Cosmographiki
La Cosmographiki (en grec moderne : Kοσμογραφική), également désignée sous le terme de "Cosmographie", est un néologisme élaboré par le peintre grec Yannis Grammaticopoulos pour définir l'orientation post-abstraite de son travail. Elle désigne une pratique de la peinture fondée sur le principe de la "coexistence des contraires", qui constitue le fondement théorique et plastique de son œuvre.
Définition
Le terme apparaît dans les années 1970, lorsque Yannis Grammaticopoulos cherche à nommer une nouvelle phase de sa peinture, distincte des formes d'art abstrait qu'il a explorées à partir du début des années 1950[1]. Il qualifie alors sa peinture de "cosmographie coexistentielle", en référence à une conception dynamique du monde fondée sur l'interaction permanente de forces opposées[2].
Par ce néologisme, Grammaticopoulos entend marquer une rupture avec les catégories traditionnelles de la peinture, et proposer un cadre conceptuel nouveau pour penser la création artistique[3],[4].
Dans ses écrits esthétiques, publiés ou inédits, il met en place un vocabulaire spécifique destiné à structurer sa démarche[5]. Il emploie notamment les termes de cosmographies pour désigner les peintures, cosmogrammes pour les dessins, cosmographe pour le peintre, ou encore peinture cosmitisée[6]. Cet ensemble lexical constitue, selon lui, un système théorique, visant à redéfinir les relations entre création artistique, perception et connaissance[7].
Principes esthétiques et pratique picturale
La Cosmographiki repose, selon son auteur, sur l'idée d'une "coexistence des contraires", envisagée comme principe structurant du réel[8]. Les œuvres mettent ainsi en relation des oppositions – telles que le vide et le plein, la transparence et l'opacité ou le fluide et le pâteux – dans une dynamique de transformation continue[9],[10].
Dans sa pratique, Yannis Grammaticopoulos aborde la toile sans plan directeur ni esquisse préalable, laissant la composition se construire progressivement au cours de son élaboration[11]. Il introduit volontairement une part de hasard dans le processus de création, laissant apparaître des éléments imprévus – projections de peinture, taches, mélanges de couleurs ou configurations formelles – qu'il conserve ou transforme en fonction de leur interaction avec l'ensemble. Cette démarche vise, selon l'artiste, à conférer à la peinture une autonomie relative, distincte de la seule volonté du peintre, dans une logique conforme au principe de "coexistence des contraires"[12].
Sur le plan technique, il associe dans une même composition des procédés variés : dripping, recours à l'abstraction géométrique, usage de l'aérographe, intervention du pinceau, tracés précis et gestes libres[13]. Il intègre également certaines formes d'écriture automatique, en échos aux pratiques des surréalistes[14]. Cette articulation entre maîtrise et imprévisibilité participe à la construction d'images complexes, destinées à rendre perceptible un monde en constante transformation[12].
Les procédés plastiques employés évoquent, selon l'artiste, à la fois des phénomènes observables dans le monde et des processus intérieurs liés à la perception et à la conscience[15]. Il conçoit ainsi sa peinture comme une forme d'"écriture cosmique", aux implications à la fois plastiques et psychiques[16],[17].
Une peinture post-abstraite
Après avoir exploré successivement les différents courants de l'art abstrait, Yannis Grammaticopoulos élabore avec la Cosmographiki une approche nouvelle qu'il qualifie de "post-abstraite"[18],[19]. Celle-ci vise à dépasser l'opposition entre abstraction géométrique et abstraction lyrique, en en proposant une synthèse fondée sur une vision élargie du réel, au sein de laquelle apparaissent ponctuellement des éléments figuratifs[20].
Cette orientation s'inscrit, selon lui, dans une volonté de renouveler les fondements de la peinture abstraite, en intégrant des éléments issus à la fois de la perception sensible et d'une réflexion théorique sur la nature du monde[21].
Portée et signification
La Cosmographiki vise, selon son auteur, à modifier le rapport de l'être humain au monde, en l'inscrivant dans une réalité en transformation permanente[22]. Elle propose ainsi une prise de conscience de son inscription dans un ensemble plus vaste, dépassant une vision strictement anthropocentée[23].
Cette démarche s'appuie notamment sur une conception du monde influencée par les avancés de la science moderne, telle que la théorie de la relativité, et sur l'idée d'un univers structuré par une multiplicité de niveaux et de plans en interaction constante[14],[24].
Yannis Grammaticopoulos définit sa peinture comme une "énergie" destinée à élargir la perception humaine et à ouvrir de nouvelles perspectives de compréhension du réel[25],[26]. Il associe le caractère novateur de cette approche à une redéfinition de l'abstraction dans l'art contemporain[10].
En Grèce, l'artiste est fréquemment présenté par la presse et les médias comme le "peintre-philosophe" et le "cosmographe"[27],[28].
Bibliographie
- Emmanuel Bénézit, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Paris, Éditions Gründ, 1976, 1999 (ISBN 2-7000-3010-9)
- (grk) Académie égéenne, Grande Encyclopédie générale, grecque et universelle, Athènes, Ydria - Société d’éditions grecques S.A., 1979, 1988
- (grk) Matoula Scaltsa, Collection de l'Institut culturel de la Banque Nationale, Thessalonique, Coopératives Agricoles,
- Dora Iliopoulou-Rogan, Yannis Grammaticopoulos : Cosmographiki coexistentielle, Athènes, Épipéda, , 112 p. (ISBN 960-85123-0-1)
- Léon-Louis Sosset (AICA), Yannis Grammaticopoulos : À la rencontre d'une peinture cosmique, Athènes, Cactus, , 182 p. (ISBN 960-382-469-0)
Notes et références
- ↑ (grk) Académie égéenne, Grande Encyclopédie Générale Grecque et Universelle, Athènes, Ydria - Société d'Édition Grecques S.A., 1979, 1988
- ↑ Yannis Grammaticopoulos, Dialectique Coexistentielle Plastique, Paris, Galerie de l'Université 1974
- ↑ (grk) Kitsa Bondzou, « La peinture cosmitisée, nouvelle voie de l'Art abstrait », Mécimvrini, , p. 7-8
- ↑ (grk) Kathérina Marinaki, « La peinture Cosmique de Yannis Grammaticopoulos », Exormici,
- ↑ Yannis Grammaticopoulos, Cosmographiki, Athènes, Salles d'Art Épipéda,
- ↑ Yannis Grammaticopoulos, Cosmographie et Cosmogrammes, Paris, Galerie de l'Université,
- ↑ (grk) Christos Papadakis, « Yannis Grammaticopoulos : Exaltations, Coexistences, Cosmoactions », Archipélagos,
- ↑ Dora Iliopoulou-Rogan, Yannis Grammaticopoulos : Cosmographiki Coexistentielle, Athènes, éditions Épipéda, , 112 p. (ISBN 960-85123-0-1)
- ↑ Emmanuel Bénézit, Dictionnaire des Peintres, Sculpteurs, Dessinateurs et Graveurs, Paris, Gründ, 1976 et 1999, p. 365-366
- (grk) Héléni Spilioti, « Entretien avec Yannis Grammaticopoulos », Eikastika, no 50, , p. 22-23-24-25-26
- ↑ (grk) Athéna Kalogéropoulou, « Yannis Grammaticopoulos : La peinture n'est pas un art décoratif », I Kathimérini, , p. 13-14
- (grk) Athéna Criticou, « Cosmographies, Cosmogrammes - Yannis Grammaticopoulos », Cover, no 13, , p. 64-65-66-67
- ↑ Paule Gautier, « Yannis Grammaticopoulos - Un art suggestif de notre "coexistence cosmique" », CIMAISE - Art et Architecture, no 144, oct.-nov.-déc. 1979, p. 61-62-63-64-65-66-67-68-69-70-71-72
- (grk) Béatrice Spiliadi, « Y. Grammaticopoulos - Tableaux de science-fiction », I Kathimerini,
- ↑ (grk) Stélios Lydakis, Dictionnaire des Peintres et Graveurs Grecs, Athènes, Mélissa, 1974-1976
- ↑ Henry Galy-Carles, Tableaux déshumanisés, Paris, Galerie de l'Université,
- ↑ (grk) Dora Iliopoulou-Rogan, « L'oeuvre de Y.Grammaticopoulos », I Kathimérini,
- ↑ "Cosmographies et Cosmogrammes", entretien avec Maria Karavia, diffusion sur ERT, émission "Icônes", 13 février 1980
- ↑ (grk) Matoula Scaltsa, Collection de l'Institut culturel de la Banque Nationale, Thessalonique, Coopératives Agricoles, , p. 65
- ↑ (grk) Evangelos Andreou, « Révolution cosmique et Cosmographiki », Katoikia, no 15, , p. 71-72-73-74
- ↑ (grk) Héra Féloukatzi, « Le peintre Grammaticopoulos prend la parole : L'homme contemporain marche à l'abrutissement », Ta Néa,
- ↑ Léon-Louis Sosset (AICA), Yannis Grammaticopoulos - À la rencontre d'une peinture cosmique, Athènes, éditions Cactus, (ISBN 960-382-469-0)
- ↑ Jean Gaillard, « Grammaticopoulos - Intuitions spatiales », Le Nouvel Observateur,
- ↑ (grk) Béatrice Spiliadi, Présentation critique des peintres, Athènes, Centre culturel de Pangráti,
- ↑ Yann Pavie, « Intuitions cosmiques », La Galerie des Arts, no 87,
- ↑ Guy Toebosch (AICA), Ouvertures Polydirectionnelles, Bruxelles, Galerie Montjoie,
- ↑ (grk) Thanos Kapsalis, « Un cosmographe à la galerie des Cyclades », Koini Gnomi,
- ↑ (grk) Maria Papathanassiou, « Philosophie et esthétique », Ethnos,
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