Dayr Aban

Dayr Aban
Ruines d’une maison de Dayr Aban.
Géographie
Pays
Superficie
22,73 km2
Coordonnées
31° 44′ 35″ N, 35° 00′ 37″ E
Démographie
Population
2 100 hab. ()
Densité
92,4 hab./km2 ()
Fonctionnement
Statut
Carte

Dayr Aban (également transcrit Deir Aban, دير آبان) est un village arabe palestinien du sous-district de Jérusalem, situé sur le versant sud d’une crête montagneuse, à l’est de Beit Shemesh. Il était entouré d’oliviers au nord, à l’est et à l’ouest. Il dominait la vallée du Wadi en-Najil à l’ouest du village.

Associé au site biblique d’Eben-Ezer[4],[5],[6], le village tire son préfixe "Dayr" d’un ancien monastère[7]. Les plus anciens documents ottomans documentent une population mélangée de musulmans et de chrétiens[8]. Au XVIIe siècle, la population se convertit à l’islam[7] mais conserve des traditions liées à son passé chrétien[9],[10],[11],[12].

Comme des centaines d’autres villages palestiniens, il a été dépeuplé lors de la première guerre israélo-arabe, le , durant l’opération Ha-Har[13],[14]. En 1998, le nombre de réfugiés palestiniens descendant d’habitants de Dayr Aban expulsés en 1948 était estimé à environ 15 000[15].

Géographie

Le village de Dayr Aban relevait, à l’époque mandataire, du sous-district de Jérusalem, dont il se trouvait à 21 kilomètres à l’ouest. Construit à 300 mètres d’altitude[16], son territoire couvrait 22 734 dounams (soit 22,7 km2)[17],[16], dont 6048 dounams incultivables[16]. La propriété des terres se répartissait entre 376 dounams (environ 38 hectares) appartenant à des Juifs, 780 dounams (78 hectares) de terres publiques, le reste appartenant à des Arabes[16]. Sur cette superficie, 1742 dounams (158 hectares) étaient classés comme terres irrigables ou plantations (dont 162 dounams appartenant à des Juifs[15]) et 14 925 (1 492 hectares) étaient consacrés aux céréales[18].

Deux wadis l’encadraient au nord et au sud. La route principale reliant Beit Jibrin à la route Jaffa-Jérusalem passait à 3 kilomètres à l’ouest de Dayr Aban[16].

Étymologie

Le préfixe Dayr, d’origine araméenne et syro-araméenne, indique la présence d’un monastère chrétien[7]. Selon Al-Shabesthti, il indique des lieux habités par des chrétiens, ou un monastère. Dans la plupart des cas, un monastère a existé et, avec le temps, un village s’est créé[19]. Selon Palmer, Dayr Aban signifie littéralement "le monastère d’Aban"[1].

Histoire

Antiquité

Durant l’Antiquité, le village est appelé "Abenezer" ; il peut correspondre au village d’Eben-Ezer cité dans la Bible(« 1 Samuel 4:1-11 »)[4],[5],[6].

Période ottomane

La Palestine est conquise par les armées de l'Ottoman Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.

En 1596, Dayr Aban apparaît dans le defter (registre fiscal ottoman) comme relevant de la nahié de Quds et de la liwa d’Al-Qods (Jérusalem). Sa population était de 23 foyers musulmans et de 23 foyers chrétiens[8], soit environ 127 habitants[20]. Ils payaient un impôt à taux fixe de 33,3% sur leurs productions agricoles, dont le blé, l’orge, les olives, les vignes, les arbres fruitiers, les chèvres et les ruches, pour un total de 9700 akçe[8],[16].

Au XVIIe siècle, les habitants de Dayr Aban se convertissent à l’islam collectivement, évènement relativement inhabituel au Moyen-Orient durant la période ottomane. Le tribunal de Jérusalem fournit des archives sur quatre de ces conversions. La première date de 1635 : il s’agit de celle de Gimʿa bin Dāfir. En 1649-1650, trois autres certificats de conversion sont donnés : le premier, le , concerne Rabīʿa et Nāṣir bin Manṣūr. Le , la conversion collective de tous les chrétiens de Dayr Abān est enregistrée dans un document qui liste les noms chrétiens et les nouveaux noms des convertis, avec une note précisant que le village entier s’est converti[7].

En 1838, Deir Aban est noté comme village musulman par un voyageur britannique, du district d’el-Arkub, au sud-ouest de Jérusalem[21].

Le Français Victor Guérin décrit Dayr Aban en 1863 comme un grand village, dont la vallée était semée de sésame. Il observe un village construit de matériaux hétéroclites, dont quelques pierres de tailles, et entouré de figuiers et d’oliviers. Selon lui, un tiers du village est détruit et il compte environ 1 000 habitants[22]. Une liste de villages ottomane des environs de 1870 recense la population masculine du village, qui est alors de 443 hommes, dans 135 maisons ; les femmes ne sont pas recensées[23],[24].

En 1883, l’enquête du Palestine Exploration Fund décrit Dayr Aban comme un grand village sur le bas de la pente d’une crête élevée, avec un puits au nord, et des oliviers au nord, à l’est et à l’ouest. Cette enquête identifie Dayr Aban à Ebenezer (I Sam. IV. I), mentionné dans l’Onomasticon comme proche de Beth Shemesh[6].

Baldensperger déclare en 1893 que les habitants du village étaient chrétiens grecs orthodoxes jusqu’à leur conversion à l’islam « à une date très récente, peut-être au début de ce siècle ». Il note que les chrétiens de Beit Jala et les habitants de Dayr Aban ont des noms de famille en commun ; il ajoute que l’exemplaire original du Nouveau Testament en grec était toujours conservé dans l’église de Beit Jala[11],[10]. Dans un autre article, il mentionne les tatouages de croix que les femmes de Dayr Aban portent sur le front[25]. Yitzhak Ben-Zvi mentionne une tradition locale selon laquelle les musulmanes agées du village conservent des croix miniatures[12]. H. Stephan écrit que les persécutions ont conduit les chrétiens de Dayr Aban à trouver refuge à Beit Jala et Ramallah, d’où ils sont restés en contact avec les membres de leur famille restés au village comme musulmans[9],[10].

En 1896, la population de Der Aban est estimée à 921 habitants[26].

Période du mandat britannique

De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Dayr Aban est conquise en et la région est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.

Au recensement de 1922 conduit par les autorités britanniques, Dayr Aban a une population de 1214 inhabitants, tous musulmans[27] qui augmente au recensement de 1931 à 1534 inhabitants, dans 321 maisons[28].

Dans les statistiques de Village de 1945, le village a une population de 2100 Arabes, dont 2090 musulmans et 10 chrétiens[29],[17].

Le village avait une forme circulaire, au croisement de cinq routes. Ses maisons étaient construites en pierres liées à l’argile ou d’adobe, avec des toits de bois ou de paille. Quelques maisons étaient construites en pierre étaient couvertes d’un dôme[16]. Dayr Aban avait une mosquée consacrée à al-'Umari et une conduite d’eau provenant d’'Ayn Marjalayn, à 5 km à l’est du village[3],[16]. Il possédait également une école primaire[16]. Trois sites archéologiques ou khirbats se trouvaient sur les terres du village : Khirbat Jinna'ir, Khirbat Haraza et Khirbat al-Suyyag[3].

Guerre de 1948

Destruction de Dayr Aban par la brigade Harel en octobre 1948.

Dans le plan de partage de la Palestine voté le par l’assemblée générale des Nations unies, Dayr Aban relevait de l’État arabe.

La première attaque contre Dayr Aban survient le  : au cours des raids de représailles qui ont lieu après la destruction d’un convoi de ravitaillement pour Kfar Etzion, le village est encerclé avec Az-Zakariyya et Bayt Nattif pendant 24 heures par une centaine d’hommes. Le , la milice villageoise échange des tirs avec les habitants de Hartouv toute la journée, sans pertes de part et d’autre[16].

Le , deux semaines après le début de la seconde trêve de la guerre israélo-arabe, Amin al Husseini, grand mufti de Jérusalem et leader nationaliste palestinien, note que « depuis deux semaines [...] les Juifs continuent d’attaquer les villages arabes et les avant-postes dans toutes les zones. Des batailles acharnées ont lieu dans les villages de Sataf, Deiraban, Beit Jamal, Ras Abu ‘Amr, ‘Aqqur et ‘Artuf. » Selon Benny Morris, il s’agit plus de raids[13].

Les habitants du village sont expulsés dans la nuit du 19 au , lors d’un assaut de l’armée israélienne au cours de l’Operation Ha-Har (en)[2],[14],[30]. Selon l’histoire officielle de la Haganah, l’armée égyptienne est prise par surprise et la colline dominant Dayr Aban est occupée sans difficulté[16]. Dans la deuxième moitié de 1948, l’armée israélienne, sous la direction de David Ben Gourion, continue de détruire les villages arabes, dont Dayr Aban, le [31].

Après la guerre, les ruines de Dayr Abban sont annexées par Israël, selon les termes des accords d'armistice israélo-arabes de 1949[32] entre Israël et la Jordanie, jusqu’à ce que cet accord soit rompu en 1967[33],[34].

Le moshav de Mahseya est fondé près du site du village[35] sur les terres de Dayr Aban, comme Tzora, Beit Shemesh et Yish'i[3].

En 1992, voilà ce qui subsistait du village selon l’historien Walid Khalidi : « des amandiers, des cyprès et des eucalyptus poussent sur le site avec des cactus. Des caroubiers poussent sur les terrasses proches. Quelques puits subsistent, dont quelques uns sont fermés par des planches[15]. »

Galerie

Voir aussi

Bibliographie complémentaire

  • Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 (2e édition en français). (ISBN 978-2-35872-280-3) ;
  • Rosemary M. Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2000. (ISBN 978-0-98151313-3)

Articles connexes

Liens externes

Notes

  1. Palmer, 1881, p. 293
  2. Morris, 2004, p. xx, village #335. Also gives cause of depopulation.
  3. Khalidi, 1992, p. 283.
  4. Fetellus, 1896, p. 43.
  5. Conder, 1876, p. 149.
  6. Conder, Kitchener, 1883, p. 24.
  7. Feliouvrage Tramontana, Passages of Faith: Conversion in Palestinian villages (17th century), Harrassowitz Verlag, , 1re éd., 68 p. (ISBN 978-3-447-10135-6, DOI 10.2307/j.ctvc16s06.8, JSTOR j.ctvc16s06, lire en ligne), « III. Conversion to Islam in the villages of Dayr Abān and Ṣūbā »
  8. Hütteroth, Abdulfattah, 1977, p. 119
  9. Stephan H. Stephan, « JPOS », Journal of the Palestine Oriental Society, no 19,‎ 1939–1940, p. 143
  10. Bellarmino Bagatti, Ancient Christian Villages of Judaea and Negev, Jerusalem, Franciscan Printing Press, , 132–133 p.
  11. (en) Philip J. Baldensperger, « Religion of the Fellahin of Palestine », Palestine Exploration Quarterly, vol. 25, no 4,‎ , p. 308 (ISSN 0031-0328, DOI 10.1179/peq.1893.25.4.307, lire en ligne Accès payant)
  12. (he) Yitzhak Ben-Zvi, שאר ישוב [« She'ar Yishuv »], Jerusalem, Yad Ben Zvi,‎ , 2nd éd., 410 p.
  13. Morris, 2004, p. 447, note #211, p. 461.
  14. Morris, 2004, p. 462.
  15. « Welcome To Dayr Aban - دير آبان (דיראבאן) », Palestine Remembered, consulté le 21 janvier 2026.
  16. « Dayr Aban — دَيْر آبان », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 21 janvier 2026.
  17. Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 56.
  18. Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945., cité par Hadawi, 1970, p. 102.
  19. Al-Shabeshti, Diyārāt (Monasteries).
  20. Khalidi, 1992, p. 282
  21. Robinson, Smith, 1841, vol 3, Appendix 2, p. 125.
  22. Guérin, 1869, p. 22-23, 323.
  23. Socin, 1879, p. 151.
  24. Hartmann, 1883, p. 145 : 150 maisons
  25. (en) G. Baldensperger, « The Immovable East », Palestine Exploration Quarterly, vol. 36, no 1,‎ , p. 50 (ISSN 0031-0328, DOI 10.1179/peq.1904.36.1.49, lire en ligne Accès payant)
  26. Schick, 1896, p. 123
  27. Barron, 1923, Table VII, Sub-district of Ramleh, p. 21.
  28. Mills, 1932, p. 19.
  29. Department of Statistics, 1945, p. 24.
  30. Morris, 2004, p. 466, note #13, p. 493
  31. Morris, 2004, p. 355.
  32. The 1949 Armistice Agreement between Israel and Jordan
  33. « Enlarged map showing Dayr Abban (Deiraban) in relation to the "Green-Line" » [archive du ] (consulté le )
  34. Larger map showing "1949 Cease-fire line" (Green-line) between Israel and Jordan (Hebrew)
  35. Yalqut Teiman, Yosef Tobi and Shalom Seri (editors), Tel-Aviv 2000, p. 158, s.v. מחסיה (Hebrew) (ISBN 965-7121-03-5)

Bibliographie

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  • Conder, C. R., « Notes from the Memoir », Quarterly Statement - Palestine Exploration Fund, vol. 8,‎ , 149– 151 (lire en ligne)
  • C.R. Conder et H. H. Kitchener, The Survey of Western Palestine: Memoirs of the Topography, Orography, Hydrography, and Archaeology, vol. 3, London, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne)
  • C. Dauphin, La Palestine byzantine, Peuplement et Populations, vol. III : Catalogue, Oxford, Archeopress, coll. « BAR International Series 726 », (ISBN 0-860549-05-4, lire en ligne) (p. 909)
  • Department of Statistics, Village Statistics, April, 1945, Government of Palestine, (lire en ligne)
  • Fetellus, Fetellus (ca 1130 AD), Translated and Annotated by Rev. James Rose Macpherson, London, Palestine Pilgrims' Text Society, (lire en ligne)
  • V. Guérin, Description Géographique Historique et Archéologique de la Palestine, vol. 1: Judee, pt. 2, Paris, L'Imprimerie Nationale, (lire en ligne)
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  • W.-D. Hütteroth et K. Abdulfattah, Historical Geography of Palestine, Transjordan and Southern Syria in the Late 16th Century, Erlanger Geographische Arbeiten, Sonderband 5. Erlangen, Germany: Vorstand der Fränkischen Geographischen Gesellschaft, (ISBN 3-920405-41-2, lire en ligne)
  • W. Khalidi, All That Remains: The Palestinian Villages Occupied and Depopulated by Israel in 1948, Washington D.C., Institute for Palestine Studies, (ISBN 0-88728-224-5, lire en ligne)
  • Mills, E. (dir.), Census of Palestine 1931. Population of Villages, Towns and Administrative Areas, Jerusalem, Government of Palestine, (lire en ligne)
  • B. Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-00967-6, lire en ligne)
  • E. H. Palmer, The Survey of Western Palestine: Arabic and English Name Lists Collected During the Survey by Lieutenants Conder and Kitchener, R. E. Transliterated and Explained by E.H. Palmer, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne)
  • E. Robinson et E. Smith, Biblical Researches in Palestine, Mount Sinai and Arabia Petraea: A Journal of Travels in the year 1838, vol. 3, Boston, Crocker & Brewster, (lire en ligne)
  • C. Schick, « Zur Einwohnerzahl des Bezirks Jerusalem », Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins, vol. 19,‎ , p. 120–127 (lire en ligne)
  • A. Socin, « Alphabetisches Verzeichniss von Ortschaften des Paschalik Jerusalem », Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins, vol. 2,‎ , p. 135–163 (lire en ligne)
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