Campagne de pression maximale

La campagne de « pression maximale » est le renforcement des sanctions contre l’Iran par l’administration Trump après le retrait des États-Unis de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA) en 2018[1]. Cette campagne vise à contraindre l’Iran à renégocier l’accord[2], en y ajoutant des restrictions supplémentaires sur son programme nucléaire et en élargissant son champ d’application afin d’inclure les missiles balistiques iraniens ainsi que d’autres activités régionales[3],[1]. Cette stratégie se heurte à la politique de « contre-pression » adoptée par l’Iran pour contrecarrer la campagne américaine de pression maximale[2],[4],[5].

Selon Human Rights Watch, les sanctions économiques actuelles causent « des souffrances inutiles aux citoyens iraniens atteints de diverses maladies et affections médicales », malgré les exemptions accordées aux biens humanitaires[6].

En , dans un contexte de crise énergétique et économique en Iran, Trump signe une directive de sécurité nationale visant à rétablir la politique de pression maximale contre le régime iranien[7].

Première présidence de Trump

Sanctions

En , le président américain Donald Trump se retire de l’accord nucléaire avec l’Iran et impose plusieurs nouvelles sanctions non nucléaires contre le pays, que l’Iran qualifie de violation de l’accord. En , les États-Unis rétablissent officiellement l’ensemble des sanctions contre l’Iran qui avaient été levées avant leur retrait du JCPOA[8].

Elizabeth Rosenberg, ancienne responsable du département du Trésor des États-Unis, déclare à NPR que le programme comprend la sanction de « certaines institutions financières iraniennes non désignées auparavant et qui étaient utilisées pour faciliter l’importation de nourriture, de médicaments et de matériel médical ». Dans ce cadre, la plupart des grandes institutions financières iraniennes sont soumises aux sanctions[6].

Le , le département du Trésor des États-Unis impose des sanctions contre 10 personnes et 27 entités, comprenant des ressortissants iraniens ainsi que des sociétés basées aux Émirats arabes unis et à Hong Kong. Parmi les cibles figurent les frères Zarringhalam, accusés de blanchir des milliards via des sociétés écrans liées aux Gardiens de la révolution iraniens (IRGC) et à la Banque centrale d’Iran. Les fonds auraient servi à soutenir les programmes nucléaire et balistique de l’Iran, les ventes de pétrole et des groupes terroristes affiliés[9],[10].

Résultats

Selon un rapport du Fonds monétaire international, les réserves officielles brutes de l’Iran passent d’une moyenne de 70 milliards de dollars en 2017 à 4 milliards en 2020[11]. Certains analystes estiment que la campagne de pression maximale n’a pas réussi à modifier les activités régionales de l’Iran, à contrer l’influence de ses mandataires dans la région, à forcer le pays à renégocier l’accord nucléaire ni à freiner ses programmes nucléaire et balistique[4],[3],[5]. En 2019, le président iranien Hassan Rouhani déclare que les sanctions américaines ont privé l’économie iranienne de 200 milliards de dollars de revenus pétroliers et d’investissements[12]. Des responsables de l’administration d’Ebrahim Raïssi, président de l’Iran entré en fonction après la fin de la campagne de pression maximale, affirment que les ventes de pétrole ont augmenté de 40 % dans les premiers mois de son mandat, malgré les « sanctions américaines strictes »[13].

La campagne est critiquée par certains analystes en politique étrangère, qui la jugent mal conçue et contre-productive par rapport à d’autres objectifs de la politique américaine. David Wallsh, dans un article pour l'Atlantic Council, avance qu’« une politique exclusivement punitive, sans issue diplomatique, incite Téhéran à répondre coup pour coup en imposant des coûts à ceux qu’il perçoit comme des agresseurs »[14].

D’autres inquiétudes sont soulevées concernant l’impact négatif du programme sur le bien-être de la population iranienne. Une analyse de Human Rights Watch affirme que le renforcement des sanctions américaines a effectivement limité la « capacité de l’Iran à financer […] les importations humanitaires », en raison de l’ampleur des sanctions contre les banques iraniennes, renforcée par la « rhétorique agressive des responsables américains ». Ces sanctions intensifiées menacent sérieusement le droit des Iraniens à la santé et à l’accès aux médicaments essentiels, entraînant des pénuries documentées, allant de l’absence de médicaments vitaux pour les patients épileptiques à un accès limité aux traitements de chimiothérapie pour les patients atteints de cancer[6].

Réactions

Les Émirats arabes unis ont publiquement déclaré leur soutien à la poursuite de la politique de « pression maximale » contre l’Iran menée par les États‑Unis, estimant que cette stratégie peut contribuer à freiner Téhéran, et certains responsables israéliens ont de même exprimé leur appui à cette politique[15].

Le Rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’homme en Iran déclare en qu’il est « non seulement préoccupé par le fait que les sanctions et les restrictions bancaires affecteront de manière excessive la sécurité alimentaire ainsi que la disponibilité et la distribution des médicaments, des équipements et des fournitures pharmaceutiques, mais qu’il s’inquiète également de leur impact potentiel négatif sur les opérations et programmes des Nations unies et d’autres organisations dans le pays »[6].

En , sous la présidence d’Ebrahim Raïssi et au début d’un nouveau cycle de négociations nucléaires, Ali Bagheri Kani, principal négociateur nucléaire de l’Iran, déclare que, lors de la septième série de pourparlers visant à relancer l’accord nucléaire de l’AIEA, la République islamique d’Iran demande la levée de toutes les sanctions liées à la campagne américaine de pression maximale comme préalable à la reprise des discussions[16].

Seconde présidence de Trump

Le , Trump relance sa campagne de « pression maximale » contre l’Iran initiée en 2015. Celle-ci comprend des mesures visant à réduire à zéro les exportations de pétrole iranien ainsi qu’un renforcement des sanctions, renouant essentiellement avec la ligne dure de son premier mandat[17],[18]. À la fin de 2025 et au début de 2026, un mécontentement croissant se manifeste en Iran sous la forme de manifestations nationales, violemment réprimées par le régime iranien[19],[20]. En réponse et face aux tensions croissantes entre les États-Unis et l’Iran, les États-Unis intensifient, entre janvier et , leur pression sur l’Iran en déployant au Moyen-Orient une force militaire comprenant des porte-avions, des navires de guerre et des moyens aériens positionnés à proximité de l’Iran[21].

Notes et références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Maximum pressure campaign » (voir la liste des auteurs).
  1. (en) « The Failure of U.S. "Maximum Pressure" against Iran » [archive du ], Crisis Group, (consulté le )
  2. Nuruzzaman, « President Trump's 'Maximum Pressure' Campaign and Iran's Endgame », Strategic Analysis, vol. 44, no 6,‎ , p. 570–582 (DOI 10.1080/09700161.2020.1841099, S2CID 229463187, lire en ligne [archive du ] Accès payant, consulté le )
  3. (en) Julian Borger, « Why Trump's 'maximum pressure' foreign policy yields minimum results », The Guardian,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  4. (en) Azizi, Golmohammadi et Vazirian, « Trump's "maximum pressure" and anti-containment in Iran's regional policy », Digest of Middle East Studies, vol. 29, no 2,‎ , p. 150–166 (ISSN 1949-3606, DOI 10.1111/dome.12219, S2CID 228996480, lire en ligne [archive du ] Accès payant, consulté le )
  5. (en) Ellis Mallett, « Iran: US policy of 'maximum pressure' has failed – why the west needs to re-engage Tehran », The Conversation,‎ (lire en ligne [archive du ])
  6. (en) « "Maximum Pressure": US Economic Sanctions Harm Iranians' Right to Health » [archive du ], Human Rights Watch, (consulté le )
  7. https://www.reuters.com/world/us/trump-set-reimpose-maximum-pressure-iran-official-says-2025-02-04/
  8. (en) « US targets arms program with strongest sanctions since scrapping Iran deal », ABC News,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  9. (en) « US sanctions Iranian shadow banking network », www.iranintl.com, (consulté le )
  10. (en) « Treasury Sanctions Iranian Network Laundering Billions for Regime Through Shadow Banking Scheme », U.S. Department of the Treasury, (consulté le )
  11. (en) « Did the "Maximum Pressure" Campaign Against Iran Fail? » [archive du ], Council on Foreign Relations (consulté le )
  12. (en) « Rouhani Says Sanctions Have Cost Iran $200 Billion In Revenues », en.radiofarda.com,‎ (lire en ligne [archive du ])
  13. (en) Maziar Motamedi, « Iran says oil sales strong despite effect of Ukraine war », www.aljazeera.com,‎ (lire en ligne [archive du ])
  14. Wallsh, « The 'maximum pressure' campaign undermines Trump's national security strategy » [archive du ], Atlantic Council, (consulté le )
  15. (en) Ng, « Middle East leaders praise Trump's 'maximum pressure' campaign on Iran as Biden takes office » [archive du ], CNBC, (consulté le )
  16. « US must 'accept reality' and lift sanctions: Iran negotiator » [archive du ] (consulté le )
  17. « Trump reimposes 'maximum pressure' on Iran, aims to drive oil exports to zero »,
  18. (en) « US talks impossible under Trump's maximum pressure policy, Iran says », www.iranintl.com, (consulté le )
  19. (en-GB) Patrick Wintour, Andrew, « Trump promises ‘help is on its way’ and tells Iranians to ‘keep protesting’ », The Guardian,‎ (lire en ligne, consulté le )
  20. (en-GB) Andrew Roth, « US announces multi-day aerial military drills in the Middle East amid Iran tensions », The Guardian,‎ (lire en ligne, consulté le )
  21. (en-US) « Satellite imagery shows where the U.S. military is positioned near Iran », The Washington Post,‎ (lire en ligne, consulté le )
  • icône décorative Portail de l’Iran et du monde iranien
  • icône décorative Portail des relations internationales
  • icône décorative Portail de l’économie
  • icône décorative Portail des États-Unis