Emile de Cartier de Marchienne

Le baron Émile de Cartier de Marchienne né le à Schaerbeek, Belgique et mort le à Londres, Royaume-Uni est un diplomate belge. Ambassadeur à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale, il a contribué à la constitution du gouvernement belge Pierlot IV en exil en Angleterre.

Biographie

Émile-Ernest de Cartier de Marchienne, né le à Schaerbeek, est le fils du baron Paul-Émile de Cartier et de Louisa Brown O’Meara (1849-1935), de nationalité anglaise. Il se marie en 1907 à New York avec Alice Draper-Coburn, de nationalité américaine, puis, après le décès de celle-ci, se remarie le à Paris avec Marie E. Dow, également de nationalité américaine. Il n'a pas d'enfant issu de ses deux mariages, raison pour laquelle il a adopté son neveu Louis de Cartier en 1946 pour conserver le nom de « de Marchienne » dans la famille[1]. Émile de Cartier de Marchienne est également l'oncle de Marguerite Yourcenar, femme de lettres et première femme à l'Académie française.

Il fait des études universitaires et obtient un diplôme en philosophie et lettres.

En , il entre à l'administration centrale du ministère des Affaires étrangères et est envoyé à Vienne. Il est alors promu au grade de secrétaire. En 1895, il est envoyé à Belgrade en Serbie puis en 1896, il fait une un bref passage à Rio de Janeiro comme chargé d'affaires. Il réside ensuite à Tokyo de 1896 à 1898, Pékin de 1898 à 1900 et en 1901 et à Paris en 1900. À Pékin, il fait preuve d'un grand courage lors de la révolte des Boxers en 1900. Les bâtiments de la légation de Belgique sont détruits au cours de la révolte. Il la fait alors reconstruire sur base d’un plan inspiré de son château familial de Marchienne[2]. On le retrouve conseiller de légation à Londres en 1906, puis à Washington en 1908. En 1910, le gouvernement belge le nomme ministre résident puis ministre plénipotentiaire en 1914 à Pékin. En 1917, il obtient la légation de Washington, promue au rang d'ambassade à partir de 1919, charge à laquelle s'ajoute, pendant quelques années, celle de ministre à Haïti, Cuba et Saint-Domingue[3]. C'est à ce titre qu'il participe en 1921-1922 à la Conférence navale de Washington pour les affaires d'Extrême-Orient et du Pacifique. De même, il défend en 1925 les intérêts de la Belgique à la Conférence de Washington pour le règlement de la dette belge vis-à-vis des États-Unis[4].

Le , il est nommé ambassadeur à Londres. Son action à la Commission de non-intervention dans la guerre d'Espagne (1936-1939) le verra rester en poste au Royaume-Uni pour défendre les intérêts de la Belgique.

En mai 1940, a lieu l'invasion allemande de la Belgique, des Pays-Bas, de la France. Lors d'un bref passage à Londres le 25 mai 1940, le général Henri Denis, ministre de la Défense, confie au général Victor Van Strydonck de Burkel la mission de regrouper au camp de Tenby (Pays de Galles) les Belges prêts à continuer la lutte, pour former les Forces belges libres en Grande-Bretagne, comme le suggère l'ambassadeur de Cartier de Marchienne (qui n'accepte pas la défaite et est un des rares à croire en l'esprit de résistance des Britanniques proclamé par Winston Churchill) [5].

Dès la capitulation belge du 28 mai 1940, il va jouer un rôle déterminant pour faire venir le gouvernement belge à Londres[6]. Son intervention apparaîtra au grand jour après l'Armistice du qui consacre la défaite de la France après celle de la Belgique. Albert de Vleeschauwer, ministre des Colonies, est le seul ministre du gouvernement Pierlot III à s'être extrait de France. Il envoie un télégramme le à tous les postes diplomatiques belges et au gouverneur général du Congo, annonçant qu’il y a un membre du gouvernement, dûment mandaté, hors de portée de l’ennemi et que « la guerre continue ».

Cartier de Marchienne à Londres réagit dès le au télégramme d'Albert de Vleeschauwer en l'invitant à se rendre incessamment en Angleterre. Albert de Vleeschauwer est alors accueilli à Londres par Winston Churchill et propose que la Belgique mette les ressources du Congo au service de la lutte des Alliés contre l'Allemagne. Le ministre belge et l'ambassadeur de Cartier de Marchienne convaincront ensuite plusieurs autres ministres belges du gouvernement Pierlot de rallier Londres pour former le noyau d'une nouvelle équipe gouvernementale[7]. Pendant la Seconde Guerre mondiale, de Cartier de Marchienne, grâce à son entregent, participe à la coordination de l'effort de guerre belge et sert de relais entre Paul-Henri Spaak, le corps diplomatique londonien et le Foreign Office[2].

Le 7 juin 1945, dans une note adressée à Émile de Cartier de Marchienne, Paul-Henri Spaak, ministre belge des Affaires étrangères, définit les principes et les conditions de la participation de la Belgique à l'occupation militaire alliée de l'Allemagne [8], notamment par des Forces belges en Allemagne.

En , il fait partie des membres de la délégation belge qui rencontre le roi Léopold III à Sankt-Wolfgang pour lui fournir leurs conseils.

Il décède le à Londres alors qu'il est encore à 74 ans ambassadeur au Royaume-Uni. Le , ses funérailles sont célébrées avec les honneurs militaires à la cathédrale de Westminster et il est inhumé au cimetière de Brookwood dans les environs de Londres[9].

Hommages et distinctions

Le baron de Cartier est docteur honoris causa en droit des universités américaines de Princeton, Columbia, Brown, Rochester, Villanova et, des universités britanniques d'Oxford, d'Edimbourg et Belfast[3].

En , il est admis comme chevalier et membre de l'Honorable Société des Chevaliers de la Table Ronde à Londres.

Parmi les nombreuses distinctions belges et étrangères, il a été fait[4] :

Notes et références

  1. (nl) FG, « Kasteel Den Tip », sur www.vankasteelnaarkasteel.be, (consulté le )
  2. Michaël Auwers (Cegesoma/archives de l'Etat), « De Cartier de Marchienne Emile », sur Belgium wwii.be (consulté le )
  3. Jacques Willequet, Biographie nationale, Bruxelles, Emile Bruylant - Tome IV, (lire en ligne), p. 88-89
  4. « Mort du baron de Cartier de Marchienne », Le Soir,‎ , p. 1 (lire en ligne Accès limité)
  5. « 25 mai 1940, Tenby. Aux origines des Forces belges en Grande-Bretagne », sur www.belgiumwwii.be (consulté le )
  6. Voir Les cent jours de l'ambassadeur, op. cit.
  7. Thierry Grosbois, Pierlot 1930-1950, Bruxelles, Racine, (lire en ligne), p. 150
  8. « Instructions de Paul-Henri Spaak à E. de Cartier de Marchienne (7 juin 1945) », sur CVCE.EU by UNI.LU, (consulté le )
  9. « La mort du baron de Cartier de Marchienne », Le Soir,‎ , p. 3 (lire en ligne Accès limité)

Annexes

Bibliographie

  • Patrice-Emmanuel Schmitz, Les cent jours de l'ambassadeur, ou pourquoi la Belgique a gagné la Seconde Guerre mondiale, Editions Mols, 2025, 213 p. (ISBN 9782874023033)

Articles connexes

Liens externes

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