Famille Pictet
| Famille Pictet | ||
Armes de la famille. | ||
| Blasonnement | De sinople à un mur non crenelé d’argent, maçonné de sable, accompagné en chef d’un lion naissant d’or, mouvant du mur | |
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| Devise | Sustine et Abstine Bien faire et laisser dire[1] |
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| Période | Depuis le XVe siècle | |
| Origine | Neydens (actuelle Haute-Savoie) | |
| Pays | ||
La famille Pictet est une famille de Genève. Issue à l'origine d'un milieu paysan de la région de Neydens (actuelle Haute-Savoie), elle accède à la bourgeoisie de Genève en 1474. Au fil des siècles suivants, les Pictet jouent un rôle important dans la vie politique, religieuse, scientifique, militaire et économique de Genève et de la Suisse.
Depuis la première moitié du XVIIe siècle, la famille Pictet est divisée en trois branches distinctes : la branche aînée (aujourd'hui éteinte), la branche puinée et la branche cadette, cette dernière étant de nos jours la plus nombreuse[2].
Parmi les membres les plus illustres de la famille Pictet se trouvent notamment Charles Pictet de Rochemont (1755-1824), qui a négocié les frontières actuelles du canton de Genève et la reconnaissance du statut de neutralité perpétuelle de la Suisse, ainsi que son frère Marc-Auguste Pictet (1752-1825), grande figure scientifique et intellectuelle en l'honneur duquel a été donné le nom Pictet à l'un des cratères de la Lune. Amé Pictet (1857-1937), chimiste, a donné son nom à la réaction de Pictet-Spengler, tandis que Raoul Pictet (1846-1929) fut le premier à liquefier l'oxygène en 1877. Lucien Pictet (1864-1928), ingénieur, a donné la moitié de son patronyme aux automobiles Pic-Pic et Jean (1914-2002), son fils, fut l'un des artisans des quatre Conventions de Genève de 1949.
Au cours des siècles, de nombreux membres de la famille ont siégé au Petit Conseil de Genève ou comme conseillers d'État, dont douze syndics sous l'ancienne République de Genève. La famille compte enfin de nombreux professeurs ayant enseigné à l'Université de Genève (anciennement Académie de Genève), notamment en théologie, en droit et en sciences naturelles.
De nos jours la famille Pictet est directement associée à la banque Pictet, l'une des plus grandes banques privées de Suisse, et principalement dirigée depuis 1841 par des membres de sa branche cadette. La famille dispose enfin d'une fondation (Fondation des Archives de la Famille Pictet) vouée à la préservation des archives familiales pouvant servir de base documentaire pour des chercheurs, des expositions ou l'édition d'ouvrages consacrés à l'histoire des grandes familles suisses[3],[4].
Origines
Les plus lointains ancêtres connus de la famille Pictet étaient des paysans propriétaires de cinq hectares de terre à Neydens, à partir de 1344[1]. Il est à noter que le nom de famille Pictet s'écrivait initialement « Pitet » ou « Pittet » : au XVe siècle apparaît la graphie Pictet, le « c » servant à marquer le double « t »[5]. Si l'orthographe Pictet s'impose durablement dans la famille, la prononciation sans le « c » est longtemps restée répandue à Genève et demeure occasionnellement usitée[1],[5]. Les sources anciennes attestent toutefois que les membres de la famille signent eux‑mêmes systématiquement « Pictet » dès le XVIe siècle[5].
Le premier ancêtre marquant l'histoire familiale est Pierre Pictet, qui acquiert la bourgeoisie de Genève le , événement marquant le début de l'ascension sociale de la famille dans la cité[1],[2]. Cela les distingue des familles huguenotes ou italiennes qui recevront la bourgeoisie après la Réforme[6]. Les premières générations urbaines de la famille s'installent dans le faubourg de Saint‑Gervais au début du XVIe siècle en exerçant des professions liées à l'artisanat[2],[7]. En 1575, Ami Pictet (notaire), arrière-arrière-petit-fils de Pierre Pictet, participe à son tour à cette ascension en étant le premier membre de la famille Pictet à être élu syndic de la République de Genève, marquant l'entrée de la famille dans le domaine politique genevois[1],[2].
Au début du XVIIe siècle, la famille se divise en trois branches correspondant à la descendance de Jaques Pictet (1576-1629) : son fils André Pictet (1609-1669) est à l'origine de la branche aînée (aujourd'hui éteinte), son fils Jérémie Pictet (1613-1669) est à l'origine de la branche puînée ; enfin son cadet Pierre Pictet (1626-1690) est à l'origine de la branche cadette[8]. Pour autant, chaque branche s'illustre au fil des siècles dans des domaines communs, notamment politiques, militaires, économiques et religieux. Au fil des siècles, la famille reste implantée dans la région de Genève où elle se constitue un important patrimoine foncier, souvent par alliances matrimoniales, principalement situé sur la rive droite du lac Léman et le long du Rhône (notamment à Pregny-Chambésy, Saconnex, Troinex et Sergy dans le Pays de Gex)[2].
Branche aînée
La branche aînée de la famille descend du syndic André Pictet (1609-1669)[8]. Elle compte notamment parmi ses membres des figures politiques, ainsi qu'une figure religieuse de premier plan avec Bénédict Pictet. Cette branche est éteinte depuis 1876[2].

- Bénédict Pictet (1655‑1724)[9], fils du fondateur de la branche aînée André Pictet, est un important pasteur et théologien genevois. À partir de 1686, il enseigne la théologie à l'Académie de Genève, dont il est recteur à deux reprises[9]. Figure majeure du protestantisme genevois, il dirige plusieurs institutions civiles et ecclésiastiques et est membre de l'Académie des sciences de Berlin[9]. Défenseur d'une orthodoxie réformée ouverte à la philosophie cartésienne, il joue un rôle central dans la réforme liturgique genevoise[9]. Auteur prolifique, il publie des traités théologiques et moraux largement diffusés, ainsi que des sermons et des cantiques[9].
- Catherine Pictet (1726-1795), fille du conseiller et secrétaire d’État Isaac Pictet (1693-1769), et amie intime de la mère d’Albert Gallatin (1761-1849), qu'elle élève lorsqu'il se retrouve orphelin. Emigré à l’âge de 18 ans, Gallatin réalise une brillante carrière politique, diplomatique et bancaire qui le mènera jusqu’au poste de Secrétaire du Trésor du président Thomas Jefferson. Albert écrit ainsi, en 1844 « Vous n’ignorez pas les grandes obligations que j’ai envers Catherine Pictet, la tante de votre père et qui nous a élevés tous les deux (..). C’est à elle que je dois ce que je vaux et les succès de la carrière dans laquelle j’ai été jeté. »[10],[11]
- François Pierre Pictet (1728-1798), dit « le Géant »[1], petit-fils de Bénédict, réalise des études de droit à Genève avant de devenir avocat en 1752[12]. Il devient un proche de Voltaire pendant les années que celui-ci passe dans la région de Genève[12]. Il s'installe en 1761 à Saint-Pétersbourg où il entre dans l'entourage de Catherine II[12]. Par ses relations, il initie la correspondance entre le philosophe et l'impératrice[12]. Son parcours l'amène à devenir informateur de l'ambassade de France en Russie et à recruter des colons pour peupler Kazan et Saratov. Compromis dans une affaire de contrebande, il doit quitter la Russie en 1776 et s'installe alors à Paris[12]. Antirévolutionnaire, il émigre à Londres puis à Reading et à Berne, avant de revenir à Genève où il décède[12],[13].
Branche puînée
La branche puînée de la famille (aussi dite « branche seconde »[14]) descend de Jérémie Pictet (1613-1669)[8]. La branche puînée fournit à la famille certaines de ses figures les plus marquantes sur le plan politique, diplomatique et scientifique. Cette branche connaît un déclin démographique progressif à partir du XIXe siècle mais subsiste de nos jours[1].

- Jacques Pictet-Thellusson (1705-1786)[1] se tourne vers une carrière militaire en étant officier au service du royaume de Piémont-Sardaigne, où il atteint le grade de lieutenant-général[1]. Par la suite, il représente à Genève le roi Charles-Emmanuel III, qui le fait comte en 1756[1]. Héritier du domaine du Reposoir, à Pregny-Chambésy, il y fait édifier une maison de maître, toujours dans la famille de nos jours[1]. Il a trois fils : Isaac, Louis et Marc-Louis.
- Charlotte Pictet (1734-1766) habite la propriété que son père fait construire à proximité des « Délices », domaine dans lequel réside le célèbre philosophe français avec qui elle se lie d'amitié. Troublé par ce voisinage et afin de préserver sa tranquillité, Voltaire fait planter entre les propriétés des marronniers qu’il baptise « cache-Pictet ». L’expression connait une popularité inattendue grâce à Stendhal, qui la cite dans ses Mémoires d’un touriste publiées en 1854. Charlotte épouse en 1757 le vaudois Samuel Constant, futur oncle de l’écrivain et homme politique Benjamin Constant. Ayant suivi de près les préparatifs, Voltaire écrira au sujet de ce mariage : « Nous marions l’un des fils du général Constant avec la belle demoiselle Pictet et nous unissons Lausanne à Genève »[15],[16].
- Isaac Pictet de Pregny (1746-1823)[17], fils aîné de Jacques Pictet-Thellusson, s'oriente très tôt vers la politique et la diplomatie après des études à l'Académie de Genève[17]. Correspondant de puissances étrangères (notamment du roi de Sardaigne) et proche des milieux diplomatiques européens, il ne tarde pas à accéder aux plus hautes magistratures[17]. La Révolution de 1792 le prive brutalement de ses charges, de sa fortune et de son épouse, l'obligeant à une longue retraite[17]. Il consacre ces années à la gestion et à l'embellissement de son domaine du Reposoir ainsi qu'à des travaux historiques et généalogiques[17]. À la Restauration, il retrouve un rôle central dans la vie politique genevoise et meurt syndic en charge[17]. De son premier mariage avec Lucrèce Lullin, Isaac Pictet a trois enfants : Gabriel, mort en bas âge, Jacques dit James, et Louis, qui lui survit et devient son héritier ; son second mariage avec Julie-Madeleine Bertrand ne donne pas de descendance[17].

- Louis Pictet, dit « du Bengale » (1747-1823)[18], deuxième fils de Jacques Pictet-Thellusson, se forme au commerce en Angleterre avant d'entrer au service de la Compagnie britannique des Indes orientales[18]. Envoyé au Bengale, il y séjourne près de neuf ans, occupant des fonctions administratives et dirigeant le comptoir de Cossimbazar, ce qui lui permet de constituer une solide fortune[18]. Revenu en Europe pour raisons de santé, il s'établit à Genève, puis au pays de Vaud durant la Révolution[18].

- Marc-Auguste Pictet (1752-1825)[19],[20], fils de Charles Pictet, est l'une des grandes figures scientifiques et intellectuelles de Genève. Astronome, physicien, naturaliste et cartographe, il enseigne la physique à l'Académie de Genève pendant près de quarante ans[19]. Collaborateur et ami d'Horace-Bénédict de Saussure, il contribue de manière décisive à la cartographie alpine et aux débuts de la météorologie moderne[19]. Cofondateur et directeur scientifique de la Bibliothèque britannique (périodique genevois), il joue un rôle majeur de passeur entre la science anglaise et l'Europe francophone[19],[21]. Dignitaire de l'Empire napoléonien tout en restant profondément attaché à Genève, il préside durablement la Société des Arts et s'impose comme un savant, pédagogue et médiateur d'influence internationale[20].
- Charles Pictet de Rochemont (1755–1824), fils de Charles Pictet et frère de Marc-Auguste, est une figure majeure de l'histoire genevoise et suisse, considéré comme l'un des pères de la patrie[22],[23]. Formé à la carrière militaire, il trouve sa véritable vocation comme publiciste et agronome. Installé à Lancy, il devient un pionnier de l'élevage des mérinos, du développement de l'agriculture moderne et de l'industrie lainière, tout en diffusant largement les innovations britanniques par ses publications, notamment au sein de la Bibliothèque britannique[22]. Appelé tardivement à la vie publique, il joue un rôle décisif lors de la Restauration, représentant Genève puis la Confédération suisse aux congrès de Paris et de Vienne[22]. Son action diplomatique assure l'intégration de Genève à la Suisse et la reconnaissance internationale de la neutralité perpétuelle de la Suisse (1815)[22]. Il négocie également le Traité de Turin (1816) qui finalise la cession des communes sardes au canton.
- Adélaïde Sara Pictet de Rochemont (1767-1830), épouse de Charles, celui-ci joint son nom au sien selon l'usage genevois de l'époque. Outre la gestion de la ferme-modèle que le couple possède à Lancy et où les dernières innovations agricoles sont appliquées, elle crée avec son mari une école pour les enfants des environs. Un parc lui est désormais dédié dans le quartier lancéen de Pont-Rouge[24],[25].
- James Pictet-Menet (1777–1816), fils aîné d'Isaac Pictet de Pregny, mène une carrière militaire au service des armées sarde puis française durant les guerres de la Révolution et de l'Empire[26]. Engagé dès l'adolescence, il participe à la plupart des grandes campagnes européennes, est présent à Austerlitz, Wagram, en Espagne, en Russie et lors des combats de 1813–1814, et se distingue par son courage, étant plusieurs fois grièvement blessé[26]. Capitaine aux dragons de la Garde impériale, décoré de la Légion d'honneur et fait chevalier d'Empire, il accède au grade de chef d'escadron après la campagne de Russie[26]. Grièvement atteint lors de la campagne de France en 1814, il épouse la même année Mary Menet, malgré les réticences initiales de son père, et s'établit à Sécheron[26]. Élu membre du Conseil représentatif de Genève sous la Restauration, il meurt des suites de ses blessures en 1816, à trente-neuf ans, sans postérité[26].
- Louis Pictet-Achard (1778-1852), fils d'Isaac Pictet de Pregny et frère de James, il effectue pour sa part une carrière militaire au service de la Prusse, où il participe notamment à la campagne de 1806 contre Napoléon[27]. Après la capitulation de l'armée prussienne, il revient à Genève et se consacre à la gestion de son patrimoine familial, le domaine du Reposoir à Pregny[28]. Marié tard à Victoire Achard, il n'a pas de descendance directe[27]. Louis poursuit ses voyages en Europe, en particulier en Prusse, qu'il considère comme sa seconde patrie. Il meurt à Lübeck en 1852[27].

- Charles-René Pictet de Rochemont (1787–1856)[29], fils aîné de Charles Pictet de Rochemont, mène comme son père une carrière mêlant agronomie, diplomatie et vie publique. Très jeune, il joue un rôle actif dans la création des établissements ovins fondés par son père dans l'Empire russe, notamment dans la région d'Odessa, où il séjourne plusieurs années et dirige des exploitations de grande ampleur destinées à l'élevage du mérinos[29]. À partir de la Restauration, Charles-René s'oriente vers la diplomatie[29]. Attaché au duc de Richelieu, puis au service du royaume de Bavière, il est nommé conseiller de légation, chambellan et chargé d'affaires à Paris, poste qu'il occupe de 1816 à 1825[29]. Il se retire par la suite à Genève, où il mène une vie de notable, siégeant de longues années au Conseil représentatif, exerçant la charge de maire de Lancy et participant au Consistoire[29]. Propriétaire foncier, il administre ses domaines genevois et tente de maintenir les exploitations russes, qui finissent toutefois par être liquidées à perte. Homme attaché à l'ordre social traditionnel, sensible aux honneurs et aux titres, il obtient l'adjonction du nom de Rochemont au sien en 1835 et reçoit des distinctions du royaume de Sardaigne. Hostile au radicalisme et inquiet des évolutions démocratiques, il s'engage du côté conservateur lors des troubles politiques genevois des années 1840. De son mariage avec Julie Cazenove naissent quatre enfants, dont deux fils, Théophile et Auguste[29]. Théophile Pictet de Rochemont embrasse une carrière militaire au service du Piémont puis de l'Italie, atteignant le grade de colonel, avant de se tourner vers un engagement ecclésiastique à Genève[29]. Auguste Pictet de Rochemont-Debrit, officier de l'armée suisse, gravit les échelons jusqu'au grade de colonel, exerce des fonctions de commandement à Genève et se fait également connaître pour ses talents musicaux. Le rameau Pictet de Rochemont, dans sa lignée masculine, disparaît en 1948 avec le décès de Maurice Pictet de Rochemont (1870-1948), fils unique d'Auguste Pictet de Rochemont, qui se consacre quant à lui au sport et à la musique, présidant durant vingt ans la Société d'escrime de Genève tout en soutenant activement la création de l'Orchestre de la Suisse romande, dont il préside le Conseil d'administration de 1918 à 1928[30],[31].

- Adolphe Pictet-Cazenove (1799–1875)[32], quatrième fils de Charles Pictet de Rochemont, se distingue au XIXe siècle comme philosophe, linguiste et savant, tout en menant parallèlement une carrière militaire. Formé à Genève, à Paris, en Allemagne et en Grande-Bretagne, il fréquente les grands centres intellectuels européens et se lie avec des figures majeures de la pensée de son temps comme Victor Cousin, Schelling, Hegel et Goethe[32]. Il relate d'ailleurs dans Une course à Chamouni (1838) le voyage qu'il fit avec Franz Liszt, Marie d'Agoult et George Sand dans la vallée de l'Arve et en Suisse. De retour à Genève, il dirige la section littéraire de la Bibliothèque universelle, et réalise des travaux couvrant l'esthétique, la philosophie et surtout la linguistique comparée[32]. Son ouvrage De l'affinité des langues celtiques avec le sanscrit (1836) lui vaut le prix Volney de l'Institut de France et fait de lui l'un des pionniers de la philologie indo-européenne[32]. Il poursuit cette œuvre majeure avec Les Origines indo-européennes, qui assoit sa réputation internationale et lui apporte un second prix Volney[32]. Parallèlement, il mène une longue carrière militaire dans l'armée suisse, atteignant le grade de colonel fédéral, et consacre plusieurs décennies à la mise au point de fusées de guerre, qu'il tente sans grand succès de faire adopter par divers États européens. Malgré des distinctions honorifiques nombreuses, dont la Légion d'honneur, il demeure une personnalité discrète. De son mariage avec Emma Cazenove naît un fils parvenu à l'âge adulte, Adolphe Pictet-de Fernex (1830–1893)[32]. Ingénieur et officier d'état-major, établi à Turin après son mariage, il fait carrière en Italie et reçoit le titre de chevalier de la Couronne d'Italie. Sa descendance, établie successivement en Italie puis en Algérie, s'éteint dans la lignée masculine au début du XXe siècle, marquant la disparition de ce rameau familial.
- Jean-François-Louis Pictet-Calandrini (1790-1858)[33], fils unique de Louis Pictet du Bengale, réalise ses études à l'Académie de Genève avant de rejoindre la banque Calandrini & Cie[33]. Il en devient rapidement l'unique dirigeant avant d'être ruiné par sa liquidation[33]. En 1829, il fonde sa propre banque, la maison Pictet-Calandrini, qu'il dirige jusqu'à sa mort ; l'établissement est toutefois sans lien avec le groupe Pictet développé au sein de la branche cadette de la famille[33]. Parallèlement, il s'investit dans la vie civique et militaire en devenant lieutenant puis capitaine de grenadiers, conseiller administratif et membre du Grand Conseil de Genève[33]. Il soutient plusieurs institutions religieuses et éducatives, tout en cultivant un goût pour les arts, notamment en commandant des paysages à Alexandre Calame[33].
- Peter Pictet-Micheli (1794–1850)[34] est le deuxième fils de Marc-Louis Pictet-Micheli de Dully et l'un des derniers représentants d'une longue tradition militaire familiale. Après un début dans les milices vaudoises lors de la chute de l'Empire napoléonien, il poursuit une carrière au service du royaume de Sardaigne[34]. Il se distingue notamment lors des troubles carbonaristes de 1821. Sa progression est régulière : capitaine, major, lieutenant-colonel, puis général honoraire, il est décoré à plusieurs reprises de l'Ordre des Saints-Maurice-et-Lazare[34]. Revenu à Genève au début des années 1830, il s'établit à Landecy par son mariage avec Louise-Pauline Micheli et mène une existence de gentilhomme campagnard[34]. Attaché aux principes conservateurs, il siège brièvement au Grand Conseil de Genève avant la Révolution fazyste de 1846. Son fils unique, Albert (1833–1879)[35], formé par un long voyage d'études en Grande-Bretagne et en Europe du Nord, s'intéresse à l'agriculture, aux sciences naturelles et à l'organisation des domaines ruraux[35]. De retour à Genève, il se consacre à la gestion et à l'agrandissement du domaine de Landecy, tout en mettant son temps et ses compétences au service d'œuvres philanthropiques, notamment comme cofondateur et administrateur de la maison de santé de la Métairie, près de Nyon[35]. Actif dans la vie publique, il exerce les fonctions de maire de Bardonnex pendant plus d'une décennie et siège au Grand Conseil, où il s'affirme comme une figure du camp indépendant et conservateur[35]. Passionné d'histoire, il constitue d'importantes collections qu'il lègue en partie à la Bibliothèque de Genève[35]. Marié sans descendance et marqué par un veuvage précoce, il meurt à 44 ans[35].
- Ferdinand Pictet (1796–1862)[36], né au château de Dully en 1796, est le troisième fils de Marc-Louis Pictet-Micheli. Engagé très jeune dans l'armée britannique, il sert comme officier d'infanterie aux Antilles, en Amérique du Sud et au Canada avant de quitter le service en 1819[36]. Revenu à Genève, il mène une carrière civile remarquée : membre de la Chambre des tutelles, administrateur de l'Hôpital pendant quinze ans et député au Conseil représentatif de 1831 à 1841, il s'acquitte de ses fonctions avec rigueur et désintéressement[36]. Son mariage avec Adèle Martin lui apporte une aisance financière durable et l'ancre dans la bourgeoisie genevoise[36]. De ses trois fils, Arthur poursuit une carrière bancaire malheureuse qui le conduit à s'établir en France, fondant le rameau Pictet-Sévène ; William réussit dans le commerce des eaux minérales à Genève ; Edward, enfin, se distingue par une brillante carrière militaire et politique, devenant une importante figure municipale de Genève[36].
- Armand Pictet (1798-1861)[37], quatrième fils des Pictet-Micheli de Dully, est à l'origine d'un rameau britannique puis australien de la famille. Engagé très jeune dans l'armée de la Compagnie puis de la Couronne britannique, il sert aux Indes et se distingue durant la première guerre de Birmanie, ce qui lui vaut la médaille militaire[37]. Après douze années de service, il quitte l'armée en 1827 avec le grade de capitaine[37]. Revenu à Genève, il épouse sa cousine Anna Pictet, fille de Louis Pictet du Bengale[37]. Grâce à ses relations à Londres, Armand est nommé agent consulaire britannique à Genève en 1846, puis consul de Grande-Bretagne en Suisse en 1853, fonction qu'il exerce jusqu'à sa mort[37]. Il joue un rôle actif dans la fondation de l'église anglicane de Genève[37].
- Auguste Pictet-de Bock (1804–1874)[38], cinquième et dernier fils de Marc-Louis Pictet-Micheli de Dully, ouvre une nouvelle lignée familiale par son mariage avec Julie-Cécile de Bock, issue de l'ancienne noblesse balte, première étrangère épousée par un Pictet à Genève depuis le XVe siècle[38]. Destiné comme ses frères au service étranger, il sert successivement dans les troupes suisses au service de la France, puis dans l'armée piémontaise, où il atteint le grade de capitaine avant de quitter définitivement les armes en 1842[38]. Installé à Genève, Auguste se consacre à des fonctions civiles et ecclésiastiques, notamment comme adjoint à l'Hôpital général puis comme diacre et membre du Consistoire[38]. Établi à Plainpalais, alors commune indépendante, il joue un rôle majeur dans la vie municipale : adjoint au maire pendant douze ans, puis maire de 1862 à 1874, il accompagne la transformation du village en faubourg urbain en développant l'éclairage public, les infrastructures, les écoles et les équipements communaux[38]. À sa retraite, son nom est donné à une rue de Plainpalais. De son union avec Julie-Cécile naissent cinq fils : Théodore, mort prématurément ; Oswald et Léonce, qui mènent des carrières discrètes ; Raoul, futur physicien de renom et figure marquante de la famille ; et Eugène, dont la descendance assure la pérennité du rameau Pictet-de Bock[38].
- Raoul Pictet (1846-1929)[39], troisième des cinq fils d'Auguste Pictet-de Bock, est un physicien et inventeur, pionnier des basses températures et de la réfrigération industrielle[39]. Formé à Genève puis à Paris, il conçoit dès 23 ans sa première machine frigorifique[39]. Entre 1871 et 1874, il séjourne en Égypte, où il enseigne la physique, dirige des travaux publics, construit des usines de glace et contribue à la création d'institutions ophtalmologiques[39],[40]. De retour en Europe, il développe et brevète de nombreux procédés de réfrigération et réussit en 1877 la liquéfaction de l'oxygène, exploit qui lui vaut une reconnaissance internationale et la création d'une chaire de physique industrielle à l'Université de Genève[39]. Marié en premières noces à Hélène Roget, puis à Louise Reiche, il a douze enfants, dont sont de nos jours issus les derniers descendants masculins de la branche puînée des Pictet[39].
Branche cadette
La branche cadette de la famille descend du syndic Pierre Pictet (1626-1690)[8]. Cette branche est aujourd'hui la plus nombreuse et la plus visible. Initialement actifs dans les domaines militaire, politique et scientifique, plusieurs de ses membres sont étroitement liés à la banque Pictet, initialement fondée en 1805 par Jacob-Michel François de Candolle (1778-1841) et Jacques-Henry Mallet (1779-1807) sous le nom De Candolle, Mallet & Cie[2].
Depuis l'arrivée d'Edouard Pictet-Prevost en tant qu'associé de la banque en 1841, quinze membres de la famille Pictet, sur neuf générations, se sont succédé à la tête de la banque Pictet[41],[42]:
- Edouard Pictet-Prevost (de 1841 à 1878), neveu par alliance du fondateur Jacob-Michel François de Candolle
- Ernest Pictet (de 1856 à 1909), petit-fils du fondateur Jacob-Michel François de Candolle
- Émile Pictet (de 1875 à 1909), fils d'Edouard Pictet-Prévost
- Guillaume Pictet (de 1889 à 1926), fils d'Ernest Pictet
- Aymon Pictet (de 1919 à 1928), fils de Guillaume Pictet
- Albert Pictet (de 1928 à 1955), neveu de Guillaume Pictet
- Edouard Pictet (1950-1975), fils de Guillaume Pictet
- Michel Pictet (1955-1980), fils d'Aymon Pictet
- Pierre Pictet (1963-1988), fils d'Albert Pictet
- Charles Pictet (1979-2005), fils d'Edouard Pictet
- Ivan Pictet (1982-2010), fils de Michel Pictet
- Nicolas Pictet (1991-2019), descendant d’Edouard Pictet-Prevost
- Fabien Pictet (1996-1997), fils de Pierre Pictet
- Marc Pictet (depuis 2011), neveu de Charles Pictet
- François Pictet (depuis 2022), fils de Charles Pictet

- Jean-Louis Pictet (1739-1781)[43], fils de Jean Pictet, est un juriste, magistrat et savant. Il étudie le droit à l'Académie de Genève et devient avocat en 1762[43]. Il mène une carrière politique à Genève : membre du Conseil des Deux-Cents en 1770, auditeur en 1772, il entre au Petit Conseil en 1775 et est élu syndic en 1778[43]. Très tôt intéressé par l'astronomie et les sciences naturelles, il participe en 1762 à l'exploration des Alpes et collabore avec Horace-Bénédict de Saussure[43]. Invité par l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, il observe en 1769, avec son beau-frère Jacques-André Mallet, le passage de Vénus devant le Soleil[43]. Il séjourne en Laponie entre 1768 et 1769, d'où il rapporte des collections naturalistes, des observations scientifiques et un journal illustré. Il épouse en 1773 Marguerite Mallet[44].
- Jean Marc Jules Pictet-Diodati (1768–1828)[45], fils unique de Pierre Pictet de Sergy, est avocat de formation et mène une longue carrière judiciaire et politique, d'abord sous le régime français (département du Léman) après l'annexion de Genève, puis dans la République restaurée[45]. Juge au Tribunal civil du Léman, président de la Cour de justice criminelle et membre du Corps législatif français, il se distingue par son indépendance d'esprit, son sens de l'équité et son opposition modérée au despotisme impérial[45]. Il est fait chevalier de la Légion d'honneur en 1810[45]. Ami de Mme de Staël et familier du groupe de Coppet, il joue après 1814 un rôle majeur dans les institutions genevoises, notamment comme président de la Cour suprême[45]. Il est le père de Jules Pictet[45].
- Jean-Pierre Pictet-Baraban (1777-1857)[46], fils de Jean-Louis Pictet et neveu de Jacques-André Mallet[47], est un juriste et homme politique. Il étudie la philosophie puis le droit à l'Académie de Genève (1794-1796) et suit des cours de sciences à Paris[46]. Avocat à Genève en 1798, il exerce également comme précepteur à Alicante (1798-1801) puis comme professeur adjoint de physique expérimentale à l'Académie de Genève[46]. Il mène une carrière politique importante : député au Conseil représentatif genevois (1814-1818, 1833-1841), procureur général (1815-1818), conseiller d'État et lieutenant civil (1818-1832), député à l'Assemblée constituante (1841) et au Grand Conseil (1842-1846)[46]. Il est également maire d'Avully (1803-1815) et de Troinex (1842-1850). Membre actif de la Société de physique et d'histoire naturelle, de la Société économique et de la Société des Arts, il contribue à la vie scientifique et civique de Genève[46]. Il épouse Adélaïde Baraban, héritière du domaine du Marsillon à Troinex, qui lui donne quatre enfants : François-Jules, Edouard, Charles et Victoire[47].
- Amédée-Pierre-Jules Pictet de Sergy (1795-1888)[48], fils unique de Jean Marc Jules Pictet-Diodati, traverse tout le XIXe siècle en homme de lettres, magistrat et historien genevois. Il connaît un bref engagement militaire en tant que volontaire dans la milice genevoise en 1814, puis officier à l'École de Thoune[48]. Par la suite avocat et magistrat, il devient auditeur de justice, membre du Conseil représentatif, député à la Diète fédérale, puis conseiller d'État en 1835[48]. Son parcours politique est brisé par l'échec de ses ambitieux projets d'urbanisme à Saint-Gervais, notamment celui du « Pont des Terreaux », qui compromet sa fortune et le conduit à démissionner du Conseil d'État en 1839[48]. Les grèves et l'émeute de 1841 mettent définitivement fin à sa carrière politique[48]. Dès lors, il se consacre à l'écriture, à l'enseignement et à l'action civique. Historien passionné, il publie notamment une importante Histoire de Genève (1845-1847)[48]. Marié une première fois à Adèle de Candolle, fille du banquier Jacob-Michel-François de Candolle, il en eut trois fils, dont deux survécurent : Gustave Pictet et Ernest Pictet[48]. Veuf très jeune, il se remaria avec Anna Pictet, fille de Charles Pictet-de-Rochemont, dont il eut trois autre fils : Edmond, Julien (mort enfant) et Alfred[48]. Membre de la Société suisse d'utilité publique, il contribue au rachat de la prairie du Grütli puis à sa cession à la Confédération par celle-ci en 1860[49].
- François-Jules Pictet de la Rive (1809-1872)[50], fils aîné de Jean-Pierre Pictet-Baraban, est naturaliste, professeur et homme politique. Il se forme à l'Académie de Genève puis complète ses études à Paris, où il noue des relations durables avec les principaux naturalistes français[50]. Nommé professeur de zoologie à l'Académie de Genève en 1835, il y enseigne jusqu'à sa mort et contribue de manière décisive au développement de la paléontologie, qui devient sa spécialité principale[50]. Auteur d'une œuvre scientifique abondante, il publie notamment le Traité élémentaire de paléontologie, ouvrage de référence, et dirige la publication des Matériaux pour la paléontologie suisse, à l'origine de la constitution d'une véritable école genevoise dans cette discipline[50]. Il joue un rôle majeur dans l'essor du Muséum d'histoire naturelle de Genève, dont il organise et enrichit les collections[50]. Parallèlement, il mène une importante carrière politique. Député au Grand Conseil genevois durant de nombreuses années, président de cette assemblée à deux reprises, il est également recteur de l'Académie et siège au Conseil national et au Conseil des État[50]s. Marié à Éléonore de la Rive, il est père de cinq enfants[50].
- Edouard Pictet-Prevost (1813-1878)[51], fils de Jean-Pierre Pictet-Baraban, est formé à l'Académie de Genève puis dans une maison de commerce au Havre. Il entre en 1836 dans la banque De Candolle, Turrettini & Cie et en devient associé en 1841, donnant son patronyme à la banque[51]. Il dirige l'établissement pendant près de trente ans[51]. Il exerce en parallèle plusieurs fonctions économiques et judiciaires, notamment au sein de la Caisse d'épargne et du Tribunal de commerce, sans ambition politique marquée[51]. Marié à Amélie Prevost, qui donne naissance à leur fils Emile, il constitue à Genthod le domaine de Pierre-Grise, symbole de sa réussite sociale[51].
- Charles Pictet-Prevost (1823-1862)[52], troisième fils de Jean-Pierre Pictet-Baraban, est formé à l'Académie de Genève avant d'entreprendre des études de droit. Il exerce successivement comme avocat (à partir de 1851), puis comme substitut du procureur général du canton de Genève de 1856 à 1861[52]. Spécialiste reconnu des questions foncières, il est appelé par le Conseil fédéral à siéger dans des commissions d'estimation liées aux expropriations ferroviaires et participe activement à plusieurs institutions publiques, notamment la Caisse hypothécaire[52]. Parallèlement à sa carrière civile, il poursuit une activité militaire, atteignant le grade de major, et exerce les fonctions de juge instructeur de la milice[52]. En 1852, il épouse Suzanne Prevost[52]. Le couple s'établit au domaine de Marsillon, à Troinex. De cette union naissent trois enfants : Marie, Aloys et Gabriel[52]. Il meurt prématurément à l'âge de 39 ans, mais sa descendance assure la survivance durable de sa branche familiale au XXe siècle[52]. Gabriel ne connaît pas de descendance, mais Aloys (1855-1924) devient père de quatre enfants[53]. Plusieurs membres de ce rameau (dit de Marsillon) seront successivement élus maire de Troinex[53].
- Gustave Pictet (1827-1900)[54], fils aîné d'Amédée-Pierre-Jules Pictet de Sergy, est un juriste et homme politique. Après des études de droit à Heidelberg et à Paris, il devient avocat à Genève, tout en menant une carrière politique[54]. Il siège au Grand Conseil de Genève de 1864 à 1890, dont il devient vice-président, et contribue à plusieurs réformes législatives, notamment sur le droit des successions, l'organisation des tribunaux et la protection des mineurs[54]. Il défend le référendum et l'élection directe des représentants, et s'oppose aux fraudes électorales[54]. Il est élu à plusieurs reprises conseiller national[54]. Il épouse Amélie Lambert, mais le couple n'a pas d'enfants[54].

- Ernest Pictet (1829-1909)[55], deuxième fils d'Amédée-Pierre-Jules Pictet de Sergy, fait ses études à Genève avant de compléter sa formation par un apprentissage bancaire, notamment à Liverpool, où il se familiarise avec l'économie anglaise et l'école libérale de Manchester[55]. Revenu à Genève en 1856, il devient associé dans la banque Edouard Pictet & Cie, dont il prend la direction en 1878[55]. Parallèlement, il préside de 1871 à 1907 la Banque du Commerce[55]. Il contribue à la création de l'Association commerciale et industrielle (1865), future Chambre de commerce et d'industrie de Genève, qu'il préside à deux reprises, et joue un rôle clé dans la fondation de l'Union suisse du commerce et de l'industrie (aujourd'hui Économiesuisse)[56],[55]. Il se préoccupe également de la circulation du papier-monnaie en Suisse, publiant en 1863 une brochure proposant un projet de banque centrale associant les banques cantonales, et participe activement à la mise en place de la Banque nationale suisse en 1906-1907[55]. Il s'engage aussi dans la vie politique locale et nationale. Il siège au Conseil municipal de Genève (1858-1878), devient juge puis président du Tribunal de commerce, et est élu au Grand Conseil de Genève en 1878, dont il est immédiatement président[55]. Il siège à deux reprises au Conseil national. Il est enfin maire du Petit-Saconnex de 1894 à 1902[55]. Marié à Gabrielle Cayla, il a huit enfants dont cinq fils : Amé Pictet, Guillaume Pictet, Paul Pictet, Lucien Pictet et Arnold Pictet, qui s'illustrent chacun dans différents domaines.
- Edmond Pictet (1835-1901)[57], fils d'Amédée-Pierre-Jules Pictet de Sergy, réalise un apprentissage commercial en Allemagne puis passe treize années en Angleterre, où il s'initie au commerce coopératif et au modèle des pionniers de Rochdale. Il revient à Genève en 1867, devenant rapidement président de la Société coopérative de consommation, qu'il transforme d'une petite association modeste en un réseau prospère avec plusieurs succursales et un chiffre d'affaires approchant le million de francs à la fin du XIXe siècle[57]. En 1890, il contribue à la création de l'Union suisse des coopératives de consommation, fédérant les initiatives cantonales et favorisant le développement du mouvement coopératif à l'échelle nationale[57]. Historien passionné, il rédige des travaux sur l'histoire genevoise et la famille Pictet, publiant notamment une biographie de Charles Pictet de Rochemont. Célibataire et profondément religieux, il meurt au Petit-Villars en 1901[57].
- Édouard Pictet-Mallet (1835‑1879)[58], fils aîné de François-Jules Pictet de la Rive, est un naturaliste, scientifique et homme politique genevois. Passionné de sciences naturelles dès son enfance, il se spécialise en entomologie[58]. En 1865, il publie le Synopsis des névroptères de l'Espagne, présentant plusieurs espèces alors inconnues[58]. Parallèlement à ses travaux scientifiques, il s'engage dans la vie publique. Élu au Conseil municipal de Genève en 1866, puis député au Grand Conseil en 1878, il propose des réformes électorales avant-gardistes visant à garantir la sincérité du vote et la représentation des minorités[58]. Il mène également une carrière militaire, atteignant le grade de lieutenant-colonel[58]. Il participe aussi à des recherches topographiques et lacustres, collaborant avec François-Alphonse Forel sur la cartographie et le relief du Petit-Lac, publiée en 1877 et exposée à l'Exposition universelle de Paris en 1878[58]. Marié à Émilie Mallet en 1863, il a trois fils : Camille, Gaston et Pierre[58]. Camille poursuit la tradition scientifique familiale, devenant naturaliste et explorateur dans l'Archipel malais, tandis que Gaston et Pierre, bien que moins connus, perpétuent le nom de la famille[58].
- Alphonse Pictet (1838‑1903)[59], second fils de François-Jules Pictet de la Rive, est un naturaliste reconnu pour ses recherches entomologiques et ses voyages scientifiques. Après des études à l'Académie de Genève et un séjour en Grande-Bretagne, il se destine d'abord au commerce, mais des échecs bancaires le détournent définitivement des affaires[59]. En 1869, il épouse Renée Girod, dont il a une fille, Marguerite. Veuf dès l'année suivante, il cherche consolation et inspiration dans les voyages, parcourant l'Inde, le Proche-Orient, l'Afrique du Nord, la Tunisie, les îles Canaries et la Serbie[59]. Ces expéditions, souvent ardues et réalisées à cheval, nourrissent ses recherches scientifiques[59]. Encouragé par Henri de Saussure, Alphonse se consacre à l'histoire naturelle, particulièrement à l'étude des sauterelles et autres orthoptères[59]. Il publie plusieurs mémoires en collaboration avec Saussure et siège à la Commission du musée de Genève de 1890 à sa mort en 1903[59].
- Amé Pictet (1857-1937)[60], premier fils d'Ernest Pictet, se consacre au domaine de la chimie. Après des études en Allemagne et en France auprès des plus grands chimistes de son temps (Kekulé, Graebe, Wurtz), il est nommé en 1894 professeur de chimie pharmaceutique, biologique et toxicologique à l'université de Genève puis, en 1906, il reçoit une chaire de chimie inorganique et organique. Il y enseignera jusqu'en 1932, à l'âge de 75 ans. Ses études se concentrent sur la synthèse des alcaloïdes et on lui doit ainsi la découverte de la réaction de Pictet-Spengler. Il est le père de trois filles[61].
- Guillaume Pictet (1860-1926)[62], deuxième fils d'Ernest Pictet, se consacre au domaine financier en devenant, comme son père, associé de la banque Pictet à partir de 1889[62],[63]. Il en assure l'essor au début du XXe siècle[2]. Il est membre de la Chambre de commerce de Genève à partir de 1899, membre du Comité International de la Croix-Rouge à partir de 1919 et devient Conseiller d'État genevois à la fin de sa vie (1924-1926), fonction lui permettant de réorganiser le Département des finances et de redresser les finances cantonales[62]. De son union avec Alice Cramer en 1884 naissent six enfants : Aymon, André, Fernand, Germaine, Gertrude et Gustave[64]. Devenu veuf, il se remarie en 1906 à Louise Binet qui donne naissance à trois autres enfants : Gabrielle, Ernest et Edouard[64].
- Paul Pictet (1862-1947)[65], troisième fils d'Ernest Pictet, devient docteur en droit en 1889 puis entame une carrière diplomatique et journalistique, d'abord en tant que correspondant du Journal de Genève[65]. Acteur de la vie publique genevoise, il est secrétaire général de l'Exposition nationale suisse de 1896 et fonde le journal La Suisse, qu'il dirige jusqu'en 1903[65]. Engagé en politique, il siège de longues années au Grand Conseil et au Conseil municipal de Genève, qu'il préside à plusieurs reprises, et joue un rôle central dans la défense des zones franches genevoises au début des années 1920[65]. Époux de Marie Hirschgartner, il est père de trois enfants : Hélène, Albert et Eva[66].
- Lucien Pictet (1864-1928)[67], quatrième fils d'Ernest Pictet, est une figure marquante des débuts de l'industrie automobile à Genève. Formé au Polytechnicum de Zurich, sans obtenir le diplôme d'ingénieur, il acquiert une solide expérience pratique chez Escher-Wyss, puis aux Ateliers de construction mécanique de Vevey, avant de rejoindre à Genève la maison Faesch, Piccard & Cie, spécialisée dans les turbines hydrauliques[67]. Associé à Paul Piccard pour la fabrication de turbines hydrauliques, il fonde avec un investisseur zürichois la Société d'automobiles de Genève, devenue par la suite Piccard, Pictet & Cie[67],[68]. Les voitures produites sous le nom SAG, puis de Pic-Pic connaissent une large renommée internationale, couronnée notamment par un Grand Prix à l'Exposition universelle de Paris de 1900 et par des records de vitesse au début du XXe siècle[67]. Parallèlement, Lucien Pictet s'engage dans la vie publique, siégeant au Conseil municipal du Petit-Saconnex puis au Grand Conseil de Genève[67]. La Première Guerre mondiale apporte une prospérité exceptionnelle à l'entreprise, reconvertie dans l'armement, mais l'après-guerre conduit à la faillite de Piccard & Pictet en 1920[67]. Après avoir perdu l'essentiel de sa fortune, Lucien Pictet s'installe en France, où il fonde une fabrique d'instruments d'optique et met au point un procédé précurseur de polarisation de la lumière[67]. Marié en premières noces à Marguerite Rigot, dont il a une fille, Simone, il se remarie à Marguerite Chouet qui lui donne deux enfants : Jean et Violette, qui prendra le nom de scène d'Isabelle Villars[67].
- Arnold Pictet (1869-1948)[69], cinquième fils d'Ernest Pictet, est un naturaliste et entomologiste, auteur de plus de 200 articles de recherche universitaire dans ces domaines[70]. Il étudie les sciences naturelles à Genève (1887-1890), puis travaille jusqu'en 1905 dans la banque familiale à Londres et à Genève[69]. Parallèlement, il devient membre de la Société de Physique et d'Histoire de Genève en 1897[70]. Il reprend ensuite ses études à l'université de Genève : il obtient son doctorat en 1909 puis devient privat-docent[69]. À partir de 1918, il collabore au laboratoire d'Émile Guyénot et mène ses recherches à la station de zoologie expérimentale de Genève jusqu'à sa mort[69]. Spécialiste des papillons, il réalise des découvertes majeures en lépidoptérologie et publie deux travaux de référence en 1905 et 1912[69]. Il est cofondateur de la Société lépidoptérologique de Genève et occupe plusieurs fonctions importantes dans des sociétés scientifiques suisses[69]. Il est l'un des premiers scientifiques invités pour l'étude systématique de l'écosystène du Parc national suisse nouvellement créé[71],[72].
- Hélène Gautier-Pictet (1888-1973), fille de Paul Pictet (1862-1947, journaliste et fondateur du journal La Suisse), elle fait ses études à Genève où elle rencontre Emilie Gourd, figure du féminisme suisse et qui la convainc de s'engager en faveur du droit de vote des femmes[73]. Elle épouse en 1909 le banquier Charles Gautier, avec qui elle aura cinq enfants. Hélène crée d'abord l’Association féminine d’éducation nationale, puis le Centre de liaison des associations féminines genevoises en 1937 qu'elle dirigera pendant vingt ans[74]. Elle s'engage fortement dans la consultation de 1952 sur le suffrage féminin à Genève, qui est un succès[73], mais les votations cantonale de 1953 (réservées aux hommes, la cinquième en 32 ans) et fédérale de 1959 refusent ce droit qui n'est introduit à Genève qu'en 1960 (1971 au niveau fédéral)[75],[76]. Proche du mouvement Quaker qu'elle a rejoint en 1941, elle milite également pour le pacifisme durant toute sa vie[73].
- Albert Pictet (1890-1969)[77], fils de Paul Pictet et de Marie Hirschgartner, est juriste, banquier et homme politique. Il obtient une licence en droit à l'Université de Genève en 1912 et est admis au barreau genevois en 1917[77]. Il commence sa carrière au Département politique fédéral et à la Légation de Suisse à Paris, puis exerce des fonctions dirigeantes au sein des chambres de commerce suisses à Paris et à Genève, qu'il préside de 1955 à 1960[77]. Associé de la banque Pictet en 1928, il joue un rôle important dans les milieux économiques nationaux et siège notamment à la Chambre suisse de commerce[77]. Pionnier du développement de l'aviation commerciale en Suisse, officier d'infanterie avec le grade de capitaine, il est élu conseiller aux États de 1942 à 1947 et exerce durant la Seconde Guerre mondiale une fonction de médiation entre le général Guisan et le Conseil fédéral[77]. Époux dès 1921 de Marguerite Mallet, il est père de Madeline, Pierre, Serge et Marylise[77].
- Jean Pictet (1914‑2002)[78], fils de Lucien Pictet, réalise des études de droit avant de se consacrer principalement au Comité international de la Croix-Rouge dont il est successivement juriste (1937), directeur (1946), vice-président (1971-1979) et vice-président d'honneur[78]. Il est également l'un des principaux architectes des Conventions de Genève de 1949 et des protocoles additionnels de 1977[78]. Il est enfin professeur associé de droit international humanitaire à l'université de Genève (1965-1979) et occupe les fonctions de directeur (1975-1979) puis de président (1979-1981) de l'institut Henry-Dunant[78].
- Violette Pictet (1920-1996), fille de Lucien, plus connue sous son nom de scène Isabelle Villars, étudie le théâtre à Paris chez Louis Jouvet puis commence une carrière dans le cinéma. Elle quitte la France occupée et entre à la Comédie de Genève. Elle écrit plus de 200 pièces policières pour la radio suisse romande[79].
Références
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Voir aussi
Bibliographie
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- Jean-Daniel Candaux, Histoire de la famille Pictet 1474-1974, vol. 2, Genève, Etienne Braillard, .
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Articles connexes
Liens externes
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- « Fondation des archives de la famille Pictet », sur archivesfamillepictet.ch.
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