Cartel de los Soles
| Cartel de los Soles | |
Insigne en forme de soleil porté par les généraux vénézuéliens, d'où le cartel tirerait son nom | |
| Date de fondation | années 1990 |
|---|---|
| Fondé par | Membres des Forces armées vénézuéliennes |
| Lieu | Venezuela |
| Territoire | |
| Années actives | Depuis les années 1990 |
| Activités criminelles | Trafic de drogue, trafic d'armes, contrebande, blanchiment d'argent et corruption |
Le Cartel de los Soles (en français le « Cartel des soleils ») serait selon le gouvernement américain une organisation criminelle dirigée par des membres du gouvernement du Venezuela et des Forces armées vénézuéliennes (FANB) active depuis les années 1990[1]. Ses activités seraient le trafic de cocaïne[2], la contrebande de carburant[3],[4], ainsi que l’exploitation minière illégale dans plusieurs États du Venezuela, comme l'or, le coltan, les pierres précieuses et d’autres minéraux[5].
L'existence de ce cartel est toutefois contestée par divers spécialistes de l'Amérique latine et du narcotrafic[6],[7],[8]. L'International Crisis Group a également affirmé que cette organisation n'existait pas[7]. Selon certains spécialistes il pourrait s'agir de désinformation du gouvernement américain visant à justifier des mesures de représailles contre le Venezuela[6],[9],[10].
En , le département de la Justice des États-Unis a émis un communiqué officiel désignant Nicolás Maduro et Diosdado Cabello comme les chefs du Cartel de los Soles, offrant une récompense pour toute information menant à leur capture et mise en accusation[11].
Le , le gouvernement des États-Unis a désigné l’organisation criminelle comme groupe terroriste et le président américain Donald Trump a ordonné aux forces armées de son pays d’agir contre les cartels de la drogue d’Amérique latine qui ont été désignés comme organisations terroristes, y compris le Cartel de los Soles[12]. La récompense pour la capture du président vénézuélien est relevée à 50 millions d'euros et une flotte de guerre américaine est déployée à la frontière maritime vénézuélienne, officiellement pour lutter contre le trafic de drogue, mais conduisant le Venezuela à dénoncer un projet d'attaque contre le pays ou de coup d’État[6],[13].
Plusieurs alliés de Donald Trump en Amérique latine (l'Argentine, l’Équateur, le Paraguay et la République dominicaine) désignent à leur tour le supposé Cartel de los Soles comme « organisation terroriste ». À l'inverse, la Colombie a estimé que ce cartel n'existait pas. De même, le rapport de 2025 du département d’État américain sur les opérations mondiales de lutte contre la drogue ne faisait aucune mention du « Cartel de los Soles » ni d’un quelconque lien entre Nicolas Maduro et le trafic de drogue[7]. Le Cartel de los Soles n’est également jamais apparu dans les rapports de la Drug Enforcement Administration, l’administration antidrogue américaine[9].
Historique
Origine
La formule « Cártel de los soles » a été employée pour la première fois en 1993 par la presse vénézuélienne et continue d’être utilisée pour désigner des hauts gradés militaires ayant des liens avec le crime organisé, notamment le trafic de drogue[14],[15]. Le terme « Cartel de los Soles » a vu le jour en 1993 lorsque deux généraux de la Garde nationale, le chef de la lutte anti-narcotiques Ramón Guillén Dávila et son successeur Orlando Hernández Villegas –, ont été inculpés pour trafic de drogue. En tant que commandants de brigade, ils portaient chacun un soleil en guise d’insigne sur leurs épaulettes, ce qui a conduit la presse vénézuélienne à désigner cette affaire sous le nom de « Cartel des soleils »[16],[7].
Par la suite, les enquêtes ont mis en lumière l’implication de généraux de division dans des affaires liées au trafic de drogue[15]. Selon le journaliste Héctor Landaeta, le phénomène a commencé lorsque les narcotrafiquants ont introduit de la cocaïne au Venezuela en utilisant des unités militaires corrompues situées dans la zone frontalière avec la Colombie[17].
Au début, l'implication d'officiers des Forces armées vénézuéliennes dans le trafic de drogue se résumait à accepter des pots-de-vin et à fermer les yeux pendant que les trafiquants faisaient passer leur marchandise. Les militaires n'entretenaient pas de liens directs avec les fournisseurs et ne stockaient ni ne transportaient eux-mêmes la cocaïne[18].
Narcotrafic au Venezuela

Le Venezuela sert de pays de transit pour le trafic de drogue mais son rôle est secondaire par rapport aux routes du Pacifique oriental. Les flux de cocaïne destinés au marché américain proviennent surtout de Colombie, d’Équateur et du Pérou. En volume, la région frontalière entre les Etats-Unis et le Mexique demeure le principal point de passage[19].
En 2012, l’Organisation des États américains (OEA) estimait que 10 % de la cocaïne colombienne transitaient par le Venezuela. En 2020, le Bureau de Washington pour les affaires latino-américaines (WOLA), s’appuyant sur les chiffres de la Base de données antidrogues consolidée inter-agences (CCDB) des Etats-Unis, indiquait que 7 % de la cocaïne colombienne passaient par le Venezuela[20].
Selon le journaliste anti-chaviste Emili J. Blasco, auteur de Bumerán Chávez[21], le gouvernement du président Hugo Chávez « a étendu la corruption à des niveaux sans précédent » corrompant le Ministère Public, le système judiciaire et les forces armées, « où aurait transité jusqu’à 90 % de la production de cocaïne colombienne vers les États-Unis et l’Europe », et par le biais du Plan Bolívar 2000, aurait accordé aux militaires des millions de dollars pour subventionner des programmes sociaux sans aucun contrôle et qui ont ensuite disparu. Il aurait également accordé une immunité légale aux officiers impliqués dans le trafic de drogue pour maintenir le pouvoir et leur loyauté[22].
Les narcotrafiquants colombiens ont commencé dès 1995 à déplacer une partie de leurs activités au Venezuela en raison de la mise en place par les États-Unis de l’ABDP (Air Bridge Denial Program) en Colombie, un programme consacré à la détection du trafic par voie aérienne[23]. Lorsque le Venezuela a expulsé l'agence américaine Drug Enforcement Administration (DEA) en 2005, l'accusant d'espionnage[24], le pays serait devenu une route plus attractive pour le commerce international de drogue[22]. Selon des sources de renseignements colombiens, un agent anti-drogue arrêté a déclaré que « du personnel occupant de hautes fonctions dans la sécurité du président Hugo Chávez s’occupait d’organiser le transport de cargaisons de drogue sur des bateaux circulant via des routes au Venezuela »[25],[26]. Des officiers britanniques ont déclaré que des avions colombiens transportant de la drogue étaient escortés depuis des bases de la Force Armée Vénézuélienne[25]. Pendant la moitié de la première décennie des années 2000, des éléments de la Garde Nationale et d’autres branches de l’armée sont devenus beaucoup plus actifs dans le trafic de drogue. Des cellules au sein des forces de sécurité ont commencé à acheter, stocker, transporter et vendre de la cocaïne, alors que leur tâche principale était auparavant d’extorquer les trafiquants déplaçant des cargaisons de cocaïne.[réf. nécessaire]
Chávez a établi des zones d'opérations militaires le long de la frontière en réaction à la menace d'une invasion américaine depuis la frontière colombienne. On pense que c'est à cette époque que des membres de l'armée et de la Garde nationale ont été corrompus par l'argent de la drogue[18].
En , un incident a impliqué des membres de la Garde nationale vénézuélienne qui ont placé 31 valises contenant 1,3 tonne de cocaïne sur un vol à destination de Paris. Les autorités françaises ont déclaré qu'il s'agissait de la plus importante saisie de cocaïne enregistrée en France métropolitaine[22],[27]. Le , un commandant de la Garde nationale a été arrêté alors qu'il se rendait en voiture à Valence avec sa famille, transportant 554 kilogrammes de cocaïne[28].
Le , des agents de la DEA ont arrêté un fils adoptif et un neveu de la Première dame vénézuélienne Cilia Flores, les accusant d'avoir tenté de faire passer 800 kilogrammes de cocaïne du Venezuela aux États-Unis. Une source de la DEA a déclaré à la presse qu'il était impossible qu'une telle quantité de cocaïne ait pu transiter par le Venezuela sans complicité au sein des services de sécurité[29].
Durant l'été 2025, face aux menaces américaines, le Venezuela déploie 15 000 militaires supplémentaires à la frontière colombienne pour lutter contre le narcotrafic[30].
Sanctions américaines
Les relations entre les Etats-Unis et le Venezuela sont devenues particulièrement conflictuelles après l'arrivée de Donald Trump au pouvoir. En 2019, Washington a refusé de reconnaître la réélection de Nicolas Maduro. Les sanctions économiques alors décrétées ont asphyxié l’industrie pétrolière du Venezuela et contribué à la ruine de son économie. Mais la politique dite de « pression maximale » mise en place par Donald Trump pendant son premier mandat n'a pas permis de l’évincer du pouvoir[9].
Mi-2017, le Bureau du contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du Département du Trésor américain a sanctionné 13 responsables vénézuéliens, anciens et actuels, pour « atteinte à la démocratie » dans leur pays. Parmi eux figuraient plusieurs personnalités politiques de premier plan, telles que Néstor Reverol, ministre du Pouvoir populaire pour l'Intérieur et la Justice, ancien responsable de la lutte antidrogue et ancien commandant en chef de la Garde nationale bolivarienne ; et Iris Varela, membre de la Commission présidentielle vénézuélienne pour l'Assemblée nationale constituante et ancienne ministre des Services pénitentiaires[31].
Le gouvernement américain a inscrit de hauts responsables du gouvernement vénézuélien sur la liste des sanctions du Département du Trésor, dont le vice-président Tareck El Aissami. L'administration Trump a accusé le vice-président vénézuélien d'avoir entretenu des liens avec diverses personnalités et acteurs clés du terrorisme et du trafic de drogue. Les sanctions ont gelé les avoirs d'El Aissami et d'un de ses proches, Samark López, aux États-Unis, qui, selon des porte-parole officiels, dépasseraient les 500 millions de dollars.
Le gouvernement vénézuélien a nié les accusations de narcotrafic. Le député du parti au pouvoir Pedro Carreño a rejeté l'existence de cette organisation, déclarant que l'on parle du Cartel de los Soles « pour diaboliser notre Forces armées vénézuéliennes », et a rappelé que « le rapport de Nations unies de 2007 sur la lutte contre le narcotrafic » mentionne que le Venezuela est un pays sans cultures illicites[32].
Le , le Procureur général des États-Unis, Pam Bondi, affirme que ses services ont procédé à la saisie de biens appartenant à Nicolas Maduro dont la valeur s'élèverait à plus de 700 millions de dollars. Selon Bondi, il s’agit de biens immobiliers que le président vénézuélien aurait achetés en Floride et en République dominicaine ainsi que des voitures de luxe et des bijoux[33].
Le , José Antonio Colina, président de l'Organisation des Vénézuéliens Politiquement Persécutés en Exil (Veppex), a demandé à Donald Trump d'inclure le Cartel des Soleils comme organisation terroriste en raison de ses supposés liens avec les cartels de la drogue mexicains[34]. Cependant, le gouvernement mexicain a nié la présence du cartel de los Soles sur le sol mexicain[33].
Intervention de l'armée américaine dans les Caraïbes
En 2025, Donald Trump fait déployer une flotte de guerre dans les Caraïbes à proximité des frontières maritimes du Venezuela, officiellement au nom de la lutte contre le narcotrafic, mais selon divers analystes dans l'optique de mener une attaque contre le Venezuela ou d'inciter à un coup d’État[9],[35]. En réaction, le gouvernement vénézuélien annonce envoyer des navires et des drones patrouiller dans ses eaux territoriales afin de se défendre contre « l’agresseur » américain[36].
Le , la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a affirmé que Donald Trump était « prêt à utiliser tous les moyens dont dispose les États-Unis » pour empêcher l'entrée de drogues sur le territoire américain « et traduire les responsables en justice », précisant que Washington ne considérait pas Nicolas Maduro comme le président légitime du Venezuela, mais plutôt comme « le chef fugitif » d'un « cartel narco-terroriste »[37].
Début septembre, les États-Unis frappent une embarcation en provenance du Venezuela, tuant ses onze passagers, accusés d’être « des narcoterroristes » par le secrétaire d’État nord-américain Marco Rubio[38]. Le Venezuela a dénoncé une « exécution extrajudiciaire » de ses ressortissants[39]. Le , le Venezuela dénonce l’arraisonnement par les Etats-Unis d’un bateau de pêche dans ses eaux territoriales[40].
Le président vénézuélien Nicolas Maduro affirme que « si le Venezuela est attaqué, nous passerons à la lutte armée », tout en estimant qu’« aucun des différends » du Venezuela avec les Etats-Unis « ne justifie un conflit militaire ». « Le Venezuela a toujours été disposé à discuter, à dialoguer, mais nous exigeons du respect », a-t-il ajouté[41],[42].
Controverses sur l'existence du cartel
L'existence du cartel de los Soles est contesté par divers spécialistes du narcotrafic[6].
Phil Gunson, analyste chez International Crisis Group (ICG), affirme qu'il « est difficilement envisageable que Maduro soit le chef de quelque chose qui n’existe pas », soulignant que le « Cartel des Soleils est une fable »[43]. Pour Victor Aguilar Pereira, également analyste de l'ICG, « certains membres de l'administration Trump et de l'opposition vénézuélienne voient, avec le prétexte de la lutte contre le trafic de drogue, un moyen efficace de justifier la pression exercée sur Maduro »[44].
Brian Finucane, ancien avocat du département d'État spécialisé dans les questions de pouvoirs de guerre, les États-Unis « désignent comme organisation terroriste une entité inexistante qui n'est pas une organisation terroriste[10]. »
Selon un ancien haut responsable du gouvernement américain, le Cartel de los Soles est « un nom inventé pour désigner un groupe informel de responsables vénézuéliens impliqués dans le trafic de drogue à travers le Venezuela. Il ne possède ni la hiérarchie ni la structure de commandement et de contrôle d'un cartel traditionnel ». Il accuse l'administration de Donald Trump de se fonder sur des renseignements de la CIA et de la DEA qui seraient « purement politiques »[10].
Jeremy McDermott, cofondateur et codirecteur d'InSight Crime, a également déclaré que le cartel « n'est pas une organisation de trafic de drogue traditionnelle et structurée verticalement. Il s'agit, du moins selon InSight Crime, d'une série de cellules généralement indépendantes infiltrées au sein de l'armée vénézuélienne »[10].
Le sociologue et ex-directeur de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Pino Arlacchi, a pour sa part dénoncé « le narratif délirant de Trump faisant du Venezuela un narco-État », tout en qualifiant le Cartel des Soleils de « fiction hollywoodienne »[45].
Pour la sociologue vénézuélienne Ligia Bolivar, « les États-Unis ont construit un nouveau récit dans le seul but de justifier une action militaire contre Nicolas Maduro, sans prononcer les mots de démocratie ou de droits de l’homme »[9]. Le président colombien Gustavo Petro a également estimé que « le Cartel des Soleils est aussi réel que les armes de destruction massive de l’Irak en d’autres temps »[8].
L'universitaire français Thomas Posado souligne que « nous n'avons actuellement aucune preuve de l'existence de cette organisation », ajoutant que « cette accusation est très largement politique, pour s'attaquer à un gouvernement hostile aux Etats-Unis »[6].
Narco-État
En , Shannon O'Neil, experte du Council on Foreign Relations (CFR), est intervenue devant la Commission des affaires étrangères du Sénat des États-Unis pour confirmer les liens du Venezuela avec le narcotrafic. Selon elle, « en termes de sécurité, la volonté du Venezuela d'autoriser des trafiquants de drogue, des réseaux du crime organisé, des terroristes potentiels et d'autres acteurs néfastes à pénétrer sur son territoire a également un impact sur la sécurité nationale des États-Unis ». Les rapports du CFR affirment que des gangs criminels colombiens (BACRIM), des dissidents des FARC-EP et l'Armée de libération nationale (ELN) opèrent dans le pays, tout comme les cartels mexicains de Sinaloa et de Los Zetas. Ce dernier a disparu en 2018, mais une faction, appelée « Cartel del Noreste », subsiste. Pour Shannon O'Neil, « le Venezuela est devenu la voie privilégiée de contrebande de drogue en Amérique du Sud, car c'est la route utilisée par les trafiquants de drogue pour amener la cocaïne aux États-Unis, via l'Amérique centrale et les Caraïbes orientales, et vers l'Europe, via l'Afrique de l'Ouest ». D'autre part, le rapport annuel du Département d'État américain sur la stratégie de contrôle des drogues indique que le Venezuela est devenu le principal centre de distribution du trafic de drogue dans les Amériques avec plus de 200 tonnes de cocaïne transitant par ce pays sud-américain chaque année[46][réf. à confirmer].
Ces données sont toutefois contredites par d'autres rapports. En 2012, l’Organisation des États américains (OEA) estimait que 10 % de la cocaïne colombienne transitaient par le Venezuela. En 2020, le Bureau de Washington pour les affaires latino-américaines (WOLA), s’appuyant sur les chiffres de la Base de données antidrogues consolidée inter-agences (CCDB) des États-Unis, indiquait que 7 % de la cocaïne colombienne passaient par le Venezuela[20].
Organisation
Selon Insight Crime, le Cartel des Soleils n'est pas un cartel mais une nébuleuse de « groupes obscurs au sein de l'armée vénézuélienne impliqués dans un large éventail d'activités criminelles, notamment la contrebande d'essence, l'exploitation minière illégale et d'autres réseaux de corruption, parmi lesquels le trafic de drogue occupe une place prépondérante »[8],[47]. Il existe des groupes criminels au sein des branches des Forces Armées du Venezuela comme l’Armée, la Marine, l’Aviation, et la Garde Nationale ; depuis le plus bas niveau jusqu’aux plus hauts grades militaires[14]. Ces groupes infiltrés au sein des Forces armées n'ont généralement pas de liens entre eux[10],[48].
Personnel de bas niveau
Les militaires de grades inférieurs corrompus de la Garde Nationale se disputeraient des postes aux points de contrôle frontaliers afin d’obtenir le paiement de pots-de-vin pour le trafic illicite, bien qu’une grande partie de ces sommes aille à leurs supérieurs corrompus aux postes frontaliers[49]. Les membres de bas niveau aident aussi à escorter la drogue depuis la frontière de la Colombie vers l’intérieur du Venezuela, pour qu’elle soit ensuite placée sur des bateaux en eaux internationales[50].
Personnel de haut niveau
Des officiers de haut rang ont été accusés de faciliter le passage et même de faire du trafic de drogue depuis la frontière de la Colombie jusqu’aux ports de la Mer des Caraïbes, où elle est cachée dans des cargos naviguant en eaux internationales vers l’Europe ou les États-Unis. Ils utilisent également des vedettes rapides pour transporter la drogue, faisant d’abord escale sur une île des Caraïbes[50]. On suppose même qu’ils utilisent l’Aéroport international Maiquetía - Simón Bolívar à Caracas pour exporter la drogue cachée dans des avions commerciaux et privés qui partent à l’étranger.
Diosdado Cabello
En , un ancien officier vénézuélien, Leamsy Salazar, qui se présente comme l'ancien chef de la sécurité d'Hugo Chávez et de Diosdado Cabello, a fait des déclarations à la justice américaine, désignant Cabello comme le chef du Cartel des Soleils[51],[52]. Salazar a été placé dans le système de protection des témoins américain après avoir fui vers ce pays avec l'aide de la DEA, coopéré avec l'agence américaine et fait des déclarations sur la possible participation de Cabello au trafic international de drogue[51].
Salazar a déclaré avoir entendu Cabello donner des ordres pour transporter des tonnes de cocaïne[52]. Selon ses déclarations, les cargaisons de drogue ont été envoyées de Colombie par l'ancien groupe de guérilla des FARC-EP (après sa démobilisation, des groupes dissidents assumeraient cette tâche), donnant l'ordre de transporter la drogue à travers le Venezuela vers les États-Unis et l'Europe, en faisant éventuellement une escale à Cuba[51],[52]. L'opération internationale de trafic de drogue aurait impliqué des membres importants du gouvernement vénézuélien tels que Tareck El Aissami et José David Cabello, le gouverneur de l’État de Monagas et frère de Diosdado[51],[52]. Cabello a déclaré que « ce sont des infamies et des calomnies auxquelles sont soumis les partisans de la révolution vénézuélienne, mais notre conscience est parfaitement tranquille ». Diosdado a confirmé connaître l'officier de marine Leamsy Salazar mais a affirmé que celui-ci n'avait jamais été son chef de la sécurité[53].
En , Diosdado Cabello et sa famille ont été sanctionnés par le Département du Trésor américain, qui a gelé les avoirs qu'ils posséderaient aux États-Unis, les accusant de blanchiment d'argent, de corruption et de trafic de drogue[54]. Celui-ci a ironisé sur ces sanctions : « [Les dirigeants américains] sont stupides. Ils parlent de sanctions, de biens confisqués... Ils ont dit aussi qu'ils avaient bloqué mes comptes. Quels comptes ? [...] Mon compte YouTube ? »[55].
Hugo Carvajal
Hugo Carvajal aurait été un chef du Cartel de los Soles selon le gouvernement américain, profitant de son passage de dix ans dans les renseignements militaires vénézuéliens, dont sept en tant que directeur national du renseignement[56].
Le , Hugo Carvajal, désormais retraité de la vie militaire, a été arrêté à Aruba, après avoir été admis avec un passeport diplomatique lors de sa nomination comme consul du Venezuela sur l'île depuis janvier[57],[58],[59]. L'arrestation a été effectuée sur une demande officielle du gouvernement des États-Unis, qui accuse Carvajal de liens avec les cartels de la drogue et avec groupe de guérilla colombien, les FARC[60],[61]. Cinq jours plus tard, Carvajal a été libéré après que les autorités néerlandaises ont déclaré qu'il bénéficiait de l'immunité diplomatique ; cependant, il a été expulsé de l'île après avoir été considéré comme « persona non grata »[62],[63],[64].
Le , Carvajal a été capturé en Espagne en réponse à une demande d'extradition des États-Unis , accusé d'avoir profité de sa position de directeur du renseignement militaire pour mener des activités liées au trafic de drogue et au crime organisé , et condamné à une assignation à résidence pendant que la justice espagnole étudiait son extradition[65].
Cependant, après l'approbation de son extradition vers les États-Unis, il a fui sa résidence en [66]et a été repris le à Madrid par la police nationale espagnole, puis extradé vers les États-Unis en 2023.
Nicolas Maduro
Le président vénézuélien Nicolás Maduro est accusé par le gouvernement américain d'avoir personnellement promu des personnes accusées de trafic de drogue à des postes de hauts fonctionnaires du gouvernement. En , toujours selon le gouvernement américain, il aurait reçu des avantages liés au trafic de drogue de la part de Diosdado Cabello[67],[68]. En 2020, la justice américaine a porté plainte contre de hauts responsables du gouvernement vénézuélien, dont Maduro, pour avoir dirigé le Cartel des Soleils.
L'acte d'accusation allègue que Maduro a participé à des négociations visant à obtenir de groupes dissidents des FARC des cargaisons de plusieurs tonnes de cocaïne en échange de la livraison d'argent et d'armes. L'acte d'accusation ajoute qu'en 2024, Maduro aurait perçu 5 millions de dollars de profits issus du trafic de drogue, en plus d'être impliqué dans une opération de blanchiment d'argent, et que Petróleos de Venezuela (PDVSA) aurait été utilisé pour blanchir les produits de la drogue[69].
Les Etats-Unis accusent également Nicolás Maduro d’être à la tête du Tren de Aragua, une autre organisation criminelle d'origine vénézuélienne[70].
Autres
Le narcotrafiquant présumé Carlos Eduardo Orense Azócar aurait été lié à Tareck El Aissami lorsque ce dernier était ministre de l'Intérieur entre 2008 et 2012. Il était propriétaire d'une ferme à Curiepe, Barlovento, dans l'État de Miranda. L'ancien propriétaire était le trafiquant de drogue Gabriel Martínez Franco, alias « Frank », assassiné à Medellín[réf. nécessaire]. Il serait impliqué dans le trafic de drogue depuis 2003 et travaillait auparavant comme inspecteur des douanes à l'aéroport international de Maiquetía. Il est accusé par le gouvernement américain d'avoir supervisé l'envoi de 40 tonnes de drogue par an. Il est désigné par le gouvernement américain comme l'un des principaux opérateurs logistiques du Cartel de Los Soles[16]. La ferme « Los Garañones » de Guárico aurait servi de centre de répartition pour au moins huit expéditions. « El Gordo » est également lié à une entreprise énergétique new-yorkaise qui, selon l'enquête, lui aurait permis d'obtenir des contrats d'approvisionnement pour PDVSA et, parallèlement, de dissimuler des fonds illicites provenant d'opérations de trafic de drogue entre 2004 et 2009[71],[72],[16].
Il a été arrêté en à Casalvieri, en Italie. Orense Azócar a été extradé en à la suite d'une demande du gouvernement américain formulée un an plus tôt[16]. Il a été reconnu coupable de narcotrafic le par un tribunal américain. Il a plaidé non coupable avant le procès[73],[74]. L'accusation a présenté deux témoins en novembre, tous membres de l'équipage du bateau de drogue arrêté alors qu'il faisait route du Venezuela vers la République dominicaine.
Selon les procureurs, Orense Azócar a également travaillé en étroite collaboration avec un haut fonctionnaire de la Direction des services de renseignement et de prévention du Venezuela (DISIP), qui serait Pedro Luis Marín Olivares[75]. Pedro Luis Martín Olivares est « l'homme qui gère la logistique du cartel, celui qui transporte la drogue pour Diosdado Cabello », selon El Nuevo Herald[14].
Désignation comme organisation terroriste
États-Unis
Le , le Département du Trésor des États-Unis a désigné le Cartel de los Soles comme une organisation terroriste internationale dirigée par Nicolás Maduro et l'accuse d'avoir apporté son soutien au Tren de Aragua et au Cartel de Sinaloa[76]. En août, Donald Trump autorise l'armée américaine à mener des opérations militaires à l'étranger contre les cartels de la drogue qui ont été classés « terroristes »[77].
Amérique latine
Le Paraguay, l'Équateur, la République dominicaine et l'Argentine désignent en 2025, à la suite du gouvernement américain, le Cartel de los Soles comme « organisation terroriste »[78].
Notes et références
- (es) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en espagnol intitulé « Cártel de los Soles » (voir la liste des auteurs).
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