C. E. M. Joad

C. E. M. Joad
Joad en 1944
Biographie
Naissance
Décès
(à 61 ans)
East Heath Road (d)
Sépulture
St John-at-Hampstead (en)
Nom de naissance
Cyril Edwin Mitchinson Joad
Nationalités
britannique (jusqu'au )
britannique
Formation
Balliol College
Dragon School
Blundell's School (en)
Activités
Autres informations
A travaillé pour

Cyril Edwin Mitchinson Joad, à Durham et mort le à Londres, est un philosophe, écrivain, enseignant et animateur radio britannique[1].

Il accède à une certaine notoriété publique par sa participation à l’émission radiophonique BBC The Brains Trust, programme de débats diffusé durant la Seconde Guerre mondiale[1]. Grâce à une expression particulièrement diserte et à des dispositions pédagogiques reconnues, il concourt à la diffusion vulgarisée de la philosophie auprès d’un vaste auditoire, jusqu’à s’imposer comme une figure intellectuelle largement identifiée dans l’espace public de son temps. Sa réputation connaît néanmoins une altération notable en 1948, lorsqu’il se trouve impliqué dans une affaire d’escroquerie relative à un titre de transport ferroviaire[2].

Biographie

Enfance et formation

Cyril Edwin Mitchinson Joad naît à Durham au sein d’un foyer composé de ses seuls parents, Edwin Joad et Mary Joad, née Smith. En 1892, la nomination de son père à la fonction d’inspecteur scolaire entraîne le déplacement du ménage vers Southampton. Joad y reçoit une éducation chrétienne marquée par une discipline austère et un rigorisme de caractère quasi ascétique. Sa scolarisation débute précocement en 1896, alors qu’il est âgé de cinq ans. Il fréquente d’abord l’Oxford Preparatory School — établissement ultérieurement renommé Dragon School — où il demeure jusqu’en 1906. Il poursuit ensuite sa formation à la Blundell’s School, située à Tiverton, dans le comté du Devon, qu’il intègre jusqu’en 1910.

Balliol College

En 1910, Joad est admis au Balliol College, où il perfectionne conjointement sa formation philosophique et ses dispositions dialectiques[1]. Dès 1912, il se signale aussi bien par ses performances athlétiques que par son implication assidue au sein des débats de l’Oxford Union. Dans le même temps, il adhère à des conceptions syndicalistes et se rallie successivement au socialisme de guilde puis au courant fabien. En 1913, la lecture du New Statesman, revue récemment instituée, le met en contact avec la pensée de George Bernard Shaw ; cette découverte contribue à approfondir sa spéculation intellectuelle et constitue l’un des linéaments de son itinéraire universitaire et radiophonique ultérieur. À l’issue de son cursus au Balliol College, il obtient avec mention une First Class en Literae Humaniores — comprenant les modérations honorifiques en 1912 — puis une seconde distinction en Greats, discipline regroupant la philosophie et l’histoire de l’Antiquité, en 1914. La même année, il se voit également attribuer la bourse John Locke en philosophie de l’esprit. Cet ensemble de succès universitaires favorise par la suite son accession à la haute administration britannique[3].

Fonction publique

Joad entre au sein de la commission du commerce en 1914, à l’issue d’une participation à une université d’été organisée par la Fabian Society. Il entend alors concourir à l’imprégnation de l’administration britannique par les principes doctrinaux du socialisme fabien. Au cours de cette période, il côtoie plusieurs figures du mouvement, parmi lesquelles Agnes Harben et son époux. Il rapporte ultérieurement avoir rencontré des militantes suffragistes en convalescence à la suite de grèves de la faim, lesquelles sont alors accueillies au sein de la « communauté du comté »[4]. Affecté au Labour Exchanges Department de la commission du commerce — administration intégrée au Ministry of Labour lors de la réorganisation de 1916 —, il y exerce ses fonctions jusqu’à cette refonte institutionnelle. À l’orée de la Première Guerre mondiale, il manifeste un pacifisme intransigeant qui suscite de vives controverses dans un contexte marqué par l’exaltation patriotique. À l’instar de George Bernard Shaw et de Bertrand Russell, il s’expose à l’hostilité d’une partie de l’opinion, alors que se multiplient les injonctions publiques à l’enrôlement militaire.

Années 1930-1940

Joad avec les mains derrière le dos sur le Brocken en juin 1932

Dans les premières décennies de son existence, Joad manifeste une adhésion marquée aux doctrines visant au démantèlement de l’ordre capitaliste. En 1925, la Fabian Society prononce son exclusion à la suite d’un comportement jugé inconvenant lors de son université d’été ; sa réadmission n’intervient qu’en 1943. Déçu par l’orientation du Parti travailliste alors au pouvoir, il accepte, en 1931, les fonctions de directeur de la propagande au sein du New Party. Il s’en désolidarise néanmoins lorsque s’y affirment les inclinations profascistes d’Oswald Mosley, démarche à laquelle s’associe également John Strachey. Par la suite, tout en dénonçant avec constance l’idéologie nazie, il maintient son hostilité au militarisme et apporte son concours à diverses organisations pacifistes, notamment le mouvement No More War et la Peace Pledge Union.

Alors qu’il enseigne au sein de Birkbeck College, Cyril Joad occupe une position prépondérante lors du débat dit « King and Country », organisé le 9 février 1933 à l’Oxford Union. La motion, élaborée par David Graham, énonce que « cette assemblée ne combattra en aucune circonstance pour son roi et sa patrie ». Cette controverse oratoire acquiert rétrospectivement une valeur symptomatique, tant de l’état d’esprit d’une partie des étudiants oxoniens que du climat géopolitique européen du moment, Adolf Hitler ayant accédé à la chancellerie allemande dix jours auparavant. Joad intervient comme principal contradicteur en faveur de la motion, laquelle est adoptée par deux cent soixante-quinze suffrages contre cent cinquante-trois. Son allocution est alors tenue pour méthodique, solidement charpentée et particulièrement persuasive ; plusieurs observateurs y voient même le facteur déterminant de l’issue du scrutin. Sa participation à cette joute dialectique contribue à l’accréditer publiquement comme partisan d’un pacifisme intégral. Il prend également part aux activités du National Peace Council, organisme qu’il préside entre 1937 et 1938.

C. E. M. Joad s'illustre par une propension marquée à la polémique, revendiquant l'ascendant intellectuel de George Bernard Shaw et de H. G. Wells sur sa pensée. Il se montre particulièrement réfractaire aux courants doctrinaux de son temps, au premier rang desquels figurent le marxisme, le béhaviorisme et la psychanalyse[5]. Bien qu'une certaine exégèse l'assimile volontiers à un « Mencken britannique », les biographes Kunitz et Haycraft nuancent ce parallèle en soulignant l'antagonisme qui l'oppose au polémiste américain sur la majorité des enjeux conceptuels. En matière d'esthétique, Joad professe un platonisme indéfectible qui conditionne ses jugements critiques. Il perçoit dans les compositions de Debussy une influence délétère, susceptible d'étioler l'élan vital de l'auditeur. Il dénie au jazz et au swing toute appartenance au registre musicologique, les reléguant à de simples manifestations sonores. Sa réception de la poésie contemporaine est empreinte d'une semblable sévérité : il fustige l'hermétisme de Dylan Thomas, dont il juge les allusions inaccessibles à l'entendement, et voit dans le symbolisme un expédient destiné à pallier l'inanité du propos, citant à cet égard les écrits de Denton Welch. Enfin, il déplore l'absence de hiérarchisation morale et de système axiologique dans l'œuvre de Virginia Woolf, dont la lecture suscite chez lui une forme de neurasthénie intellectuelle[5].

Dans son autobiographie Under the Fifth Rib, Joad affirme que l’élément cardinal de son parcours universitaire réside dans son adhésion au socialisme, orientation doctrinale qui détermine durablement sa conception du monde. Il précise toutefois que cet engagement ne procède nullement d’une simple affectation estudiantine, malgré l’impression que pourraient susciter certains épisodes antérieurement évoqués. Il reconnaît volontiers que lui-même ainsi que ses condisciples socialistes se livrent fréquemment à des spéculations ampoulées et à des formulations d’une emphase parfois inconsidérée ; il admet également qu’ils manipulent les constructions théoriques avec une ferveur intellectuelle comparable à l’avidité ludique de l’enfance. Néanmoins, il souligne que ces exercices dialectiques s’accompagnent aussi d’un authentique effort de réflexion et d’un travail de conceptualisation soutenu.

Joad s’emploie à prémunir les campagnes anglaises contre les effets de l’exploitation industrielle, de l’urbanisation linéaire diffuse, de la prolifération des lignes électriques aériennes ainsi que d’un tourisme qu’il juge délétère pour les équilibres paysagers. Par le truchement d’articles et de missives de protestation, il conteste diverses orientations économiques destinées à accroître la prospérité et le prestige du Royaume-Uni, considérant que les bénéfices immédiats de telles politiques engendrent, à longue échéance, des désordres structurels durables. Il organise fréquemment des excursions pédestres à travers les espaces ruraux et parcourt la campagne avec une conduite réputée téméraire. Joad entretient également des liens avec les premiers cercles naturistes constitués en Angleterre[6],[7][8]. Il manifeste enfin un goût prononcé pour la vénerie.

Joad mène une activité intellectuelle d’une intensité soutenue : il dispense en moyenne neuf conférences par semaine et fait paraître deux volumes chaque année. Sollicité avec assiduité comme conférencier ou président de séance lors de controverses publiques et de discussions doctrinales, il occupe une place notable dans les cénacles intellectuels de son époque. En marge de ces occupations spéculatives, il pratique plusieurs disciplines athlétiques, notamment le tennis et le hockey, et cultive divers divertissements relevant de l’exercice de l’esprit, tels que le bridge, le jeu d’échecs et le piano mécanique. Reconnu pour sa faconde et la qualité de son entretien, il réunit fréquemment autour de lui diverses figures éminentes du monde intellectuel et mondain.

Dès le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Joad manifeste une vive réprobation face à l'érosion des libertés publiques, lui qui fut, dès 1934, l'un des vice-présidents fondateurs du National Council for Civil Liberties. Paradoxalement, il sollicite avec insistance son intégration auprès du ministère de l'Information afin de concourir à l'effort national. En janvier 1940, il rejoint l'émission de débat The Brains Trust sur le BBC Home Service ; le programme rencontre une audience fulgurante, captivant plusieurs millions d'auditeurs. Fort de cette tribune, Joad récuse son pacifisme initial pour se rallier à la cause belligérante du Royaume-Uni[9]. Toutefois, sans jamais réintégrer ses positions antérieures, il apporte son concours actif à la défense des objecteurs de conscience, publiant en 1944, sous l'égide du Central Board for Conscientious Objectors, un opuscule intitulé The Present Position of Conscientious Objection. Par la suite, il s'oppose à la pérennisation de la conscription en temps de paix, position qu'il consigne en 1947 dans la brochure The Rational Approach to Conscription.

Recherche psychique

Joad avec le chercheur psychique Harry Price dans un lit prétendument hanté

Joad manifeste un intérêt soutenu pour les phénomènes paranormaux et collabore avec Harry Price lors de plusieurs expéditions consacrées à la chasse aux revenants. Il adhère également au Ghost Club, dont Price assume ultérieurement la présidence. Il prend part à diverses investigations relevant de la recherche psychique et se rend notamment dans le massif du Harz Mountains afin d’assister Price dans la vérification d’une croyance associée au Bloksberg Tryst, selon laquelle une jeune femme réputée d’une parfaite pureté morale pourrait provoquer la métamorphose d’un bouc en prince séduisant ; l’expérience ne produit toutefois aucun résultat concluant[10]. En 1934, Joad accède à la présidence du Conseil d’investigation psychique de l’Université de Londres, comité officieux institué par Price pour succéder à son Laboratoire national de recherches psychiques. En 1939, plusieurs de ses publications consacrées à la parapsychologie font l’objet de vives critiques dans les Proceedings de la Society for Psychical Research. Il apparaît alors que Joad n’a pas assisté à certaines séances médiumniques dont il avait pourtant revendiqué la présence[11]. À la suite de cette controverse, Price suspend les activités du conseil.

Joad s’oppose au postulat spiritualiste de la médiumnité et prend part à des controverses avec le chercheur psychique Shaw Desmond au sujet du spiritisme. Il conteste simultanément l’hypothèse de l’immortalité de l’âme ainsi que celle de la communication avec les esprits, leur substituant une théorie dite des mindlets, selon laquelle un faisceau d’idées, anciennement tenu pour constituer l’esprit du défunt, est susceptible de subsister pendant une durée limitée après la mort. Au cours des dernières années de son existence, il publie plusieurs articles dans lesquels il examine la manière dont la perception extrasensorielle pourrait être intégrée à un cadre théologique chrétien.

The Brain Trust

Le rayonnement de Joad se déploie au sein de l’émission The Brains Trust, laquelle rassemble un cercle restreint de personnalités, parmi lesquelles figurent le commandant A. B. Campbell et le philosophe Julian Huxley. Le perfectionnement de ses modalités discursives, conjointement à un riche répertoire d’anecdotes et à un humour mesuré, contribue à l’accroissement progressif de sa visibilité auprès du grand public.

Le programme s’attache progressivement au traitement de questions complexes formulées par les auditeurs, lesquelles donnent lieu à des échanges approfondis entre les panélistes, qui en examinent les implications et en proposent des analyses d’ordre philosophique. Les interrogations abordées couvrent un large éventail, allant de problématiques métaphysiques telles que la signification de l’existence à des questionnements plus triviaux en apparence, comme les mécanismes permettant à une mouche de se poser au plafond en position inversée. Dans ce cadre, Joad s’impose comme l’une des figures centrales de l’émission, sa voix devenant l’une des plus diffusées à la radio britannique, au point de n’être surpassée en fréquence d’audience que par les bulletins d’information. Il inaugure très généralement ses réponses par la formule récurrente « Tout dépend de ce que vous entendez par… »[12], devenue caractéristique de son intervention. Bien que certaines franges conservatrices expriment des réserves et dénoncent une orientation jugée partisane, l’opinion publique lui reconnaît largement le statut de philosophe britannique majeur de son époque, contribuant à l’émergence d’une notoriété dépassant le seul cadre académique.

Ascension et chute

Du fait d’une notoriété désormais solidement établie, Joad est régulièrement sollicité pour prendre la parole lors d’allocutions postprandiales, procéder à l’inauguration de bazars caritatifs ou commerciaux, ainsi que pour participer à des campagnes de promotion du thé, situation qui s’accompagne d’une nette progression des ventes de ses ouvrages. Il se porte candidat sous l’étiquette du Parti travailliste à l’occasion d’une élection partielle tenue en novembre 1946 dans la circonscription des universités écossaises combinées, mais n’obtient pas de mandat.

Joad fait profession, par voie de presse, d'une propension au subterfuge envers les compagnies ferroviaires, affirmant frustrer régulièrement leurs droits[13]. Ce penchant connaît un dénouement judiciaire le 12 avril 1948 : Joad est appréhendé lors d'un trajet reliant la gare de Waterloo à celle d'Exeter sans titre de transport valide. Faute d'une exégèse convaincante de sa situation, il subit une condamnation pour escroquerie de transport et se voit infliger une amende de 2 livres sterling. La résonance médiatique de cette indélicatesse est immédiate : la presse nationale en fait ses gros titres, ce qui oblitère définitivement ses prétentions à la pairie et entraîne son éviction de la BBC. Cette opprobre publique altère durablement sa constitution physique, le contraignant à une alitement forcé dans sa demeure de Hampstead. Au crépuscule de son existence, il abjure son agnosticisme pour réintégrer le giron de l'Église anglicane, une palingénésie spirituelle qu'il consigne dans son ouvrage The Recovery of Belief, paru en 1952[1],[12].

Décès

Joad meurt d’un cancer d’évolution fulgurante, consécutif à une thrombose qui, survenue à la suite de son éviction de la BBC en 1948, le contraint à un alitement prolongé. Le décès intervient le 9 avril 1953 à son domicile, sis au 4 East Heath Road, dans le quartier de Hampstead à Londres, à l’âge de 61 ans. Sa dépouille est ensuite inhumée en l’église Saint John’s-at-Hampstead, dans la capitale britannique.

Vie privée

Mariage

En mai 1915, Joad s’unit nuptialement à Mary White, et le couple fait l’acquisition d’une demeure située à Westhumble, hameau jouxtant la ville de Dorking, dans le comté du Surrey. Cette localité, qui avait autrefois accueilli la romancière Fanny Burney, se trouve par ailleurs à proximité immédiate de la résidence de Beatrice Webb, cofondatrice de la Fabian Society. Dans le contexte de la Première Guerre mondiale, Joad se soustrait à la conscription en se retirant dans la région montagneuse de Snowdonia, au pays de Galles, zone de relief escarpé et de relative dissémination humaine. De cette union naissent trois enfants, avant que le mariage ne se défasse par voie de séparation en 1921. Il déclare ultérieurement que cette rupture aurait entraîné une inflexion notable de ses positions antérieures relatives au féminisme, le conduisant à adopter une conception hiérarchisée des rapports entre les sexes, dans laquelle il qualifie la femme d’« inférieure en esprit ».

Vie après la séparation

Après sa séparation, Joad s’établit à Hampstead, un quartier londonien, en compagnie de Marjorie Thomson, une étudiante devenant enseignante. Celle-ci inaugure une série de liaisons, chacune de ces femmes étant désignée sous l’appellation de « Madame Joad ». Il conceptualisait le désir charnel comme « une mouche bleue vrombissante qu’il convenait d’anéantir promptement, de peur qu’elle ne détournât un homme d’intelligence de ses visées plus élevées ». Ses écrits laissent transparaître une conviction selon laquelle l’entendement féminin était dépourvu d’objectivité, et il ne témoignait d’intérêt aux femmes qu’en l’absence de rapports intimes. Physiquement, Joad était de petite stature et d’embonpoint, avec un regard pétillant, des joues d’un rose fleuri, et une barbe hirsute et drues, donnant à sa physionomie un aspect singulier[14].

Les entretiens d’embauche se révélèrent particulièrement ardus pour Joad, en raison de sa désinvolture affichée. En 1930, il abandonna la fonction publique pour occuper le poste de chef du département de philosophie et de psychologie au Birkbeck College, relevant de l’Université de Londres. Ce département, alors modeste en taille, lui permit de déployer pleinement ses remarquables aptitudes pédagogiques. Il œuvra à la vulgarisation de la philosophie, ce qui contribua à ce que nombre de ses pairs commencent à le considérer avec sérieux. La publication de ses deux ouvrages majeurs, le Guide de la pensée moderne (1933) et le Guide de la philosophie (1936), acheva de le consacrer comme une figure intellectuelle reconnue de son temps.

Héritage

Joad s’inscrit parmi les figures intellectuelles britanniques les plus en vue de son époque, jouissant d’une notoriété considérable au point d’être fréquemment rapproché, de son vivant, de personnalités telles que George Bernard Shaw et Bertrand Russell. Il contribue à la diffusion de la philosophie auprès d’un public élargi, tant par la publication d’ouvrages que par des interventions orales destinées à la vulgarisation du discours philosophique. Toutefois, cette activité de médiation s’accompagne d’une forte réprobation dans une large partie du milieu académique spécialisé, où prédominent des positions critiques à son endroit, y compris chez Bertrand Russell. Dans le contexte intellectuel de Cambridge, Ludwig Wittgenstein formule, à l’occasion d’une séance au cours de laquelle Joad présente une communication contestant les orientations de la philosophie analytique alors en faveur dans cette université, une remarque demeurée célèbre, selon laquelle « un propriétaire de taudis s’opposerait naturellement à la démolition des taudis ».

Des citations de Joad apparaissent dans la monographie de Virginia Woolf, Trois Guinées . Par exemple :

Si c'est le cas, plus tôt elles renonceront à se mêler des affaires publiques et retourneront à la vie privée, mieux ce sera. Si elles ne peuvent pas faire de la Chambre des communes un emploi, qu'elles fassent au moins quelque chose de leur propre maison. Si elles ne peuvent apprendre à sauver les hommes de la destruction que l'incurable malice masculine promet de leur apporter, que les femmes apprennent au moins à les nourrir, avant qu'elles ne se détruisent elles-mêmes.

Le 24 janvier 1944, Joad intervient devant le Socratic Club, cercle de réflexion estudiantin de l’université d’Oxford, lors d’une conférence intitulée « On Being Reviewed by Christians ». Cette rencontre, qui rassemble un auditoire de plus de 250 étudiants, constitue une analepsie intellectuelle majeure pour le penseur. Ce moment de vacillation ontologique marque le prélude à une palingénésie spirituelle, Joad opérant alors une résipiscence qui le conduit à réadhérer au dogme chrétien de son enfance. Cet itinéraire vers la transubstantiation de ses convictions est consigné ultérieurement dans son opuscule The Recovery of Belief. Joad y souligne l’influence de C. S. Lewis, alors président dudit club, dont l'ouvrage The Abolition of Man agit comme un catalyseur sur sa propre réflexion.

Joad est également évoqué dans l’ouvrage Gamesmanship de Stephen Potter, où il apparaît comme partenaire lors d’une rencontre de tennis l’opposant à deux adversaires plus jeunes et manifestement mieux conditionnés physiquement, lesquels dominent alors les échanges avec une aisance notable. La situation se trouve cependant infléchie lorsque Joad interroge l’adversaire sur la validité d’une balle qui, de manière nettement perceptible, a atterri bien au-delà de la ligne de fond ; cet épisode, rapporté par Potter, constitue l’un des éléments déclencheurs de sa réflexion sur la notion de gamesmanship.

Publications sélectionnées

Joad a écrit, présenté ou édité plus de 100 livres, brochures, articles et essais, dont les suivants.

Livres

Articles et essais

  • « Le monisme à la lumière des développements récents de la philosophie », dans : Proceedings of the Aristotelian Society, NS 17 (1916–1917)
  • « L'idée du droit public », dans : L'idée du droit public, qui est l'un des quatre premiers essais primés dans chacune des trois divisions du concours de dissertation The Nation . Avec une introduction. par HH Asquith", Londres : George Allen et Unwin (1918), pp. 95–140
  • « Une philosophie réaliste de la vie », dans : Contemporary British Philosophy, Second Series, éd. JH Muirhead, Londres : George Allen & Unwin [Bibliothèque de philosophie Muirhead] (1925)
  • « La philosophie et Aldous Huxley », dans : The Realist, 1 : 4 (1929)
  • « Le plaidoyer pour la paix », dans : Le vingtième siècle, vol. 5, n° 39, ()
  • « La fin d'une époque », dans : New Statesman & Nation, Londres ()
  • « Le défi de la raison », dans : The Rationalist Annual, Londres : La Presse rationaliste (1935)
  • « Le retour du dogme », dans : The Rationalist Annual, Londres : La Presse rationaliste (1936)
  • « Sur la douleur, la mort et la bonté de Dieu », dans : The Rationalist Annual, Londres : La Presse rationaliste (1937)
  • « Sur l'éducation inutile », dans : The Rationalist Annual, Londres : La Presse rationaliste (1939)
  • « Principes de paix », dans : The Spectator, Londres ( ; réimpr. Articles de guerre : Le livre du spectateur de la Seconde Guerre mondiale, éd. F. Glass et P. Marsden-Smedley, Londres : Paladin Grafton Books, 1989, 119–22)
  • « Le visage de l'Angleterre », dans : Horizon, V, Londres ()
  • « La supériorité de l'homme sur les bêtes » : Liberté contre sécurité dans l'État moderne", dans : Liberté d'expression, éd. H. Ould, Londres : Hutchinson International Authors Ltd. (1944)
  • « Promenades à la campagne », dans : L'Angleterre est un jardin : Pas une cité-jardin, John Betjeman, éd. , Londres : Countrygoer Books [Countrygoer Books] (1944)
  • « Trente ans de voyages vers les lacs », dans : Countrygoer Book, éd. C. Moore, Londres : Countrygoer Books (1944)
  • « La vertu des examens », dans : New Statesman & Nation, Londres ( ; réponse aux objections, )
  • « Moins et mieux » [Population], dans : London Forum, I : 1, Londres (1946)
  • « Ne plus être rationaliste », dans : The Rationalist Annual, Londres : CA Watts & Co. (1946)
  • « Introduction », dans : J.C. Flugel, Population, Psychology, and Peace, Londres : Watts & Co. [La Bibliothèque du Penseur] (1947)
  • « Avant-propos », dans : Clare & Marshall Brown, Fell Walking from Wasdale, Londres : La Presse Sainte-Catherine (1948)
  • « Tournants », dans : The Saturday Book, éd. L. Russell, Londres : Hutchinson (1948)

Références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « C. E. M. Joad » (voir la liste des auteurs).
  1. (en) « C.E.M. Joad » Accès libre, sur Britannca, (consulté le )
  2. « C. E. M. Joad », Open University (consulté le )
  3. John Simkin, « C. E. M. Joad », Spartacus Educational, (consulté le )
  4. (en) « Henry Devenish Harben », Spartacus Educational (consulté le )
  5. Stanley Internet Archive et Howard Haycraft, Twentieth century authors, a biographical dictionary of modern literature, New York, The H.W. Wilson Company, (lire en ligne)
  6. Hill 2011, p. 17.
  7. Connell 2011, p. 21.
  8. Turton 2007, p. 91.
  9. "In May 1940...other leading pacifists, including Joad, Macaulay and A. A. Milne, made highly publicized recantations..." Martin Ceadel, Semi-Detached Idealists : the British Peace Movement and international relations, 1854-1945 Oxford: Oxford University Press, 2000. (ISBN 9780199241170) (p.406).
  10. Trevor Hall, Search for Harry Price, Gerald Duckworth and Company, , 160–170 p. (ISBN 0-7156-1143-7)
  11. Harry Price, Fifty Years of Psychical Research, Kessinger Publishing, (ISBN 0-7661-4242-6), p. 64
  12. (en-GB) « C. E. M. Joad: Philosophical Treasure – or Third-Class Socrates? (2015) », (consulté le )
  13. Sean Street, The A to Z of British Radio, Scarecrow Press, (ISBN 978-0-8108-6847-2), p. 150
  14. (en) « Joad, Cyril Edwin Mitchinson (1891–1953), philosopher », dans Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, (lire en ligne Inscription nécessaire)

Bibliographie

Liens externes

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