Famille Sechiari
| Sechiari | |
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| Blasonnement | D'azur à trois barres d'argent accompagnées de dix étoiles à cinq rais du même, posées 1, 3, 4, 2.Supports : deux léopards contournés, au naturel.Casque : de profil à quatre grilles.Lambrequins : d'argent et d'azur. |
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| Branches | Branche de Marseille · Branche de Constantinople · Branche de Roumanie |
| Période | 1629 – présent |
| Origine | Chios (actuellement Grèce), probablement de Modène (Italie) |
| Pays | Empire ottoman, France, Royaume-Uni, Roumanie |
| Alliances | Ralli · Schilizzi · Argenti · Rodocanachi· Grimaldi-Regusse · Hoppenot· Sabran-Pontevès |
La famille Sechiari (en grec : Σεκιάρης, Sekiaris) est une dynastie de la noblesse marchande grecque issue de l'île de Chios, classée parmi les Familles appartenant aux Vingt (Ta Eikosi), les vingt familles les plus éminentes de l'aristocratie chiote, dans le Libro d'Oro de la Noblesse de Chio de Philip Argenti[1]. Elle est également classée parmi les Phanariotes dans le Dictionnaire historique et généalogique des grandes familles de Grèce, d'Albanie et de Constantinople de Mihail-Dimitri Sturdza[2].
Mentionnée pour la première fois à Chios en 1629, la famille se distingue par ses maisons de commerce et de banque fondées à Marseille, dans les principautés roumaines, en Angleterre, à Calcutta et jusqu'en Nouvelle-Zélande avant et après 1821[3]. La maison Argenti Sechiari & Co. figure dans le rapport Baring Brothers de 1860 comme une firme de first rate, avec un capital estimé à au moins 500 000 livres sterling,[4]une somme représentant une fraction du PIB britannique de l'époque, équivalente à plusieurs milliards d'euros en valeur actuelle, pourtant ce n'est qu'une de leurs succursales.
Au XIXe siècle, elle joue un rôle financier majeur dans la modernisation de la Roumanie : en 1871, elle souscrit 4 200 000 lei au premier grand emprunt d'État pour les chemins de fer, soit 5,4 % de l'offre totale. Si ce montant représente aujourd'hui environ 400 millions d'euros en capacité de travaux, son "poids politique" est bien supérieur : en prêtant 5,4 % du budget national, l'influence des Sechiari sur l'État roumain de l'époque équivalait à celle d'une banque qui prêterait aujourd'hui 25 milliards d'euros à un pays comme la France, expliquant leur puissance politique exceptionnelle.
Par leurs mères, les Sechiari sont à l'origine de deux des plus grandes dynasties marchandes chiotes : les Ralli Brothers (en) et la maison Argenti.
Origines
De Modène à Gênes
Selon le Libro d'Oro, la famille Sechiari est « d'origine italienne et probablement de la ville de Modène »[5].
Philip Argenti émet également l'hypothèse que le nom Sechiari pourrait être une déformation turque du nom Zaccaria — la famille génoise qui exerça la seigneurie souveraine de Chios au XIVe siècle avant la Maona de Chios et Phocée — dont on ne retrouve plus trace en Grèce à partir du XIVe siècle[5]. Si cette hypothèse est exacte, les Sechiari descendraient des anciens seigneurs souverains de l'île.
L'installation à Chios
Chios est administrée par les Génois de 1346 à 1566 sous la Maona de Chios et Phocée (Mahona). Plusieurs familles d'origine génoise et italienne s'y implantent durablement, s'alliant aux familles grecques byzantines établies[6]. À partir de 1566, Chios devient une province privilégiée de l'Empire ottoman.
La plus ancienne mention documentée des Sechiari à Chios date de 1629 : le nom de Pantaléon Sechiari figure dans le codex de l'évêché latin de l'île[5]. En 1636, le même codex mentionne Jean Sechiari et sa femme Angèle[5].
Statut nobiliaire
Famille appartenant aux Vingt
Les Sechiari appartiennent aux Vingt (Ta Eikosi), la désignation officielle des vingt familles les plus nobles de Chios, telle qu'établie dans le Libro d'Oro de la Noblesse de Chio[5]. Le Libro d'Oro précise qu'ils « furent toujours considérés à Chio comme une famille noble et fort ancienne »[5].
Statut phanariote
Les Sechiari sont classés parmi les Phanariotes, familles chrétiennes orthodoxes héritières de l'aristocratie byzantine gravitant autour du Patriarcat œcuménique de Constantinople, par Mihail-Dimitri Sturdza , qui précise que « leur filiation documentée remonte à la fin du XVIIe siècle mais que leur notoriété date de plus tard grâce à une fortune étalée avec profusion, due aux revenus des comptoirs et maisons de banque fondés à Marseille, dans les principautés roumaines et en Angleterre, bien avant 1821 »[3].
Archontes de Chios
Les Sechiari appartiennent à l'aristocratie chiote désignée sous le terme d'archontes, les familles notables qui gouvernaient l'île sous administration ottomane. La famille est citée parmi les grandes familles de la diaspora chiote par la municipalité de Chios[7]. Une rue de la ville de Chios porte leur nom[8].
Armoiries
D'azur à trois barres d'argent accompagnées de dix étoiles à cinq rais du même, posées 1, 3, 4, 2. Supports : deux léopards contournés, au naturel. Casque : de profil à quatre grilles. Lambrequins : d'argent et d'azur. [9]
Les armoiries des Sechiari sont documentées dans la monographie académique Chios dicta est… et in Aegæo sita mari (Archaeopress, Oxford, 2021), qui en reproduit plusieurs photographies prises au Kampos de Chios, notamment au Casino Sechiari (pl. 8a) et au domaine Sechiari (pl. 20b)[10]. La revue The Coat of Arms de la Heraldry Society note que les armoiries Sechiari, Schilizzi et Vouro présentent une structure similaire, attestant probablement un lien de parenté entre ces familles[11].
Histoire
XVIIIe siècle : présence et influence
Un Itinéraire du Patriarche de Jérusalem Chrysanthos, qui visite Chios en mai 1725, mentionne parmi les bienfaiteurs de l'église du Saint-Sépulcre Savas et Paraskevas Sechiari, ainsi que Marouka, épouse de Christopoulis Sechiari et sœur du métropolite d'Andrinople Clément[5]. Plusieurs Sechiari sont établis à Constantinople et figurent de 1778 à 1862 parmi les membres les plus distingués de la communauté chiote de cette ville[5].
Massacre de Chios (1822) et fuite de Paraskeva
En 1822, en représailles contre l'insurrection grecque, les troupes ottomanes perpètrent le massacre de Chios. Selon le Libro d'Oro, certains membres de la famille périssent lors des massacres : Paraskevas Sechiari « fut pris otage et pendu en 1822 par les Turcs, en même temps que Christopoulis Sechiari, connu surtout pour sa fortune »[5].
Cependant, Paraskeva Sechiari, patriarche de la branche survivante, réussit à s'échapper de Chios avec ses fils et à gagner Syros, puis Marseille[12]. C'est à Marseille que débute l'ascension commerciale et financière fulgurante de la famille. Dès juillet 1822, les fils Sechiari, dont Étienne et Hippas, sont parmi les premiers enfants chiotes à intégrer l'école ouverte à Marseille pour accueillir les réfugiés de l'île[13].
Empire commercial : de Marseille au monde entier
En quelques décennies, la famille Sechiari constitue l'une des maisons de commerce les plus étendues du monde grec de la diaspora. La maison Argenti Sechiari & Co. dispose de bureaux à Manchester (Peter Street), à Londres (Finsbury Circus), à Marseille, à Calcutta et jusqu'en Nouvelle-Zélande, où Sechiari Bros. and Co. figure parmi les agents de la Commercial Union Assurance Company[14]. Au recensement britannique de 1841, Stephen Sechiari (25 ans) réside à Finsbury Circus avec ses frères Ambroise et John, au cœur du quartier des marchands grecs de la Cité de Londres.
Dans le rapport adressé aux Baring Brothers en 1860, qui classe toutes les firmes grecques de la City de Londres en quatre rangs, Argenti, Sechiari & Co. figure dans le groupe de tête (first rate), avec la mention : « Capital at least 500,000 sterling pounds »[15]. À titre de comparaison, la fortune des Baring Brothers eux-mêmes était alors estimée à deux millions de livres et celle des Rothschild à huit millions. Les neuf maisons chiotes de première catégorie, dont celle des Sechiari, représentaient collectivement une puissance financière comparable à celle des Rothschild[16].
Théodore Sechiari (1817-1885), dirigeant de la firme londonienne Sechiari Brothers, est répertorié de manière récurrente dans le Lloyd's Register of Shipping comme l'un des plus importants affréteurs de navires de son époque. Sa maîtrise de la logistique maritime lui permet de contrôler, en coordination avec le réseau de Chios, une part prépondérante des exportations de céréales de la mer Noire vers les marchés d'Europe de l'Ouest[17].
Rôle dans la diaspora marchande et financière (XIXe-XXe siècles) La famille Sechiari a constitué l'un des piliers du « réseau chiote » (Chiot Network), un groupe restreint de vingt familles originaires de l'île de Chios ayant dominé le commerce international entre 1830 et 1900. Leur influence s'est étendue de la Méditerranée à l'Inde, en passant par les centres financiers de Londres et Marseille.
Dès le milieu du XIXe siècle, la famille opère via plusieurs entités prestigieuses, notamment Argenti, Sechiari & Co (établie dès 1816) et Sechiari Brothers & Co. Ces maisons de négoce illustrent le modèle de la « grande firme grecque » décrit par l'historienne Gelina Harlaftis : une structure transnationale intégrant verticalement le négoce, le transport maritime et la banque.
Basés à la City de Londres (notamment au 70 Bishopsgate Street et à Palmerston House), ils contrôlent des flux stratégiques :
Le blé de la mer Noire : Importé vers Marseille et l'Europe de l'Ouest.
Le coton et le jute : Expédiés depuis leurs comptoirs de Calcutta vers les industries britanniques.
Transition vers la finance maritime et l'assurance Alors que de nombreuses familles marchandes déclinent avec l'arrivée de la vapeur, les Sechiari opèrent une transition réussie vers la haute finance. Les archives du Lloyd’s Register témoignent de cette évolution : d'abord propriétaires de voiliers, ils investissent au tournant du XXe siècle dans des navires à vapeur modernes (comme le SS Ariadne en 1904).
Parallèlement, la famille s'impose dans le secteur des assurances maritimes. Parasqueva Sechiari est notamment identifié comme liquidateur de la Archangel Marine Insurance Company dans les années 1880, confirmant leur rôle de régulateurs et de financiers au sein de la communauté grecque de Londres. Ils agissent également comme « banquiers de la mer », finançant l'achat de navires pour d'autres armateurs grecs moins capitalisés.
Alliances et déclin du modèle marchand La force des Sechiari reposait sur une politique d'alliances matrimoniales systématiques avec les autres dynasties de Chios. Le mariage de Julia Sechiari avec la famille Ralli a notamment scellé l'union entre deux des plus grandes fortunes de l'époque.
Le modèle commercial pur de la famille subit cependant les secousses des crises économiques du XXe siècle :
Restructurations : En 1889, une réorganisation majeure de Sechiari Brothers & Co réduit le nombre d'associés actifs.
Crise de 1929 : Les publications de la London Gazette de 1929 à 1933 révèlent les difficultés financières de certaines branches, notamment à travers leur implication dans la maison de banque Rodocanachi, Sons & Co, qui subit de plein fouet le krach boursier.
La continuité de la maison jusqu'à la Seconde Guerre mondiale est attestée par la correspondance conservée aux Churchill Archives Centre de Churchill College (Cambridge) sous la référence GBR/0014/SPRS 3/1/33 : il s'agit des échanges, datés 1945–1946, entre la famille Spears et les agents de change Argenti, Sechiari and Company[18]. En 1908, G. P. Sechiari figure comme administrateur de l'Imperial Russian Cotton and Jute Factory, Limited, au 19 Cullum Street, Londres EC[19], illustrant la diversification de la famille vers la finance industrielle au tournant du XXe siècle.
À partir du milieu du XXe siècle, les descendants de la famille se détournent du négoce de commodités pour s'illustrer dans les professions libérales (droit, médecine) et la culture, tout en maintenant une présence discrète dans les cercles financiers londoniens et français.
Rôle central des Sechiari dans les grandes dynasties chiotes
La place des Sechiari dans l'économie mondiale de la diaspora chiote dépasse leur seule maison de commerce. Les deux plus grandes dynasties marchandes chiotes du XIXe siècle leur sont directement liées par le sang :
La mère des célèbres Ralli Brothers (en) était Julia Sechiari. La mère d'Ambroise Argenti (1804–1871), fondateur de la maison Argenti Sechiari & Co., était Marouko Sekiari, sœur de Julia Sechiari[20]. Ainsi, les deux maisons qui dominèrent le commerce grec mondial au XIXe siècle, Ralli Brothers, avec une fortune estimée à 1,8 million de livres sterling en 1860, et Argenti Sechiari & Co., sont toutes deux issues, par leur fondateur, de mères Sechiari.
Propriétés historiques à Chios
En ville, les Sechiari demeuraient à l'Engrémôs ainsi qu'à l'Apletaria. Dans le Kampos, ils possédaient plusieurs propriétés, dont deux situées près de Vasileioniakos, où ils avaient leur église Saint-Georges des Sechiari[9]. Cette église, classée monument historique par le gouvernement grec depuis 1991 (arrêté ministériel ΦΕΚ 39/Β/27-1-1992), a fait l'objet de travaux de restauration autorisés par l'Éphorie des Antiquités de Chios en mai 2019[21]. Elle est toujours debout aujourd'hui dans le Kampos. Ils possédaient également un Casino,cercle aristocratique réservé aux notables de l'île, et des propriétés voisines des familles Argenti et Carali[9]. Au total, au moins sept propriétés distinctes ayant appartenu aux Sechiari au Kampos ont été documentées par les historiens Zolotas, Smith et Mastorakis[22].
Maison Sekiari de Patmos
À Patmos, dans la Chora de l'île, une demeure historique porte le nom de la famille. Fondée en 1799 par Zannis Sinetos Sekiaris, riche marchand, qui fusionna trois bâtisses préexistantes en une seule propriété, la maison Sekiari a fait l'objet d'une restauration complète ces dernières années par la designer Leda Athanasopoulou. Sa rénovation a été couverte par le New York Times et par Elle Decor[23].
Branches familiales
Branche de Marseille
Après 1822, la famille s'établit à Marseille, où elle joue un rôle fondateur dans la vie de la communauté grecque orthodoxe. Georges Sechiari (administrateur de la Caisse d'Épargne de Marseille[24], né le 14 mai 1803 à Chios, mort le 30 septembre 1884 à Marseille) représente l'ancrage marseillais de la famille. Son frère Étienne Sechiari (1806–1876) compte parmi les membres fondateurs et bienfaiteurs de l'église grecque orthodoxe de la Dormition, la plus ancienne église orthodoxe de France — leur nom y est inscrit parmi les familles fondatrices[25]. La famille est également mentionnée dans les archives de la cathédrale grecque de Paris[26].

La branche de Marseille dispose de son propre lieu de sépulture à Marseille, comme les branches de Londres et de Constantinople conservent leurs propres tombeaux dans les cimetières de leurs villes de résidence. Le mausolée Sechiari-Schilizzi du monastère de Baloukli à Istanbul constitue le monument funéraire le plus illustre de la famille (voir ci-dessous).
La famille Sechiari, établie principalement à Marseille puis à Aix-en-Provence, s'est alliée à plusieurs lignées de la noblesse et de la haute bourgeoisie provençale. Elle est notamment représentée par Emmanuel Sechiari (né en 1947)[27], fils d'Alberte de Campou de Grimaldi-Régusse[27], et par son épouse Sabine Bretteville (née en 1954), fille de Claude Bretteville et de Jeanne Marcillaud de Goursac[27].
Par cette alliance, la descendance de cette branche se rattache à la famille du Laurens d'Oiselay, dont un ancêtre, Sébastien du Laurens, fut anobli en 1614 par le prince d'Orange[27]. En 1642, l'empereur Ferdinand III accorda à cette lignée le titre de baron du Saint-Empire Romain Germanique[27]. Les lettres patentes de cette concession présentent la particularité rare d'étendre la transmission du titre à l'ensemble de la « postérité masculine et féminine »[27], un droit par la suite confirmé en France par un arrêt du Conseil d'État du roi Louis XIV en septembre 1669[27].
Branche de Constantinople
Pandia Sechiari (1816–1880), naît à Chios de Paraskeva Sechiari et d'Arghyro Ralli, épouse Hypatia Schilizzi et meurt à Istanbul le 18 janvier 1880. Il est inhumé dans le mausolée Sechiari-Schilizzi à l'église de Zoodohos Pighí de Baloukli, lieu de sépulture des familles les plus éminentes de la communauté grecque orthodoxe de Constantinople, aux côtés de plusieurs Patriarches œcuméniques[13].
Branche de Roumanie

Un pilier de la haute banque et du crédit d’État
Bien que la famille Sechiari ait établi son centre décisionnel et son capital principal à Marseille, elle a exercé une influence déterminante sur la modernisation de la Roumanie par l'intermédiaire de sa succursale de Bucarest et de ses réseaux portuaires à Brăila[28].
Le fait le plus saillant de cette influence intervient en août 1871, lors du lancement par l'État roumain d'un grand emprunt national de 78 millions de lei destiné à la création du réseau ferroviaire. La maison de banque Sechiari Rodocanachi et Deroussi s'impose alors comme l'un des principaux créanciers du pays en souscrivant pour un montant de 4 200 000 lei[29]. Cette participation représente à elle seule 5,4 % de l'offre totale, plaçant la firme au rang des institutions financières les plus puissantes de l'époque, aux côtés de la Banque de Roumanie (6,5 millions) et devant d'autres grandes maisons comme celle des frères Halfon (3,8 millions)[30].
Commerce international et mécénat
Le rôle des Sechiari s'étendait également au commerce des céréales, pilier de l'économie roumaine. Établis à Brăila sous la raison sociale Sechiari Frères, ils pratiquaient un mécénat stratégique, comme en témoigne un don fait en 1882 au comité agricole local pour doter les prix des expositions d'automne[31].
En janvier 1886, la firme internationale Sechiari et Deroussi, dont le siège était à Marseille, décide de liquider l'intégralité de ses opérations sur les places de Marseille et de Bucarest[32]. Cette opération est supervisée par Em. Th. Sechiari pour la partie française et par C. Deroussi pour la succursale roumaine[33].
Implication politique et administrative locale (1895-1896)
L'influence économique de la famille se traduit par la suite par une forte implication dans la vie politique et administrative roumaine. À la fin du XIXe siècle, les Sechiari (souvent mentionnés sous le nom de Sechiaris) s'imposent comme des figures de premier plan du Parti national libéral dans le județ de Covurlui (Galați)[34]. Un membre de la famille a notamment occupé la fonction de préfet de ce județ, un poste éminemment stratégique pour le contrôle du grand port céréalier de Galați[35].
En 1895, lors des élections pour le troisième collège électoral, le candidat Sechiari s'illustre en refusant de céder aux pressions du gouvernement qui exigeait le retrait de sa candidature, affirmant ainsi son indépendance politique face au pouvoir central[36].
L'année suivante, en 1896, en tant qu'ancien préfet et leader local du parti libéral, il joue un rôle majeur de lanceur d'alerte : face à la corruption de l'administration communale, il se rend à Bucarest pour dénoncer publiquement au gouvernement les fraudes orchestrées par le maire de Galați (l'affaire Malaxa)[37]. Par cette action, qui mène aux enquêtes de la justice et à la chute de l'administration corrompue, il refuse fermement de cautionner ou de succéder aux malversations locales[38].
Descendance impériale byzantine
Selon Emmanuel Sechiari lui-même, interviewé dans Lys de Provence en 1984, la famille descend par les Rodocanachi, via Marie Rodocanachi, épouse de Théodore Sechiari, d'Andronicos Doukas, « l'ancêtre direct ou collatéral de l'Empereur de Byzance, Constantin X Doukas (1059–1067) »[39].
Alliances matrimoniales
Les principales alliances des Sechiari comprennent :
- Les Ralli : Paraskeva Sechiari épouse Arghyro Ralli ; Julia Sechiari est la mère des Ralli Brothers ;
- Les Schilizzi : Pandia Sechiari épouse Hypatia Schilizzi ;
-Alliance avec Elefthérios Vénizélos Pandia Sechiari (1816–1880), fils de Paraskeva, épouse Hypatia Schilizzi. De leur union naît Virginia Sechiari (1849–1929), qui épouse le marchand John Stefanovich Schilizzi. Leur fille, Hélène Schilizzi (née à Bayswater, Londres, le 18 septembre 1873 – morte à Paris le 7 septembre 1959), épouse le 15 septembre 1921 à Londres le Premier ministre grec Elefthérios Vénizélos[40], architecte du Traité de Lausanne et figure centrale de la Grèce moderne. Sa grand-mère maternelle était Hypatia P. Sechiari[41].
Philanthrope influente, Hélène Schilizzi dote en 1917 la chaire Koraes de grec moderne et byzantin au King's College de Londres — dont le premier titulaire est l'historien Arnold J. Toynbee (1919–1924)[42]. Elle est blessée lors d'une tentative d'assassinat contre son mari en 1933, et publie ses mémoires À l'ombre de Vénizélos en 1955. Sa maison du 51 Upper Brook Street, Mayfair, devient la résidence de l'ambassadeur de Grèce à Londres. La Fondation Schilizzi, qui porte son nom, continue de financer des bourses pour étudiants grecs à King's College London[43].
- Les Rodocanachi : Théodore Sechiari épouse Marie Rodocanachi[44] ;
De leur union naissent onze enfants qui ancrent la famille dans plusieurs capitales européennes : Arghyro Sechiari (1851–1919) épouse George Ambrose Argenti en 1872 à Marseille ; décédée à Londres, inhumée au cimetière de West Norwood (section hellénique)[13] ; Fanny Sechiari (1854–1920) épouse Michel George Mavrogordato (1843–1920), grande famille phanariote, à Marseille en 1872 ; décédée à Londres, cimetière de West Norwood[45] ; Ariadne Sechiari (1860–1932) épouse Nicolas Scanavi Ritter von Scanavi, banquier viennois anobli, à Marseille en 1880 ; décédée à Vienne — connexion avec la haute finance autrichienne[46] ; Alexandra Sechiari (1866–1951) épouse Leonidas Chryssoveloni à Brăila (Roumanie) en 1885, renforçant la présence de la famille dans les principautés roumaines.

- Les Argenti : Marouko Sekiari est la mère d'Ambroise Argenti, fondateur d'Argenti Sechiari & Co.[47] ;
- Les Sabran-Pontevès : en 2009, Maylis Sechiari, fille d'Emmanuel Sechiari, épouse le comte Foulques de Sabran-Pontevès[48].
Patrimoine
Château de la Mignarde
La branche provençale est propriétaire du Château de la Mignarde, bastide du XVIIe siècle située route des Pinchinats à Aix-en-Provence, classée Monument historique par arrêté du 12 octobre 1995[49]. La demeure, qui accueillit Pauline Borghèse en 1807, est gérée par la famille Sechiari dans le cadre de la Demeure Historique.

Mausolée de Baloukli (Istanbul)
Le mausolée Sechiari-Schilizzi se trouve dans l'enceinte du Monastère de Baloukli à Istanbul, l'un des lieux les plus sacrés de l'Église orthodoxe, où reposent plusieurs Patriarches œcuméniques.
Mausolée Sechiari, West Norwood Cemetery
La famille possède son mausolée dans la section grecque orthodoxe du cimetière de west norwood à Londre (voir l'image ci-dessous)

Église Saint-Georges des Sechiari (Chios)
La famille possède sa propre église dans le Kampos de Chios — l'église Saint-Georges des Sechiari (grec : Ιερός Ναός Αγίου Γεωργίου Σεκιάρη). Classée monument historique par le gouvernement grec depuis 1991, elle a fait l'objet de travaux de restauration officiellement autorisés en 2019 et demeure debout aujourd'hui[21].
Maison Sekiari de Patmos
Dans la Chora de Patmos, une demeure historique porte le nom de la famille depuis sa construction en 1799 par Zannis Sinetos Sekiaris. Elle a été restaurée ces dernières années[23].
Représentants contemporains
La famille Sechiari est aujourd'hui représentée en ligne directe par la branche provençale, issue de la lignée Paraskeva (archonte de Chios, 1766-1841)→ Théodore (archonte de Chios, 1817-1885) → Étienne Théodore (archonte de Chios, 1871-1955) → Jean Théodore Sechiari (1911–1995, commandant, membre de l'Académie d'Aix) → Emmanuel Sechiari (docteur en droit, délégué régional de la Demeure Historique)[50].
Intégration au Gotha européen
Bien que la puissance commerciale de la famille Sechiari ait décliné au XXe siècle, la famille a maintenu une position de premier plan au sein de l'aristocratie européenne. Cette intégration se manifeste par des liens de parenté et de parrainage prestigieux :
Alliances princières : La famille est étroitement liée à la Maison Grimaldi ; l'épouse de Jean Sechiari Phanette Marie Valentine Alberte de Campou de Grimaldi-Régusse était notamment la filleule du Prince Albert Ier de Monaco (marquant l'ancrage de la famille dans l'élite de la Côte d'Azur).
Parrainages royaux : Le prestige social des Sechiari est confirmé par le parrainage de Pierre Sechiari par le Chef de la Maison Royale de Bourbon-des-Deux-Siciles (Prétendant au trône de l'ancien Royaume des Deux-Siciles), plaçant la famille Sechiari dans l'entourage immédiat des familles souveraines européennes.
Témoignage de leur intégration au sein de l'aristocratie victorienne, plusieurs membres de la famille figurent dans les collections de la National Portrait Gallery de Londres. Jenny Rodocanachi (née Sechiari, 1842–1927), fille de George Sechiari, y est représentée en deux portraits réalisés le 23 décembre 1860 par Camille Silvy (NPG Ax51216 et Ax51217)[51], photographe attitré de la famille royale britannique. Marietta Sechiari (née Argenti, 1843–1924), épouse de Paraskeva George Sechiari et fille d'Ambroise Argenti, est également portraiturée par Silvy le 28 mars 1861 (NPG Ax52147)[52]. D'autres membres de la famille (« Miss Sechiari », NPG Ax60376 ; « A. Sechiari », NPG Ax61034) font partie de la même collection.
Voir aussi
Bibliographie
- Philip Argenti, Libro d'Oro de la Noblesse de Chio, 2 vol., Londres, 1955, p. 123–124.
- Philip Argenti, The Occupation of Chios by the Genoese and their Administration of the Island, 1346–1566, Cambridge, 1958.
- Mihail-Dimitri Sturdza, Dictionnaire historique et généalogique des grandes familles de Grèce, d'Albanie et de Constantinople, Paris, 1983 (rééd. 1999).
- Pierre Echinard, Grecs et Philhellènes à Marseille, Marseille, 1973.
- Georgios Zolotas, Histoire de Chios, Athènes, 1923.
- Chatziioannou, Maria-Christina, et Harlaftis, Gelina, « From the Levant to the City of London », in Centres and Peripheries in Banking, Ashgate, 2007.
- Koukouni, Ioanna N., Chios dicta est… et in Aegæo sita mari, Archaeopress, Oxford, 2021. (ISBN 978-1-78969-746-9).
- Ashley, Steven, review of Koukouni, The Coat of Arms, 4e série, vol. 2 (2022), p. 217–220.
- Lys de Provence, n°6, 1er trimestre 1984, ISSN 0753-8162.
- Agiannidis, Vasilis, « La famille Sekiaris », Aplotaria.gr, 16 mars 2016.
- Christopher A. Long, The Chios Diaspora, www.christopherlong.co.uk.
- Harlaftis, G. (1996). A History of Greek-owned Shipping: The Making of a Christian Maritime Hegemony. Routledge.
- The London Gazette, éditions du 31 déc. 1880, 31 déc. 1889 et mai 1933 (avis légaux de dissolution et de liquidation).
- Lloyd's Register of Shipping, rapports d'inspection 1860-1904.
Articles connexes
- Chios
- Massacre de Chios
- Phanariotes
- Château de la Mignarde
- Noblesse de Chios (en)
- Ralli Brothers (en)
- Kampochora (en)
- Diaspora chiote (en)
- Libro d'Oro de la Noblesse de Chio (en)
Notes et références
- ↑ Philip Argenti, Libro d'Oro de la Noblesse de Chio, 2 vol., Londres, 1955, p. 123–124.
- ↑ Mihail-Dimitri , Dictionnaire historique et généalogique des grandes familles de Grèce, d'Albanie et de Constantinople, Paris, 1983 (rééd. 1999).
- Sturdza, op. cit.
- ↑ Chatziioannou, Maria-Christina, et Harlaftis, Gelina, « From the Levant to the City of London », in Centres and Peripheries in Banking, Ashgate, 2007, Table 2.2.
- Argenti, op. cit., p. 123.
- ↑ Philip Argenti, The Occupation of Chios by the Genoese and their Administration of the Island, 1346–1566, Cambridge, 1958.
- ↑ Site officiel de la municipalité de Chios (chios.gov.gr), étude sur l'histoire économique de l'île.
- ↑ Christopher A. Long, The Chios Diaspora, www.christopherlong.co.uk.
- Argenti, op. cit., p. 124.
- ↑ Koukouni, Ioanna N., Chios dicta est… et in Aegæo sita mari: Historical Archaeology and Heraldry on Chios, Archaeopress, Oxford, 2021, pl. 8a, 20b, 25a. (ISBN 978-1-78969-746-9).
- ↑ Ashley, Steven, review of Koukouni, The Coat of Arms, 4e série, vol. 2 (2022), p. 217–220.
- ↑ Lys de Provence, n°6, 1er trimestre 1984, ISSN 0753-8162, p. 1–9.
- Christopher A. Long, The Chios Diaspora, op. cit.
- ↑ Cyclopedia of New Zealand, vol. Otago & Southland, pp. 521–522.
- ↑ Chatziioannou et Harlaftis, op. cit., Table 2.2.
- ↑ Chatziioannou et Harlaftis, op. cit.
- ↑ (en) Gelina Harlaftis, A History of Greek-owned Shipping: The Making of a Christian Maritime Hegemony, Routledge, , Mention des activités d'affrètement de la firme Sechiari dans les registres du Lloyd's et leur domination sur le commerce céréalier.
- ↑ Churchill Archives Centre, Cambridge, référence GBR/0014/SPRS 3/1/33, consulté via ArchiveSearch : https://archivesearch.lib.cam.ac.uk/repositories/9/archival_objects/482107
- ↑ Stock Exchange Year-Book, 1908, cité dans Graces Guide to British Industrial History.
- ↑ Chatziioannou et Harlaftis, op. cit., p. 31 : « his mother Marouko Sekiari was sister to the mother of the famous Ralli Brothers (en), Julia Sechiari ».
- Éphorie des Antiquités de Chios, décision ΥΠΠΟΑ/ΓΔΑΠΚ/ΕΦΑΧΙ/232647/164714/1722, 6 mai 2019.
- ↑ Agiannidis, Vasilis, « La famille Sekiaris », Aplotaria.gr, 16 mars 2016.
- Elle Decor, novembre 2025 ; New York Times, 2023.
- ↑ Archives de la Chambre de Commerce et d'Industrie Aix-Marseille-Provence (CCIMP), Fonds du Grand Négoce, dossier Sechiari-Argenti (Mandats des administrateurs de la Caisse d'Épargne de Marseille).
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- ↑ Archives paroissiales de la cathédrale grecque orthodoxe de Paris.
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- ↑ Monitorul Oficial al României, 29 octobre 1882, n° 172. Mention des opérations des frères Sechiari à Brăila.
- ↑ Telegraphulŭ de Bucuresci, Seria 1, 4 août 1871, n° 101, Liste des souscriptions pour l'emprunt d'État de 78 millions.
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- ↑ Monitorul Oficial al României, 29 octobre 1882, n° 172.
- ↑ România liberă, 4 janvier 1886, n° 2529. Avis de liquidation de la maison de banque et d'exportation Sechiari et Deroussi.
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- ↑ Epoca, seria 2, 22 juin 1896, n° 0187.
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- ↑ Epoca, seria 2, 31 juillet 1896, n° 0217.
- ↑ Lys de Provence, n°6, 1er trimestre 1984, ISSN 0753-8162, p. 3.
- ↑ The Times, 15 septembre 1921 ; Christopher A. Long, The Chios Diaspora, www.christopherlong.co.uk.
- ↑ Christopher A. Long, op. cit. : « God-parents : Hypatia P. Sechiari (her maternal grandmother). »
- ↑ King's College London, « A Celebration of 100 Years of the Koraes Chair », 2018 : https://www.kcl.ac.uk/events/a-celebration-of-100-years-of-the-koraes-chair
- ↑ King's College London, « Announcing the re-endowment of the Koraes Chair », décembre 2018 : https://www.kcl.ac.uk/news/announcing-the-re-endowment-of-the-koraes-chair-2
- ↑ Noblesse & Royautés, 2009.
- ↑ Christopher A. Long, op. cit.
- ↑ Geneanet, La Vedette de Marseille, 1880 ; Christopher A. Long, op. cit.
- ↑ Chatziioannou et Harlaftis, op. cit., p. 31.
- ↑ Noblesse & Royautés, 12 août 2009.
- ↑ Base Mérimée, Ministère de la Culture, notice PA00081279.
- ↑ Site de la Demeure Historique ; Parcs et jardins PACA.
- ↑ National Portrait Gallery, Londres, notice NPG Ax51216 : https://www.npg.org.uk/collections/search/portrait/mw148017
- ↑ National Portrait Gallery, Londres, notice NPG Ax52147 : https://www.npg.org.uk/collections/search/portrait/mw151275
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