Djemil Anik

Djemil Anik
Portrait photomontage reproduit dans la presse (cliché Mad's, 1931).
Biographie
Naissance
Décès
(à 90 ans)
Brunoy
Nom de naissance
Marie Amélie Le Blond
Pseudonyme
Djemil Anik, Djemil-Anik, Djemil Anick
Autres noms
Marie Amélie Leblond, Marie Le Blond
Nationalité
Activités
Famille
Jean-Baptiste Leblond (arrière-grand-père)

Marie Amélie Le Blond[Note 1], dite Djemil-Anik[1] ou Djemil Anik, née le à Cayenne (Guyane française) et morte le à Brunoy, est une danseuse, chorégraphe et actrice française des années 1910 aux années 1930.

Biographie

Enfance et entourage

Marie Amélie Le Blond naît en 1889 à Cayenne, fille de Paul Théodule Le Blond, conseiller général et négociant, et de Marie Pauline Mélidor, son épouse[2]. Elle est la dernière d'une fratrie de cinq enfants[3].

Devenue danseuse sous le nom de scène Djemil-Anik, Marie Amélie Le Blond a entretenu un certain flou sur ses origines et sa formation de danseuse. Les déclarations qu'elle fait aux agents-recenseurs lors des recensements de la population de Paris en 1926, 1931 et 1936 en sont une parfaite illustration. En 1926, alors qu'elle est domiciliée au 63, boulevard Pereire dans le 17e arrondissement[4], elle dit s'appeler Djémil Le Blond née en 1889 en Guyane[5]. Cinq ans plus tard en 1931, toujours à la même adresse, elle déclare s'appeler Anik Le Blond née en Océanie en 1892[6]. Et enfin lors du recensement de 1936 dans le 7e arrondissement où elle habite au 129, rue de l'Université, elle affirme s'appeler Djémil Le Blond née en 1898 en Seine-Inférieure[7]. Comme de nombreuses personnalités de l'époque, elle se rajeunit au fur et à mesure qu'elle avance en âge.

Selon ce qu'en rapporte la presse de l'époque, Djemil-Anik serait née d'un père français, administrateur colonial, et d'une mère originaire de Java (actuelle Indonésie), et aurait des ancêtres malaisiens[8]. En réalité, le père de Djemil-Anik, Paul Théodule Le Blond (1849-1907), s'il a travaillé un temps au commissariat de la Marine à Cayenne, était négociant et un élu local. Conseiller général puis président du Conseil général de Guyane, il était le petit-fils de Jean-Baptiste Leblond, médecin naturaliste et botaniste qui s'était installé en Guyane dont il est devenu le premier député pendant la Révolution, et où il a fait souche.

Du côté de sa mère, Pauline Mélidor (née à Cayenne en 1847), il n'existe aucune trace d'une quelconque ascendance malaisienne ou indonésienne dans sa généalogie[réf. nécessaire]. Petite-fille d'un esclave affranchi de Cayenne, Pauline Mélidor ne semble pas être retournée en Guyane après la mort de son mari à Cayenne, en , et la vente sur licitation de l'ensemble des biens immobiliers de la succession en décembre de la même année[9]. Elle meurt veuve en 1914, en son domicile parisien du 30, rue Gustave-Courbet[10], et est inhumée dans un caveau du cimetière du Père-Lachaise[10].

Devenue une personnalité parisienne, Djemil-Anik est une amie de la danseuse Élisabeth Toulemon, dite Élise Jouhandeau, qui l'évoque dans ses mémoires[11]. Elle fréquente également la romancière et grande voyageuse Vicki Baum, dont elle aurait fait la connaissance à Bali[12].

Carrière

Pauline Mélidor s'installe à Paris avec sa fille Marie Amélie pour lui faire suivre des cours de danse[réf. nécessaire]. La jeune fille entre en formation de danse classique auprès de Léo Staats à l'Opéra de Paris[8]. Par la suite, elle entreprend un voyage de retour aux sources maternelles et s'initie aux danses traditionnelles de Java[Note 2], puis étudie d'autres formes de danses non occidentales, parvenant à accumuler une importante culture. Vers 1912, elle adopte un nom de scène à consonance « exotique », Djemil-Anik[13] et, le , participe à une soirée privée organisée par le peintre Henri Siegler-Pascal dans son atelier, qui réunit entre autres Valentine de Saint-Point et Maurice Ravel, deux proches amis du plasticien. Cette soirée, parmi d'autres, est le fait de Saint-Point, qui tenait, avant-guerre, un salon très ouvert aux avant-gardes[14]. Djemil-Anik commence à se produire sur les scènes des music-halls parisiens et en 1914, danse dans une revue du théâtre Impérial[15]. La même année, elle apparaît pour la première fois au cinéma. Elle joue dans cinq films, entre 1914 et 1927. Elle passe souvent pour une danseuse javanaise ou hawaïenne.

Durant sa carrière, Djemil-Anik explore la plupart des danses venues d'Extrême-Orient, jusqu'à parvenir à des formes très épurées, avec un réel souci d'authenticité. Elle établit des ponts entre les techniques du ballet classique occidental et celles des danses javanaises et cambodgiennes, par exemple au travers du principe de l'en dehors[16]. Ses interprétations variées lui permettent de nouer des relations avec plusieurs personnalités du monde des arts, Louis Jouvet, Rolf de Maré, Guillaume Apollinaire, Pierre Chareau ou Jean Mollet, comme elle passionnés par les formes d'art asiatiques[17]. Ces rencontres accéléreront sa carrière.

En 1924, Djemil-Anik donne un récital à la Comédie des Champs-Élysées regroupant huit danses de pays différents. La même année, le sculpteur Marcel Bouraine exposé au Salon des artistes un buste d'elle[18], inspiré de sa danse la plus connue, intitulée Bodhisattva[17]. En , elle chorégraphie et met en scène un spectacle musical dansé, Océanie, au théâtre de l'École normale de musique de Paris, dirigé par Alfred Cortot et où elle danse depuis 1929[19].

Dans les années 1930, elle devient par ailleurs professeure de danse, appuyant son enseignement sur les théories qu'elle a développées au sujet des danses occidentales et extrême-orientales[16]. Sa pédagogie est considérée comme si novatrice qu'en 1935, elle est invitée à participer aux conférences démonstrations organisées par les Archives internationales de la danse[16],[17]. Elle prône par ailleurs la pratique de l'exercice musculaire pour toutes les femmes[20].

Djemil-Anik se produit sur les scènes parisiennes en vogue, comme celle du Vieux-Colombier, jusqu'en 1939[8]. En 1940, elle est chorégraphe pour Les Caprices de Marianne de Musset, dans une mise en scène de Gaston Baty au théâtre Montparnasse[21], et en 1946 pour Divines Paroles de Ramón María del Valle Inclán, pièce mise en scène par Marcel Herrand au théâtre des Mathurins[22]. Après-guerre, elle se consacre essentiellement à l'enseignement[17].

Toujours domiciliée au 129, rue de l'Université[Note 3], Marie Amélie Le Blond meurt en 1980 à l'âge de 90 ans, à la clinique du Petit-Château à Brunoy[24].

Spectacles

(liste non exhaustive)

Interprète

Chorégraphe

Filmographie

Notes et références

Notes

  1. Parfois orthographié Leblond. Le Blond est la graphie figurant sur ses actes de naissance et de décès.
  2. Ce voyage en Indonésie n'est pas documenté et n'a vraisemblablement pas eu lieu dans la mesure où il est démontré depuis qu'elle n'a jamais eu aucun lien familial ou autre dans cette région du monde.
  3. En 1969, elle y réside avec sa sœur Marie Virginie, lorsque cette dernière meurt[23].

Références

  1. Carte de visite à lire en ligne sur Gallica.
  2. Acte de naissance n° 181 (vue 64/83) sans mention marginale. Archives nationales d'Outre-mer, Guyane, état-civil de Cayenne, registre des naissances de 1889.
  3. « Généalogie de Marie Emilie LEBLOND », sur Geneanet (consulté le )
  4. Boulevard Pereire. Des cambrioleurs visitent deux appartements. Le Populaire, 25 octobre 1929, p. 2, à lire en ligne sur Gallica.
  5. Recensement de 1926, 17e arrondissement, quartier Plaine de Monceaux (vue 491/787). Archives en ligne de la Ville de Paris, registres des recensements de population, année 1926.
  6. Recensement de 1931, 17e arrondissement, quartier Plaine de Monceaux (vue 100/391). Archives en ligne de la Ville de Paris, registres des recensements de population, année 1931.
  7. Recensement de 1936, 7e arrondissement, quartier du Gros-Caillou (vue 291/334). Archives en ligne de la Ville de Paris, registres des recensements de population, année 1936.
  8. (en) Jacqueline Robinson, Modern Dance in France (1920-1970): An Adventure, New York, Routledge, 1997, p. 93-94sur Google Livres
  9. Vente sur licitation. Journal officiel de la Guyane française, 7 décembre 1907, p. 513, à lire en ligne sur Gallica.
  10. Acte de décès no 703, , Paris 16e, Archives_de_Paris
  11. Élise Jouhandeau, Joies et Douleurs d'une belle excentrique. 3. Le Spleen empanaché, Paris, Flammarion, 1952-1960 (lire en ligne)
  12. André Rivollet, « Hollywood pour moi c'est l'histoire d'une machine à écrire », sur Gallica, Le Journal de Shanghai, (consulté le ), p. 6
  13. Le Figaro, Paris, 26 mai 1912, p. 3.
  14. Yannick Simon, « Un opus inédit de Ravel : l’orchestration du premier prélude du Fils des étoiles de Satie », Hypotheses, 15 octobre 2023.
  15. « Ce soir », sur Gallica, Le Figaro, (consulté le ), p. 5
  16. « La danse d'Extrême-Orient et celles d'Occident. Leurs rapports possibles. Par Mlle Djemil Anik », La Revue des Archives internationales de la danse,‎ , p. 28-29 (lire en ligne)
  17. (it) Fiorella Cardinale Ciccotti, « L'Estremo Oriente di Djemil Anik. Influssi e interpolazioni delle danze giavanesi nell'attività artistica e pedagogica », Danza e ricerca. Laboratorio di studi, scritture, visioni,‎ , p. 127-137 (DOI https://doi.org/10.6092/issn.2036-1599/20942)
  18. « Marcel Bouraine : la danseuse indoue Djemel Anik dans Bodhisattwa », sur Gallica, Le Crapouillot, (consulté le ), p. 19
  19. Roger Dévigne, « À propos de la soirée "Océanie" », La République, Paris, , p. 4.
  20. Djemil-Anik, « De l'Opéra à la culture physique », sur Gallica, Votre beauté, (consulté le ), p. 30-31
  21. « Les Caprices de Marianne », sur Les Archives du spectacle, (consulté le )
  22. « Divines paroles », sur Les Archives du spectacle, (consulté le )
  23. Acte de décès no 738, , Paris 15e, Archives de Paris
  24. Transcription d'acte de décès no 821, , Paris 7e, Archives_de_Paris [lire en ligne] (vue 12/31)
  25. « Actualité théâtrale », sur Gallica, L'Europe nouvelle, (consulté le ), p. 2165
  26. « Théâtre de verdure du Pré-Catelan », sur Gallica, Le Petit journal, (consulté le ), p. 5
  27. « Les Caprices de Marianne », sur Les Archives du spectacle, (consulté le )
  28. Les meilleurs films français. Malencontre. Ciné-Journal, 16 octobre 1920, p. 22, à lire en ligne sur Gallica.
  29. Documents concernant le film à lire en ligne sur Gallica.

Liens externes

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