Complexe nuragique de Su Romanzesu

Complexe nuragique de Romanzesu
Image illustrative de l’article Complexe nuragique de Su Romanzesu
Le grand bassin.
Localisation
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Région Sardaigne
Province Nuoro
Coordonnées 40° 31′ 49″ nord, 9° 19′ 29″ est
Superficie 7 ha
Histoire
Époque Âge du bronze
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Complexe nuragique de Romanzesu
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Complexe nuragique de Romanzesu

Le complexe nuragique de Romanzesu est un site archéologique situé à proximité de la source du fleuve Tirso, près de Bitti, dans la province de Nuoro, en Sardaigne (Italie). Ce village nuragique comprend un puits sacré, plusieurs bassins cérémoniels, trois temples « à mégaron », une aire cérémonielle et un village composé d'une centaine de cabanes.

Étymologie

Le toponyme «Romanzesu » (signifiant en français « de Rome ») provient de la présence à proximité du site de vestiges de l'époque romaine (IIe et IIIe siècles) lorsque les Romains occupaient les hauts plateaux et construisirent les fermes (mansiones) voisines de Sa Pathata, Juanne Pala et Olusthes.

Historique

En 1919, Antonio Taramelli signale la découverte, dans la localité de Poddi Arvu, d'un édifice nuragique liée à la présence d'une source. L'édifice, du type puits sacré, est découvert lors de travaux de recherche d’eau. La partie antérieure du bâtiment, correspondant à l’escalier d’accès, est alors démolie pour installer des conduites amenant l’eau dans une petite cuve construite, à 45 mètres de distance de la source. Dans les années 1950, de nouveaux travaux sont réalisés pour canaliser l’eau du puits dans un conduit plus large vers une nouvelle citerne plus profonde[1].

Après des années de sécheresse, en 1986, une nouvelle recherche d’eau, effectuée avec des moyens mécaniques, endommage le monument et entraîne une intervention d’urgence, car le monument est désormais protégé. Ces travaux mettent en évidence la structure du puits et révèlent l'existence d'un village nuragique comprenant de nombreuses cabanes, des temples et trois petits bétyles en granite[1].

Le site fait partie des 31 sites sardes qui sont candidats[2] pour entrer dans la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO[3].

Puits sacré et bassins cérémoniels

De l’escalier d’origine, de forme trapézoïdale (longueur 1,60 m, largeur entre 1 et 1,30 m), évasé vers l’extérieur, subsistent trois pierres d’encastrement du mur sur le côté gauche et une sur le côté droit. L’accès au puits correspond à une ouverture en ogive, qui était à l’origine surmontée d’un linteau à 1,70 m de hauteur au‑dessus de la première marche de l’entrée. Les marches originelles en granite, arrachées lors des travaux de canalisation, ont été récemment complétées par des marches en bois et le dallage a été restauré. Le puits est de forme circulaire. Il mesure 3,40 m de diamètre à la base et 3,30 m au sommet. Il a été construit avec des assises irrégulières de blocs granitiques à peine équarris, de dimensions moyennes. Le puits était couvert d'une voûte à tholos, conservée sur 3,60 m de hauteur à partir du niveau actuel du sol, composées de 19 assises construites avec des blocs de granite de taille moyenne, complétés par diverses cales. La circonférence interne est délimitée par un banc composé de quatre dalles sur le côté gauche et de huit sur le côté droit, avec une discontinuité due à l’affleurement de la roche naturelle, qui en plusieurs points a été intégrée dans la maçonnerie elle‑même. Le dallage originel, conservé sous certains blocs du banc, fut arraché lors de la construction du canal dans les années 1950. La source jaillit d’une petite ouverture rectangulaire (0,38 m × 0,30 m) aménagée entre la maçonnerie et la roche naturelle[1].

Lorsqu'elle débordait du puits, l’eau, en suivant la pente naturelle, traversait un double vestibule rectangulaire, dont ne subsistent qu’un bref tronçon de l’ancienne chaussée dallée et une partie du banc sur le côté droit et s'écoulait par un canal orienté est-ouest de 42 m de long traversant deux bassins circulaires, désormais détruits, avant de déboucher dans un grand bassin elliptique. Le grand bassin mesure 11,10 m de long, pour une largeur intérieure comprise entre 4,65 m et 7,10 m. Les bords du canal étaient pavés de fines dalles de granite, dont certaines sont encore en place. La présence du dallage semble indiquer que les bassins étaient utilisés dans le cadre de rites lustraux par immersion, à mettre en lien avec le témoignage du géographe Solin, selon lequel les anciennes populations de Sardaigne utilisaient l’eau à des fins thérapeutiques et pour la pratique des rites ordaliques[4].

L'architecture en gradins des bassins cérémoniels de Su Romanzesu rappelle celle du grand enclos de Funtana Sansa à Bonorva, construit à proximité d’une source d’eaux minérales, mais les gradins de Funtana Sansa se caractérisent par leur finition soignée alors qu'ici ils semblent avoir été adaptés à la conformation du terrain sans respect pour la géométrie planimétrique et la symétrie des structures. Des fouilles récentes menées dans le village nuragique de Sa Sedda ’e sos Carros à Oliena ont mis au jour une source sacrée reliée à une cuve circulaire à gradins construite avec des blocs équarris de basalte, très similaire à celle de Romanzesu[4].

À Su Romazesu, la valeur sacrée et rituelle de la source est confirmée par la connexion étroite entre la chambre du puits et l’ensemble de l’aire cultuelle (temples et aire cérémonielle), encore renforcée par la présence de trois bétyles qui se dressent à proximité de la tholos et sont intégrés dans la maçonnerie du vestibule[4].

En raison des multiples travaux antérieurs réalisés sur place, le matériel archéologique découvert lors des fouilles est pauvre. Il comprend quelques fragments de céramiques correspondant à une grande cruche askoïde, à des récipients à corps globulaire et à des ollae ovoïdes datées du Bronze final[4].

Temples « à mégaron » et aire cérémonielle

Les trois temples « à mégaron » ont été construits au Bronze récent, tandis que les différentes modifications planimétriques et structurelles relèvent toutes des phases successives du Bronze final. Seul le temple A présente une continuité d’usage claire jusqu’à l’âge du fer[5].

Temple A

Le temple A est situé à environ 100 m du puits sacré. Il correspond à un temple « à mégaron » de forme rectangulaire irrégulière (longueur max. 2,15 m ; hauteur max. 2,15 m ; largeur 5,40 à 6,20 m), dont la partie frontale est constituée de murs curvilignes raccordés aux structures plus anciennes du temple. La fouille du temple a mis en évidence trois phases de construction distinctes[6].

Temple A.

Dans une première phase, le temple est du type « double in antis », avec un vestibule rectangulaire et un unique espace interne également rectangulaire (5,30 × 3,30 m), auquel on accède par un passage évasé (1,20 × 0,89 m) orienté à l’est. La chambre conserve, le long du périmètre, des banquettes irrégulières. Au centre de la pièce, on distingue encore une fosse circulaire qui servait probablement de support à de grands récipients en bronze ou en céramique, ou à la base d’un élément architectural lié aux rites purificatoires. La couche archéologique de la première phase a livré des fragments de céramique, des fragments d’épingles, et des de fixation pour des bronzes nuragiques[6].

Dans une seconde phase, la partie antérieure du temple est fermée, probablement pour permettre la construction d’une façade rectiligne qui crée un vestibule rectangulaire (1,50 × 3 m) avec une entrée centrale (0,65 × 0,85 m), alignée sur l’entrée d'origine. À l’intérieur du vestibule, deux aménagements en arc de cercle, construits avec de petits blocs de granite et placés symétriquement dans les angles du mur préexistant, servaient à stabiliser de grands pithoi destinés à recueillir l’eau utilisée pour les ablutions rituelles. La couche archéologique de la seconde phase a livré des fragments de plats, d’écuelles, de tasses carénées et des ollae, attribuables au Bronze moyen et récent, accompagnés d'ossements d'animaux brûlés[6].

Dans une dernière phase, les murs de la façade rectiligne construits lors de la phase précédente sont abattus, et la zone antérieure du temple est délimitée par de nouveaux murs curvilignes (2,80 × 3 m), augmentant sensiblement l’espace utile du vestibule précédent. Ces murs sont construits avec des pierres plus petites et selon un appareil plus soigné. Les deux aménagements semi‑circulaires et le seuil d’entrée sont recouverts d'un lit de petites pierres surmonté d'un sol en argile battue. La couche archéologique correspondante contenait divers fragments de céramiques (bols, plat, écuelles carénées à décorations plastiques et tenons, ollae à anse, vase sur haut pied, pilon) associés à un petit matériel en bronze (poignard, épingle). L’ensemble du matériel archéologique est attribuable au Bronze final, période durant laquelle le temple a peut‑être été progressivement abandonné ou réutilisé pour un usage non exclusivement religieux[6].

L'aire cérémonielle.

Aire cérémonielle

Elle correspond à un grand enclos ouvert à l’est, qui introduit dans une structure composée de murs concentriques semblant conduire, selon un parcours « labyrinthique », à un espace circulaire central (diamètre 4,74 m). La zone centrale a conservé une partie du pavement dallé sur lequel reposait une base circulaire qui devait soutenir un élément architectural lié au culte. La zone est accessible par un couloir annulaire, probablement couvert à l’origine par une toiture à un seul versant, soutenue par de longues poutres en bois. Les matériaux céramiques retrouvés sur place comprennent des petites ollae à col cylindrique, des écuelles carénées, de grandes ollae à anse en « coude renversé », présentant les mêmes caractéristiques que celles du temple A. Des fragments de petits poignards et d’épées votives en bronze, un modèle en terre cuite de nuraghe, ainsi qu’une gourde de pèlerin, dont le col reproduit avec précision la tour d’un nuraghe, ont été découverts dans la zone centrale. La découverte d'un millier de galets fluviaux en quartz rougeâtre, de dimensions variées, conservés à proximité, suggèrent l'existence d'un rituel religieux spécifique déjà documenté dans les temples de S’Arcu ’e Is Forros, de Carcaredda, de Gremanu et dans celui de Domu de Orgia[7].

Temple B

Le temple B est situé à environ une centaine de mètres de l'aire cérémonielle, englobé dans un ensemble de blocs erratiques de roche granitique, sur lesquels le temple a été édifié. Le temple adopte un plan rectangulaire à double « in antis » (long. 8,80 × 2,30 m). Le temple proprement dit est constitué d’un unique bâtiment rectangulaire de 3,70 m de long dont les murs, de grande épaisseur (1,40 à 1,35 m), sont construits avec des blocs polyédriques de granite disposés en assises régulières. Le temple était entouré d’un téménos, dont seuls les blocs de soubassement ont été conservés. La fouille a mis en évidence deux phases de construction distinctes. La première phase, durant le Bronze moyen, correspond à la construction du temple « in antis ». Dans une seconde phase, le téménos est pavé de dalles de granite destinées à niveler le plan incliné de l’entrée du temple et le vestibule est fermé par un mur[5].

À proximité de ce mur, une base d’offrandes en porphyre, présentant des perforations très irrégulières, a été retrouvée. À l’intérieur du temple, un grand dolio était conservé, appuyé contre le mur du fond, tandis que sur le côté droit de la cella a été découvert un bracelet en bronze. Une grande quantité de récipients céramiques intacts ou fragmentaires était conservée sur le dallage dans l’aire située devant le temple (ollae, écuelles, vases à haut pied annulaire, anses de brocs piriformes)[5].

Temple C

Le temple a été découvert, à l'est-nord-est du puits sacré, sous des murs en pierres sèches construits par les bergers au début du XXe siècle pour délimiter des enclos destinés au bétail. L’édifice présente une planimétrie rectangulaire très irrégulière : les côtés externes atteignent une longueur maximale de 11,90 m pour une la largeur d'environ 6 m au fond et de 5,50 m dans la partie antérieure. L’ensemble du temple est construit avec des blocs de granite local, de dimensions variées, disposés en assises irrégulières. L'intérieur du temple est constitué par un espace rectangulaire irrégulier (4,90 à 5,15 m de long sur environ 1,60 m de large) au sol pavé avec des dalles de granite aux joints bien ajustés. À l’extérieur, sur le côté droit, reposaient deux bases d’offrandes portant des traces de coulées de plomb[8].

À l’intérieur du temple, la fouille a mis au jour quatre pointes de lance à douille, de tailles variées, deux talons de lance de grandes dimensions (20 cm  et 24 cm) en excellent état de conservation, des petits poignards, des épingles, des fragments de lingot « en forme de peau de bœuf » . Associés à ces armes se trouvaient deux boutons coniques en bronze avec appendices zoomorphes, une partie du buste d’une figurine masculine en bronze, un petit protomé de bovin, quelques perles biconiques en bronze, des anneaux à tige plate ou circulaire, des bracelets, quatre grains d’ambre et trois grains en pâte vitreuse. Dans la zone du petit enclos situé sur le côté sud du temple, dans une couche archéologique non intacte, ont été découverts des petits poignards à base simple fragmentaires, des épingles, des perles de collier, des bracelets, des pendentifs en bronze, des fibules en bronze, des anneaux, des fragments de lingot, ainsi que 131 grains d’ambre intacts et un très grand nombre de fragments. La fouille du petit enclos a également livré du matériel céramique fragmentaire : écuelles carénées décorées de petites incisions obliques, ollae à col cylindrique avec anses en « coude renversé », cruches piriformes à décor géométrique. De la même zone proviennent des perles en pâte vitreuse[8].

Village

Cabane n°1.

Cabanes près du puits

La cabane n°1 a été construite avec des blocs de granite local, selon un appareil irrégulier : les murs sont conservés côté droit sur six assises atteignant une hauteur de 1,65 m et une épaisseur de 1,34 m. La cabane, dont l’entrée est orientée vers l’est, présente un diamètre interne de 6,75 m,. À l’entrée repose une longue dalle de granite qui pourrait avoir été utilisée comme architrave. La circonférence interne de la cabane comporte un banc constitué de blocs de granite. La base d'un foyer a été découverte au centre de la cabane. La fouille a livré, dans les couches les plus profondes, du matériel attribuable au Bronze moyen (1500‑1400 av. J.‑C.), documenté par des fragments de plats en pâte grossière non décorés ou ornés d’impressions au peigne, des écuelles carénées et une petite lampe-cuillère. La couche la plus récente contenait seulement quelques fragments d’ollae attribuables aux phases du Bronze final (vers 1200 av. J.‑C.)[9].

La cabane n°2 est conservée sur une hauteur de 1,40 m : la maçonnerie est constituée de blocs de granite de dimensions variées, disposés en assises et rendus plus réguliers par l’usage de diverses cales. L’entrée, orientée vers l’est, est précédée de deux marches de 30 cm de haut. L’espace interne mesure 6,50 m de diamètre, avec un pavement dallé lacunaire et un siège partiellement conservé, constitué de quinze dalles de granite dans le secteur gauche. Le centre de la cabane comporte un grand foyer (1,70 × 1,50 m). La fouille a livré des fragments de plats non décorés, des ollae à bord épaissi, ainsi que quelques fragments d’écuelles carénées, attribuables chronologiquement au Bronze récent (vers 1300 av. J.‑C.). Les fragments céramiques étaient concentrés autour du foyer et à la base du mur[9].

D’après la typologie du matériel archéologique provenant des cabanes n°1 et 2, on peut affirmer qu’elles furent construites durant les périodes les plus anciennes du village, au Bronze moyen, et donc antérieures à la transformation du village en un grand sanctuaire[9].

Autres cabanes

Le village de Romanzesu présente un tissu d’habitat complexe, résultat d’un long processus de croissance et de transformations successives, couvrant une superficie de 6 à 6,5 hectares. Les fouilles révèlent une grande variété de plans architecturaux pour les cabanes (circulaires, elliptiques, sub‑elliptiques, irrégulières, cabanes bicellulaires en forme de « 8 ») et une vaste « cabane à secteurs » organisée en îlot. Les techniques de construction restent cependant typiquement nuragiques, en appareil de granite « à sec ». Cette diversité architecturale, inhabituelle dans le monde nuragique, trouve des parallèles dans les habitats protovillanoviens et villanoviens de l’Italie tyrrhénienne, ainsi qu’à Lipari à la fin de l’âge du Bronze. Les dimensions des bâtiments varient fortement, tout comme leurs aménagements internes : banquettes périmétrales, banquettes spiralées ou elliptiques, niches murales, foyers centraux ou adossés. Ces dispositifs suggèrent des fonctions différenciées, parfois peut‑être liées à des activités rituelles[10].

Malgré l’absence de restes fauniques significatifs, les céramiques retrouvées et les comparaisons insulaires nous éclairent sur une économie domestique fondée sur l'élevage, l'agriculture, la chasse et la pêche. L’ensemble reflète un village‑sanctuaire structuré, fréquenté par un large bassin de populations environnantes[10].

Références

  1. Fadda et Posi 2006, p. 5-11.
  2. Les sites qui sont candidats selon l'Unesco [1]
  3. Reconnaissance de l'UNESCO : une grande opportunité pour la Sardaigne, site de l'association "La Sardaigne vers l'UNESCO" [2]
  4. Fadda et Posi 2006, p. 13-19.
  5. Fadda et Posi 2006, p. 40-47.
  6. Fadda et Posi 2006, p. 25-29.
  7. Fadda et Posi 2006, p. 30.
  8. Fadda et Posi 2006, p. 30-34.
  9. Fadda et Posi 2006, p. 19-25.
  10. Fadda et Posi 2006, p. 47-54.

Voir aussi

Bibliographie

  • (it) A. Taramelli, Foglio 207, Nuoro, in Edizione Archeologica della Carta d'Italia, Florence, Istituto Geografico Militare, , p. 12, n. 23
  • (it) M.A. Fadda, « Su Romanzesu: il villaggio e lo stregone », Archeologia Viva, no 69,‎ , p. 62-67
  • (it) Maria Ausilia Fadda et Fernando Posi, Il villagio santuario di Romanzesu, Sassari, Carlo Delfino Editore, coll. « Guide e itinerari », , 113 p. (ISBN 88-7138-410-5)

Articles connexes

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