Marguerite de Parme (1847-1893)
(it) Margherita di Borbone-Parma
Titres
Épouse du prétendant légitimiste au trône de France
–
(5 ans, 2 mois et 11 jours)
| Prédécesseur | Marie-Béatrice de Modène |
|---|---|
| Successeur | Marie-Berthe de Rohan |
Épouse du prétendant carliste au trône d'Espagne
–
(25 ans, 3 mois et 26 jours)
| Prédécesseur | Marie-Béatrice de Modène |
|---|---|
| Successeur | Marie-Berthe de Rohan |
| Titulature |
Duchesse de Madrid Princesse de Parme Princesse de Lucques Princesse de Bourbon |
|---|---|
| Dynastie | Maison bourbonienne de Parme |
| Nom de naissance | Margherita Maria Teresa Enrichetta di Parma |
| Naissance |
Lucques (Duché de Lucques) |
| Décès |
(à 46 ans) Viareggio (Royaume d'Italie) |
| Sépulture | Chapelle della Macchia |
| Père | Charles III, duc de Parme |
| Mère | Louise d’Artois, petite-fille de France |
| Conjoint | Charles de Bourbon, duc de Madrid |
| Enfants |
Blanche de Bourbon Jacques de Bourbon Elvire de Bourbon Béatrice de Bourbon Alice de Bourbon |
| Religion | Catholicisme romain |
Signature
Marguerite de Bourbon-Parme, (en italien : Margherita di Borbone, principessa di Parma et en espagnol : Margarita de Borbón-Parma), princesse de Parme et de Lucques, puis par son mariage, duchesse de Madrid et princesse de Bourbon, est née le à Lucques, dans le duché de Lucques (aujourd’hui en Italie) et morte le à Viareggio dans le royaume d’Italie. En épousant le prince capétien Charles de Bourbon (1848-1909) — plus tard, de 1887 à 1909, prétendant légitimiste au trône de France — la princesse Marguerite de Parme devient l'épouse du prétendant au trône d'Espagne et au trône de France.
Fille de Charles III duc de Parme, Plaisance et Guastalla et de Louise d’Artois, petite-fille de France, Marguerite appartient deux fois à la maison de Bourbon (par la branche parmesane et par la branche aînée directe). Lorsque le duché de Parme est annexé par le royaume de Sardaigne en 1859, la famille de Marguerite trouve refuge en Suisse. Après la décès de leur mère, Marguerite et le reste de sa fratrie sont élevés par leur oncle, le comte de Chambord, prétendant au trône de France. En 1867, la princesse épouse son cousin le prince Charles de Bourbon. Le couple devient dès l’année suivante « roi » et « reine » des Espagnes pour les carlistes.
Marguerite suit son époux dans ses activités politiques et participe à la troisième guerre carliste. Cependant, malgré la naissance de cinq enfants en 8 ans, le couple se sépare suite aux nombreuses infidélités de Charles. Marguerite s’installe alors en Italie à partir de 1882. L’année suivante, son oncle le comte de Chambord meurt, et son beau-père devient le nouveau prétendant légitimiste au trône de France. La princesse soutient fortement les « droits » de son beau-père puis de son époux. Marguerite s’investit beaucoup dans l’établissement de ses filles mais décède subitement en 1893.
Famille
Marguerite est la fille aînée et le premier enfant de Charles III (1823-1854), duc de Parme, et de Louise d'Artois (1819-1864). Par son père, elle est la petite-fille de Charles II, duc de Parme, auparavant roi d'Étrurie puis duc de Lucques sous le nom de « Charles-Louis » (1799-1883) et de la duchesse, née Marie-Thérèse de Savoie (1803-1879), tandis que, par sa mère, elle a pour grands-parents le duc de Berry, né Charles-Ferdinand d'Artois (1789-1834) et la duchesse, née Marie-Caroline de Bourbon-Siciles (1798-1870). Par sa sœur Alice et son frère Robert, Marguerite est la tante par alliance du premier roi des Bulgares, du dernier empereur d’Autriche-Hongrie, du dernier roi de Saxe, et de la grande-duchesse Charlotte de Luxembourg.
Le , elle épouse, au château de Frohsdorf en Autriche, le prince Charles de Bourbon (1848-1909), lui-même fils du prince Jean de Bourbon (1822-1887), et de l'archiduchesse Marie-Béatrice de Modène (1824-1906).
De cette union naissent cinq enfants :
- Blanche de Bourbon (1868-1949), princesse de Bourbon, qui épouse l’archiduc Léopold de Habsbourg-Toscane (1863-1931).
- Jacques de Bourbon (1870-1931), roi titulaire de France[N 1] et d'Espagne[N 2] (1909-1931).
- Elvire de Bourbon (1871-1929), princesse de Bourbon.
- Béatrice de Bourbon (1874-1961), princesse de Bourbon, qui épouse le prince Fabrizio Massimo, prince de Roviano (1868-1944).
- Alice de Bourbon (1876-1975), princesse de Bourbon, qui épouse, en premières noces, le prince Frédéric de Schönburg-Waldenburg (1870-1910) puis, en secondes noces, le général de cavalerie Lino del Prete (1877-1956).
À travers ses enfants, Marguerite possède actuellement une nombreuse descendance européenne, ses descendants s'unissant aux maisons royales et impériales d'Autriche, de Roumanie, de Wurtemberg, ou encore aux maisons princières de Schönburg-Waldenburg, Massimo et Wurmbrand-Stuppach (en).
Biographie
Princesse de Lucques puis de Parme
Enfance

Le , Marguerite voit le jour, au Palais Ducal de Lucques, résidence officielle de ses parents. Elle est la fille aînée du prince Ferdinand-Charles de Bourbon-Parme et de son épouse la princesse Louise d’Artois. La jeune princesse est baptisée en la chapelle palatine du Palais Ducal de Lucques par l’évêque de Massa — Francesco Strani (it) —, avec son oncle le comte de Chambord pour parrain et sa grand-tante, la dauphine de France pour marraine[1],[2],[3]. Elle porte les prénoms de sa lointaine aïeul la reine Marguerite de Provence, épouse de saint Louis (Louis IX), de sa marraine et de son parrain.
Lorsqu’elle voit le jour, son père n’est que l’héritier d’un minuscule duché italien, à cheval entre le duché de Parme et le grand-duché de Toscane. Appelé à devenir l’héritier en second de l’impératrice Marie-Louise (régnant sur Parme depuis 1815), le prince héréditaire de Lucques mène une vie oisive avec son épouse[4]. Ainsi, à la suite du Congrès de Vienne, le duché de Parme est attribué en viager à l’épouse de Napoléon Ier. A sa mort, le trône est censé revenir à ses héritiers légitimes, c’est-à-dire au grand-père puis au père de Marguerite[5].
Cependant, moins d’un an après la naissance de Marguerite, au mois de , l’impératrice Marie-Louise s’éteint, laissant ainsi le trône au grand-père de la petite Marguerite[5]. La situation politique du duché est complexe. En effet, le baron Philipp von Neumann, conseiller de l'empereur, mandaté de Vienne à Parme, rapporte à Metternich qu'à la mort de la duchesse, les libéraux auraient tenté une insurrection. Le comte Cantelli, podestat de Parme, est destitué car il a cherché à créer un gouvernement provisoire avant l'arrivée du nouveau duc[4]. Le , Bombelles annonce à Metternich l'arrivée incognito du nouveau duc, qui délaisse son nom de « Charles-Louis » au profit de celui de Charles II, accompagné de son fils. Malgré l’arrivée du nouveau souverain, un climat de suspicion et de méfiance se créer à Parme. En effet, le duc promet à Vienne de s'opposer aux libéraux et à ceux-ci une constitution qu'il n'accorde finalement pas[4].
Au début de l'année 1848, alors que Marguerite n’a qu’un an, la nouvelle d'une insurrection à Milan enflamme Parme, et la révolte éclate le . Les habitants se rassemblent en armes et avec des cocardes tricolores[N 3]. Un coup de feu déclenche l'insurrection qui provoque des morts et des blessés. Le prince héréditaire entame une action répressive tandis que son père, inquiet des proportions que prend la rébellion, ordonne le cessez-le-feu et en appelle « aux bons citoyens afin d'attendre les bonnes résolutions de leur Père et Souverain[6] », promettant une constitution[4],[7].
Cependant, en , la nouvelle de l'insurrection à Milan enflamme Parme. Les habitants se rassemblent en armes avec des cocardes tricolores[N 3]. Un coup de feu déclenche l'insurrection le . Cette révolte populaire contraint Charles II à repousser le traité d'alliance défensif avec l'Autriche et à s'allier avec Léopold II de Toscane, Pie IX et Charles-Albert de Sardaigne, qui sont alors engagés dans la première guerre d'indépendance italienne.
Durant cette période, la mère de Marguerite, enceinte de son second enfant, s'est enfuie à Florence où elle accouche d'un héritier, prénommé Robert. Retournée à Parme, la princesse se retrouve bientôt complètement seule avec ses deux enfants dans le Palais ducal, abandonnée par la famille de son époux[N 4],[2]. Apeurée par l'abdication de son beau-père et l'emprisonnement à Crémone de son époux[N 5], la mère de Marguerite décide de s'embarquer pour Malte où un navire britannique vient l'emmener, elle et ses enfants, vers l’Angleterre[4]. Là, le gouverneur et l'amiral Parker firent un très bon accueil à la duchesse héréditaire puis, après quelques jours « de repos », la famille est emmenée à Londres où elle est reçue par la reine Victoria. Se prenant d'une profonde amitié pour Louise, la souveraine britannique la voit presque tous les jours[4]. Marguerite est décrite à cette époque, par Sarah Lyttelton dans son sa correspondance[8] :
« La princesse Marguerite de Parme (ce prénom ne sonne-t-il pas comme un nom du Moyen Âge ?) âgée de vingt et un mois (…), est une princesse laide, tout comme son horrible papa, mais une gentille enfant, et très affectueuse avec son hôtesse (la princesse Helena), qui n'a fait que l'embrasser et la serrer dans ses bras. »
Ainsi, Marguerite joue régulièrement avec les enfants de la souveraine britannique et notamment avec les princesses Helena et Louise, respectivement âgée de deux et un ans[2],[4],[8]. En souvenir de ce passage, le duc Charles III fera envoyer à la reine Victoria une sculpture en marbre de Carrare représentant Marguerite et son frère Robert, l’œuvre sera conservée à Obsorne House[9].
Lorsque le grand-père de Marguerite abdique, le nouveau duc est retenu de force par le roi de Sardaigne et la duchesse Louise vit à Londres avec ses enfants. Rapidement rejoint par Charles III, la famille s’agrandit en 1849 lorsque la princesse Alice voit le jour à Parme, où le couple ducal est finalement rentré au début de cette même année. Enfin, en 1851, la duchesse retombe enceinte pour la quatrième et dernière fois et donne naissance à un second fils prénommé Henri en l'honneur de son oncle et parrain le comte de Chambord[10].
L’année suivante, en , la reine Isabelle II d'Espagne, cousine germaine de la duchesse Louise, cherchant à se faire reconnaître comme reine par le duc de Parme, lui offrit le titre d'infant d'Espagne. L'année suivante, la reine visita Parme et rencontra la famille ducale. Dès lors, la reine envoya à ses « neveux et nièces »[N 6] des cadeaux et cartes diverses[11].
Mort de son père et régence de sa mère

Le 1854, alors que Marguerite n’a que 8 ans, son père est poignardé par Antonio Carra. La duchesse Louise annonce la mort de son époux et proclame son fils Robert Ier nouveau souverain de 5 ans, elle-même assurant la régence. La nouvelle régente choisit alors de mener une politique d’apaisement, très en contraste avec la politique réactionnaire du défunt duc. Très appréciée par la population qui la surnomme « la Bella, la Docta, la Santa francese »[12], la duchesse met en place une campagne d’assainissement, autant hygiénique que budgétaire. Marguerite grandit donc sous la surveillance de sa gouvernante, Madame Réaux de Richebois dans une relative insouciance, ballottée entre les organisations de charité et la vie princière[4].
Risorgimento et exil
Cependant en 1859, alors que Marguerite n’a que 12 ans, le Risorgimento se réalise et sa famille est poussée à l’exil. Son frère le duc Robert est alors destitué et le duché de Parme réuni au Royaume de Piémont-Sardaigne. La famille ducale part donc vers la Suisse[12]. Là-bas, la vie reprend son cours et la famille ne tarde pas à déménager à Venise, alors possession autrichienne. Durant ces années là, de 1859 à 1864, Marguerite et ses frères et sa sœur passent leurs vacances au château de Frohsdorf, résidence de leur oncle, où au château de Brunsee, résidence de leur grand-mère maternelle la duchesse de Berry[13].
Le , Marguerite qui est âgée de tout juste 17 ans, perd sa mère qui est emportée par la fièvre typhoïde. Confiée aux soins du comte et de la comtesse de Chambord, leur oncle et tante, la fratrie part donc s’installer au château de Frohsdorf. Marguerite et ses frères et sœur sont élevés dans l’amour de la France, en tant que princes français. Ainsi, quelques années plus tard, lorsque l’impératrice Zita demandera à son père le duc de Parme (frère cadet de Marguerite) de quelle nationalité ils étaient, le duc répondit « Nous sommes des princes français qui ont régné en Italie. »[14]. Malgré l’exil, Marguerite et sa fratrie resteront proche des familles royales espagnoles et britanniques[15] comme le montre le choix de la reine Isabelle II de choisir pour sa fille Eulalie, Robert et Marguerite pour parrain et marraine.
Fiançailles et mariage
Un mariage d’amour

Marguerite rencontre régulièrement à Frohsdorf un prince dont elle tombe rapidement amoureux. L’infant Charles, neveu de la comtesse de Chambord et héritier du carlisme est un colosse d'un mètre quatre-vingt-cinq[16]. Envisager une union entre les deux jeunes gens correspond parfaitement aux idéaux de la comtesse de Chambord et de sa sœur, en effet les deux princesses sont très pieuses et très réactionnaires[N 7].
Cependant, cette union n’est pas du goût de la « tante » de Marguerite, la reine Isabelle II. En effet le père de Charles prétend ouvertement à la couronne d’Espagne, une chose que la reine ne peut supporter. Cependant, et au contraire d’autres princesses ou princes ayant choisi le camp carliste, Marguerite ne se voit pas retirer le titre d’infante d’Espagne et l’ordre de la reine Marie-Louise[10]. Le comte de Chambord, oncle et tuteur de Marguerite, s’oppose également à l’union, avant d’accepter en [17].
Malgré tout, Charles et Marguerite se fiancent au début de l’année 1866 au château de Frohsdorf. Ils s’unissent finalement le en la chapelle palatiale du château de Frohsdorf. Le mariage auquel assiste l'empereur François-Joseph d'Autriche et l'ex-roi Georges V de Hanovre est digne de celui d'un futur couple royal[18]. Les trois grands-parents de Marguerite encore en vie y participe également, de même que les membres de la famille de Charles[11]. Les témoins des mariés sont l’oncle de Charles, l’ancien duc François V de Modène ainsi que le frère de Marguerite, Robert[19].
Duchesse de Madrid
Troisième guerre carliste

Le père de Charles, Jean de Bourbon, héritier de la dynastie carliste, reconnut Isabelle II comme reine légitime d’Espagne, mais sa belle-mère Marie-Thérèse de Portugal protesta contre cette décision et publia en 1864 une Lettre aux Espagnols dans laquelle elle proclamait le fils de Jean, qui serait Charles VII pour les carlistes, l’héritier légitime des droits de la lignée carliste. La mère de Charles VII et épouse de Jean refusa dans un premier temps de soutenir cette idée, mais céda finalement devant les prétentions de son fils[20], qui commença à recevoir la visite de personnages carlistes importants (Marichalar, Algarra, Tristany, Mergeliza, etc.) et publia peu après un manifeste dans La Esperanza. Lors d’un entretien avec Vicente de la Hoz furent étudiés les moyens de réorganiser le parti carliste[21]. Marguerite devint donc duchesse de Madrid. De ce fait, la princesse devint (pour les carlistes) la nouvelle reine d’Espagne. Cependant bien que l’Espagne ait renversé la reine Isabelle II, les Bourbons de la branche aînée y sont toujours interdits d’accès. Alors le duc et la duchesse partent s’installer à Paris où Marguerite fait la connaissance de la reine déchue et de son époux. Là, les deux femmes deviendront amies et se fréquenteront très régulièrement[22]. Le , Marguerite donne naissance à son premier enfant, la princesse Blanche. Suivent ensuite le prince Jacques en 1870 puis les princesses Elvire en 1871, Béatrice en 1874 et Alice en 1876.
Voyant s'éloigner la possibilité de la restauration bourbonienne, dans chacune de ses deux branches, l’époux de Marguerite déclenche en 1872 la troisième guerre carliste, d'abord contre le roi Amédée, puis contre la Première République espagnole, proclamée en 1873 après l'abdication du roi, puis finalement contre Alphonse XII, fils d'Isabelle II, proclamé roi en 1874[N 8].
Le , Charles franchit la frontière espagnole depuis la France et pénètre en Navarre par la Venta de Laputsagarra. L'accueil que lui réservent ses partisans revêt l'allure de celui qu'on doit à un chef d'État, ce qui lui permet d’obtenir le titre de roi et d’être reconnu par le Nord du pays comme le souverain légitime sous le nom de Charles VII. Marguerite, installée à Pau, se dévoue pour créer les services sanitaires de l'armée carliste[16]. C’est à cet effet que son époux créa en son honneur l’ordre de la Charité en 1874[23]. L’ordre était destiné à récompenser tous les militaires ayant pris part à la troisième guerre carliste.
Échec et retour en exil
La défaite militaire de 1876 affaiblit considérablement son potentiel mais ne signifia pas sa désapparition. En , l’ex-roi Charles VII publia à Pau un manifeste dans lequel il persistait dans son attitude combattive, à l’issue duquel il dut quitter la France. Il passa par l’Angleterre et réalisa plusieurs voyages en Amérique, en Europe, en Afrique et en Asie.
Après s’être réconciliés avec la reine Isabelle II d’Espagne[N 9], Charles et Marguerite fréquentent régulièrement la souveraine, le couple est leurs enfants fêtent ainsi les noëls 1877, 1878, 1879, 1880 et 1881 en compagnie de l’ancienne souveraine au Palais de Castille. En 1878, le couple princier se retrouve aux côtés du prince de Galles et du Shah de Perse lors des festivités donnés à Paris pour les noces du roi Alphonse XII avec l’archiduchesse Marie-Christine d’Autriche[3].
Le , le duc de Madrid et sa famille assistaient à la messe de la Saint-Henri, fête patronale de son oncle maternel le comte de Chambord (prétendant légitimiste au trône de France, dont la sœur Louise était la mère de la duchesse de Madrid). Le retentissement donné à cet événement — à l'occasion duquel Charles de Bourbon, alors prétendant carliste au trône d'Espagne[N 10], est acclamé par des saint-cyriens[N 11],[24] de leur école militaire (par décision ministérielle du général Farre, ministre de la Guerre). — vaut au prince d'être expulsé du territoire de la République, par arrêté[N 12],[N 13]. d'Ernest Constans, ministre de l'Intérieur et des Cultes (et de son sous-secrétaire d'État, Armand Fallières, futur président de la République), « considérant que la présence de l’étranger susdésigné [« don Carlos, duc de Madrid »] sur le territoire français [était] de nature à compromettre la sûreté publique ».
Suite à ses événements, le duc s’installa finalement à Venise au Palazzo Loredan dell'Ambasciatore que sa mère lui offrit en 1881. Au cours de cette période il réorganisa son parti et chargea de nouveau sa direction à Cándido Nocedal, qu’il désigna comme son délégué une fois la guerre terminée[25]. Malgré cela, Marguerite décide de s’installer à la Tenuta Reale, héritée de son grand-père le duc Charles II. La séparation du couple princier est alors nette.
En 1883, son oncle le comte de Chambord rend l’âme. Au cours des obsèques, un conflit éclate lorsque le comte de Paris se déclare son successeur. Les Bourbon-Parme ne le reconnaissent pas (de même que la comtesse de Chambord), et préfère se tourner vers le comte de Montizón, beau-père de Marguerite et nouvel aîné des Capétiens légitimes[3],[26]. Ainsi, un tournant du légitimisme s’opère en 1883 à la mort du prétendant Henri V : une partie des légitimistes souhaitent suivre la branche cadette d'Orléans quand une minorité, au regard des lois fondamentales et des principes de dévolution de la Couronne préfèrent suivre la branche bourbonienne d’Anjou, nouvelle branche aînée de la dynastie capétienne. Le beau-père de Marguerite, le comte de Montizón — Jean III — devient le prétendant légitimiste à partir de 1883.
Fin de vie et mort

Marguerite devient reine titulaire de France et de Navarre en 1887 lorsque son beau-père meurt.
En 1889, sa fille aînée Blanche souhaite épouser l’archiduc Léopold-Salvator qu’elle aime depuis longtemps. L’empereur François-Joseph donne son accord et les noces ont lieu, même si la reine-régente d’Espagne Marie-Christine, née archiduchesse d’Autriche, montre son mécontentement. Cependant et pour la ménager, l’empereur refuse à la seconde fille de Marguerite, Elvire, de pouvoir s’unir avec le grand-duc héritier de Toscane. Ainsi Marguerite dit à la marquise de Villadarias « Quel monde si mauvais, plein de petitesses et de misères. Je crois bien que Christine a fait tout ce qu’elle a pu pour saboter le mariage de Blanche. Mon Dieu ! Elle est à notre place et l’ignore…Ne peut-elle pas nous laisser le bonheur de nos enfants ? Dieu le sait et tu le sais aussi, que si ce n’était par amour pour Charles, je ne lui envierais pas le trône. En ces temps le métier de roi est sûrement plus à craindre que tout autre. »[12]
Celle qui étais surnommée « tante Meg »[27] finit par rendre l’âme le , à l’âge de quarante-six ans. Veuf, Charles se remariera à Berthe de Rohan. Elle est inhumée dans la chapelle de son domaine de Viareggio. Quelques mois plus tard, sa nièce Marie-Louise de Parme épousera le prince souverain de Bulgarie, Orléans par sa mère[N 14].
La reine Victoria se souviendra brièvement de Marguerite dans une lettre qu’elle enverra le à sa « future nièce »[N 15],[28] ː
« Ma chère future nièce. Ta très gentille lettre, écrite dans un très joli anglais m’a beaucoup fait plaisir, et je t’en remercie pour cela, de même que pour tes photographies. J’ai bien connu tes grands-parents, et ton père lorsqu’il était ici avec eux, bébé, ainsi que ta pauvre tante, dont la nouvelle du décès m’a fait de la peine. »
Titulature et honneurs
Titulature
Officielle
- 1 janvier 1847 - 4 février 1867 : Son Altesse Royale la princesse Marguerite de Bourbon, princesse de Parme.
Titulature de courtoisie
- 4 février 1867 - 3 octobre 1868 : Son Altesse Royale la princesse Marguerite de Bourbon, comtesse d’Alcarria[N 16].
- de jure princesse des Asturies ;
- 3 octobre 1868 - 18 novembre 1887 : Son Altesse Royale Madame la duchesse de Madrid.
- de jure Reine des Espagnes ;
- 18 novembre 1887 - 29 janvier 1893 : Son Altesse Royale Madame la duchesse de Madrid et d'Anjou[29].
- de jure Reine de France, de Navarre et d’Espagne.
Honneurs
Marguerite de Bourbon-Parme est[30]:
Dame de l'ordre de la Reine Marie-Louise (
Royaume d'Espagne, ) ;
Dame noble de l'ordre de la Croix étoilée (
Empire d'Autriche)[31] ;
Dame d'honneur de l'ordre de Thérèse (
Royaume de Bavière).
Hommages
Le livre Meditazioni intorno l'eucaristia de François de la Bouillerie, évêque de Carcassonne, publié en 1858 lui est dédié[32].
Ascendance
32. Philippe Ier de Parme | |||||||||||||||||||
33. Élisabeth de France | |||||||||||||||||||
8. Louis Ier d’Étrurie, roi d’Étrurie | |||||||||||||||||||
4. Charles II de Parme, duc de Parme |
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36. Charles III d'Espagne | |||||||||||||||||||
9. Marie-Louise d’Espagne, infante d’Espagne | |||||||||||||||||||
38. = 32 | |||||||||||||||||||
39. = 33 | |||||||||||||||||||
2. Charles III de Parme, duc de Parme | |||||||||||||||||||
10. Victor-Emmanuel Ier de Sardaigne, roi de Sardaigne | |||||||||||||||||||
5. Marie-Thérèse de Savoie, princesse royale de Sardaigne | |||||||||||||||||||
44. =34 | |||||||||||||||||||
45. =35 | |||||||||||||||||||
11. Marie-Thérèse d’Autriche, archiduchesse d’Autriche et princesse de Modène | |||||||||||||||||||
1. Marguerite de Bourbon-Parme | |||||||||||||||||||
24. Louis de France | |||||||||||||||||||
12. Charles X, roi de France et de Navarre | |||||||||||||||||||
6. Charles-Ferdinand d’Artois, duc de Berry | |||||||||||||||||||
26. = 20 | |||||||||||||||||||
13. Marie-Thérèse de Savoie, princesse royale de Sardaigne | |||||||||||||||||||
27. = 21 | |||||||||||||||||||
3. Louise d’Artois, petite-fille de France |
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56. = 36 | |||||||||||||||||||
57. = 37 | |||||||||||||||||||
14. François Ier des Deux-Siciles, roi des Deux-Siciles | |||||||||||||||||||
58. = 34 | |||||||||||||||||||
59. = 35 | |||||||||||||||||||
7. Caroline de Naples et de Sicile, princesse royale de Sicile | |||||||||||||||||||
60. = 34 | |||||||||||||||||||
61. = 35 | |||||||||||||||||||
15. Marie-Clémentine d’Autriche, archiduchesse d’Autriche | |||||||||||||||||||
62. = 36 | |||||||||||||||||||
63. = 37 | |||||||||||||||||||
Notes et références
Notes
- ↑ Pour les légitimistes français, Jacques devient Roi de France et de Navarre au décès de son père le .
- ↑ Pour les carlistes espagnols, "Jaime" devient roi des Espagnes au décès de son père le .
- Verte, blanche et rouge, couleur de l’unité italienne.
- ↑ Le duc Charles se réfugie à Weistropp, en Saxe le 8 avril, puis son épouse quitte Parme pour Modène tandis que le prince héréditaire est prisonnier à Crémone.
- ↑ Le prince héritier, que son père a nommé major général, a fui pour se rendre auprès de Charles-Albert (roi de Sardaigne), mais celui-ci le fait emprisonner à Crémone et le retient pendant plusieurs mois à Milan.
- ↑ C’est ainsi qu’Isabelle surnomme les princes de Parme.
- ↑ Ainsi, la comtesse de Montizón préférera se séparer de son époux plutôt que de renoncer à faire éduquer ses fils par des jésuites.
- ↑ D’abord soutenue par la reine Isabelle II, la troisième guerre carliste se voit abandonnée par cette dernière après 1874.
- ↑ Dont Marguerite est proche depuis l’enfance.
- ↑ Depuis l'abdication en sa faveur, en 1868, de son père, le comte de Montizón, précédent prétendant carliste. Charles de Bourbon deviendra également prétendant légitimiste au trône de France à la mort de son père en 1887. Son fils puis son frère assumeront eux aussi, jusqu'en 1936, cette double revendication dynastique, qui sera reprise ensuite par la nouvelle branche aînée des Bourbons, issue de François de Paule de Bourbon, oncle cadet du comte de Montizón.
- ↑ Ce qui vaut à une trentaine de ces saint-cyriens d'être exclus. Jean Boÿ, « Historique de la 65e promotion de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr (1880-1882), promotion des Kroumirs », sur www.saint-cyr.org, La Saint-Cyrienne, association amicale des élèves et anciens élèves de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr, (consulté le ).
- ↑ « Ministère de l’Intérieur – Division de la sûreté générale – 2e bureau – Police des étrangers – Expulsion
[...]
« Le ministre de l’intérieur pourra, par mesure de police, enjoindre à tout étranger voyageant en France, de sortir immédiatement du territoire français et le faire conduire à la frontière »
[...]
Vu les renseignements contenus dans le rapport de M. le préfet de police, en date du 15 juillet 1881, sur don Carlos, duc de Madrid ;
Considérant que la présence de l’étranger susdésigné sur le territoire français est de nature à compromettre la sûreté publique,
Arrête :
Article Ier. Il est enjoint au sieur don Carlos, duc de Madrid ;
De sortir du territoire français.
[...]
Paris le 16 juillet 1881 ». « Nouvelles du jour », Le Temps, No 7392, 19 juillet 1881, p. 2-3, lire en ligne - ↑ Jules Brémond, dans Le Figaro du 18 juillet 1881, se livre à des hypothèses sur le motif de cette expulsion : « Ce décret ne donne [...] aucun motif à la mesure prise par le gouvernement. Toutes les suppositions sont donc permises. Nous savons très bien que dans les cercles gouvernementaux on essayera — on essaye déjà — de faire croire que l’expulsion de don Carlos est due à son attitude pendant la messe à l’occasion de la fête de Mgr le comte de Chambord. Mais ce motif n’est pas le vrai. La messe légitimiste de Saint-Germain des Près n’a d’ailleurs provoqué aucune manifestation, et l’attitude de don Carlos, aussi bien à l’église qu’à la sortie, a été absolument digne et correcte. Il faut chercher ailleurs la vraie raison du décret d’expulsion que vient de signer M. Constans. Il faut la chercher d’abord, croyons-nous, dans le désir du gouvernement français d’être agréable au gouvernement espagnol, avec lequel nos rapports sont assez tendus en ce moment. L’expulsion de don Carlos servirait de prétexte à un rapprochement. » Et dans la presse morlaisienne, Henri des Houx croit pouvoir affirmer que : {{Citation|Mgr le duc de Madrid [...] n'est pas un prétendant français, et sa présence à la Chapelle expiatoire ou à Saint-Germain-des-Prés ne pouvait inquiéter la République. Non, ce n'est pas cela. Mgr le duc de Madrid est chassé, parce le gouvernemen. de la République française a peur du gouvernement espagnol. L'expulsion de S.M. don Carlos : article d'Henri des Houx dans le journal morlaisien Ar Wirionez (La Vérité) du .
- ↑ La princesse Clémentine d’Orléans, fille de Louis-Philippe Ier.
- ↑ La princesse Marie-Louise de Bourbon-Parme, nièce de Marguerite et épouse du prince Ferdinand de Bulgarie, « neveu » de la reine Victoria.
- ↑ Il s'agit d'un titre de courtoisie porté par Charles de Bourbon jusqu'à l'adoption du titre de duc de Madrid le .
Références
- ↑ Ana de Sagrera 1969, p. 77.
- Louis Gabriel MICHAUD, Louise Marie Thérèse de Bourbon, Duchesse de Parme et de Plaisance, fille de l'infortuné Duc de Berri, (lire en ligne)
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Bibliographie
Sur Marguerite et les Bourbons
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- (es) Jaime del Burgo, Carlos VII y su tiempo : leyenda y realidad, Fundación Hernando de Larramendi, , 396 p.

- (es) Manuel Polo y Peyrolón, D. Carlos de Borbón y de Austria-Este : su vida, su carácter y su muerte (bosquejo crítico-biográfico documentado), Valence, Tipografía Moderna, , 252 p. (OCLC 928710919, lire en ligne).

- (es) Francisco Martín Melgar, Veinte años con don Carlos : memorias de su secretario, el conde de Melgar, Espasa-Calpe, s. a., , 226 p. (lire en ligne).

- Dominique Sabourdin-Perrin, Louise d’Artois : Princesse européenne, Salvator, , 248 p. (ISBN 978-2-7067-2858-7).

Généalogie dynastique
- Domingos de Araújo Affonso, Le sang de Louis XIV, vol. 1, Paris, Livraria Cruz, , 517 p.

- Nicolas Énache, La descendance de Marie-Thérèse de Habsburg, Paris, Éditions L'intermédiaire des chercheurs et curieux, , 795 p. (ISBN 978-2-908003-04-8).

Voir aussi
Articles connexes
- Légitimisme
- Liste des prétendants au trône de France depuis 1792
- Épouse du prétendant légitimiste au trône de France
Liens externes
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