Constante de Gelfond
En mathématiques, la constante de Gelfond est le nombre réel transcendant eπ, c'est-à-dire e à la puissance π.
Sa transcendance fut démontrée en 1929 par Alexandre Gelfond. C'est un cas particulier de son théorème de 1934. En effet, les nombres –1 (différent de 0 et 1) et –i (non rationnel) sont algébriques, or
(En considérant, la détermination principale de l'argument).
Cette constante fut mentionnée dans le septième problème de Hilbert. Une constante reliée est la constante de Gelfond-Schneider, 2√2.
Valeur numérique
Sous forme décimale, la constante est égale à
Sa valeur numérique peut être trouvée avec l'itération
où
Après N itérations, l'approximation est donnée par
Développement décimal remarquable
Le nombre
est un nombre presque entier.
L'explication d'une telle propriété a été trouvée par A. Doman en , qui a établi le résultat comme une somme liée aux fonctions thêta de Jacobi :
Le premier terme de la série domine car on a comme reste de la somme pour égal à environ . La somme peut ainsi être tronquée au premier terme , ce qui donne . Par réécriture en et en utilisant l'approximation classique , on en déduit Ainsi, on retrouve l'approximation voulue On peut d'ailleurs remarquer que l'approximation ajoute de la précision, malgré sa faiblesse[1],[2].
Autres constantes liées
Constante de Ramanujan
Le nombre eπ√163, aussi appelée constante de Ramanujan, est un autre nombre presque entier :
dont la valeur est très proche de l'entier 6403203 + 744. Cette approximation est une application des nombres de Heegner, où 163 est le nombre de Heegner considéré. Cette propriété a été découverte en 1859 par Charles Hermite[3]. Dans un article du 1er avril du Scientific American[4], l'auteur de "Mathematical Games" Martin Gardner affirme faussement que le nombre est en fait entier et que le mathématicien indien Srinivasa Ramanujan l'avait prouvé, d'où le nom de la constante. On sait aujourd'hui que ce nombre est transcendant.
La coïncidence, au trillionième du nombre 6403203 + 744, est expliquée par la multiplication complexe et le q-développement du j-invariant, plus précisément : avec O(e-π√163) le terme d'erreur, ce qui explique pourqui eπ√163 est inférieur à 6403203 + 744.
Le nombre πe
Le développement décimal de πe est donné par :
On ignore si ce nombre est transcendant ou non, mais, par le théorème de Gelfond-Schneider, on peut seulement déduire définitivement si oui ou non ab est transcendant si a et b sont algébriques (a et b étant tous deux supposés complexes).
Dans le cas de eπ, on peut prouver que ce nombre est transcendant grâce aux propriétés des exponentielles complexes, or on a eπ = (−1)−i, ce qui permet d'appliquer le théorème de Gelfond-Schneider.
Cependant, πe n'a pas de telle écriture équivalente, ainsi, puisque π et e sont transcendants, le théorème ne permet pas de conclure sur la transcendance de πe. Toutefois, la conjecture de Schanuel, qui reste improuvée, impliquerait la transcendance[5].
Un problème classique consiste à comparer πe et eπ, dont on peut montrer que πe < eπ par étude de la fonction x → ln(x)/x[6].
Le nombre ii
Avec la valeur principale du logarithme complexe
Le développement décimal du nombre est donné par :
Sa transcendance se déduit directement de celle de eπ et d'une deuxième application du théorème de Gelfond-Schneider.
Références
- ↑ (en) Eric W. Weisstein, « Almost Integer », sur MathWorld
- ↑ (en) Gerard Maze et Lorenz Minder, « A New Family of Almost Identities », .
- ↑ (en) John D Barrow, The Constants of Nature, London, Jonathan Cape, (ISBN 0-224-06135-6), p. 72
- ↑ (en) Martin Gardner, « Mathematical Games », Scientific American, Scientific American, Inc, vol. 232, no 4, , p. 127 (DOI 10.1038/scientificamerican0575-102, Bibcode 1975SciAm.232e.102G)
- ↑ (en) Michel Waldschmidt, « Schanuel's Conjecture: algebraic independence of transcendental numbers » [PDF],
- ↑ (en) Roger Nelsen, Proof Without Words (lire en ligne)
Voir aussi
Lien externe
(en) Eric W. Weisstein, « Gelfond's Constant », sur MathWorld
Bibliographie
(en) Samuel W. Gilbert, The Riemann Hypothesis and the Roots of the Riemann Zeta Function, BookSurge, , 140 p. (ISBN 978-1-4392-1638-5, lire en ligne), p. 93
Crédit d'auteurs
- Arithmétique et théorie des nombres