Châtillon-en-diois (AOC)

Châtillon-en-diois
Type d'appellation(s) AOC / AOP
Reconnue depuis 1975
Pays Drapeau de la France France
Région parente vignoble de la vallée du Rhône
Sous-région(s) Diois (vallée de la Drôme)
Localisation Drôme
Climat méditerranéen sous influence montagnarde
Ensoleillement
(moyenne annuelle)
2 024 heures (à Die)
Sol argilo-calcaire
Superficie plantée 30,5 hectares (en 2024)[1]
Nombre de domaines viticoles 120 viticulteurs adhérents à la coopérative de Die
Cépages dominants gamay N[2], aligoté B et chardonnay B
Vins produits 53 % rouges, 25 % blancs et 21 % rosés
Production 706 hectolitres (en 2024)[1]
Pieds à l'hectare minimum 3 500 pieds/ha[3]
Rendement moyen à l'hectare 23 hl/ha (en 2024)[1]

Un châtillon-en-diois[4] est un vin d'appellation d'origine contrôlée du vignoble de la vallée du Rhône, dans le vignoble du Diois, produit sur 13 localités dans la haute vallée de la Drôme autour de Châtillon-en-Diois, dont le vignoble produit des vins rouges, blancs et rosés.

Le châtillon-en-diois rouge, produit à base de gamay N (cépage principal), de pinot noir N et de syrah N, représente 53 % de la production. La production de rosé, sur base des mêmes cépages que le vin rouge, représente 21 % du volume de l'appellation. Le vin blanc, composé d'aligoté B et de chardonnay B représente en 2020-2024 le quart restant de la production[1].

Outre le châtillon-en-diois, le vignoble du Diois bénéficie de trois autres appellations contrôlées :

Histoire

Antiquité

Tout comme celui de Die, ce vignoble remonte à l'Antiquité. Pline l'Ancien qui cite élogieusement le vin des Voconces en distingue deux l’aigleucos, dont on arrêtait la fermentation en plongeant les dolia dans l’eau froide jusqu’à l’hiver, et le vinum dulce[5].

Moyen Âge

Durant la période médiévale, les vins du haut Diois (donc de Châtillon-en-Diois) sont commercialisés dans le Vercors, le Trièves et le Dévoluy. Les grands centres de consommation étaient Lus-la-Croix-Haute et les paroisses du Glandage, Boulc et Treschenu.

Période moderne

En 1700, une révision des « feux » dans l'élection de Montélimar[6], signale qu'à Poyols « la vigne vient bien », que les habitants de Menglon n'ont « d'autres ressources que la vente de leurs vins », qu'à Châtillon « la seule récolte surabondante est en vin », qu'à Barnave « la moitié du prix retiré du vin est annuellement employé à l'achat de grains » : Châtillon-en-Diois produisait alors 2 000 charges ; Poyols, 600 ; Barnave, 800 : Montlaur-en-Diois, 300. La charge était de deux quintaux.

Vendanges en Diois
gravure de la fin du XIXe siècle.
Transport du vin du Diois par mulet et en tonnelet au début du XXe siècle.

La grande difficulté est alors de vendre cette surproduction. Les vignerons constatent et regrettent que la vente de leurs vins ne puisse « se faire qu'à dos de mulets » et au bon gré des muletiers. Du coup, « le vin se débite comme on peut », se plaint un édile et son « prix modique ne peut exciter l'activité et l'émulation du cultivateur ».

La solution existe dans l'ouverture de nouvelles routes en lieu et place des chemins muletiers. Si Châtillon préconise une route vers le Trièves par le col de Menée, Barnave réclame la sienne vers Gap par le col de Cabre. Et chaque commune viticole d'espérer que « par le concours considérable d'acheteurs » qui ne manqueraient pas de se présenter, les cultivateurs du haut Diois pourraient alors « perfectionner la qualité » de leur production.

Période contemporaine

Au milieu du XXe siècle, les « vins du Maupas » ou du « clos Gouyarde » sont particulièrement recherchés. À tel point, que dans les années 1950, le président du syndicat des vignerons tente d'obtenir l'appellation « côtes du Bez »[7]. Son rêve se réalise, en partie, puisqu'un arrêté daté du fait entrer dans la catégorie des VDQS les vins produits uniquement sur la commune de Châtillon-en-Diois.

La consécration arrive pourtant vingt ans plus tard pour ce vignoble de montagne. Le , treize communes du haut Diois sont reconnues aptes par la qualité de leur production à accéder à l'appellation d'origine contrôlée. Le cahier des charges de l’appellation a été modifié en février[8] puis en [3].

Vignoble

Aire d'appellation

Images externes
Carte des communes concernées
Cartes cadastrales de l'appellation
Orthophotos du parcellaire de l'appellation
Carte du Diois et du massif du Vercors.

Les onze communes (elle font aussi partie des trente-deux communes de l'AOC clairette de Die) de l'aire d'appellation sont : Barnave, Châtillon-en-Diois (pour la partie correspondant au territoire des communes déléguées de Châtillon-en-Diois et Treschenu-Creyers, au ), Laval-d'Aix, Luc-en-Diois, Menglon, Montlaur-en-Diois, Montmaur-en-Diois, Poyols, Recoubeau-Jansac, Saint-Roman et Solaure-en-Diois[3] (y compris Molières-Glandaz, annexée en 2016).

Géologie

Le vignoble s'étend sur des coteaux argilo-calcaires, situés entre 500 et 600 mètres d'altitude et bien protégés du vent du nord par les falaises du Vercors. Plus de la moitié du vignoble s'étend en un « damier de verts contraste » sur le piémont du Glandasse[9] et sur la commune de Châtillon. À Luc-en-Diois, un gigantesque éboulement, provoqué à la base des calcaires tithoniques[10] par le décollement d'un ban marneux, le Clap, a barré la vallée de la Drôme qui le franchit en cascade.

Tandis qu'à Châtillon les « terres noires » affleurent dans les collines qui émergent des terrasses du Bez, sa cuvette est dominée par des falaises du Tithonien, dont le calcaire s'est faillé sur place ou ployé brusquement. Le vignoble qui tapisse les éboulis qui en sont issus produit des vins rouges bouquetés et légers à boire dans leur prime jeunesse ainsi que des blancs assez corsés caractérisés par un nez d'herbes et de fleurs alpestres.

Climatologie

Le Diois se situe à la frontière des Alpes et de la Provence, ce qui lui donne une grande diversité biologique. Le col de Rousset (altitude 1 367 mètres) porte d'entrée nord du Diois en venant du Vercors est considéré comme la frontière géographique et climatique entre Alpes du Nord et Alpes du Sud.

L'été est sec, les journées chaudes mais les nuits toujours fraîches. Sans parler des sommets enneigés tout l'hiver jusqu'au printemps (contreforts du Vercors : montagne du Glandasse, réserve naturelle des hauts plateaux), dans le reste de la vallée l'hiver est froid et souvent neigeux, en particulier du côté du col de la Croix-Haute. L'été les températures peuvent monter jusqu'à 40 degrés et l'hiver descendre à –15 degrés.

La station météorologique de Die (à 384 mètres d'altitude : 44° 46′ 03″ N, 5° 20′ 36″ E)[11] se situe dans la vallée de la Drôme, en aval de l'aire d'appellation.

Relevés à Die de 1991 à 2020
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Températures (°C)
Maximale moyenne 8,4 10,3 14,6 17,8 21,9 26,3 29,4 29,1 23,9 18,9 12,6 8,5 18,5
Moyenne 3,4 4,3 7,8 10,8 14,8 18,8 21,3 21 16,7 12,8 7,4 3,7 11,9
Minimale moyenne −1,7 −1,8 0,9 3,8 7,8 11,2 13,1 12,9 9,6 6,6 2,2 −1 5,3
Nombre de jours avec gel 19,5 18,7 14,3 5,2 0,3 0 0 0 0 2 10,2 18 88,2
Précipitations
Hauteur (mm) 70,6 51,4 62,1 82,4 86,7 69,4 61,8 66,9 97,5 98,1 114,2 78 939,1
Ensoleillement
Heures 107,3 131,7 176,6 175,5 226,3 227,7 281,2 265,5 159 112,1 86,3 75,6 2 024,8
Source : Météo-France[12].
8,4
−1,7
70,6
30 mm
60 mm
90 mm
jan.
10,3
−1,8
51,4
fév.
14,6
0,9
62,1
mars
17,8
3,8
82,4
avril
21,9
7,8
86,7
mai
26,3
11,2
69,4
juin
29,4
13,1
61,8
jui.
29,1
12,9
66,9
août
23,9
9,6
97,5
sep.
18,9
6,6
98,1
oct.
12,6
2,2
114,2
nov.
8,5
−1
78
déc.
Moyennes : ■ max ■ min °C ■ Précipitations mm

Encépagement

AOC châtillon-en-diois rouge 2012.

Les vins rouges et rosés sont issus principalement du gamay N[2] (la proportion doit être égale ou supérieure à 60 % de l'encépagement[13]) et accessoirement du pinot noir N et de la syrah N[8]. À noter que le cahier des charges mentionne également que le gamay N doit représenter au minimum 75 %, alors que des sources spécialisés[14],[13] mentionnent bien 60 %.

Les vins blancs sont issus des cépages aligoté B et chardonnay B, sans contrainte d'assemblage.

Vins

Le rendement de base a été fixé à 50 hectolitres / hectare (pouvant être ramené à 45 hl/ha en fonction de l'écartement entre les rangs et de la surface par pied) avec un rendement buttoir de 60 hl/ha. La teneur minimale en sucre des moûts doit être d'au moins 170 g/l pour les blancs et les rosés, et de 171 g/l pour les rouges.

Les données de production des années récentes, telles que publiées par les Douanes, sont[1] :

Année châtillon-en-diois rouge châtillon-en-diois rosé châtillon-en-diois blanc
superficie (ha) production (hl) rendement (hl/ha) superficie (ha) production (hl) rendement (hl/ha) superficie (ha) production (hl) rendement (hl/ha)
2020 15 747 49 6 289 51 18 797 45
2021 17 739 44 3 158 51 17 690 43
2022 14 746 44 3 169 53 19 962 50
2023 15 727 49 4 212 53 18 811 44
2024 14 377 26 6 150 27 14 180 17

Gastronomie

Chabrot dans le Diois.

Le vin rouge doit être apprécié dans sa jeunesse à une température de dégustation de 15 à 16 °C. Les rosés pour conserver leur fruité demandent une température de service d'environ 8 à 10 °C.

Les vins blancs peuvent être stockés pendant quatre à six ans ; leur température de service optimale est de 8 à 10 °C.

Principaux producteurs

Notes et références

  1. « Portail de la Direction Générale des Douanes et Droits Indirects : superficies et volumes en production par produit », sur douane.gouv.fr (consulté le ).
  2. Le code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rs = rose, G = gris.
  3. « Cahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « CHÂTILLON-EN-DIOIS » » [PDF], homologué par l'arrêté du publié au JORF du .
  4. ↑ Le nom d'un vin est un nom commun, donc ne prend pas une majuscule, cf. les références sur la façon d'orthographier les appellations d'origine.
  5. ↑ Le naturaliste précise les moyens «naturels » utilisés pour obtenir ce vin liquoreux : torsion du pédoncule de la grappe, fente du sarment, séchage du raisin sur des tuiles plates. Ce passerillage augmentait la teneur en sucre et permettait d’avoir un degré alcoolique élevé, qui empêchait la transformation de la totalité du sucre en alcool. Il cite deux cépages bien adaptés à ce traitement : helvennaca et diachytos.
  6. ↑ Cf. É. Sauve, op. cité.
  7. ↑ Le Bez est le torrent qui traverse la commune et le village de Châtillon-en-Diois.
  8. « Cahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « CHÂTILLON-EN-DIOIS » » [PDF], homologué par l'arrêté du publié au JORF le .
  9. ↑ Le Glandasse, énorme massif urgonien, culmine à 2 025 mètres.
  10. ↑ Calcaire formé au cours du jurassique supérieur.
  11. ↑ « 26113003 – DIE – CHAMARGES » [PDF].
  12. ↑ « Fiche 26113003 Die » [PDF], sur donneespubliques.meteofrance.fr.
  13. « AOC Châtillon-en-Diois | Vins Rhône », sur www.vins-rhone.com (consulté le )
  14. ↑ François Collombet, Cépages & Vins. Ces raisins qui font les bonnes bouteilles., Malakoff, Dunod, , 319 p. (ISBN 978-2-10-081504-3), p. 301

Voir aussi

Bibliographie

  • Étienne Sauvan, Évolution économique du haut Diois, Revue de Géographie alpine, no 9, 1921.
  • Pline l'Ancien, Histoire Naturelle, T. XIV, Éd. J. André, Paris, 1958.
  • Henri Desaye, La vigne et le vin à travers l'histoire de Die et du Diois, Bulletin de la Société d'Archéologie et de Statistique de la Drôme, LXXVIII, 1972.
  • Denis Chevallier, Des villages et des ronces, le canton de Châtillon-en-Diois face au changement, Éd. Curendera, 1981.
  • INAO, Délimitation parcellaire de Châtillon-en-Diois (AOC), rapports des experts, Paris, 1982.
  • Ouvrage collectif, Vins, vignes et vignerons du Diois, Cahiers culturels du Parc du Vercors, no 4, Éd. La Manufacture, Die, 1983.
  • Charles Pomerol, sous la direction de, Terroirs et vins de France. Itinéraires œnologiques et géologiques, Éd. du BRGM, Orléans, 1990.

Liens externes

Articles connexes

  • icône décorative Portail de la vigne et du vin
  • icône décorative Portail des boissons
  • icône décorative Portail de la Drôme