Léon Goupy

Léon Goupy
Fonction
Sous-préfet de Mayenne
4 -
Henri Gandais (d)
Biographie
Naissance
Décès
(à 82 ans)
Nationalité
Fratrie
Victor Goupy (d)
Edmond-Alfred Goupy

Léon François Goupy (Mayenne, - Mayenne, ) est un homme politique et journaliste républicain français. Journaliste, homme politique, déporté, il incarne la lutte pour la liberté, la justice sociale et la laïcité. Son parcours, marqué par l’opposition au Coup d’État du 2 décembre 1851, la déportation en Algérie, et une vie de combats, en fait un symbole du combat républicain au XIXe siècle[1].


Biographie

Origines et engagement républicain

Léon Goupy[2] naît dans une famille modeste de Mayenne, fils de Victor Goupil, hôtelier à Mayenne et capitaine de la Garde nationale, et de Victoire Adélaïde Loison[1], fille d'un aubergiste[3]. Son père, conseiller municipal en 1848, lui transmet très tôt les valeurs républicaines. Son père, décédé en 1868, fut enterré civilement, ce qui provoqua la stupeur des autorités.

Léon Goupy devient horloger, puis commissionnaire en vin, mais c’est dans le journalisme et la politique qu’il s’épanouit, défendant avec passion la République et la laïcité. Il a trois frères : Auguste, cabaretier à Mayenne, reprenant le métier de ses parents[3] ; Victor, imprimeur à Paris ; Edmond, médecin connu pour avoir mis au point l'uroscopie.

Résistance au coup d’État du 2 décembre 1851

Le , Louis-Napoléon Bonaparte dissout l’Assemblée nationale et instaure le Second Empire. Depuis les années 1850-1851, le préfet de la Mayenne dresse les listes des socialistes du département en prenant toutes les précautions[4].

Léon Goupy, républicain convaincu, s’oppose immédiatement à ce coup de force. A la nouvelle du coup d’État du 2 décembre 1851, les mesures policières sont mises en vigueur[4]. Dans l'ensemble du département de la Mayenne, les meneurs sont arrêtés, emprisonnés, jugés et condamnés avant d'avoir eu la possibilité de se connecter avec les départements voisins, où le mouvement s'est intensifié. L'accusation portée contre eux est la même : avoir fait partie d'une société secrète[4].

Le , il est arrêté à Mayenne pour avoir affiché un appel à la résistance et rappelé les citoyens de Mayenne à leurs devoirs constitutionnels[1], appel signé par vingt-deux membres de gauche[1], qui, en citant des extraits de la Constitution française du 4 novembre 1848 (articles 48, 68 et 110), rappelaient au président de la République, aux autorités constituées et au peuple français leurs devoirs respectifs[3].

Léon Goupy est considéré comme le principal meneur des socialistes dans le département de la Mayenne[4]. Il est accusé "d'excitation à la haine des citoyens les uns contre les autres et d'excitation à la haine et au mépris du Gouvernement"[5] ; son dossier judiciaire le présente comme un "homme violent et exalté, propagandiste habile"[6]. Son père est révoqué de la Garde Nationale. Son frère Auguste figure sur la liste des suspects et sera fréquemment inquiété par la suite[4].

Léon Goupy est brièvement détenu au château de Mayenne qui faisait alors office de prison. Dans ses écrit[1], Léon Goupy décrit avec force les conditions de son arrestation, son incarcération, et les traitements indignes subis par les républicains[1]. Il dénonce l’arbitraire des autorités avec le préfet Napoléon Legendre de Luçay, l’hypocrisie des magistrats, par exemple Théophile Grosbois, procureur à Laval, qui avait aussi condamné précédemment le journaliste monarchiste Charles-François-Xavier Müller[1], et l’injustice des commissions mixtes. Il y exprime sa haine du despotisme, son mépris du parjure, et son attachement indéfectible à la devise « Liberté, Égalité, Fraternité »[1].

Arrestation et transfert à Laval

Il est incarcéré avec d’autres républicains, puis transféré à Laval le où les prisonniers politiques se trouvaient au nombre de 23. Dans la prison de Laval, il partage la vie des détenus politiques, mais aussi des condamnés de droit commun. Il y a apprend aussi le suicide de son ami Étienne Angot, franc-maçon[4], percepteur à Montenay qui avait été arrêté dernièrement comme prévenu d'opinions démocratique par pendaison dans la prison de Laval[7] dans la nuit du 9 au . Il exprime sa solidarité avec plusieurs républicains condamnés comme lui, comme Jean-Julien Godard-Beauchêne, l'ancien maire de Mayenne[1]. Il indique aussi qu'on voulait faire remonter l'instruction en cours, jusqu'au mois d' et lui demander compte d'un article qu'il avait publié dans l'Indicateur de Mayenne, en réponse aux attaques du rédacteur du Moniteur de la Mayenne[1], dont la cause provenait de Berrier-Fontaine, docteur, frère de l'avocat qui sera maire d'Argentan.

Dans la prison du Château de Laval, il rencontre la sœur Boisgontier, Sœur de la charité de Notre-Dame d'Évron[1], qui lui apporte des soins, et le gardien Ricou, dont l’humanité contraste avec la rapacité du geôlier-chef[1] et la brutalité de l’aumônier Martin Foucault[1], suite par exemple à la réponse effectuée par les prisonniers à un courrier de Jean-Baptiste Heslot[1]. Léon Goupy décrit la promiscuité, les humiliations, et la solidarité entre détenus[1].

Le , la Commission mixte, composée du préfet De Luçay, du procureur Grosbois, du Général d'O..., de Le Segrétain, conseiller de préfecture[1] condamna sept des prisonniers à la Surveillance de la Police. 15 jours après, la commission-mixte envoyait en interement en Vendée cinq prisonniers, et en envoyant les deux autres en Belgique. Jusqu'au , Léon Goupy reste en prison[1] à Laval.

Le voyage vers Brest et l’embarquement

Le , Léon Goupy et sept autres prisonniers[8] sont dirigés vers Brest, sous bonne escorte. Le voyage est une épreuve : menottes, chaînes, et traitements humiliants[1]. Les détenus s'arrêtèrent d'abord à la prison du Château de Vitré jusqu'au  ; puis à la maison d'arrêt Richelot de Rennes[9] ; à Plélan-le-Grand une nuit le . il quitte Plélan-le-Grand, enchaîné avec d’autres détenus, en direction de Ploërmel.

À Ploërmel, Goupy et ses compagnons découvrent, grâce au chef d’escorte, que leurs codétenus ne sont pas tous des « transportés politiques » comme annoncé, mais des condamnés pour faux, vol ou récidive[1]. Cette révélation provoque une vive indignation : les républicains, convaincus de partager leur sort avec des militants, réalisent avoir été délibérément mélangés à des criminels, une tactique visant à les discréditer et à les humilier. Léon Goupy refuse dès lors de partager son repas avec eux, préférant leur faire l’aumône, et obtient d’être enchaîné seul[1]. Le chef d’escorte, un vieux gendarme, exprime lui-même son mépris pour ces pratiques, tout en continuant à les appliquer. Il fournit à Léon Goupy des informations sur chacun de ses compagnons, confirmant leurs antécédents judiciaires[1]. Léon Goupy dénonce cette manipulation, qu’il attribue à l’administration préfectorale, notamment à Napoléon Legendre de Luçay, préfet de la Mayenne.

À Josselin, Léon Goupy et ses compagnons passent deux nuits dans des conditions précaires. Avant de quitter la région, Léon Goupy confie une carte à un brigadier de gendarmerie, destinée à Paul Delahante, alors sous-préfet de Lorient, et ancien sous-préfet de Mayenne. Goupy affirme que Delahante, qu’il qualifie d’ami, serait sensible à ce geste, rappelant ainsi leur commune appartenance à l’idéal républicain[1]. Delahante avait, avant le , juré de démissionner si Louis-Napoléon Bonaparte était élu président, mais ce dernier se ralliera finalement au régime après le coup d’État, recevant même la Légion d’honneur pour son zèle répressif contre les républicains.Léon Goupy est à Pontivy jusqu'au . Il part ensuite vers Rostrenen ; Carhaix ; La Feuillée ; Landerneau et enfin Brest.

À Brest, ils sont embarqués sur le Du Guesclin à partir du , un navire prison où règnent la promiscuité, la vermine et la faim[1]. Léon Goupy décrit l’horreur des conditions de vie à bord : «Dans une mare d’ordures, qui répandaient une odeur infecte, grouillaient cinq à six cents malheureux, serrés les uns contre les autres, à ce point qu’il était impossible de s’asseoir ou de se coucher.»[10]. Il dénonce la cruauté du commandant S. Mallet, qui pousse le cynisme jusqu’à ses dernières limites, et la complicité des officiers de marine, qui acceptent le rôle infâme de geôliers[10].

La traversée vers l’Algérie

Le , Léon Goupy et ses compagnons sont transbordés sur le Mogador avec 350 prisonniers[3], une frégate à vapeur en partance pour l’Algérie, dirigée par le Commandant Othon. La traversée est une nouvelle épreuve : entassement, vermine, et nourriture infecte[10]. Léon Goupy décrit dans ses écrits la solidarité entre déportés, mais aussi les tensions et les désespoirs[10]? Il décrit aussi la rencontre avec le capitaine d'armes du bateau, qui était originaire de Craon, et qui avait eu lors d'une traversée précédente vers l'Algérie, pris soin de son ami François Érasme Mercier[10].

À l’arrivée à Alger, le , les déportés sont internés à la prison du Lazaret, puis transférés au camp de Birkhadem, dans la banlieue, à 12 km d'Alger[3]. Léon Goupy y subit les privations, les humiliations, et la promiscuité avec des condamnés de droit commun[10].

La vie en Algérie : résistance et solidarité

À Birkadem, Léon Goupy est confronté à la dure réalité de la déportation : travaux forcés, privations, et arbitraire des autorités[10]. Il organise avec d’autres déportés une résistance passive, une école mutuelle, et tente de maintenir la solidarité entre républicains. Il refuse de demander son internement, contrairement à d’autres déportés plus fortunés[10].

Goupy dénonce la cruauté du régime impérial, l’hypocrisie des autorités, et la souffrance des familles séparées par la répression[10]. Il y exprime aussi sa colère contre ceux qui, parmi les déportés, ont demandé leur internement pour échapper aux rigueurs du camp, abandonnant ainsi leurs camarades moins fortunés[10]. Il cite par exemple le cas de Jean-Gabriel Capot de Feuillide[10].

La résistance aux travaux forcés

Goupy refuse catégoriquement de se soumettre aux travaux forcés. Il organise avec d’autres déportés une résistance passive, et tente de maintenir la solidarité entre républicains[10]. Il écrit : « Transporté sans jugement, au mépris de toute justice, on a pu, par la force, me priver de la liberté ; mais jamais on n’obtiendra ma soumission aux travaux forcés, contre lesquels je proteste de toutes mes forces. »

La solidarité entre déportés

Malgré les conditions inhumaines, Léon Goupy et ses compagnons organisent une école mutuelle, où ils enseignent et apprennent les uns des autres[10]. Léon Goupy, qui a des compétences en horlogerie, répare les montres des Arabes en échange de fruits. Il refuse de travailler pour les geôliers ou les gendarmes, affirmant que sa dignité ne peut être brisée par la force. Il décrit la solidarité entre déportés, mais aussi les tensions et les désespoirs[10].

Libération et retour à Mayenne

15 mois après, Léon Goupy qui s'était signalé par son dévouement dans un incendie près de Lambessa[11] était libéré, sans aucune condition[11]. Les notables algérois[3], plusieurs maires reconnaissants, avaient fait pression sur les autorités, aboutissant à la libération d'une vingtaine de prisonniers dont Leon Goupy et Auguste Claverie, avec l'aide d'une campagne de presse effectuée par le rédacteur de l'Abkar, et aussi par via le journal La Presse, d'Émile de Girardin. Léon Goupy est ensuite, et jusqu'à sa libération interné au camp de Douëra[10].

Le , ils reçurent l'autorisation de retourner chez eux et rentrèrent en France via Toulon à bord du vapeur Montezuma[3]. Sa déportation lui fait perdre une fortune d'environ 60 000 francs. Lors de cette déportation, il aurait fait la connaissance de plusieurs individus qui ont dû jouer un rôle dans l'insurrection dernière[12],[13].

De retour à Mayenne en 1853, Léon Goupy se montra enthousiaste à l'égard de la publication du livre Les Châtiments de Victor Hugo, et participa à sa diffusion clandestine[3].

Exil à Jersey

Victor Hugo exilé à Jersey.

Averti par un ami de la possibilité d'arrestation contre lui, il se réfugia en Bretagne en 1855 et, grâce à la bienveillance d'un pêcheur, parvint à débarquer à Saint-Hélier[11].

A Jersey, il rencontre Victor Hugo, et de nombreux proscrits, comme lui, avec lesquels il se lia d’amitié[3]. À Jersey, il retrouve son ancien compagnon de déportation, Alexandre Douard[14], qui s'était évadé des camps[3]. Il y croise aussi Charles Ribeyrolles, à qui il fournit probablement[15] des informations pour son pamphlet intitulé les Bagnes d’Afrique - Histoire de la transportation de décembre[16], publié en [16], où il dénonce la répression violente des républicains et démocrates aux premiers jours du Second Empire. Il écrit aussi des articles dans son journal L’Homme[3].

Le , il fait partie du jury de réfugiés français de la société la Fraternité dont il était membre, qui déclare Julien Hubert[17] comme espion et agent provocateur de la police de Napoléon III[3]. Le , il prend part à une autre réunion du même type, qui se concentrait surtout sur le « cas de Jean-Claude Colfavru »[3].

Le , il épousa civilement Sophie Renou, une jeune femme de Saint-Malo. C'est probablement à cette occasion qu'il reçut la visite de deux de ses frères[3]. Le Consul de France à Jersey Laurent dénonce fin , Alavoine, Goupy et Émile Allix sur lesquels il demanda des informations[18]. Après l'attentat de Felice Orsini sur Napoléon III, il attira à nouveau l'attention des autorités sur Goupy et d'autres exilés[19].

Le , lors d'un séjour chez son beau-père Victor Goupil à Mayenne, Sophie donna naissance à leur premier enfant, portant le prénom de Louis René[3]. Pour des raisons de sécurité, Léon demeura à Jersey, où il continuait à exercer en tant qu'horloger[3],[20].

En 1858, il passe ensuite en Angleterre à Londres où nait Coeline dite Nina, son deuxième enfant, le à Marylebone[3].

Amnistie et retour à Mayenne

Amnistié à la suite de la guerre d'Italie en 1859, il rentre en France accompagné de sa femme, de ses deux enfants et d'un orphelin de 3 ans qu'il avait adopté, Henri Manton, fils d'un proscrit[3]. Il s'établit à Mayenne[21] où il travaillait comme commissionnaire en vins. Le couple eut encore sept enfants : Louise Victorine (1860), Marguerite (1863), Fernand (1864), Juliette Clémentine (1865), Paul Victor (1868), Gaston Léon (1867) et Albert Raymond Nathaniel (1872)[3]. Il jouit à Mayenne de la considération publique en raison de son honnêteté et de sa probité à toute épreuve.

Grâce aux réformes libérales opérées par le Second Empire en 1869, il se réengage dans la politique pour les Élections législatives de 1869 dans la Mayenne, où il soutient les candidats d'opposition républicaine, dont Louis-Antoine Garnier-Pagès, dont le gendre est Prosper Dréo qui va se présenter dans la circonscription de Laval[4].

Il publie à Argentan et à Mortagne un tract exhortant à ne pas soutenir le Plébiscite du 8 mai 1870[3]. Il est qualifié d' homme dangereux par le maire de Mayenne, Pierre Nouël de Latouche. Franc-maçon, anticlérical, il est le représentant du parti avancé de l'époque à Mayenne. Le , il complétait son récit Le Coup d'État dans la Mayenne. Ce récit avait été publié en feuilleton dans le Courrier de la Sarthe, de l’Orne et de la Mayenne, jusqu'à la fermeture (forcée par ces actionnaires pour Léon Goupy[3]) de ce journal le . C'est un réquisitoire contre Napoléon III[22],[3], alors au pouvoir.

Le vote « non » au plébiscite du 8 mai 1870.
  • Plus de 50 % des électeurs inscrits.
  • De 35 à 50 %.
  • De 25 à 34 %.
  • Moins de 25 %.

A l'occasion du Plébiscite du 8 mai 1870, il effectue une propagande active en Mayenne pour le « non » : « On sait en outre qu'à l'époque du plébiscite, il avait fait une propagande anti plébiscitaire des plus actives, aurait envoyé des circulaires, organisé des réunions, fait des voyages dans le département et soldé toutes les dépenses qu'ont entrainé ces divers agissements. Le bruit se serait alors répandu qu'il aurait reçu de l'Internationale une somme considérable, s'élevant prétendit-on, à 40 000 francs, afin de lutter plus avantageusement contre le Gouvernement de l'Empire... »[12],[13].

Sous-préfet...?

Patriote[11], à la Chute du Second Empire le , il se rendit rapidement à Paris pour rejoindre le Gouvernement de la Défense nationale[3]. Il semble alors remplir les fonctions de sous-préfet d l'Arrondissement de Mayenne pendant une très courte durée[23], et est remplacé par Henri Gandais dès le . Le , Léon Goupy croise Eugène Alavoine, qu'il a connu en exil à Jersey. Ce dernier lui fait part des dysfonctionnements du Gouvernement de la Défense nationale, rapportant notamment :

« Goupy quitte jeudi à 8 heures du matin, muni de la nomination de Dubignon comme préfet de la Mayenne – j’ai vu ce document de mes propres yeux. Or, le lendemain, Lacouture[24] tombe sur Delattre, lui aussi nommé préfet du même département ! Voici donc Goupy avec deux préfets en concurrence pour un seul poste. Lettre d'Eugène Alavoine du [25]. »

D’après le témoignage d'Ernest Laurain, Léon Goupy se trouve déjà à Laval le , en compagnie du fabricant Fouassier-Anger. Ensemble, ils « flanquaient » Eugène Delattre, venu officiellement prendre ses fonctions et s’adresser à la population[3]. Louis Lacouture est nommé par Léon Gambetta sous-préfet de l'arrondissement de Château-Gontier.

Sur ce sujet, le nouveau sous-préfet écrira par la suite, le  : « Depuis le 4 septembre, il n'a pas cessé de remplir à la sous-préfecture de Mayenne, par délégation ou tolérance de M. Gandais, seul titulaire, les fonctions de sous-préfet de et Président du Comité de Défense. Il serait malaisé de spécifier dans quelle mesure il a profité de cette situation pour l'organisation du parti du désordre ; on sait néanmoins qu'il a distribué, sans contrôle, des armes à tir rapide, et des munitions à un certain nombre d'individus de son choix. En outre, il tenait, le soir du balcon de son habitation, et devant une foule d'ouvriers réunis, des discours dont le sens provocateur et haineux n'était un mystère pour personne. »[12],[13].

Le Républicain

Il reprend par la suite ses activités politiques et continua sa propagande républicaine lors de réunions, par le biais de journaux et à travers plusieurs brochures[3]. Il aurait sans doute aidé à cacher son frère Edmond, en fuite face à la répression versaillaise, entre juin et . Pour cette raison, il était étroitement surveillé[3], avec d'autres personnes. Le nouveau sous-préfet écrivait le  : « Léon Goupy est, dans l'arrondissement, un des propagandistes les plus ardents des idées révolutionnaires... il convient toutefois de dire que les sieurs Goupy et Marienne sont les seuls dont l'affiliation secrète à cette société présent les caractères d'une certitude morale...Il serait même difficile de fournir, ..., des preuves matérielles de leur connivence.... »[12],[13].

En 1882, il lance le journal hebdomadaire Le Petit Mayennais, qui disparaît en 1884. Il s'y révèle comme un radical bon teint, proche de Henri Brisson et de Georges Clemenceau[3]. Il est aussi reconnu comme pensionné par l'état Victime du 2 décembre en 1888[26].

L’affaire Pellier et la défense de la laïcité

En 1882, un différend retentissant l’oppose au chanoine Pellier, curé archiprêtre de Mayenne, qui s'était introduit dans sa demeure (à son insu) et avait baptisé ses enfants (il est père de 9 enfants). Léon Goupy, libre-penseur et farouche défenseur de la liberté de conscience, attaque violemment le prêtre dans son journal. Condamné pour diffamation, il assume pleinement ses positions, refusant toute compromission. Il écrit : « Si le mari, le père, offensé dans sa personne, pouvait oublier, le père, outragé dans ses enfants, ne peut que maudire ! ». Lors du procès, Henri Gandais, maire de Mayenne indiquera aussi être odieusement outragé dans le journal de Léon Goupy[11].

Léon Goupy est condamné par la Cour d'Assise de Laval à 20 jours de prison et 100 francs d'amende. Le couple divorce. Sophie s'installe à Paramé puis à Fougères, où elle réside encore en 1894[3].

Franc-Maçon

Il est initié à la Franc-Maçonnerie vers 1855 ou 1856 à la Loge La Césarée à Jersey[4]. Il est affilié à la loge La Constance de Laval le [4]. Il est ensuite affilié à la Loge Le Ralliement, dont il est orateur dès sa fondation en 1887. Il s'y consacre avec passion aux questions sociales et à la réforme fiscale, ne perdant en rien son énergie ni son esprit révolutionnaire[4]. Toutefois, l'Atelier ne l'appuie pas dans ses idées audacieuses.

« Si le F... Goupy, en développant sa pensée n'a pas convaincu les auditeurs, il a eu au moins le mérite de rallier tous les suffrages en raison du travail consciencieux auquel il s'est livré, et il est chaleureusement applaudi. Procès-verbaux des Tenus de la Loge Le Ralliement. »

Mort et postérité

Léon Goupy laisse le souvenir d’un homme intraitable, guidé par une morale républicaine exigeante. Dans ses écrits, il insiste sur l’importance de la lutte pour le bien, le juste et le beau, et sur la nécessité de transmettre ces valeurs à ses enfants[10].

Il meurt à Mayenne en 1909, après une vie entière de combats et de sacrifices pour ses idéaux. Les obsèques civiles de Léon Goupy, qui eurent lieu le , rassemblèrent la majorité des notables et des militants républicains de Mayenne, dont le sous-préfet de Mayenne, et le maire de Mayenne Louis Lintier[11] ainsi que ses amis de la Libre-Pensée du Mans, dont Louis Crétois, et de la Société de l’Union démocratique[3].

Publications

  • Circulaire de M. Léon Goupy contre le plébiscite. Mortagne : impr. de Daupeley frères, 1870, in-4 ̊ , 1 p. ;
  • Circulaire de M. Léon Goupy contre le plébiscite, datée du 18 avril et commençant par ces mots : Citoyens, l'empire, que poursuit partout... Argentan : Impr. de Cagnant, (s. d.), in-4 ° ;
  • Le Coup d'État dans la Mayenne. Paris, L. Goupy, juin 1870, in-18°. gallica.bnf.fr ;
  • La transportation en Afrique pour faire suite au Coup d'État dans la Mayenne, . Domfront, 1886, 60 p. in-16°. gallica.bnf.fr
  • La Question de l'impôt,...(. (Paris) : V. Gillet, 1879, in-16, 15 p. ;
  • Lettres aux électeurs de la Mayenne. Paris, 1881 ;
  • L @ le Ralliement, Or @ de Laval. Discours du F @ L. Goupy, orat @ Tenue du . Domfront : impr. de F. Renault, (s. d.), in-8 ̊ , 14 p. Projet d'impôt à prélever sur les successions en ligne directe[27];
  • La monarchie française jugée par la Bastille. Mayenne, Boursier et Victor Bridoux. 1906 ;
  • Discours à la Loge "Le Ralliement". Mayenne, 1906.

Notes et références

  1. Le Coup d'État dans la Mayenne. Paris, L. Goupy, juin 1870, in-18°.
  2. Son nom de famille est orthographié Goupy, une version qu'il choisit de conserver, bien que les autres membres de sa famille aient généralement opté pour la forme Goupil.
  3. https://maitron.fr/goupy-leon-francois/, notice GOUPY Léon, François par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 7 octobre 2024.
  4. Marius Lepage, Histoire de la Franc-maçonnerie dans la Mayenne (1756-1951). Le Mans, Imprimerie Monnoyer, 1951. (avec la collaboration d'André Bouton)
  5. Léon Goupy, Le coup d'État dans la Mayenne, , 112 p. (lire en ligne), page 3
  6. Jean-Claude Farcy, « Notice individuelle - Goupy Léon François » Accès libre, sur Poursuivis à la suite du coup d'Etat de décembre 1851, (consulté le )
  7. Victor Schoelcher, Histoire des crimes du 2 décembre, vol. 3, p. 93, 1853
  8. Dont la plupart ne sont pas des condamnés politiques.
  9. Léon Goupy, Le coup d'Etat dans la Mayenne, , 112 p. (lire en ligne), page 81
  10. La transportation en Afrique pour faire suite au Coup d'État dans la Mayenne, . Domfront, 1886, 60 p. in-16°.
  11. L'Avenir de la Mayenne, 15 février 1909.
  12. L'Oribus. Groupe de recherches sur le mouvement social en Mayenne, no 4. 1981. ISSN 0294-4987. p. 23.
  13. Archives départementales de la Mayenne, M. 941. Rapport du Sous-Préfet de Mayenne John James Osgood Appleton au Préfet du département . A.D. M. 941.
  14. Maitron
  15. Dans son ouvrage, Léon Goupy indique qu'il a eu de mauvais renseignements.
  16. Les Bagnes d’Afrique sur le site de l’Association 1851 pour la mémoire des Résistances républicaines [1].
  17. Maitron
  18. Archives Nationales, B.B. 30/416, Laurent à Jean-Charles Abbatucci, 22 novembre 1855.
  19. Pierre Angrand, Victor Hugo raconté par les papiers d'État, 1961, p. 177.
  20. Selon Abel Duchêne, sa boutique était modeste et la clientèle peu nombreuse. Quand l'horlogerie ne marchait plus, il se mettait à graver des métaux. C'est même là que Victor Hugo commanda un sceau portant l'inscription Ego Hugo.
  21. D'abord rue des Capucins, puis rue de Paris, et enfin quai de la République.
  22. C'est pour cette raison qu'il ne put le faire imprimer intégralement qu'en 1871, avec l'aide de son frère Victor Goupy à Paris.
  23. D'autres sources comme le préfet Eugène Delattre cite Aubry, avocat.
  24. Maitron
  25. Documents sur la situation au lendemain de la proclamation de la République (sept.- nov. 1870), Alphonse-Marius Gossez, Revue d'Histoire du XIXe siècle - 1848, 1934, p. 170-177
  26. L'Avenir de la Mayenne, 9 octobre 1882
  27. Ce discours est en faveur de l'impôt progressif sur les successions. L'orateur ne fait pas de difficultés de reconnaître qu'il tend à la suppression radicale du droit de tester. Il fait allusion à des discours prononcés par lui dans diverses circonstances, et termine la préface de 1906 par ces deux phrases : Je profite de l'occasion pour déclarer que tout maçon honnête professe pour le Grand Orient, annexe de la préfecture de police, le plus profond mépris. Pour ma part j'ai, depuis des années, rompu avec la Loge de Rennes, dont le Vénérable, âgé de 84 ans, s'est fait crucifier comme Vadécardiste !

Voir aussi

Bibliographie

Liens externes

  • icône décorative Portail du journalisme
  • icône décorative Portail de la France au XIXe siècle
  • icône décorative Portail de la Mayenne
  • icône décorative Portail de la politique française