Corrèze (AOC)

Corrèze
Image illustrative de l’article Corrèze (AOC)
Vignoble des coteaux de la Vézère.

Type d'appellation(s) AOC / AOP
Reconnue depuis 2009 (IGP) puis 2017 (AOC)
Pays Drapeau de la France France
Région parente vignoble du Sud-Ouest
Sous-région(s) Limousin
Localisation Corrèze
Climat océanique dégradé
Ensoleillement
(moyenne annuelle)
2 036 heures (à Brive-Laroche)
Sol argilo-calcaire et schiste ardoisier
Superficie plantée moins de 15 hectares (2020-2024)
Nombre de domaines viticoles 53
Cépages dominants cabernet franc N[note 1], chardonnay N et chenin B
Vins produits rouges, vin de paille et blancs
Production très variable, de 100 à 500 hectolitres (2020-2024)
Pieds à l'hectare minimum 4 000 ceps/ha[1]
Rendement moyen à l'hectare max. 52 à 55 hl/ha en rouge et blanc ; 20 hl/ha en vin de paille

Un corrèze[note 2] est un vin français d'appellation d'origine contrôlée situé à l'ouest du département de la Corrèze. Cette appellation est située sur deux secteurs géographiques non-contigus de part et d'autre de Brive-la-Gaillarde :

L’appellation corrèze est généralement rattachée, dans les classifications viticoles[2],[3], au vignoble du Sud-Ouest, bien qu’elle constitue un ensemble marginal et géographiquement isolé.

Si l'aire de l'appellation est étendue à 24 communes[1], les superficies revendiquées en AOC par les vignerons sont confidentielles, variant généralement entre cinq et quinze hectares selon les aléas climatiques (8,8 hectares en 2023 selon l'INAO[4]), bien que le potentiel théorique soit supérieur (l’aire géographique de l’appellation couvrant près de 25 000 hectares[5].

Depuis l'obtention de l'AOC en 2017 (décret du )[1], l'appellation se décline en :

  • vins tranquilles rouges sous l'appellation « corrèze » (cépage principal : cabernet franc ; cépages accessoires : cabernet sauvignon et merlot), sur l'ensemble de l'aire d'appellation ;
  • vins de paille (cépages : cabernet franc, cabernet sauvignon, chardonnay, merlot ou sauvignon), produits uniquement sur les 21 communes du Sud-Corrézien ;
  • vins avec dénomination géographique complémentaire (DGC) « coteaux-de-la-vézère » rouges (cabernet franc) et blancs secs (chenin) sur trois communes du nord, avec des rendements maximum plus bas.

Historique

Pressoir au Saillant d'Allassac.

Le Limousin est une ancienne région viticole. Considéré au XVIe siècle comme ne devant « guère rien à celui de Bordeaux »[6], le vignoble du Bas-Limousin a laissé sa trace dans les toponymes, comme ceux de Soudaine-Lavinadière ou Vignols. Des gravures du XVIIe siècle représentent la ville de Limoges entourée de vignes. C'est d'ailleurs ce siècle qui est sans conteste le siècle d'or du vignoble limousin. L'amélioration des routes introduisit une concurrence avec les vins du Périgord et de l'Angoumois[7].

L'essentiel des vignes a été ravagé par les épidémies, le phylloxéra et l'oïdium entre autres, et n'a pas résisté à l'exode rural. Le vignoble est remplacé au cours de la première moitié du XXe siècle par des cultures moins fragiles (noyers et chênes truffiers à l'instar du Périgord et du Quercy voisins), puis est totalement supplanté par l'élevage, ne subsistant que pour les productions personnelles.

C'est en 1989 que des passionnés entreprennent de replanter de la vigne à Branceilles, suivis en 2003 par le retour du vignoble du Saillant. À partir de 2009, les vins peuvent revendiquer une indication géographique protégée (IGP) « Vins de Corrèze », dont le cahier des charges est publié en [8]. La Fédération des vins de la Corrèze a obtenu la reconnaissance comme une appellation d'origine contrôlée (AOC) sous le nom de « corrèze » par l'arrêté du [1].

Vignoble

Le vignoble de l’AOC corrèze se répartit en deux ensembles géographiques distincts. Au nord de Brive-la-Gaillarde, le secteur des coteaux de la Vézère correspond à l’aire de la dénomination géographique complémentaire du même nom, limitée aux communes d’Allassac, Donzenac et Voutezac. Au sud, le Sud‑Corrézien constitue l’aire spécifique de la mention complémentaire « vin de paille », autorisée sur vingt‑et‑une communes. Le vin tranquille rouge de l’appellation corrèze, dans sa forme générique, peut être produit sur l’ensemble des vingt‑quatre communes de l’aire géographique définie par le cahier des charges.

Aire d'appellation

Image externe
Carte des communes concernées

L'ensemble des communes de l'appellation est constitué de 23 communes : Allassac, Beaulieu-sur-Dordogne [note 3], Bilhac, Branceilles, La Chapelle-aux-Saints, Chauffour-sur-Vell, Collonges-la-Rouge, Curemonte, Donzenac, Ligneyrac, Marcillac-la-Croze, Meyssac, Noailhac, Nonards, Puy-d'Arnac, Queyssac-les-Vignes, Saillac, Saint-Bazile-de-Meyssac, Saint-Julien-Maumont, Sioniac, Turenne, Végennes et Voutezac[1].

Au sein de cette aire, le vignoble s’organise en plusieurs zones distinctes, correspondant aux périmètres réglementaires et aux ensembles géographiques décrits ci‑après :

Vignoble des coteaux de la Vézère

Cave des coteaux de la Vézère.

Le secteur des coteaux de la Vézère correspond à l’aire de la dénomination géographique complémentaire du même nom. Il est situé au nord de Brive‑la‑Gaillarde, sur les communes d’Allassac, Donzenac et Voutezac.

Le vignoble s’étend principalement sur des coteaux à dominante schisteuse bordant la vallée de la Vézère. Les vins produits sous cette dénomination sont des vins tranquilles rouges et des vins blancs secs, conformément aux dispositions du cahier des charges de l’appellation.

La reprise de la viticulture dans ce secteur intervient au début des années 2000, après plusieurs décennies d’interruption. En raison du faible niveau de production, aucune donnée statistique publique n’est publiée pour ce secteur.

Sud-Corrézien – vin de paille

La zone sud de l’AOC corrèze correspond à l’aire spécifique de la mention complémentaire « vin de paille », définie par le cahier des charges et autorisée sur vingt‑et‑une communes situées au sud de Brive‑la‑Gaillarde.

À l’intérieur de cette zone, le vignoble s’organise en deux sous‑secteurs géographiques distincts : le Midi corrézien et le secteur de Branceilles.

Midi corrézien

Le Midi corrézien constitue l’un des deux sous‑secteurs de la zone sud de l’AOC corrèze. Il s’étend principalement sur les coteaux dominant la vallée de la Dordogne, notamment autour des communes de Meyssac et de Queyssac‑les‑Vignes.

Les vins produits dans ce secteur peuvent relever de la mention complémentaire « vin de paille », ainsi que de l’appellation générique corrèze pour les vins tranquilles rouges, conformément aux dispositions du cahier des charges.

La reprise de la viticulture dans ce secteur intervient à la fin du XXe siècle, dans le cadre du renouveau viticole corrézien. En raison du faible niveau de production, aucune donnée statistique publique distincte n’est publiée pour ce sous‑secteur.

Vignes à Chasteaux.
Vignes à Queyssac-les-Vignes.

Vignoble de Branceilles

Le secteur de Branceilles constitue le second sous‑secteur de la zone sud de l’AOC corrèze. Il est situé à l’extrême sud‑ouest du département de la Corrèze, sur les communes de Branceilles et de La Chapelle‑aux‑Saints.

La viticulture y est relancée à partir du milieu des années 1980, marquant les premières initiatives de replantation contemporaines dans le vignoble corrézien.

Les vins produits dans ce secteur peuvent relever de la mention complémentaire « vin de paille », ainsi que de l’appellation générique corrèze pour les vins tranquilles rouges, conformément aux dispositions du cahier des charges.

Vignes à Branceilles.

Géologie et pédologie

L’aire de l’appellation corrèze s’inscrit à la transition entre les formations anciennes du Massif central et les bassins sédimentaires périphériques. Le socle est principalement constitué de roches métamorphiques et cristallines, notamment de schistes, auxquels s’ajoutent localement des formations sédimentaires calcaires.

Les sols viticoles sont majoritairement peu profonds, bien drainés, et issus de l’altération de ces formations, donnant des sols à dominante schisteuse sur les coteaux de la vallée de la Vézère et des sols argilo‑calcaires sur les reliefs méridionaux du Sud‑Corrézien. Ce contexte pédologique contribue à une implantation de la vigne privilégiant les pentes et les expositions favorables[1].

Climatologie

La station météorologique de Brive-la-Gaillarde (sur l'aéroport de Brive-Souillac, à 115 mètres d'altitude : 45° 08′ 48″ N, 1° 28′ 23″ E)[9] est représentative de l'aire d'appellation.

Relevé à Brive de 1991-2020
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Températures (°C)
Maximale moyenne 9,6 11,4 15,4 18,1 22 25,7 27,9 27,9 24 19,4 13,4 10,1 18,7
Moyenne 5,4 6,1 9,2 11,9 15,6 19,2 21,1 21 17,3 13,9 8,8 5,9 12,9
Minimale moyenne 1,3 0,8 3,1 5,6 9,2 12,6 14,3 14 10,6 8,3 4,3 1,7 7,2
Nombre de jours avec gel 13,1 13,5 8,4 2,9 0,2 0 0 0 0 1,4 6,3 11,7 57,5
Précipitations
Hauteur (mm) 73,9 59,5 66,4 87,5 87,1 78,4 63,1 67,4 73,4 79,5 85,1 82,6 903,9
Ensoleillement
Heures 84,8 114 167,9 185,1 216,6 243 263,9 249,1 203,2 141,4 89 78,4 2 036,5
9,6
1,3
73,9
30 mm
60 mm
jan.
11,4
0,8
59,5
fév.
15,4
3,1
66,4
mars
18,1
5,6
87,5
avril
22
9,2
87,1
mai
25,7
12,6
78,4
juin
27,9
14,3
63,1
jui.
27,9
14
67,4
août
24
10,6
73,4
sep.
19,4
8,3
79,5
oct.
13,4
4,3
85,1
nov.
10,1
1,7
82,6
déc.
Moyennes : max min °C ■ Précipitations mm

Encépagement

Les vins rouges de l'appellation générique corrèze, autorisés sur l'ensemble de l'aire d'appellation, sont issus du cabernet franc N[note 1] comme cépage principal (50 % de l'encépagement au minimum), le merlot N et le cabernet sauvignon N étant autorisés comme cépages accessoires, sans autre contrainte de proportion.

Les vins bénéficiant de la dénomination géographique complémentaire « coteaux-de-la-vézère » sont issus exclusivement du cabernet franc N pour les vins rouges et du chenin B pour les vins blancs.

Les vins de paille peuvent être issus, à partir de raisins passerillés hors souche, du cabernet franc N, du cabernet sauvignon N, du chardonnay B, du merlot N et du sauvignon B, sans contrainte d'assemblage spécifiée dans le cahier des charges[1].

Méthodes culturales

La densité minimale des vignes à la plantation de 4 000 pieds par hectare. L’écartement entre les rangs ne peut être supérieur à 2,50 mètres. Chaque pied dispose d’une superficie maximale de 2,50 mètres carrés[1].

La charge moyenne à la parcelle est limitée à 9 500 kg par hectare, ramenée à 7 000 kg en cas d'irrigation[1].

Le rendement (visé à l’article D. 645-7 du code rural et de la pêche maritime) diffère pour les différents vins de l'appellation[1] :

  • vins rouges de l'appellation générique : 55 hectolitres par hectare (rendement butoir 60 hl/ha) ;
  • vins rouges sous DCG « coteaux-de-la-vézère » : 52 hectolitres par hectare (rendement butoir 57 hl/ha) ;
  • vins blancs sous DCG « coteaux-de-la-vézère » : 57 hectolitres par hectare (rendement butoir 65 hl/ha) ;
  • vins de paille : 20 hectolitres par hectare (rendement butoir 24 hl/ha).

Récolte

Le taux de sucre du raisin à la récolte doit être d'au moins 189 g/l pour les vins rouges, 170 g/l pour les vins blancs et 189 g/l pour les vins de paille à la récolte (320 g/l au pressurage). Ces valeurs correspondent à des titres alcoométriques minimaux de 11 % vol pour les vins rouges, 10 % pour les vins blancs et 12,5 % pour les vins de paille à la récolte (18% au pressurage)[1].

Spécificités réglementaires du vin de paille

La production de vin de paille répond à ces critères exigeants du cahier des charges[1], de la récolte à la mise à destination du consommateur :

  • la récolte est manuelle ;
  • le taux de sucre à la récolte est de 189 g/l (320 g/l au pressurage) ;
  • la teneur en sucres fermentescibles (glucose et fructose) est supérieure ou égale à 68 g/l ;
  • l'enrichissement du moût est interdit ;
  • les raisins sont mis à sécher sur claies ou sur lit de paille pendant une durée minimale de six semaines ;
  • les vins sont élevés au moins jusqu’au de la troisième année qui suit celle de la récolte dont au moins 18 mois sous bois ;
  • les vins sont mis en marché à destination du consommateur à partir du de la troisième année qui suit celle de la récolte.

Vins

Volumes

Les données de production des années récentes, telles que publiées par le service des Douanes, sont[4]:

Année corrère « vin de paille  » corrèze rouge
superficie (ha) production (hl) rendement (hl/ha) superficie (ha) production (hl) rendement (hl/ha)
2020 8,55 14,3 25 pas de données publiées
2021 5,63 35,8 6 5,11 119,2 23
2022 6,18 81,8 13 11,13 492,1 44
2023 5,42 31,2 6 3,37 54,9 16
2024 2,59 16,1 6 pas de données publiées

En raison du faible niveau de production, aucune donnée statistique publique n’est publiée pour les vins (blancs ou rouges) de la dénomination géographique complémentaire « coteaux-de-la-vézère ».

Gastronomie

Le vin de paille est une boisson ambrée, liquoreuse de douze à treize degrés, née de cueillettes manuelles et d'un cahier des charges exigeant ; il a une vocation apéritive, ou sur un foie gras ou en accompagnement d'un dessert, avec des parfums d'abricot, d'épice ou d'écorce d'orange.

Notes et références

Notes

  1. Le code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rg = rouge, Rs = rose, G = gris. Cf. « 2de édition de la liste des descripteurs OIV – couleur de la baie » [PDF] (consulté le ), p. 41.
  2. Le nom d'un vin est un nom commun, donc ne prend pas une majuscule, cf. les références sur la façon d'orthographier les appellations d'origine.
  3. Beaulieu‑sur‑Dordogne est une commune nouvelle issue de la fusion, au 1er janvier 2019, des communes de Beaulieu‑sur‑Dordogne et de Brivezac, cette dernière ayant le statut de commune déléguée.

Références

  1. « Cahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « Corrèze » » [PDF], homologué par l'arrêté du publié au JORF du .
  2. « AOC/AOP Corrèze - Archives-en-ligne - Musée des boissons », sur www.musee-boissons.com (consulté le )
  3. « Appellation Corrèze », sur Le Figaro Vin, (consulté le )
  4. « Open Data | Portail de la Direction Générale des Douanes et Droits Indirects », sur www.douane.gouv.fr (consulté le )
  5. Isabelle Bachelard, « Corrèze, une nouvelle appellation de poche », sur Terre de Vins, (consulté le )
  6. Le Limousin, pays et identités : enquêtes d'histoire, de l'Antiquité au XXIe siècle, Jean Tricard, Philippe Grandcoing, Robert Chanaud, PULIM, 2006.
  7. C. Vincent, Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin (tome 84, 1, 1952, p. 53-92).
  8. « Arrêté du 2 novembre 2011 relatif à l'indication géographique protégée « Vins de Corrèze » », publié au JORF no 0266 du .
  9. « 19031008 – BRIVE – BRIVE-LAROCHE AERODROME » [PDF], sur donneespubliques.meteofrance.fr (consulté le ).
  10. « Fiche 19031008 Brive » [PDF], sur donneespubliques.meteofrance.fr (consulté le ).

Voir aussi

Bibliographie

  • Le Limousin, pays et identités : enquêtes d'histoire, de l'Antiquité au XXIe siècle, Jean Tricard, Philippe Grandcoing, Robert Chanaud, PULIM, 2006

Liens externes

Articles connexes

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