Forts et structures byzantines en Afrique du Nord

Les forts et structures byzantines en Afrique du Nord sont un ensemble d’ouvrages édifiés entre 533 et 698 sur le territoire de l’Empire byzantin en Afrique du Nord. Ces constructions s’inscrivent dans le contexte de la reconquête de l’ancienne Afrique romaine par l’Empire byzantin à la suite de la campagne de Bélisaire contre les Vandales.
Ces fortifications, composées de forts, de citadelles, de murs défensifs et de postes avancés, avaient pour fonction principale d’assurer le contrôle du territoire et de sécuriser les axes de communication. Elles servaient à la fois à maintenir l’ordre au sein des provinces, notamment face aux révoltes ou aux résistances berbères, et à protéger la région contre les menaces extérieures.
Par leur architecture, ces structures témoignent de l’héritage militaire romain tardif tout en intégrant des adaptations propres au contexte nord-africain. Elles ont également influencé les systèmes défensifs postérieurs, notamment durant la période islamique, comme en témoigne l’exemple des ribats.
Contexte

Les Vandales, qui dominaient le cœur de l’ancienne province romaine d’Afrique depuis 439, éprouvaient de grandes difficultés à défendre les frontières du royaume face aux Berbères et à maintenir ces derniers sous leur autorité[1]. Cette situation incita aussi bien les grands propriétaires fonciers que les petits exploitants à fortifier leurs domaines[2].
Après la reconquête par l’Empire romain d'Orient des territoires occupés par les Vandales au Ve siècle, ainsi que la soumission renouvelée des petits États romano-berbères constitués à la même époque, de nombreuses forteresses furent édifiées, tant le long des frontières[3], qu’à l’intérieur des régions contrôlées par les Byzantins[4]. Certains des forts romains de plus petite taille furent également restaurés.
Éléments essentiels
La construction des forteresses eut lieu principalement durant le second mandat du préfet du prétoire Salomon, entre 539 et 544, période au cours de laquelle les structures d’anciens édifices romains furent souvent réutilisées comme matériaux de construction. La plupart de ces forteresses sont sensiblement plus petites que leurs prédécesseurs romains et relèvent, pour la plupart, de la catégorie des forts.
Beaucoup de ces forts furent ensuite réutilisés et remaniés par les Arabes puis par les Ottomans. Dans certains cas, ils servirent même de modèle stylistique pour l’édification de leurs propres fortifications. Par ailleurs, des matériaux issus de constructions byzantines furent employés dans l’édification de plusieurs forteresses arabes, comme le fort de Sidi Salem Bou Ghara, situé près de la ville romaine de Gigthis[5],[6].
Cette réutilisation et ces transformations rendent aujourd’hui l’identification des forteresses byzantines au Maghreb particulièrement difficile.
Aperçu
Les fortifications byzantines en Afrique du Nord, en particulier dans les provinces de Numidie, de Maurétanie sétifienne et d’Afrique Proconsulaire, constituent un réseau défensif mis en place principalement sous le règne de l’empereur Justinien Ier (527–565). Ces ouvrages s’inscrivent dans le cadre de la reconquête byzantine de l’ancien territoire vandale à la suite de la guerre des Vandales (533–534)[7].
Ce système défensif comprenait des forteresses urbaines, des postes frontaliers, des citadelles et des camps fortifiés destinés à assurer la sécurité des villes, à contrôler les axes de circulation et à contenir les incursions des populations berbères indépendantes. Certaines structures furent construites ex nihilo, tandis que d’autres réutilisaient ou renforçaient des installations romaines antérieures[8].
Les fortifications de l’intérieur, telles que celles de Thamugadi (Timgad) ou de Sitifis (Sétif), avaient pour fonction principale de protéger les centres administratifs et les voies stratégiques. En revanche, les fortins situés en zones périphériques ou semi-désertiques jouaient un rôle de surveillance et de défense avancée. L’architecture de ces ouvrages se caractérise généralement par des enceintes quadrangulaires renforcées de tours d’angle, des murs épais en pierre et mortier, ainsi que des portes fortifiées. Ce dispositif reflète une adaptation aux conditions locales et aux nouvelles menaces du VIe siècle[9],[10].
| Nom (Latin) | Description | Localisation | Date de construction | Superficie | Image |
|---|---|---|---|---|---|
| Aggar | Forteresse intérieure dans le sud de l'Afrique proconsulaire | Sidi Amara | données non disponibles | 0,05 ha |
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| Ammaedara | Forteresse frontalière à l'extrême ouest de la Byzacène | Haïdra | entre 534 et 565[11],[12] | 2,55 ha |
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| Capsa | Forteresse frontalière dans le sud de la Byzacena | Gafsa | données non disponibles | k. A. |
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| Chusira | Forteresse intérieure | Kesra | probablement entre 534 et 565, plus vraisemblablement avant 544[13] | 0,28 ha |
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| Civitas Vazitana Sarra | Forteresse intérieure en Afrique proconsulaire | Henchir-Bez (en) | données non disponibles[14] | 0,06 ha |
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| Clipea | Forteresse intérieure protégeant la ville éponyme, modifiée à l'époque ottomane | Kelibia | données non disponibles | k. A. | |
| Cuicul | Forteresse intérieure protégeant la ville éponyme en Maurétanie Sitifienne | Djemila | données non disponibles[15] | 0,03 ha |
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| Gazophyla | Forteresse intérieure en Numidie | Ksar Sbahi | entre 539 et 544[16] | 0,16 ha | Lien |
| Iunci | Forteresse intérieure sur la côte de Byzacène à Mahrès près de Sfax | durant le règne de Justin II (566–578)[17] | données non disponibles |
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| Lamasba | Forteresse intérieure/frontalière dans le massif de Belezma, souvent appelée Ksar Belezma | Merouana | entre 536 et 544[18] | 1,4 ha |
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| Lambaesis | Forteresse intérieure/frontalière au sud du massif de Belezma | Tazoult | données non disponibles[19] | données non disponibles |
|
| Leptis Magna | Ville côtière fortifiée en Tripolitaine | Al Mourqoub | probablement entre 533 et 565[20] | 28 ha |
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| Limisa | Forteresse intérieure dans le nord de la Byzacena | Ksar Lemsa | probablement entre 585 et 600[21] | 0,09 ha |
|
| Mactaris | Forteresse intérieure en Afrique proconsulaire | Makthar | données non disponibles[22] | 0,35 ha |
|
| Madaura | Forteresse intérieure proche de la côte en Maurétanie Sitifienne | M'daourouch | entre 534 et 544[23],[24] | 0,24 ha | |
| Musti | Forteresse intérieure en Afrique proconsulaire | El Krib | données non disponibles[25] | 0,2 ha |
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| ? | Forteresse intérieure | Ksar El Hadid | données non disponibles | données non disponibles |
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| Oea | Ville côtière fortifiée en Tripolitaine | Tripoli | probablement fondée par les Phéniciens au VIIᵉ siècle av. J.-C. | données non disponibles |
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| Sabratha | Ville côtière fortifiée en Tripolitaine | Sabratha | probablement entre 533 et 565[26] | 9,0 ha |
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| Sicca Veneria | Forteresse intérieure protégeant la ville | Le Kef | probablement entre 533 et 565[26] | données non disponibles |
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| Sitifis | Forteresse intérieure protégeant la ville | Sétif | entre 539 et 544[27] | 1,69 ha |
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| Suas | Forteresse intérieure en Afrique proconsulaire | Chaouach (en) | données non disponibles | données non disponibles |
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| Sufetula | Forteresse intérieure à l'extrême sud-ouest de Byzacène | Sbeïtla | données non disponibles | données non disponibles |
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| Thamugadi | Fort intérieur / frontière en Numidie | Timgad | 539/540[28],[29] | 0,75 ha |
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| Thagora | Fort intérieur en Numidie | proche de Souk Ahras | 539 ou 548 (« avant la mort de Théodora »)[28] | 0,53 ha | Lien |
| Theveste | Ville fortifiée dans l’est de la Numidie | Tébessa | entre 536 et 544[30] | 7,5 ha |
|
| Thignica | Fort intérieur en Afrique proconsulaire | Ain Tounga | probablement avant la mort de Justinien I, 565[31] | 0,28 ha |
|
| Tipasa de Maurétanie | Basilique sur la côte de Maurétanie Sitifienne | Tipasa | données non disponibles | données non disponibles |
|
| Thagaste | Fort intérieur, peut-être fortifications urbaines en Numidie | Tiffech | vraisemblablement avant 553[32] | 2,25 ha | Lien |
| Tubunae | Fort frontière en Maurétanie Sitifienne | Barika | au VIᵉ siècle, pas de détails[33] | 0,50 ha | Lien |
| Tubernuc | Structure d’usage inconnu en Afrique proconsulaire | proche de Grombalia | données non disponibles | données non disponibles |
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| Vescera? | Forteresse frontière possible en Numidie | Biskra | Données non disponibles | Données non disponibles |
|
| Vaga (Tunisie) (en) | Forteresse intérieure en Numidie | Béja | Avant la mort de l’impératrice Théodora en 548[34] | Données non disponibles |
|
| Zabi | Forteresse frontière possible en Maurétanie Sitifienne[35] | M'Sila, quartier de Bechilga | Données non disponibles | Données non disponibles | Lien |
| Zaga? | Forteresse intérieure potentielle en Afrique proconsulaire<[36] | Ksar Zaga | Données non disponibles | Données non disponibles |
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| Zucchara | Forteresse intérieure dans le sud de l'Afrique proconsulaire | Jouggar | Données non disponibles | Données non disponibles |
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Sources
- (en) Pringle Denys, The Defence of Byzantine Africa from Justinian to the Arab Conquest. An Account of the Military History and Archaeology of the African Provinces in the Sixth and Seventh Century, Oxford, British Archaeological Reports, coll. « British Archaeological Reports. International Series », (ISBN 0-86054-119-3), chap. 99
- (en) Cameron Averil (dir.), The Cambridge Ancient History. Volume 14: Late Antiquity. Empire and Successors. AD 425–600, Cambridge, Cambridge University Press, , 552–569 p. (ISBN 0-521-32591-9), « Vandal and Byzantine Africa »
- (en) Raven Susan, Rome in Africa, London, Routledge, , 209–230 p. (ISBN 0-415-08150-5)
Notes et références
- ↑ Denys Pringle: The Defence of Byzantine Africa from Justinian to the Arab Conquest. British Archaeological Reports, Oxford 1981, (ISBN 0-86054-119-3) (reprint 2001), p. 97
- ↑ cf. Averil Cameron: Vandal and Byzantine Africa dans : Averil Cameron, Bryan Ward-Perkins, Michael Whitby (dir.), The Cambridge Ancient History, vol. 14 : Late Antiquity. Empire and Successors. AD 425–600, Cambridge University Press, Cambridge, 2000, (ISBN 0-521-32591-9), p. 556
- ↑ Pringle 1981, p. 28.
- ↑ Susan Raven: Rome in Africa. 3e éd., Routledge, Londres, 1993, (ISBN 0-415-08150-5), p. 214 f. ; voir également Gabriele Crespi: Die Araber in Europa. éd. spéciale, Belser, Stuttgart, 1992, (ISBN 3-7630-1730-5), p. 27
- ↑ Pringle 1981, p. 295.
- ↑ (ar) Moncef Mebarkia, « مقاطعة افريقية البيزنطية في مواجهة الفتح الإسلامي (استراتيجية المقاومة وعوامل الفشل) » [« La province byzantine d’Afrique face à la conquête islamique (stratégies de résistance et facteurs d'échec) »], Al-Ibar from historical and archaeological studies, vol. 7, no 2, , p. 156-185 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (ar) Mohamed Lakhdar Oulmi, « النظم والتحصينات العسكرية بمنطقة الأوراس (القرن XII-VIII م) » [« Les systèmes et fortifications militaires dans la région des Aurès (VIIIe-XIIe siècles) »], Dirasaat turathiya, vol. 8, no 1, , p. 516-546 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (ar) Yacine Rabah Hadji, « السّياسة التّحصينيّة البيزنطيّة في إفريقيا » [« La politique de fortification byzantine en Afrique »], Dirasaat turathiya (Études patrimoniales), vol. 15, no 1, , p. 19-42 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Jean Lassus, La forteresse byzantine de Thamugadi, Paris, Éditions du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), 1981.
- ↑ André Berthier, Timgad, antique Thamugadi, Paris, Arts et Métiers Graphiques, 1942.
- ↑ Pringle 1981, p. 180.
- ↑ François Baratte, Fathi Bejaoui : Les fortifications byzantines d’Ammaedara. In : Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 2010, p. 513–538 (Digitalisat).
- ↑ Pringle 1981, p. 320.
- ↑ Pringle 1981, p. 303.
- ↑ Pringle 1981, p. 294.
- ↑ Pringle 1981, p. 198.
- ↑ Pringle 1981, p. 202.
- ↑ Pringle 1981, p. 204.
- ↑ Pringle 1981, p. 282.
- ↑ Pringle 1981, p. 208.
- ↑ Pringle 1981, p. 212.
- ↑ Pringle 1981, p. 264.
- ↑ Pringle 1981, p. 216.
- ↑ Bernd Päffgen : Das justinianische Kastell von Madauros in Ost-Algerien. In : Kölner Jahrbuch 43, 2010, p. 515–530.
- ↑ Pringle 1981, p. 266.
- Pringle 1981, p. 226.
- ↑ Pringle 1981, p. 227.
- Pringle 1981, p. 232.
- ↑ Jean Lassus : La forteresse byzantine de Thamugadi. Édition du Centre National de la Recherche Scientifique, Paris 1981, (ISBN 2-222-02676-8).
- ↑ Pringle 1981, p. 239.
- ↑ Pringle 1981, p. 40.
- ↑ Pringle 1981, p. 274.
- ↑ Pringle 1981, p. 275.
- ↑ Pringle 1981, p. 250.
- ↑ Pringle 1981, p. 252.
- ↑ Pringle 1981, p. 304.
Voir aussi
Articles connexes
- Architecture byzantine
- Afrique du Nord byzantine
- Histoire de l'Empire byzantin
- Déclin de l’Empire byzantin
Liens externes
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