins des versants abrupts environnants. Ce décor féérique évoquant les plus belles vallées des Alpes est préservé de toute construction, hormis une chapelle désaffectée juchée sur un tertre bordant le lac, mais où personne n'ose venir. De retour au village, charmée par l'endroit, elle questionne l'aubergiste, qui lui raconte que cette chapelle a été érigée quatre décennies plus tôt par l'abbé Cottet, mais qu'elle est haïe par presque tous les habitants de la vallée. La rumeur publique accuse son fondateur d'être à l'origine de l'affaire des possédées de Morzine. Depuis, plus personne ne prie dans ce lieu de culte tombant en ruine faute d'entretien. Et l'aubergiste ajoute que le terrain est à vendre. La nuit approchant, le retour à Thonon n'étant plus possible, le couple passe la nuit dans la fameuse auberge dénuée de tout confort. Quelques jours passent ; peut-être sous l'insistance de Biana séduite par le décor ou simplement grâce la beauté toujours vierge du site, son amant est décidé à acquérir la chapelle, début de son nouveau projet. En 1995 aussi, il l'invite dans son chalet de Séguret des Adrets-de-l'Estérel (Var)[3].

Près de Biarritz, le baron constructeur érige de 1893 à 1897 le château d'Ilbarritz, avec de nombreuses dépendances, dont l'éloignement lui permettra de vivre sa solitude recherchée en compagnie de l'actrice. Lors du chantier, elle imposa à Albert pour fantaisie de se baigner nue, conduite à la mer entre une haie double de maçons tournant le dos à son passage. Pour elle est bâtie en 1895 la villa des Sables, en lisière du domaine afin de ne pas éveiller les soupçons, accessible par une poterne dissimulée dans le mur épais de son jardin pour y entrer dans la plus grande discrétion. Il emploie un code pour lui signifier qu'elle peut venir dans le château même : un drapeau est hissé sur la plus haute terrasse du belvédère de la demeure. Par chaise à porteurs portée par deux valets orientaux, elle longe les cheminements couverts jusqu'à lui[2]. Elle a reçu de lui l'autorisation d'y vivre avec sa mère, pourvu qu'il ne rencontre jamais sur ses propres terres cette dame trop curieuse[3].

Mais aussi luxueuse soit la vie sur place, elle est aussi étouffante. Une nuit de pleine lune de 1897, le baron est en alerte, braquant le télescope qu'il vient d'installer sur la plus haute terrasse de son donjon sur la lande aride, cherchant l'intrus qui aurait osé braver les barbelés défendant sa propriété. Lui lâchant dessus plusieurs de ses molosses, il éclaire le phare de marine qui vient d'être branché sur sa plus haute lucarne lucarne de guet pour mieux le repérer. Mais les chiens épargnent le mystérieux personnage, qu'ils reconnaissent : c'est Biana. Déguisée en garçon, elle s'est amusée à défier la vigilance de son despotique amant. Il finit aussi par comprendre que, sans doute lasse de son exil sur ces terres étroitement protégées, elle franchissait les clôtures du nord afin de perdre au casino de Biarritz les économies mises à l'abri par sa mère. Elle se sent finalement prisonnière de sa demeure ; même elle ne peut se rendre comme elle le souhaite dans le domaine du baron, ni partager les repas de son geôlier. Elle doit continuellement attendre qu'il veuille bien de sa compagnie, alors qu'elle ne l'amuse plus de ses espiègleries[3].

La séparation du couple finit par arriver en 1898, sans que l'on ne sache qui l'initia. Sans doute la vingtenaire aura pris seule la décision, souhaitant retrouver une meilleure compagnie dans les coulisses d'un théâtre. C'est ainsi qu'elle revend sa villa le 4 février au propriétaire. Grâce au capital issu de cette vente, elle loue un appartement luxueux avenue Mac-Mahon, tout près de la place de l’Étoile, en attente d'un nouveau rôle[3].

Fin de vie

Elle meurt à Paris le , à l’âge de quarante ans[6]. Elle sera rejointe en 1926 par sa sœur Sarah Duhamel[2].

Carrière

Spectacles

Chansons interprétées

  • Ah ! Monsieur ! : paroles de Jules Méry ; musique de Ludovic Ratz, 1893[7] ;
  • Nouvelle victime : paroles de Breydan (Daniel Bertrand de La Flotte de son vrai nom) ; musique de Ludovic Ratz, 1893[7] ;

Références

  1. « Biana Duhamel (1870 - 1910) », sur Musée d'Orsay
  2. « DUHAMEL Bibiane Augustine, dite Biana (1870-1910) », sur Amis et Passionnés du Père Lachaise (APPL)
  3. Christophe Luraschi, Albert de L'Espée, génie, démesure, Atlantica, 296 p. (ISBN 9782843940804)
  4. Pastel sur papier vers 1891-1892, reproduction couleur p. 187 du catalogue de l'exposition au musée d'Orsay en 2013, Une passion française — La collection Marlene et Spencer Hays, ESFP, 2013.
  5. « La Robe rayée », sur Musée d'Orsay
  6. Acte de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris 17e, n° 2426, vue 10/31.
  7. « Biana Duhamel (1870-1910) », sur Data.BNF

Liens externes

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