Blanche de Bourbon (1868-1949)

Blanche de Bourbon
(es) Blanca de Borbón y Borbón Parma
Description de cette image, également commentée ci-après
La princesse Blanche de Bourbon.
Biographie
Titulature Archiduchesse d'Autriche
Princesse de Hongrie, de Bohème et de Toscane
Infante d'Espagne
Fille de France
Dynastie Maison de Bourbon
Nom de naissance Blanca de Castilla María de la Concepción Teresa Francisca de Asís Margarita Juana Beatriz Carlota Luisa Fernanda Adelgunda Elvira Ildefonsa Regina Josefa Micaela Gabriela Rafaela de Borbón y Borbón Parma
Naissance
Graz (Autriche-Hongrie)
Décès (à 81 ans)
Viareggio (Italie)
Sépulture Chapelle della Macchia
Père Charles de Bourbon
Mère Marguerite de Parme
Conjoint Léopold Salvator de Habsbourg-Toscane
Enfants Dolores de Habsbourg-Toscane
Marie-Immaculée de Habsbourg-Toscane
Marguerite de Habsbourg-Toscane
Rainier de Habsbourg-Toscane
Léopold de Habsbourg-Toscane
Marie-Antoinette de Habsbourg-Toscane
Antoine de Habsbourg-Toscane
Assunta de Habsbourg-Toscane
François-Joseph de Habsbourg-Toscane
Charles-Pie de Habsbourg-Toscane
Religion Catholicisme

Signature

Signature de Blanche de Bourbon (es) Blanca de Borbón y Borbón Parma

Description de l'image Coat of arms Blanca of Bourbon (Order of Queen Maria Luisa).svg.

Blanche de Bourbon (en espagnol : Blanca de Borbón et en allemand : Blanca von Bourbon), princesse de Bourbon puis, par son mariage, archiduchesse d'Autriche et princesse de Toscane, née le à Graz (Autriche-Hongrie) et morte le à Viareggio (Italie), est la fille aînée de Charles de Bourbon, duc de Madrid, prétendant aux trônes de France et d'Espagne, et de Marguerite de Parme. Descendante de Philippe V d'Espagne et de Charles X de France, elle est également membre de la maison de Habsbourg-Lorraine.

Issue de la branche espagnole de la maison de Bourbon, fixée en Espagne en 1701 avec Philippe V, duc d'Anjou et roi d'Espagne, Blanche de Bourbon passe son enfance et son adolescence entre la France et l'Italie, où sa mère, la duchesse de Madrid, s’installe à partir de 1881. Sur les domaines de la Tenuta Reale et de Frohsdorf, la jeune fille mène une existence assez joyeuse et calme. À l'adolescence, la mère de la princesse entame des démarches auprès du Vatican pour la marier au jeune roi d'Espagne Alphonse XII. Cependant ses projets échouent en raison de l’opposition du père de Blanche, laquelle épouse finalement un prince toscan en exil, l’archiduc Léopold-Salvator d'Autriche, en 1889.

À partir de cette date, Blanche vit à Vienne, au palais Toskana construit pour ses beaux-parents. Dans son nouveau pays, elle donne le jour à dix enfants, les archiducs Rainier, Léopold, Antoine, François-Joseph et Charles-Pie, ainsi que les archiduchesses Dolores, Marie-Immaculée, Marguerite, Marie-Antoinette et Assunta. Quand elle ne s'occupe pas de ses enfants, l'archiduchesse se consacre à la religion catholique ou à des activités charitables. La Première Guerre mondiale bouleverse l'existence de l'archiduchesse et de sa famille. Le conflit aboutit en effet à l'éclatement de l'Empire, puis à l'exil de l'empereur Charles Ier et de sa parentèle en 1919. Chassés d'Autriche et privés de tout revenu, Blanche et Léopold-Salvator passent une décennie en Espagne, jusqu'à la chute de la monarchie espagnole.

Rentrée à Vienne en 1931, Blanche devient veuve la même année. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle choisit de quitter Vienne avec ses enfants Dolores et Charles-Pie pour l'Italie. Lorsque cette dernière entre également en guerre au côté de l'Allemagne en 1941, Blanche trouve refuge en Argentine. À la libération de l’Autriche, Blanche s'inquiète de la montée en puissance des communistes roumains depuis qu’un coup d’État a pris le pouvoir, forçant le roi Michel Ier à nommer un gouvernement pro-soviétique. L’archiduchesse choisit ainsi de rester vivre à Viareggio, loin de son fils Anton et de sa belle-fille Ileana qui demeurent en Roumanie jusqu’en 1947. Blanche meurt en 1949, dans la Tenuta Reale.

Famille

Blanche est la fille aînée de Charles de Bourbon (1848-1909), duc de Madrid, prétendant légitimiste au trône de France sous le nom de « Charles XI » ainsi que prétendant carliste au trône d'Espagne sous le nom de « Carlos VII », et de son épouse, la princesse franco-italienne Marguerite de Parme (1847-1893).

Elle est également liée à deux autres prétendants aux trônes de France et d'Espagne : son frère Jacques (1870-1931), duc d'Anjou et de Madrid et prétendant sous les noms de « Jacques Ier » et « Jaime III », et son oncle Alphonse-Charles (1849-1936), duc d'Anjou et de San Jaime et prétendant sous les noms de « Charles XII » et « Alfonso-Carlos Ier ».

Le [1], Blanche épouse Léopold Salvator de Habsbourg-Toscane (1863-1931), archiduc d'Autriche et prince de Toscane (titre de courtoisie), fils de Charles Salvator de Habsbourg-Toscane (1839-1892), archiduc d'Autriche et prince de Toscane, et de Marie-Immaculée de Bourbon-Siciles (1844-1899), princesse des Deux-Siciles[2].

Dix enfants sont issus de cette union :

Biographie

Une princesse de Bourbon

Une enfance en exil

La famille du duc de Madrid en 1886. De gauche à droite apparaissent Jacques, Alice, Marguerite, Charles, Béatrice, Elvire et Blanche.

Première enfant du prince Charles de Bourbon et de son épouse, née Marguerite de Parme, Blanche naît en 1868 à Graz, dans l'Empire austro-hongrois[2]. Fille aînée d'une fratrie de cinq enfants, Blanche compte parmi ses proches plusieurs princes et souverains européens[4]. Côté paternel, la princesse est la petite-nièce du dernier duc de Modène et de la comtesse de Chambord. Toujours par son père, Blanche est également la cousine issue de germain de la dernière reine de Bavière, née Marie-Thérèse de Modène. Le duc Robert Ier de Parme, son oncle maternel, est le chef de la maison de Bourbon-Parme, tandis que sa tante maternelle, née Alice de Parme, est l'épouse du grand-duc détrôné de Toscane. L'oncle de sa mère, le comte de Chambord, est alors le chef de la maison de Bourbon[2],[4].

Au moment de sa naissance, ses parents vivent en Styrie auprès de son arrière-grand-mère maternelle, la duchesse de Berry. Son père se trouve alors en France, où sa famille vient le rejoindre avant qu'ils ne partent vivre en Suisse. Elle est baptisée sous les noms de Blanche de Castille[N 1] Marie de la Conception[N 2] Thérèse Françoise d'Assise[N 3] Marguerite Jeanne Béatrice Charlotte Louise Fernande Aldegonde Elvire Ildephonsine Régine Josèphe Michelle Gabrielle Raphaëlle de Bourbon[5] et reçoit pour parrain son grand-oncle, l'ancien duc de Modène. Blanche a deux marraines, la première est la veuve de son arrière-grand-père, l'infante Marie-Thérèse de Portugal[6], tandis que la seconde est sa tante par alliance la duchesse de Parme[7].

Une éducation européenne

Blanche (centre) avec ses cousines germaines Louise (gauche) et Marie-Louise (droite).

L'enfance de Blanche est marquée par la troisième guerre carliste (1872-1876) dans laquelle son père combat, sans succès, pour essayer de gagner le trône d'Espagne par la force. Pour ces raisons, la jeune princesse grandit à Pau. En 1875, elle demeure à Elizondo en Navarre. Elle part vivre par la suite à Passy auprès de ses parents. La première communion de la princesse se déroule à Paris, le dimanche de la Pentecôte de l'année 1880[8]. L'absence de son père, le duc de Madrid, qui n'est pas présent à Paris, est remarquée[8],[9]. Cette même année, les parents de Blanche se séparent[10].

Le père de Blanche, Charles, est expulsé du territoire français en 1881, en raison des activités carlistes de son père. Blanche garde un excellent souvenir de ce séjour français[11],[12]. À ce moment, son père part vivre au Palazzo Loredan dell'Ambasciatore à Venise, tandis que sa mère se retire à Tenuta Reale, à l'est de Viareggio, en Italie, héritée en 1879 par l'arrière-grand-mère de Blanche, la duchesse Marie-Thérèse de Parme[13],[14].

La future archiduchesse est la marraine du réalisateur espagnol Jaime de Lasuén, dit Jacques Leysenne[15]. La mère de ce dernier, l’aristocrate allemande Emma de Reischach, est l’amie de la duchesse de Madrid, mère de Blanche[16].

En 1881, Blanche et ses sœurs entrent au Sacré Cœur, une institution catholique tenue par des religieuses à Florence. Blanche joue de la mandoline, notamment avec sa sœur cadette Béatrice[17], apprécie beaucoup les chevaux et possède une grande culture, notamment historique[9]. De plus, la future archiduchesse parle plus ou moins couramment cinq langues : le français[18],[19], l'espagnol[20], l'anglais[21], l'allemand[19] et le hongrois[18]. Éduquée par ses parents dans la très haute idée de son rang, la petite fille se montre par ailleurs volontiers arrogante et vaniteuse, même si sa famille lui reconnaît aussi une grande douceur[22]. En 1883, elle termine sa scolarité, puis visite l’Espagne incognito après avoir obtenu la permission de ses parents[23].

Une jeune fille à marier

Sa mère cherche à l'unir au roi Alphonse XII d'Espagne. Ce projet, visiblement soutenu par la mère du jeune homme, l'ancienne reine Isabelle II, ainsi que par le pape, ne voit cependant jamais le jour, notamment à cause du refus du duc de Madrid, père de Blanche[24].

Lorsqu’elle fête ses 18 ans, en 1886, Blanche fait son « entrée dans le monde » : décrite comme « la plus arrogante et la plus belle des quatre sœurs », Blanche fait sensation à Vienne[25]. Sa mère souhaite ardemment marier sa fille aînée mais la situation de la famille ne se prête guère à une brillante alliance. En effet, Ana de Sagrera écrit que « l'ambassadeur d'Espagne à Vienne exerçait une pression constante à l'égard de la famille royale carliste »[25]. De plus, la séparation du duc et de la duchesse de Madrid empêche également la jeune Blanche de pouvoir contracter une brillante union[25].

Rapidement, deux prétendants demandent la main de la princesse. Le premier est l'archiduc Léopold-Salvator d'Autriche. Ce prince déchu de Toscane est un cadet de famille[N 4] mais ses parents sont à la tête d'une immense fortune[25]. Le second prétendant est l'infant Michel de Bragance, prétendant au trône de Portugal. Il s'agit d'un parti plus prestigieux que le premier, mais aussi moins aisé[26]. La candidature de Léopold-Salvator est fortement soutenue par le duc de Madrid ainsi que par sa mère, l'archiduchesse Marie-Béatrice. Au contraire, la duchesse de Madrid ainsi que les sœurs de Michel poussent Blanche à favoriser cette union[26],[25]. Finalement, la princesse choisit l'archiduc[26].

Fiançailles et mariage

Fiançailles

Une du journal Wiener Salonblatt, paru le .

Au départ, la reine-régente d'Espagne, Marie-Christine, tente de faire barrage à cette union, refusant que la fille d'un prince qu'elle tient pour un traître épouse un membre de sa maison. Cependant, et contre toute attente, l'empereur François-Joseph Ier d'Autriche donne son accord au mariage des deux jeunes gens[N 5],[27].

Blanche et Léopold se fiancent le , selon la « vieille coutume française », dans la chapelle du château de Frohsdorf[28],[29]. Le journal Wiener Salonblatt parle d'une « belle et noble union des cœurs » pour décrire l’union du couple[28].

Mariage

Le château de Frohsdorf, lieu choisi pour les noces princières, est spécialement décoré de nombreuses fleurs. La veille des noces, une fois les invités arrivés, un déjeuner pour 50 personnes est servi. Une procession aux flambeaux anime la journée qui s'achève par un dîner, durant lequel un orchestre tzigane se produit[30].

Le mariage a lieu le dans la chapelle du château de Frohsdorf[1],[31]. La cérémonie, célébrée par le futur archevêque de Vienne, Anton Josef Gruscha, rassemble de nombreuses têtes couronnées[32]. Les témoins du marié sont son frère, l'archiduc François-Salvator, et son oncle, le grand-duc titulaire de Toscane. Ceux de Blanche sont ses oncles, le duc titulaire de Parme et le duc de San Jaime[31]. Les demoiselles d'honneur de la princesse Blanche sont ses sœurs, les princesses Elvire et Béatrice, ainsi que l'archiduchesse Marie-Immaculée et la princesse Marie-Louise de Parme[30].

La robe de mariée de la princesse est confectionnée dans un lourd brocart brodé de fils d'argent, ornée de fleurs et de branches de myrte[33]. Elle semble provenir d'un legs fait par la comtesse de Chambord à son égard dans son testament. Selon le journal viennois Die Presse, le seul mouchoir en dentelle de Blanche coûte mille francs[30].

Une trentaine de nobles espagnols ainsi qu'une trentaine de membres de la haute aristocratie française sont présents à la cérémonie, parmi lesquels le duc de Solferino (es), le marquis de Castrillo (es) ainsi que le comte Urbain de Maillé[N 6],[30] (représentant du duc de Madrid en France). Le couple reçoit près de 200 télégrammes, provenant en grande partie de légitimistes français et de carlistes espagnols, mais également de nombreux princes et princesses européens. L'empereur François-Joseph Ier ou encore le duc de Parme font de somptueux cadeaux de mariage au jeune couple, toujours selon le journal viennois Die Presse[30].

Le repas de mariage est servi dans la grande salle du château de Frohsdorf. Un bal est offert par la suite. Durant ce dernier, de longs télégrammes provenant de l'empereur, de l'impératrice et de l'archiduchesse Marie-Valérie d'Autriche parviennent à Frohsdorf. Le couple se rend ensuite à Vienne où il demeure quelques jours avant de partir en lune de miel[34].

En Autriche

Une jeune femme orgueilleuse

L'ancien palais Toskana, à Vienne.

Après une lune de miel en Orient qui dure près de trois mois[34], Blanche et Léopold-Salvator s'installent auprès des parents de ce dernier, dans une aile du palais Toskana, à Vienne. Le rôle militaire de l'archiduc pousse cependant le couple à séjourner régulièrement en Galicie puis en Croatie[35].

Toujours aussi hautaine et convaincue de la supériorité de son rang[N 7],[36],[25], Blanche entretient cependant de bonnes relations avec ses belles-sœurs. Elle montre ainsi un certain intérêt pour l'archiduchesse Marie-Valérie, épouse de l'archiduc François-Salvator, et l'archiduchesse Marie-Thérèse, femme de l'archiduc Charles-Étienne[9].

Après son arrivée à Vienne, Blanche s'initie à l'allemand, qu'elle apprend difficilement, ne parvenant jamais réellement à parler fluidement et préférant s'adresser à ses proches en français ou en espagnol[18],[19]. Malgré ses efforts pour s'intégrer à son nouveau pays, l'archiduchesse conserve la nostalgie du monde des Bourbons. Dans sa famille d'adoption, Blanche est très reconnaissable à son accent espagnol, lorsqu'elle converse en français, en allemand, voire en hongrois[18]. Sa prononciation singulière lui fait complètement omettre le h, souvent inexistant dans les langues latines ; sa prononciation se rapproche ainsi de l'accent cockney selon sa biographe Bertita Harding[18]. D'après la belle-mère de son fils, la reine Marie de Roumanie, Blanche reste, toute sa vie, « une femme au grand cœur. Impulsive, mais sous l'influence des prêtres. Tyrannique et en même temps changeante, inepte, indécise, facilement manipulable »[37]. Admirée à Vienne pour sa beauté impérieuse, l'archiduchesse n'en demeure pas moins une femme de caractère, douée de bon sens[38].

Vie familiale

Léopold-Salvator et Blanche auprès de leurs enfants, en 1915.

Au fil des années, Blanche et Léopold-Salvator donnent le jour à dix enfants : Dolores (en 1891), Marie-Immaculée (en 1892), Marguerite (en 1894), Rainier (en 1895), Léopold (en 1897), Marie-Antoinette (en 1899), Antoine (en 1901), Assunta (en 1902), François-Joseph (en 1905) et Charles-Pie (en 1909)[2]. Bien que très proche de ses enfants, l'archiduchesse est décrite comme possessive, voire tyrannique envers eux[39],[18]. Lorsqu'ils sont encore enfants, Blanche vient les bercer et leur lire des histoires tirées de la célèbre Bibliothèque rose illustrée d'Hachette ; cependant, pour entraîner ses enfants à parler plusieurs langues, l'archiduchesse enchaîne successivement la même histoire en français, allemand et espagnol[N 8],[18]. Plus tard, elle leur lit des œuvres plus classiques, portant notamment sur la Révolution française[18].

Au sein de leur foyer, Blanche et son époux s'expriment généralement en français[19],[18] et c'est cette langue que Blanche utilise le plus spontanément, même si leurs enfants maîtrisent parfaitement l'allemand[9]. Les dix enfants reçoivent une éducation relativement simple, confiée aux soins de nourrices allemandes et d'une gouvernante très affectueuse du nom de Therese Matte[N 9]. Très proche du petit archiduc François-Joseph[40], la vieille Autrichienne reste au service du couple archiducal et de ses enfants durant de longues années, mettant complètement de côté sa vie privée[18]. Finalement, Therese Matte quitte la famille archiducale durant la Première Guerre mondiale pour rejoindre sa famille[41].

Vie publique

Blanche en 1908.

Le , Blanche, sa fille Marguerite et la princesse Thérèse de Bavière sont les premières femmes de la haute aristocratie autrichienne à effectuer un vol en ballon. Blanche renouvelle l'expérience en [42]. Elle est ainsi qualifiée d'aéronaute par la presse[43]. L'archiduchesse et son époux sont assez proches de l'archiduc héritier François-Ferdinand d'Autriche, comme en témoignent les films tournés lors du mariage de l'archiduc Charles avec la princesse Zita de Bourbon-Parme[44],[45].

Blanche et son mari, l'archiduc Léopold-Salvator, figurent parmi les membres de la famille impériale les mieux placés au regard du protocole. Aux bals et aux réceptions, on voit fréquemment Blanche au bras de l'archiduc héritier François-Ferdinand, tandis que Léopold-Salvator est le partenaire habituel de l'archiduchesse Marie-Valérie, fille de l'empereur François-Joseph Ier. En 1908, lors d'une réception en l'honneur du roi et de la reine de Suède, Blanche et l'archiduc héritier marchent juste derrière les souverains ; la même année, à l'occasion de la visite du Kaiser Guillaume II en Autriche, Blanche a pour cavalier le prince-régent de Bavière. Assise entre l'empereur allemand et le roi de Wurtemberg, l'archiduchesse occupe une place d'importance dans le protocole autrichien[44].

En 1911, la cousine germaine de Blanche, la princesse Zita de Bourbon-Parme[N 10], épouse l'archiduc Charles d'Autriche. Le couple accède au trône en 1916 avant de devoir partir en exil en 1919. Charles meurt en 1922 tandis que sa veuve lui survit jusqu'en 1989[2].

De la Première Guerre mondiale à l'exil

La Première Guerre mondiale et ses conséquences

Le déclenchement de la Première Guerre mondiale surprend Blanche et sa famille pendant leur séjour annuel dans le domaine de la Tenuta Reale, en Italie. Inquiet de la tournure des événements, le petit groupe décide de rentrer rapidement à Vienne. De plus, le grade militaire de Léopold-Salvator l'oblige à se mettre au service de l'armée, tout comme les deux fils aînés du couple[46]. Le frère de Blanche, dont elle est très proche, est rapidement mis aux arrêts à Frohsdorf. Ancien officier russe, de surcroit prétendant au trône de France, le duc d'Anjou et de Madrid devient en effet un personnage gênant en Autriche[47].

Durant la guerre et à l'exemple d'une grande partie des familles royales européennes, les Bourbons sont déchirés. En effet, l'archiduchesse soutient la Triplice, de même que son oncle et sa tante, qui vivent alors en Bavière. Au contraire, le frère de Blanche, Jacques, ainsi que ses deux plus jeunes sœurs, les princesses Alice et Béatrice, soutiennent l'effort de guerre des Alliés, notamment en travaillant dans des hôpitaux[48],[49].

Au cours de la guerre, le rôle social de l'archiduchesse se développe, devenant notamment la dame patronnesse de l'aide aux veuves et aux orphelins, à partir de 1915[50]. Blanche et ses filles Dolores, Marie-Immaculée et Marguerite travaillent également dans des hôpitaux durant le conflit[44].

Au cours de l'année 1916, un projet permettant de consolider l'alliance entre la Bulgarie et l'Autriche-Hongrie voit le jour[51]. Il consiste à marier l'une des nombreuses filles de Blanche et Léopold-Salvator avec le prince de Tarnovo[N 11] Cependant, ce projet est rapidement abandonné vers la fin du conflit, notamment face aux refus successifs des filles du couple archiducal[51],[52].

L'année 1918 amène de nouveaux bouleversements dans la vie de Blanche et de sa famille. Le , une révolution renverse l'empereur allemand Guillaume II et les autres souverains allemands abdiquent et fuient hors du pays. Quelques jours plus tard, le , l'empereur Charles Ier renonce au trône autrichien et, le lendemain, la république d'Autriche allemande est proclamée[53]. L'empereur se retire au château d'Eckartsau, en Basse-Autriche, avec son épouse et leurs enfants[54]. Dans ces conditions, Léopold-Salvator, Blanche et la majorité de leurs enfants choisissent de suivre Charles Ier en exil et quittent l'Autriche en 1918[N 12],[55].

Premier exil en Espagne

Après avoir reçu l'autorisation du roi Alphonse XIII, lointain cousin de Blanche, et avoir promis de ne pas soutenir les prétentions carlistes de son frère, la famille peut s'installer en Espagne, à Barcelone. En , ils arrivent donc dans la capitale catalane où ils s'installent pendant plus d'une décennie. Ils y vivent modestement : tandis que, dans leur château de Wilheminenberg, la famille employait pas moins de 80 domestiques[56], à Barcelone, Blanche et ses filles doivent s'occuper elles-mêmes des tâches ménagères. Grâce aux revenus des brevets militaires de son époux en France et à la vente de certains de ses bijoux, ils peuvent acheter une maison à Barcelone. La vie de la famille en Espagne est relativement paisible durant cette période, bien que la plupart des bijoux de Blanche aient été volés juste après la chute de l'Empire[57].

Une mère ambitieuse

Blanche au mariage de son fils Antoine en 1931 au château de Peleș.

Durant l'exil, la plupart des enfants du couple princier se marient. Ainsi, le , l'archiduc Léopold épouse, contre la volonté de ses parents, la baronne Dagmar Nicolics-Podrinska (1898-1967)[2],[58]. En 1924, c'est l'archiduchesse Marie-Antoinette qui épouse le noble espagnol Ramón Orlandis y Villalonga (1896-1936)[58]. Plus tard, en 1927, c'est au tour de l'archiduc François-Joseph de se marier avec Marta Baumer (1906-1987)[58].

Malgré ces unions morganatiques, l'un des fils du couple archiducal épouse la fille d'un monarque européen[N 13]. En effet, en 1931, l'archiduc Antoine rencontre à Barcelone la princesse Ileana de Roumanie, nièce à la mode de Bretagne de la reine d'Espagne[59]. Le couple se fiance rapidement et Blanche rencontre la mère de la princesse, la reine Marie de Roumanie. Cette dernière décrit ainsi Blanche dans son journal[19] :

« On la décrit comme une petite femme pleine de vie, même drôle, sincère, très économe et directe, impossible à décrire, et elle n'a pas de menton. Nous avons eu une discussion animée en français, car elle n'est pas très à l'aise en allemand, ce qui est étrange après tant d'années de mariage avec un Autrichien. Elle est anticonformiste, très drôle, mais très catholique. Elle a un peu la bouche de Meg, mais la sienne est plus charnue. Elle n'est pas du tout guindée, ce qui est agréable. Bref, je l'aime bien. »

Le jeune couple s'unit au château de Peleș en présence des familles royales roumaine, yougoslave et grecque ainsi que de plusieurs membres des familles impériales autrichienne et russe[N 14],[60]. L'année suivante, c'est l'archiduchesse Marie-Immaculée qui épouse un aristocrate italien, Igino Neri-Serneri, patricien de Sienne (1891-1950)[58]. En 1937, au Schloss Sonnberg[N 15], l'archiduchesse Marguerite épouse Francesco Maria Taliani, marquis di Marchio et futur ambassadeur d'Italie en Chine[58] puis en Espagne[61] (1887-1968). L'année suivante, l'archiduc Charles-Pie épouse Christa Satzger de Bálványos (1914-2001)[58]. En 1939, l'archiduchesse Assunta épouse, contre l'avis de sa mère, le médecin juif polonais Joseph Hopfinger (1905-1992)[62].

Le retour en Autriche

Après les élections municipales de 1931 et l'avènement de la Seconde République espagnole, Blanche et Léopold-Salvator décident de rester vivre à Barcelone[63]. Léopold-Salvator et Blanche prennent les pseudonymes de « M. et Mme Navarre » lorsqu'ils visitent la France peu avant le mariage d'Antoine en 1931. C'est l'un des nombreux pseudonymes du couple. Durant ce voyage, l'archiduchesse part déposer la somme de 90 000 lires dans une banque sous l'un de ses pseudonymes. Cependant, lors du trajet qui la ramène dans le centre-ville de Paris, elle perd son chéquier ainsi que l'adresse de la banque et oublie également le faux nom sous lequel elle a ouvert le compte[64]. Cet oubli est révélateur de sa « passion pour le secret », comme le décrit sa biographe Bertita Harding[64]. Par ailleurs, l’épisode parisien renvoie également à un incident qui se déroule quelque temps plus tard, en Autriche. Lorsque l’archiduchesse descend du train à Vienne, son collier de perles se brise et, tandis que des voyageurs se penchent pour les récupérer, elle se présente comme « Frau Mayer d'Innsbruck »[N 16],[64]. Blanche s'adresse alors à la foule en criant : « Ce ne sont pas de vraies perles ; mon mari les a achetées pour un schilling ! »[64]. L’archiduchesse, fidèle à son caractère orgueilleux, est ensuite « partie dans la plus grande indifférence », laissant ses filles récupérer les perles[64].

En , son époux meurt et est inhumé selon la tradition de la maison de Habsbourg, dans la crypte des Capucins[65]. Malheureusement pour Blanche, le mois suivant, c'est au tour de son frère Jacques de rendre l'âme. L’archiduchesse assiste aux funérailles dans l’église Saint-Philippe-du-Roule à Paris[66], ainsi qu’à inhumation qui se déroule à la Tenuta Reale[67]. Par ailleurs, Blanche se rend une nouvelle fois dans la capitale française en lorsqu’elle assiste à un service funèbre dans la basilique Saint-Denis, en l’honneur de son frère Jacques[68].

Selon les dernières volontés du duc d’Anjou et de Madrid, le , ses sœurs, Blanche, Béatrice et Alice offrent « au gouvernement français », le casque de Charles X ainsi que le sabre du général de Bourmont, remis au dernier roi de France après la prise d’Alger en 1830[69].

Quelque temps après le décès de son époux, Blanche prend la décision de retourner vivre à Vienne. Elle s'installe dans l'ancienne résidence de la famille, le palais Toskana, qui a été divisé en appartements par les autorités[70]. Dès lors, bien qu'elle vive toujours au palais Toskana, elle se rend régulièrement chez son fils Anton, au Schloss Mödling[71].

Le dernier exil

Anschluss et second exil

Lors de l'Anschluss, Blanche, qui vit alors à Vienne au palais Toskana, refuse de hisser le drapeau nazi sur le toit du palais. L'archiduchesse et ses enfants Dolores et Charles-Pie sont alors enfermés dans un des appartements du palais, tandis qu'une croix gammée géante est clouée au-dessus de sa porte[72]. En 1938, Blanche, Dolores, Charles-Pie et son épouse Christa Satzger de Bálványos quittent Vienne par Trieste pour rejoindre la Tenuta Reale, à Viareggio ; leur départ est notamment rendu possible grâce à l'obtention de visas espagnols[73]. Par la suite, Blanche s'exile au Brésil puis en Argentine. Elle proteste officiellement contre l'annexion lors d'un entretien avec le journal Diario Crítica, daté du [74] :

« Tout est très triste et ces souvenirs sont angoissants pour moi. Ce que je peux vous assurer, c'est qu'Hitler est l'ennemi mortel des plus anciennes traditions et un persécuteur implacable de la religion et de l'Église. Les horreurs et les massacres à Vienne suffisent à qualifier le plus implacable des dictateurs. »

L'archiduchesse est rejointe en Argentine par sa fille Marie-Antoinette et les filles de cette dernière. Elles restent en Amérique du Sud jusqu'à la fin de la guerre[75],[74].

Fin de vie et mort

La chapelle du domaine de la Tenuta Reale, où Blanche est inhumée.

Blanche retourne ensuite dans la Tenuta Reale, héritée de sa mère, en Italie. Pendant ses dernières années, l'archiduchesse jouit d'une assez bonne santé. Elle vit confortablement à Viareggio, où elle meurt le , à l'âge de 81 ans. Elle est inhumée dans la chapelle du domaine, où reposent également sa mère, ses sœurs Elvire et Béatrice ainsi que son frère Jacques et d'autres membres de sa famille[N 17],[5],[58].

Titulature et décorations

Titulature officielle

Titulature de courtoisie

Les titres portés par les membres de la maison de Bourbon n'ont pas d'existence juridique sous la République française, et sont donc considérés comme des titres de courtoisie attribués par le chef de maison.

Décorations

Drapeau de l'Autriche Empire d'Autriche

Drapeau de l'Espagne Espagne

Drapeau du Royaume de Bavière Royaume de Bavière

Drapeau bulgare Principauté de Bulgarie

  • Récipiendaire de la médaille commémorative pour le mariage du prince Ferdinand Ier et de Marie-Louise (1893)[77].

Ascendance

Notes et références

Notes

  1. ↑ Il s'agit de Blanche de Castille (de la maison d'Ivrée), reine de France, mère de saint Louis, qui est parfois considérée comme sainte (Simbología iconográfica de los santos, p. 337) ou comme bienheureuse (paroisse Saint-Martin-de-Porres, à Hermosillo, au Mexique), sans toutefois avoir été canonisée ni béatifiée.
  2. ↑ Vocable de sainte Marie, en référence à son Immaculée Conception.
  3. ↑ Féminisation du patronage de saint François d'Assise.
  4. ↑ Son père, l'archiduc Charles-Salvator, est le second fils du grand-duc Léopold II de Toscane.
  5. ↑ Certains disent par inadvertance.
  6. ↑ Urbain Armand de Maillé [de La Tour Landry], né à Vernantes le et mort à Longué le .
  7. ↑ Blanche étant la fille du chef des Capétiens, plus ancienne maison royale d'Europe, elle se considère d'une naissance plus haute que certaines archiduchesses.
  8. ↑ Cendrillon devient ainsi Cenicienta en espagnol et Aschenbroedel en allemand, de même que Le Petit Chaperon rouge devient Caperucita Roja ou Rotkappchen, tandis que La Barbe bleue réapparaît sous les noms de Barba Azul ou Blaubart (Bertita Harding 1944, p. 358).
  9. ↑ Elle est surnommée Resi par la famille.
  10. ↑ Fille du duc Robert de Parme, lui-même frère cadet de la duchesse de Madrid, et de sa seconde épouse l'infante Antónia de Portugal.
  11. ↑ Futur roi des Bulgares de 1918 à 1943 sous le nom de Boris III, et par ailleurs, fils de la princesse Marie-Louise de Bourbon-Parme, elle-même cousine germaine de Blanche.
  12. ↑ L'archiduc Rainier, fils aîné de Léopold-Salvator et Blanche demeurent en Autriche après avoir renoncé à ses titres.
  13. ↑ Il s'agit du seul mariage des enfants de Léopold-Salvator et de Blanche à ne pas être morganatique.
  14. ↑ Parmi la famille royale de Roumanie : la reine Marie de Roumanie, le roi Carol II, le futur Michel Ier et le prince Nicolas. Parmi la famille royale de Yougoslavie : la reine Marie de Yougoslavie. Parmi la famille royale de Grèce : la reine Élisabeth de Grèce. Parmi la famille royale de Saxe : la princesse de Hohenzollern et la princesse Marie-Alix de Saxe. Parmi la famille impériale de Russie : la grande-duchesse Maria Kirillovna de Russie. Parmi la famille impériale d'Autriche : l'archiduc Léopold-Salvator, l'archiduchesse Blanche, l'archiduc Léopold, l'archiduc François-Joseph, l'archiduc Charles-Pie, l'archiduchesse Assunta. Parmi la maison de Hohenzollern : le prince de Hohenzollern, le prince François-Joseph de Hohenzollern. Parmi la maison de Leiningen : le prince héréditaire Frédéric Charles de Leiningen.
  15. ↑ Propriété de l'archiduc Antoine et de son épouse Ileana.
  16. ↑ Il s'agit d'un autre de ses pseudonymes avec « Mme Navarre » et « Señora Martínez ».
  17. ↑ Notamment sa fille Marie-Immaculée, sa nièce Marie-des-Neiges, ses oncles, le duc Robert de Parme et le comte de Bardi, ainsi que nombre de ses cousins et ancêtres.
  18. ↑ Ou Son Altesse Impériale et Royale l'archiduchesse Léopold-Salvator d'Autriche.
  19. ↑ Son père étant chef autoproclamé des ordres royaux espagnols, celui de la Reine Marie-Louise y est compris.

Références

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Bibliographie

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Articles connexes

Liens externes

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