Gilles Boileau

Gilles Boileau
Fonction
Fauteuil 23 de l'Académie française
-
Biographie
Naissance
Décès
(à 38 ans)
Paris
Activité
poésie, critique littéraire, traduction
Père
Gilles Boileau (d)
Fratrie
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Membre de
Distinction

Gilles Boileau, né le à Paris, où il est mort le , est un homme de lettres français des premières années du règne de Louis XIV. Avocat de formation, traducteur du latin et du grec ancien, polémiste redouté et poète occasionnel, élu membre de l'Académie française à vingt-huit ans, il est proche, par ses préoccupations littéraires et érudites, de Molière, d'Antoine Furetière, de Charles Perrault et de deux auteurs hellénistes comme lui, François Cassandre et l'abbé Charles Cotin.

Toutes ses œuvres sont aujourd'hui accessibles et consultables en ligne, mais il n'en existe aucune étude critique et il n'a jamais fait l'objet d'aucune véritable biographie.

Sa mort prématurée et la longue et brillante carrière de son cadet Nicolas ont sans doute conduit les historiens de la littérature à sous-évaluer sa place dans la vie intellectuelle du Grand Siècle.

Sa vie et son œuvre

Gilles Boileau est l'aîné des six enfants d'Anne de Niélé (1609-1638), fille d'un procureur au Châtelet, et de Gilles Boileau (1584-1657), greffier du conseil de la Grand'Chambre du Parlement de Paris, lequel a déjà dix enfants d'un premier mariage. Deux de ses frères se sont fait un nom dans les lettres françaises : Jacques (1635-1716), auteur de savoureux traités de théologie et de morale, et Nicolas, dit Boileau-Despréaux (1636-1711), le satiriste, avec lequel il aura, quelques années sa mort, des relations tendues.

Avocat au parlement de Paris, Gilles II n'a, semble-t-il, jamais plaidé. Sa charge de payeur des rentes de l'Hôtel de ville lui vaut parfois le surnom de « Boileau le rentier ».

Comme son père l'avait été avant lui, il est « protégé » dès son entrée sur la scène littéraire par le premier président du parlement de Paris, Pomponne de Bellièvre. Quelque quinze ans plus tard, son frère Nicolas se mettra sous la protection du successeur de ce dernier, Guillaume de Lamoignon.

Premières publications

Michel de Marolles, par Robert Nanteuil.

En , âgé de 22 ans, Gilles Boileau fait paraître la traduction d'un classique de la philosophie grecque, Le Tableau de Cébès, déjà traduit plusieurs fois avant lui. Il la dédie à l'abbé Michel de Marolles en termes quasi filiaux :

« … Quand j'ai fait réflexion sur la bonté avec laquelle vous avez reçu mes premières offres de services[1], je me suis persuadé que ce serait vous faire injure de dédier à d'autres qu'à vous les premiers fruits de mes études ; car sans dire ici les particulières obligations que je vous ai, il est certain que c'est à vous que je dois le peu de belles inclinations que j'ai pour les lettres… »

Marolles apparaît dès lors comme le mentor du jeune Boileau, auquel il donnera à diverses reprises, au cours des quinze années suivantes et jusqu'après sa mort, des témoignages d'une amitié pétrie d'admiration[2].

En octobre de la même année 1653, Boileau signe (de ses seules initiales) l'une des deux pièces liminaires de Zénobie, reyne d'Arménie, tragédie de l'avocat Jacques Pousset de Montauban[3]. L'autre pièce est due au sieur de Saint-Gilles, naguère capitaine au régiment de Conti, et ami d'Henry Le Bret et de Cyrano de Bergerac, le même qui, quelques années plus tard, devenu intendant du jeune secrétaire d'État Louis-Henri de Loménie de Brienne, lancera la fameuse gageure sur les deux Joconde (voir plus bas).

Le Tableau de Cébès gravé par Otto van Veen.

Au printemps 1655, Gilles Boileau donne de sa traduction du Tableau de Cébes une version « bien plus correcte et plus achevée » dans un livre consacré à Épictète, qui porte au titre : La Vie d'Épictete et l'Enchiridion, ou l'Abrégé de sa philosophie, avec le Tableau de Cebes et qu'il dédie à Pomponne de Bellièvre, à l'origine de cette traduction[4]. Dans une préface très érudite, le traducteur justifie son choix de conserver le mot grec Enchiridion plutôt que d'adopter le français Manuel que Guillaume Du Vair avait choisi dans sa traduction de 1591.

Une seconde édition amplement revue et augmentée paraîtra en 1657 sous le titre nouveau de La Vie d'Épictète et sa philosophie[5], dont le traducteur s'expliquera dans une réécriture de la préface[6]. La troisième et dernière édition, publiée en 1667, sera traduite et publiée trois ans plus tard en anglais[7].

Dans le chapitre qu'il consacrera en 1704 à Gilles Boileau dans sa Réponse aux questions d'un provincial, Pierre Bayle écrira à propos de cette traduction d'Épictète :

« Elle est bonne et précédée d’une Vie d’Épictète la plus ample et la plus exacte que j’aie vue jusqu’ici. L’érudition et la critique y ont été répandues habilement. Tout cela fut bien reçu du public[8]. »

Dans l'étude qu'il publiera en 1880 sur les Frères de Boileau-Despréaux, Gaston Bizos écrira[9] :

« En un temps où la langue française est encore enveloppée dans les langes de la langue latine, Gilles Boileau a su parfois couper la période chère à Descartes et à Balzac, pour rendre avec une sobre rapidité les brèves et tranchantes maximes du stoïcien […] Cette prose est déjà remarquablement nette, précise, intelligible, d'une tournure presque moderne. »

Polémique contre Gilles Ménage

Gilles Ménage en 1652 par Robert Nanteuil.

Dans la préface de son Épictète, Gilles Boileau rendait hommage à « l’illustre Mademoiselle Scudéry [pour] sa belle et ingénieuse Carte du Tendre » et remerciait l'érudit Gilles Ménage, dont il fréquentait les célèbres « mercuriales »[10], pour des indications qu'il lui avait fournies concernant la mort d'Épictète.

Mais à la suite d'un incident mal élucidé (Ménage se serait vanté d'avoir « fait » l'Épictète de Boileau[11]), le jeune traducteur rompt brusquement les relations avec son aîné. Dans les premiers mois de l'année 1655[12], en dépit d'une tentative de conciliation de l'avocat et académicien Olivier Patru, il fait imprimer, sous l'anonymat et sans permission, une brochure intitulée Advis à Monsieur Ménage sur son églogue intitulée Christine[13],[14], « petit chef-d'œuvre de cruauté littéraire », selon les éditeurs de Tallemant des Réaux, dans lequel il épingle et fustige avec beaucoup de verve les « emprunts », « adoptions » et autres « larcins » dont surabondent les œuvres de Ménage[15].

« Comme dans vos poésies latines, écrit le donneur d'aivs, on reconnaît Catulle, Tibulle, Properce, Ovide, Virgile et tous les autres, il arrive la même chose en votre églogue. Car vous m'avouerez que si M. de Malherbe, M. de Vence, M. de Racan, M. Corneille et M. Chapelain y avaient pris ce qui leur appartient, il y resterait très peu de chose, tant vous savez bien, Monsieur, l'art de mêler les styles différents et de joindre les pensées de divers auteurs ensemble. »

Édition subreptice (BNF).

Ce pamphlet, réédité deux fois en deux ans, chaque fois amplement « revu et augmenté », est un grand succès de librairie. « Jamais rien ne s'est mieux vendu, écrit Tallemant des Réaux, et je n'ai vu quasi personne qui ne fût bien aise qu'on eût donné sur les doigts à la vanité de Ménage. » L'une des principales « victimes » des plagiats de Ménage est Antoine Godeau, évêque de Vence, dont Gilles Boileau connaît d'autant mieux les œuvres poétiques qu'il a assuré, l'année précédente, la relecture de leur dernière édition[16],[17].

Réponse d'Henry Le Bret à Gilles Boileau (Bibliothèque d'Amiens).

Les proches du grammairien-poète et plusieurs habitués de ses mercuriales s'indignent. Paul Pellisson, grand ami de La Fontaine et de Madeleine de Scudéry, rompt publiquement toutes relations avec Boileau. L'avocat Henry Le Bret, ami de Cyrano de Bergerac, de Jean Royer de Prade et du sieur de Saint-Gilles, fait paraître chez Charles de Sercy une Response à l'advis sur l'églogue intitulée Christine. Ménage, à qui on a conseillé de ne pas répondre, en rachète tous les exemplaires[18].

Écrivant le 15 août à l'astronome Ismaël Boulliau, le mathématicien-poète Jean de Bouillon, vieil ami de Ménage[19],[20], qui vit à la cour de Blois, où il remplit les fonctions de secrétaire de Gaston d'Orléans, s'inquiète de savoir « de quelle manière on a reçu chez vous [= à Paris] et ailleurs la satire que Boileau a fait[e] contre M. Ménage »[21].

S'ensuit une longue bataille de pamphlets et d'épigrammes, qui pendant plusieurs années opposera le jeune satiriste aux partisans et amis de grammairien-poète : Pierre Costar, Paul Scarron, Paul Pellisson et d'autres[22].

Travail sur Longin

Valentin Conrart, gravé par Louis Cossin d'après un portrait par C. Le Fèvre.

Vers la fin de l’année 1656 ou au début de l’année suivante, Gilles Boileau soumet à Valentin Conrart, secrétaire perpétuel de l'Académie française, un sonnet à la louange du président Pomponne de Bellièvre, qui s’ouvre sur l’apostrophe « Quand je te vois assis au trône de tes pères… ». Conrart ayant jugé inappropriée « l'expression trône de ses pères, trop forte pour louer un magistrat », Gilles Boileau lui répond avec aplomb[23] :

« Je sais bien que le sophiste Longin s'est raillé autrefois de ce Gorgias qui avait appelé Xerxès le Jupiter des Perses ; mais je suis serviteur à Longin. Quand Malherbe a dit au roi Henri IV : Plus Mars que Mars de la Thrace, personne n'y a trouvé à dire, et si je disais aujourd'hui que l'illustre Pomponne est l'Apollon de la France, je suis assuré que cette expression serait approuvée de tous les gens d'esprit, et que s'il se trouvait quelque Longin qui voulût s'en moquer, il se ferait moquer de lui. Je vous dirai pourtant en passant, pour la défense de ce sophiste, car il est de mes amis, qu'il était grec et possédé de l'esprit de son pays, c'est-à-dire grand ennemi de Xerxès et des Perses ; et il ne faut pas douter que si ce même titre eût été donné à Thémistocle, ou à quelque autre grand personnage des amis de Longin, il était un trop judicieux critique pour le condamner. »

La phrase « ce sophiste [Longin] est de mes amis » suggère que dès cette période Gilles Boileau s'intéresse à l'auteur du Perí hypsous [Du sublime] et a peut-être même commencé à le traduire. Cet intérêt et le travail sur cette traduction seront confirmés deux ans plus tard par une page de sa Réponse à Monsieur Costar, dans laquelle il prend la défense du « rhéteur Longin »[24].

« Vous faites accroire au rhéteur Longin, en dépit qu'il en ait, qu'il s'est moqué d'Homère, à cause que ce poète a dit que les chevaux des dieux étaient si agiles qu'ils faisaient plus de pays d'un saut que l'œil n'en pouvait découvrir d'une vue. Aussitôt vous montez vous-même sur vos grands chevaux, et, après l'avoir querellé furieusement, vous l'accusez de mauvaise foi. Cependant, dans la vérité, c'est vous qui agissez de cette sorte-là. Car il est certain que le pauvre Longin est fort innocent, et qu'en cet endroit il loue Homère de toute sa force. Il soutient que les autres poètes n'imaginent point les choses comme il fait. Il admire la grandeur et la majesté qu'il donne à ses divinités. Et c'est là-dessus qu'il s'écrie [ch. VII] : Quand ce divin poète a dit que les chevaux des dieux faisaient plus de pays d'un saut que l'œil n'en pouvait découvrir d'une vue. Ne semble-il pas qu'il n'ait voulu borner le saut de ces chevaux que par les bornes du monde[25]  ? »

On ignore ce qu'il est advenu du travail de Gilles Boileau sur Longin. En juillet 1667, l'abbé de Marolles fera paraître, sous le titre de L'Histoire auguste, la traduction d'un recueil de six historiens latins, dont le dernier, Flavius Vopiscus, raconte la guerre menée par l'empereur Aurélien contre Zénobie, reine de Palmyre, qui avait été initiée à la langue grecque par « le philosophe Longin ». Dans une note de bas de page, Marolles informe ses lecteurs que « nous aurons bientôt une fort agréable version de ses œuvres »[26]. L'épithète « fort agréable » renvoie plutôt à Gilles Boileau qu'à son frère Nicolas, avec lequel, quoi qu'en ait dit Jules Brody[27],[28], Marolles n'a jamais eu de relation d'amitié.

Première édition des Œuvres diverses de Boileau-Despréaux.

Toujours est-il que, cinq ans après la mort de Gilles (en 1669), Nicolas fera paraître un recueil de ses propres œuvres sous le titre Œuvres diverses du Sieur D*** avec le Traité du Sublime ou du Merveilleux dans le discours traduit du grec de Longin[29]. En plus des versions révisées des Satires, ce volume comprend des œuvres jusque-là inédites, comme L'Art poétique, Le Lutrin et plusieurs Épîtres ; mais la traduction de Longin est la seule à être mentionnée sur la page de titre, et dans un format qui la met à égalité avec les « œuvres diverses ». Dans la préface générale du recueil, le « sieur D*** » (Despréaux) indique qu'il l'a faite « originairement pour [s']instruire plutôt que dans le dessein de la donner au public ». Elle est précédée d'une préface et suivie de remarques très érudites, qui témoignent d'une bonne connaissance de la langue et de la littérature grecques. Première version en langue vernaculaire d'un traité considéré, depuis sa redécouverte en 1554[30], comme aussi important que La Poétique d'Aristote[31], elle connaîtra un immense succès à travers l'Europe entière.

Contre Jean de Bouillon

Dans le courant des années 1658 ou 1659, son demi-frère Pierre Boileau de Puymorin[32], premier valet de chambre de la garde-robe de Gaston d’Orléans, lui ayant envoyé pour examen une longue pièce de vers que son collègue Jean de Bouillon (voir plus haut) a fait imprimer à Blois[33] sous le titre de La Guerre des fleurs, à M. de V. sur la haine qu'elle a du nom de Marguerite[34],[35], Gilles Boileau lui répond par une « censure » particulièrement acerbe[36] :

« … Quel effort ne ferais-je point pour l’amour de vous ? J’en ai fait un si grand que j’ai lu deux fois la batterie des fleurs que vous m’avez envoyée. Je ne sais pas en quelle odeur elle est parmi les gens de votre cour, mais pour peu qu’elle leur plaise, je suis assuré qu’ils n’ont pas trop bon nez. Ne pensez pas que je dise cela par animosité : j’ai suivi votre conseil, je l’ai regardée avec des yeux si chrétiens qu’il n’y a peut-être personne à qui elle fasse plus de pitié qu’à moi. Jamais je ne vis tant d’embarras et de désordre avec si peu d’invention, et jamais guerre ne fut si légèrement ni plus injustement déclarée […] Cet homme a grand sujet de parler contre les critiques ; ces sortes de gens sont incommodes, ils demandent de la raison partout et en cherchent bien souvent où il n’y en a point. Je lui pardonne tout ce qu’il a dit de moi. Il n’y a point de ressentiment qui puisse tenir contre lui. Vous avez bien fait de m’envoyer son ouvrage, c’était le vrai moyen de faire notre paix. Je suis fâché seulement de vous en avoir tant dit… »

Ce jugement féroce sera communiqué à Jean de Bouillon ; s'ajoutant aux attaques renouvelées contre son ami Ménage, il lui inspirera un sonnet vengeur, intitulé « Sur un pédant qui ne savait que la logique française et qui méprisait tous les ouvrages des autres »[37] :

Toi qui parles toujours pour dire des sottises,
Toi qui n’écris jamais que galimatias,
Toi qui devrais porter sur l’échine le bât
Pour recevoir les coups de ceux que tu méprises ;

Toi qui vis en hibou, toi qui ne syllogises
Que dans le baroco[38] des pédants et des fats,
Toi dont les imprimeurs, dupés de tes fatras,
Maudiront à jamais les fausses marchandises ;

Oses-tu, malheureux, profaner les écrits
Et le noble travail de ces divins esprits
Que tu ne peux connaître et que la France adore ?

Insensé, guéris-toi, de grâce, laisse-nous,
Va tenir ton école où l’on prend l’ellébore,
On ne voit en ces lieux déjà que trop de fous.

Ami de Molière

En , Michel de Marolles fait paraître la seconde édition de sa traduction du De rerum natura de Lucrèce. Il évoque dans sa préface la traduction que Molière, revenu depuis peu à Paris après treize années de tournées en province, donne à lire à ses amis[39] :

Molière par Pierre Mignard.

« On m’a dit qu’un bel esprit [Molière] en fait une traduction en vers, dont j’ai vu deux ou trois stances du commencement du second livre, qui m’ont semblé fort justes et fort agréables[40]. Je m’assure que de ses bons amis, que je connais et que j’estime extrêmement, ne manqueront pas de nous dire cent fois que le reste est égal, ce que j’aurai bien moins de peine à croire que le poète n’en doit avoir eu à le composer. »

Ces « bons amis » que Marolles « estime extrêmement », Molière les mentionnera à son tour un an plus tard, dans la préface de ses Précieuses ridicules, en évoquant la « belle et docte préface » qu'il aurait pu écrire et n'a pas écrite[41] :

« Je ne manque point de livres qui m’auraient fourni tout ce qu’on peut dire de savant sur la tragédie et la comédie, l’étymologie de toutes deux, leur origine, leur définition et le reste. J’aurais parlé aussi à mes amis, qui, pour la recommandation de ma pièce, ne m’auraient pas refusé, ou des vers français, ou des vers latins. J’en ai même qui m’auraient loué en grec ; et l’on n’ignore pas qu’une louange en grec est d’une merveilleuse efficace à la tête d’un livre. »

Il est plus que probable que Gilles Boileau fait partie, avec Furetière et François Cassandre, de ces amis de Molière qui fréquente la maison de Marolles.

Élu à l'Académie française

Paul Pellisson-Fontanier, d’après Gérard Edelinck.

Au même mois de février 1659, le poète Guillaume Colletet étant mort, Gilles Boileau, qui a 28 ans, présente sa candidature au fauteuil 23 de l'Académie française. Avec le soutien de quelques-uns de ses membres les plus anciens et les plus influents : Jean Chapelain, Valentin Conrart, Antoine Godeau, César d'Estrées et Henri-Louis Habert de Montmort, et au grand scandale de Paul Pellisson, il devient, au terme d'un processus électoral particulièrement tumultueux, le plus jeune membre de l'assemblée[42].

Polémique contre Paul Scarron et Pierre Costar

[…]

La gageure sur les deux Joconde

Dans les premières années de la décennie 1660, une dispute littéraire oppose les partisans de deux adaptations en vers français de la célèbre histoire du roi Astolphe de Lombardie et de son compagnon Joconde, qu'un hôtelier raconte à Rodomont au livre XXVIII du Roland furieux de l'Arioste[43]. L'une est l'œuvre de Jean de Bouillon, secrétaire de Gaston d’Orléans dans sa cour de Blois (voir plus haut), et serre d'assez près l'original en octosyllabes ; l'autre est une libre imitation en vers irréguliers composée par Jean de La Fontaine, qui vient d'entrer au service du surintendant Fouquet. Le sieur de Saint-Gilles (voir plus haut), partisan du premier, a parié une somme considérable contre le greffier Jérôme Boileau (l’aîné de la fratrie)[44], partisan du second, que la « Joconde » de Bouillon est supérieure à celle de La Fontaine. Ils s’en remettent au verdict d’un jury de trois « galants hommes » présidé par Molière.

C’est dans ce cadre, et avant que les juges ne se soient prononcés (la gageure sera annulée sans qu’ils aient à le faire), qu’un « critique » anonyme, sollicité par Jérôme Boileau de lui fournir des arguments, lui adresse une longue lettre ou « dissertation » (voir plus bas), dans laquelle il montre avec beaucoup de verve et d’érudition non seulement que « l'invention fleurie et enjouée » de La Fontaine l’emporte sur la « traduction sèche et triste » de Bouillon, mais qu’elle est même supérieure — au moins pour « l'art de la narration « — à l’original italien.

Cet épisode sera relaté un quart de siècle plus tard, par bribes et de manière un peu confuse, par l’ancien secrétaire d’État du jeune Louis XIV, Louis-Henri de Loménie de Brienne, alors enfermé à la prison de Saint-Lazare pour instabilité mentale et qui avait été l'un des trois « galants hommes » appelés à départager les parieurs, le troisième étant Jacques de Langlade, secrétaire du cabinet de Mazarin[45] :

Première page de la copie de la Dissertation sur Joconde par L.-H. de Loménie de Brienne.

« Dissertation sur la Joconde. À Monsieur B***. Pour comprendre ce titre, il faut savoir que dans le même temps que la Joconde de M. de La Fontaine courait manuscrite par Paris, il parut une version littérale de la même Joconde de l'Arioste en assez méchants vers français de la façon de M. Bouillon. L'un et l'autre attachés alors au service de feu Madame la duchesse d'Orléans, femme de feu Monsieur, oncle de Sa Majesté. [Brienne commence à recopier la dissertation et note dans la marge :] Ce fut Saint-Gilles qui gagea cent pistoles contre M. Boileau [Jérôme], le greffier du parlement, pour la Joconde de Bouillon contre celle de La Fontaine. Ainsi je crois que cette lettre en forme de dissertation est adressée à M. Boileau le greffier… »

La Dissertation sera publiée à Bruxelles en 1668, dans un recueil de Contes et nouvelles en vers de La Fontaine (voir ci-dessous), puis à Paris l'année suivante.

Honni de son frère, gratifié par le roi

Trompe-l'œil au portrait gravé de Nicolas Boileau par Gaspard Gresly

C'est au cours de l'année 1662, probablement, que Gilles Boileau introduit Nicolas, son cadet de cinq ans, dans les milieux littéraires, où il se fera connaître sous le nom de Despréaux. Ils auront des relations orageuses.

Au plus fort de leur querelle, Nicolas ira jusqu'à traiter son aîné de « rebut de notre âge[46] ».

En octobre 1665, ses succès de traducteur, de critique et de polémiste, auxquels s'ajoutent deux sonnets opportunistes et flagorneurs à l'adresse de Colbert[47], valent à Gilles Boileau de rejoindre Racine, Molière et Perrault, parmi les bénéficiaires des fameuses gratifications royales aux gens de lettres instituées deux ans plus tôt par le ministre. Dans le registre des Comptes des bâtiments du roi[48], il se voit octroyer la somme de 1200 livres (Racine en reçoit 600, Molière 1000, Perrault 1500) « pour lui donner moyen de continuer son application aux belles-lettres ».

Valentin Conrart en fait l'annonce dans quelques vers malicieux d'une lettre qu'il adresse le 3 novembre à une correspondante de province[49] : « On a mis l'un des trois Boileaux / (Non Puymorin[50] ni Des Préaux) / Sur un de ces états nouveaux / De gratificationnaires, / Je dirais de pensionnaires / Si ce mot n'était prohibé[51]… »

Dans la liste qu'il en dressait en à la demande du ministre, Chapelain le caractérisait en ces termes :

« Il a de l’esprit et du style en prose et en vers, il sait les deux langues anciennes aussi bien que la sienne. Il pourrait faire quelque chose de fort bon si la jeunesse et le feu trop enjoué n’empêchaient point qu’il s’y assujettît[52]. »

Cette gratification sera reconduite en 1666, mais ne le sera plus à partir de l'année suivante.

Traduction du livre IV de l'Énéide

Virgile. Musée du Louvre[53].

Au cours des années 1667-1668, s'il faut en croire son ami Michel de Marolles[54], Gilles Boileau traduit en alexandrins le IVe livre de l'Énéide de Virgile. Cette traduction, que son auteur est invité à lire à la cour et qu'« il débitait de mémoire à ses amis, avec un récit [= une manière de réciter] tellement agréable que tout le monde en était ravi », sera publiée en 1670 dans le recueil de ses Œuvres posthumes (voir ci-dessous).

En 1673, le même Marolles lui consacrera, dans son recueil intitulé Toutes les œuvres de Virgile traduites en vers françois, quatre pages de remarques qu'il conclura en ces termes[55] :

« … Mais tout cela n’est pas considérable parmi tant d’autres belles choses, pour la diction et pour la noble manière de rendre le sens de Virgile, que M. Boileau a employées dans son ouvrage, dont la cour a été charmée par le récit qu’il en faisait, quand il en était convié, par des personnes de la première qualité, qu’on ne se pouvait lasser d’en dire du bien ; et certainement cette pièce en était digne. Si néanmoins il eût vécu plus longtemps, il ne l’aurait pas laissée en l’état qu’elle est et l’aurait rendue encore plus belle ; car il avait de l’esprit infiniment, autant qu’il avait de cœur, pour ne souffrir pas que rien de lui fût mis au jour qui ne fût digne de son nom et de sa raisonnable ambition. »

Une traduction apocryphe de Diogène Laërce

Diogène Laërce traduit par Monsieur B***, 1668.

En , trois libraires parisiens mettent en vente un volume de 855 pages portant au titre : Diogène Laërce, De la vie des philosophes. Traduction nouvelle. Par Monsieur B*******[56],[57]. Dans la notice qu'il consacrera à Gilles Boileau dans son Histoire de l'Académie françoise depuis 1652 jusqu'à 1700, l'abbé d'Olivet, s'appuyant sans doute sur une indication de l'abbé de Marolles[58], lui attribuera cette traduction[59] :

« Quant aux traductions de Gilles Boileau, nous en avons deux considérables: celle d'Épictète, qui a été fort approuvée, et celle de Diogène Laërce, qui est demeurée presque inconnue. Devait-il se flatter qu'une compilation informe et obscure, car Diogène Laërce n'est pas autre chose, pût réussir en français, à moins que d'être éclaircie et redressée par de savantes notes qui embrasseraient toute la philosophie des Anciens et vaudraient mieux que l'original ? »

Cependant cette attribution est sujette à caution. Plusieurs indices font douter que le traducteur des 855 pages de la Vie des philosophes soit le même que celui qui, en tête de sa Vie d'Épictète, écrivait :

« J’aurais pu faire [cette vie] bien plus ample, si j’eusse eu l’ambition de faire un gros livre ; mais j’ai considéré qu’il la fallait proportionner à ce petit abrégé. Je suis du sentiment qu’on ne saurait trop épargner le papier en ces sortes d’ouvrages, D’ailleurs j’avoue que naturellement j’aime les petits volumes et que je fais bien autant de cas du petit Épictète que du plus épais jurisconsulte de delà les monts[60]. »

On peut s'étonner également de l'absence de tout appareil critique : aucune note marginale ou de bas de page, aucune remarque de fin de volume, contrairement à la pratique que Gilles Boileau a héritée de son maître Michel de Marolles.

Le lexique de cette traduction présente certaines singularités tout à fait étrangères à Boileau[61]. Quelques phrases qu'il a citées ailleurs dans ses œuvres sont traduites ici de manière différente[62]. Mais le plus étonnant concerne le Tableau de Cébès, plus que familier à Gilles Boileau et que « Monsieur B****** » traduit par « la Table »[63]

Publication de la Dissertation sur la Joconde

Biblioteca comunale dell'Archiginnasio de Bologne (Italie).

Dans les derniers mois de l'année 1668, un imprimeur-libraire de Bruxelles, François Foppens[64], fait paraître, sous l'adresse fictive de « Jean Sambix le jeune, à Leyde », un recueil intitulé Contes et nouvelles en vers de Mr. de La Fontaine, nouvelle édition reveuë & augmentée de plusieurs contes du mesme auteur, & d'une Dissertation sur la Joconde[65],[66].

L'avis du libraire au lecteur s'achève sur ces lignes, qu'aucun des éditeurs français des deux siècles suivants ne reprendra :

« Pour la perfection du livre, j’y ai ajouté une dissertation de l’un des plus beaux esprits de ce temps, et, comme elle regarde la défense de l’une de ces nouvelles, intitulée Joconde, elle ne fait point un corps d’ouvrage différent. Au reste, on remarquera dans cette dissertation une manière de critiquer fine et spirituelle ; tout y porte coup, et la raillerie y est agréablement mêlée parmi une érudition curieuse et d’honnête homme. »

Première page de la Dissertation.

La dissertation dont il est question[67] est la lettre anonyme composée au début des années 1660 à l'occasion de la « gageure sur les deux Joconde » (voir plus haut). La postérité se montrera particulièrement élogieuse à son endroit : « Le style de cette dissertation, écrit l'éditeur Berriat-Saint-Prix, est bien supérieur à celui de tous les ouvrages en prose de Boileau, et même de la traduction de Longin[68]. » « La prose du critique littéraire est alerte, piquante autant que ferme », confirme Auguste Bourgoin[69]. Et Charles Revillout d'enchérir : « On remarque, dans ce premier travail en prose, quelque chose de jeune, de libre et de hardi, qui n’est plus dans ses autres œuvres critiques, plus de largeur peut-être dans les théories, un sentiment du beau moins timoré[70]. » Quant à René Bray, il voit dans la dissertation la main d'« un critique au jugement sûr, un érudit aux connaissances précises, vastes et profondes, un écrivain à la plume agréable »[71].

L’identité du dissertateur est aujourd'hui encore sujette à débat. Des deux frères alors brouillés, lequel pouvait être considéré en 1668 comme « l'un des plus beaux esprits de ce temps » ? Gilles, traducteur estimé de langues anciennes et académicien, ou Nicolas, auteur controversé d'un recueil de satires singulièrement agressives ?

Interrogé en 1702 par Claude Brossette, Nicolas Boileau répondra « qu’il était lui-même l’auteur de cette lettre […] qu’il était fort jeune alors et [qu’il regrettait] d’avoir employé sa plume à défendre des ouvrages de cette nature »[72]. Il ne la fera jamais paraître et c’est Brossette qui, en 1716, l’insérera dans la première édition posthume de ses œuvres[73].

En dépit de cette revendication orale et tardive, et bien qu'elle ait été ratifiée par tous les éditeurs des œuvres de Nicolas, certains commentateurs du XXe siècle[74] attribueront à Gilles ce texte que René Bray n'hésite pas à qualifier de « chef-d'œuvre de la critique littéraire française »[75].

Dernière année

Charles Perrault par Charles Le Brun.

Au cours de l'année 1669, Gilles Boileau acquiert, grâce à son ami Charles Perrault[76], la charge d'« intendant et contrôleur général de l'argenterie, menus plaisirs et affaires de la chambre du roi », laquelle sera reprise après sa mort par son demi-frère Pierre Boileau-Puymorin.

Vers la fin de l'été, Michel de Marolles lui demande de relire sa traduction en vers des Géorgiques de Virgile :

« Feu M. Boileau, écrira l'abbé dans son livre[77], ayant trouvé bon de lire ces quatre livres des Géorgiques, parce que le sujet lui en plaisait et qu’ayant lui-même traduit le quatrième livre de l’Énéide […], il aimait tout ce qui se peut voir d’un si grand poète, je le priai de me marquer, en les lisant, les scrupules qu’il y ferait. Il en usa comme je le désirais jusqu’au 15e jour de devant sa mort, qu’il me rendit mes cahiers. Et depuis, les ayant laissés plus d’un an dans le coffre sans les regarder, pour pleurer une perte qui me fut si sensible ; enfin dans le dessein que j’ai pris d’imprimer ces vers, je les ai relus avec soin cette année 1671, et j’ai bien compris ce qu’avait voulu dire notre ami, par ces coups d’ongle, à quoi je n’ai point fait de résistance, n’ayant pas beaucoup de peine à changer quelque expression que ce puisse être, quand on y fait la moindre difficulté. »

Gilles Boileau meurt le , dans sa maison de la rue Saint-Séverin à Paris, âgé de 38 ans et sept mois. Interrogé trente-trois ans plus tard par Claude Brossette sur les circonstances de cette mort prématurée, Nicolas livrera un étrange récit :

Jean Racine par J.-B. Santerre.

« M. Despréaux m’a dit que son frère l’académicien s’était déclaré hautement contre l’Andromaque de M. Racine. Celui-ci, pour se venger, railla Gilles Boileau par une épigramme sanglante qu’il fit sur ce que M. Boileau avait coutume de s’arracher les poils de barbe avec des pincettes, afin d’avoir le teint plus vif, parce qu’il voulait plaire à Mme la présidente de Thoré[78], dont il était aimé. Ce M. Boileau l’Aîné avait pris un goitre à la gorge, ce qui le défigurait beaucoup ; et pour faire passer cette tumeur, il se fit ouvrir la gorge. Mais cette opération ne lui réussit pas, car il en mourut quelque temps après. C’est ce qui donna occasion à l’épigramme, dont M. Despréaux ne s’est pas souvenu ; mais il m’a dit que la pensée était que “Boileau, les pincettes en main, se va placer sur le théâtre, où il enrage de voir réussir la pièce, et de dépit il s’en arrache la barbe, et si la pièce n’eût fini, il se serait arraché la gorge”. »

Billet d'enterrement de Gilles Boileau[79].

Les biens du défunt seront inventoriés du 24 au suivants, en présence de ses frères Jérôme et Nicolas, Pierre étant absent et Jacques le théologien étant retenu en province. L'inventaire de la bibliothèque, dressé le 26, ne mentionne aucune édition du traité de Longin.

Dans l'article « Boileau, Nicolas » de l'Encyclopædia Universalis, le dix-septiémiste Pierre Clarac écrira :

« Gilles Boileau meurt à trente-huit ans, en octobre 1669. Despréaux, qui s'était sans doute réconcilié avec lui, hérite de ses papiers. Il y trouve la matière d'un mince recueil d'œuvres posthumes (voir ci-dessous). Mais il semble avoir gardé par devers lui une traduction du Traité du Sublime de Longin qu'il publiera sous son nom (en la retouchant peut-être) en 1674[80]. La Dissertation sur Joconde, que Brossette attribue à Despréaux, est aussi presque entièrement de Gilles[81]. »

Le fauteuil de l'Académie française qu'occupait le défunt étant à pourvoir, son ami Charles Perrault se porte immédiatement candidat, mais deux autres noms lui seront successivement préférés et il lui faudra attendre deux ans pour être élu, le 23 novembre 1671[82].

Postérité

En , le libraire Claude Barbin met en vente un volume d'Œuvres posthumes de défunt Monsieur B. de l'Académie françoise, contrôleur de l'Argenterie du roy, dont l'édition est généralement (et peut-être erronément) attribuée à son frère Nicolas. On y trouve la traduction intégrale en alexandrins du Livre IV de l'Énéide[83], quelques pièces de vers (sonnets, madrigaux, épigrammes) et une demi-douzaine de lettres (à Boileau-Puymorin, Antoine Godeau, Valentin Conrart, Pierre Corneille), toutes antérieures à l'élection de l'auteur à l'Académie française (1659).

Deux ans plus tard, le lexicographe Pierre Richelet fait connaître, dans son traité de La Versification française, que « Monsieur Boileau [Gilles] a traduit la Poétique d'Aristote, et même l'a éclaircie par des Remarques savantes et nouvelles qu'on donnera bientôt au public »[84],. Cette traduction, qui semblait donc en état de paraître, ne sera jamais publiée. Au cours de la même année 1671, le libraire Thomas Moette met en vente La Poétique d'Aristote traduite du grec par un « sieur de Norville », dont on ignore tout.

Le 3 juillet 1684, Boileau-Despréaux est reçu à l'Académie française. Il prononce le traditionnel discours, auquel répond l'abbé Pierre Cureau de La Chambre[85] :

« Je me contente, dit l'orateur d'un ton ému, de suivre les sentiments de mon cœur, aussi plein de passion et d’estime pour votre rare mérite, que feu mon père[86] en avait pour un autre vous-même, pour ce cher frère [Gilles Boileau], à qui il a servi autrefois, par une heureuse conjoncture, d’introducteur dans cette assemblée : nous en conservons chèrement le souvenir, quoique nous en ayons si peu joui. Vous l’allez faire revivre à nos yeux avec plaisir, en renouveler sans cesse l’agréable idée. »

Le sieur Despréaux ne fera pas revivre son « autre lui-même » aux yeux des académiciens. Le « cher frère » ne sera mentionné dans aucun des écrits, publics ou privés, de son cadet, jusqu'à une lettre adressée en 1707 à Claude Brossette, dans laquelle il évoque, avec une étrange distance et froideur, « un frère aîné que j'avais et qui a été de l'Académie française ».

Deux ans plus tard, cependant, ses sentiments auront bien changé, du moins si l'on en croit la notice que l'abbé d'Olivet consacre en 1729 à Gilles Boileau dans son Histoire de l'Académie françoise depuis 1652 jusqu'à 1700[87] :

Pierre-Joseph Thoulier, abbé d'Olivet.

« Il travaillait sur la Poétique d’Aristote, lorsqu’une mort prématurée l’enleva. Il en avait déjà fait plus des deux tiers, et M. Despréaux, en 1709, donna son manuscrit en ma présence à M. de Tourreil, qui témoignait avoir envie d’achever l’ouvrage. Je me souviens qu’à cette occasion M. Despréaux fit l’éloge de son frère. Ils ne s’aimaient pas dans leur jeunesse ; ils avaient à démêler entre eux des intérêts d’auteurs et, qui plus est, de poètes ; doit-on s’étonner que la tendresse fraternelle en souffrît ? Mais enfin, dans le temps dont je parle, les sentiments de M. Despréaux étaient si changés à son égard qu’il se proposait de mettre à la tête de cet ouvrage, si M. de Tourreil l’achevait, une préface où il exalterait le mérite de son aîné. »

L'abbé d'Olivet compare ainsi les talents des deux frères :

« Les essais du cadet annoncèrent ce qu'on a vu de lui dans la suite, des chefs-d'œuvre de versification & de bon sens. Il n'y eut point en lui, si j'ose ainsi dire, d'enfance poétique. L'aîné, au contraire, né avec beaucoup d'esprit, mais avec un jugement moins sain, ne se forma jamais l'idée du parfait. Il ne se défiait pas de sa trop grande facilité à écrire : facilité que M. Despréaux n'avait point, & qui doit être toujours suspecte, quand ce n'est pas le fruit d'un long exercice. »

Publications

  • Le Tableau de Cébès, où il est traité de la manière de parvenir à la félicité naturelle, Paris, Louis Chamhoudry, 1653, consultable en ligne.
  • La Vie d'Épictete et l'Enchiridion, ou l'Abrégé de sa philosophie, avec le Tableau de Cebes, Paris, Guillaume de Luyne, 1655, consultable en ligne.
  • Avis à M. Ménage sur son églogue intitulée « Christine », Paris, Guillaume de Luyne, 1656, consultable en ligne, 3e édition 1657, consultable en ligne.
  • Réponse à Monsieur Costar, Paris, Guillaume de Luyne, 1659, consultable en ligne.
  • Les Œuvres posthumes de défunt Monsieur B., de l'Académie françoise, contrôleur de l'Argenterie du Roy, Paris, Claude Barbin, 1670, consultable en ligne.
  • [apocryphe] Diogene Laërce. De la Vie des philosophes, 2 vol., Paris, Charles de Sercy, Jean Cochart et René Guignard, 1668, consultable en ligne.

Notes et références

  1. On ignore quel(s) service(s) le jeune Boileau est allé offrir à l'abbé de Marolles, qui depuis quelques années a entrepris de traduire tous les poètes latins.
  2. Ainsi, en 1661, Marolles fera-t-il précéder sa traduction des Amours d'Ovide d'une "Lettre à Monsieur Boileau de l'Académie française" (Les Amours d'Ovide d'une nouvelle traduction, avec des remarques, Paris, Veuve Pierre Lamy, 1661, lire en ligne.) : « Monsieur, Je désire vous rendre, s'il m'est possible dans l'âge avancé où je suis, l'honneur que vous me fîtes, en la fleur de votre jeunesse, par l'une des premières productions de votre esprit, lorsque vous mîtes au jour votre Tableau de Cébès, il y a quelques années, dont je vous assure que je ne me tiens pas moins glorieux que je vous en suis encore parfaitement obligé. Vous me considériez sans doute comme une personne qui vous avait convié de l'aimer, par l'estime très juste que je fis de vous sitôt que j'eus le bien de vous connaître. Je n'eus pas peur de me tromper, et par la suite des années, j'ai bien vu que je ne me suis pas trompé. Vous avez fort avancé depuis ce temps-là. Il ne faut pas douter que vous n'alliez bien loin, ayant commencé de si bonne heure à marcher dans le chemin de la vertu. Aussi vous êtes-vous fait beaucoup d'amis dans les lettres, et peu d'ennemis ; et je puis croire encore que ce peu d'ennemis, s'il y en a quelqu'un, ne manque pas d'estime pour vous, quoiqu'il ne fût pas si tendrement touché de votre gloire. »
  3. Jacques Pousset de Montauban, Zénobie, reyne d'Arménie, tragédie, Paris, Guillaume de Luyne, (lire en ligne)
  4. Gilles Boileau, La Vie d'Épictete et l'Enchiridion ou l'abbrégé de sa philosophie, avec le tableau de Cébès, traduis du grec en françois, Paris, Guillaume de Luyne, (lire en ligne)
  5. Gilles Boileau, La Vie d'Epictete et sa philosophie, seconde édition reveuë & augmentée, Paris, Guillaume Luyne, (lire en ligne)
  6. « Je l'avais entrepris [ce petit ouvrage] par l'ordre de feu M. le Premier président, et il m'avait témoigné même quelque empressement de le voir achevé ; mais le Ciel n'a pas voulu que je lui donnasse cette satisfaction. Bien qu'il ne soit plus, je ne laisse pas de lui dédier mon livre. Tout mort qu'il est, il vit encore pour moi, et la même vénération que j'eus pour lui pendant sa vie, je la conserve pour sa mémoire après sa mort. Ce n'a jamais été sa fortune ni son crédit qui m'ont attiré à lui. La plupart de ceux qui le voyaient ne songeaient qu'à briguer la faveur de Monsieur le Premier président, et moi je ne recherchais que les bonnes grâces de Monsieur de Bellièvre. C'est par son avis que j'ai changé le titre de mon livre et que j'ai ôté le mot d'enchiridion qui y était auparavant. J'avoue néanmoins que ce n'a pas été sans peine que j'ai pris cette résolution. Car outre que je ne trouvais point de terme français qui exprimât proprement celui d'enchiridion, je savais que plusieurs personnes de mérite n'avaient point fait de scrupule de s'en servir. Mais par la suite du temps, j'ai bien reconnu qu'en matière de langue, l'usage l'emportait par-dessus de la raison. En effet, hormis les savants, je n'ai trouvé presque personne qui ait lu ou prononcé ce mot comme il faut. Il y a de certains termes, comme celui-ci, qui sont malheureux. Ils ont beau être en la bouche des savants et avoir la raison de leur côté, le peuple ne l'entend point et ne les veut point naturaliser. Et pour moi, je ne suis pas d'humeur à me brouiller avec lui pour un mot. »
  7. The Life, and Philosophy, of Epictetus: With The Embleme of Humane Life, by Cebes, London, (lire en ligne)
  8. Pierre Bayle, Réponse aux questions d'un provincial, Rotterdam, Reinier Leers, (lire en ligne), p. 130.
  9. Gaston Bizos, Les Frères de Boileau-Despréaux : Six leçons faites à la faculté des Lettres d'Aix, Aix, (lire en ligne), pp. 50-51.
  10. Tous les mercredis soir, Ménage tenait salon dans son logement du cloître de Notre-Dame, où les gens de lettres côtoyaient des savants et des femmes d'esprit.
  11. Les Historiettes de Tallemant des Réaux, Paris, Monmerqué et Paulin Paris, (lire en ligne), p. 215
  12. Le 16 mai 1655, Jean Chapelain écrit à Nicolas Heinsius : « Un jeune fou a imprimé un libelle piquant contre lui [Ménage] et contre son Églogue pour la reine Christine. »
  13. Cet églogue, qui est reproduit dans toutes les éditions de l'Advis, est un éloge emphatique de la reine Christine de Suède, qui, après avoir abdiqué en juin 1654, s'est convertie au catholicisme à Bruxelles. Il a fait l'objet, au cours de la même année, d'une impression in-folio par Antoine Vitré, lire en ligne sur Gallica.
  14. Seule la deuxième édition est accessible en ligne.
  15. Sur cette affaire, voir l'historiette de Ménage dans Tallemant des Réaux (Historiettes, édition Antoine Adam, Paris, NRF, Bibliothèque de la Pléiade, 1961, tome II, pp. 333-337 ; édition Monmerqué & Paulin Paris, Paris, 1862, tome IV, pp. 212 et suivantes, lire en ligne.)
  16. Antoine Godeau, Poësies chrestiennes d'Ant. Godeau, Evesque de Grasse : Nouvelle Edition revue & augmantée, Paris, Pierre Le Petit, (lire en ligne)
  17. Gilles Boileau, Les Œuvres posthumes de défunt Monsieur B***, Paris, (lire en ligne), pp. 104-112.
  18. Un très rare exemplaire subsistant se trouve à la Bibliothèque Louis Aragon d'Amiens sous la cote BL 4032 C.
  19. Sur Jean de Bouillon, voir Jean Mesnard, "sur le poète Jean de Bouillon, notes biographiques", Littératures classiques, Année 1984, n°6, pp. 363-373, lire en ligne.
  20. Dans une lettre qu''il adresse à Ménage en décembre 1657, Bouillon lui rappelle l'époque où ils se sont connus : « Si j’avais fait le portrait d’Anaximène (le nom sous lequel Ménage est portraituré dans la Clélie de Madeleine de Scudéry [Clélie, histoire romaine, suite de la troisième partie, Paris, 1657, pp. 1494 et suivantes, je vous […] aurais dépeint comme vous l’êtes encore en ma mémoire, c’est-à-dire καλλιπάρῃον (kalliparéios = "avec de belles joues"), comme vous l’étiez il y a vingt ans. » L'épithète se trouve dans l'Iliade, I, 184, pour qualifier Chryséis.
  21. Voir Correspondance et papiers politiques et astronomiques d'Ismaël Boulliau, BNF, Ms. fr. 13025, vol. VII, folio 63, lire en ligne.
  22. La bataille d'épigrammes sera évoquée par Jean Loret dans la livraison de sa Muse historique du 7 février 1660, v. 185-216, lire en ligne.
  23. Gilles Boileau, Les Œuvres posthumes de défunt Monsieur B***; de l'Académie françoise, contrôleur de l'Argenterie du Roy, Paris, Claude Barbin, (lire en ligne), p. 126-139
  24. Gilles Boileau, Réponse à Monsieur Costar, Paris, Guillaume de Luyne, (lire en ligne), p. 26-27
  25. Le grec est reproduit dans la marge.
  26. L'Histoire auguste des six autheurs anciens, Spartien, Capitolin, Lampride, Gallican, Pollion et Vopiscus, lesquels ont écrit les vies des empereurs romains, sous le titre d'Augustes & de Césars, depuis Adrien jusques à Carin, en l'espace de 117 ans, c'est-à-dire depuis l'année de nostre Seigneur 117 jusques à l'année 284, Paris, Jean Couterot, (lire en ligne), p. 659
  27. Jules Brody, Boileau and Longinus, Genève, Librairie E. Droz, , pp. 27-28.
  28. Jules Brody s'appuie sur deux pages d'Antoine Adam dans lesquelles l'historien écrit que Gilles, Nicolas et Jacques Boileau ont « fréquenté le cercle de Marolles » et que « les premières opinions littéraires [de Despréaux] ont été déterminées par ses rapports avec le cercle de Marolles ». Mais ces affirmations ne sont étayées par aucun document ni aucun témoignage d'époque. Au reste, Marolles ne cite nulle part le nom ou une œuvre du satirique, et quand, dans les années 1670, il fera allusion à lui, ce sera pour se plaindre de son hostilité.
  29. Œuvres diverses du Sieur D***, Paris, 1674, lire en ligne.
  30. La première édition du texte grec est due au philologue et humaniste italien Francesco Robortello. Lire en ligne.
  31. Voir Marc Fumaroli, « Rhétorique d'école et rhétorique adulte : remarques sur la réception européenne du traité "du Sublime" au XVIe et au XVIIe siècle », Revue d'histoire littéraire de la France, janvier-février 1986, pp. 33-51.
  32. Voir Gaston Bizos, Les Frères de Boileau-Despréaux, 1880, pp. 27-36, lire en ligne.
  33. Claude-Pierre Goujet, Bibliothèque françoise, ou Histoire de la littérature françoise, t. XVII, Paris, (lire en ligne), p. 97.
  34. Voir une autre impression dans le Nouveau cabinet des Muses, ou l'eslite des plus belles poésies de ce temps, Paris, 1658, lire en ligne.
  35. La destinataire, Marguerite Louise Marie de Montmorency-Bouteville (1625-1684), épouse de Dominique d'Estampes, marquis de Valençay (1595-1691), ambassadeur de France à Rome au début des années 1650, est une correspondante régulière de Jean de Bouillon.
  36. « Lettre à M. P. sur un poëme de la Guerre des fleurs de M. P. R. », dans Les Œuvres posthumes de défunt Monsieur B. de l'Académie françoise, contrôleur de l'argenterie du roy, Paris, 1670, p.87, lire en ligne.
  37. Les Œuvres de feu monsieur de Bouillon, Paris, 1663, p. 81, lire en ligne.
  38. Sur ce terme de scolastique médiévale, voir Le Courrier de Vaugelas, 1er mai 1872, lire en ligne, et le Corps de toute la philosophie divisé en deux parties, par Théophraste Bouju, Paris, 1614, p. 64, lire en ligne.
  39. Michel de Marolles, Les Six livres de Lucrece de la Nature des choses, Paris, Guillaume de Luyne, (lire en ligne), Préface
  40. Marolles reviendra un an plus tard, dans le Livre d'Ovide contre Ibis, sur cette traduction de Molière : « Un comédien fameux ne réussira peut-être pas moins dans un pareil dessein qu’il a entrepris pour les six livres de Lucrèce, dont j’ai ouï réciter quelques stances pour le commencement du second livre, qui m’ont paru magnifiques. » Il y reviendra une troisième fois en 1677 dans sa traduction en vers de Lucrèce : « Plusieurs ont ouï parler de quelques vers d'après la traduction en prose qui fut faite de Lucrèce dès l’année 1649 [= celle de Marolles], dont il y a eu deux éditions. Ces vers n’ont vu le jour que par la bouche du comédien Molière, qui les avait faits [comprendre : ils n'ont pas été imprimés]. C’était un fort bel esprit, que le roi même honorait de son estime et dont toute la terre a ouï parler. »
  41. Molière, Les Précieuses ridicules, comedie representée au Petit Bourbon, Paris, Claude Barbin, (lire en ligne), Préface
  42. Georges Collas, Un poète protecteur des lettres au XVIIe siècle. Jean Chapelain, 1595-1674, étude historique et littéraire, d'après des documents inédits, Paris, Librairie académique Perrin et Cie, libraires-éditeurs, , IX-525 pages (lire en ligne), p. 306-312
  43. Cette histoire a déjà fait l’objet de deux adaptations françaises, par Nicolas Rapin, en 1572 (Chant XXVIII du Roland furieux d'Arioste, monstrant quelle asseurance on doit avoir aux femmes, traduict en françois à la rigueur des stanzes & de la rime par N.R.P., Paris, 1572, reproduit dans Nicolas Rapin, Œuvres, I, […] éd. critique par Jean Brunel, Genève, Droz, 1982, pp. 37-62), et par Estienne Durand, vers 1611 (Le Livre d'Amour d'Est. Durand pour Marie de Fourcy, marquise d'Effiat, réimprimé sur l'unique exemplaire connu et précédé d'une notice par Frédéric Lachèvre, Paris, 1907, pp. 156-176, lire en ligne).
  44. Gaston Bizos, Les frères de Boileau-Despréaux : six leçons faites à la faculté des lettres d 'Aix, Aix-en-Provence, (lire en ligne), pp. 18-21
  45. Bibliothèque de l'Arsenal, Ms. 5171.
  46. S'il faut en croire ce que Claude Brossette indiquera en 1716 (Œuvres de Mr. Boileau-Despréaux, avec des éclaircissemens historiques donnez par lui-même, tome I, page 96), c'est ce que Nicolas Boileau avait écrit dans une première version de sa satire IX (vers 69 et suivants) : « Vous pourrez voir un temps vos écrits estimés / Courir de main en main par la Ville semés, / Puis suivre avec … [Boileau], ce rebut de notre âge, / Et la Lettre à Costar et l'Avis à Ménage. »
  47. Le premier figure dans le recueil des Œuvres posthumes de l'auteur, p. 164 ; le second, composé après la dénouement du procès Fouquet, est recopié par Tallemant des Réaux : T. des R., Le Manuscrit 673, éd. critique par Vincenette Maigne, Klincksieck, 1994, p. 405. Il est cité par Gustave L. van Roosbroeck, pp. 881-882 de son étude « Chapelain décoiffé : A Battle of Paradies ».
  48. Comptes des bâtiments du roi sous le règne de Louis XIV : publiés par Jules Guiffrey, t. I. Colbert, 1664-1680, Paris, Imprimerie nationale, (lire en ligne), pp. 113-114.
  49. Recueil Conrart, tome X, p. 85, lire en ligne. Les vers en question sont écrits verticalement au milieu de la page.
  50. Pierre Boileau, dit de Puymorin, demi-frère aîné de Gilles et Nicolas.
  51. Dans son Dictionnaire, Furetière indique ce sens « figuré » du mot : « Pensionnaire se dit ironiquement de ceux qui hantent souvent dans un logis, pour y venir boire et manger. Je ne me puis défaire ce écornifleur, il est mon pensionnaire. » Richelet indique, dans son propre Dictionnaire : « Pensionnaire, celui ou celle qui reçoit pension de quelque grand pour être dans ses intérêts. Ainsi on dit : Il est pensionnaire d'Espagne, de France, etc. »
  52. Jean Chapelain, « Mémoire de quelques gens de lettres vivans en 1662, dressé par ordre de M. Colbert », dans Mélanges de littérature tirez des lettres manuscrites de M. Chapelain de l'Académie françoise, publiés par Denis-François Camusat en 1726, p. 245.
  53. Département des antiquités grecques, étrusques et romaines, en ligne.
  54. Michel de Marolles, Recueil des traductions de quelques vers de l'Énéide de Virgile, Paris, (lire en ligne), p. 461
  55. Michel de Marolles, Toutes les Œuvres de Virgile traduites en vers françois, Paris, Jacques et Emmanuel Langlois, 1673, p. xciv.
  56. Diogène Laërce, De la vie des philosophes. Traduction nouvelle par Monsieur B***, Paris, (lire en ligne)
  57. Les mêmes libraires proposent en même temps une édition en deux volumes.
  58. Dans le premier tome de ses Mémoires, achevé d'imprimer le 5 janvier 1656, l'abbé mentionne, parmi ceux qui ont excellé dans la traduction, « M. Boileau dans ses Vies des philosophes » (Mémoires de Michel de Marolles abbé de Villeloin, Paris, 1656, p. 277). Gilles Boileau n'est âgé alors que de 24 ans…
  59. Abbé d'Olivet, Histoire de l'Académie françoise depuis 1652 jusqu'à 1700, Paris, (lire en ligne), pp. 100-101.
  60. Gilles Boileau, La Vie d'Epictete et sa philosophie : seconde edition reveuë & augmentée, Paris, Guillaume de Luyne, (lire en ligne)
  61. Par exemple, l'emploi fréquent du verbe bailler au lieu de donner, qu'on ne rencontre jamais dans les textes de Gilles Boileau, ou l'emploi très étrange de la tournure « un certain » (article + pronom, sans substantif) là où l'on attendrait « quelqu'un » ou «une personne » ou « un homme », etc. Le seul chapitre consacré à Diogène le Cynique en offre un grand nombre d'exemples : « Ayant écrit à un certain de lui préparer quelque petite étude… », « Un certain lui dit qu'il leur commandât quelque chose… », « Un certain voulait apprendre la philosophie chez lui », « un certain avait mis sur sa porte… », « Un certain s'étonnant de voir tant de beaux présents », « Il répondit à un certain qui lui re-demandait son manteau… », etc.
  62. Ainsi de cette référence à Pyrrhon dans la Vie d'Épictète : « [Épictète] n’était point de l’humeur de ce philosophe [dans la marge : Vide Diogenem Laert. in Vita Pyrrh.] qui eût mieux aimé se laisser passer un chariot sur le corps que de se détourner de son chemin », qui se trouve ici traduite par : « Il s’engageait à tout, ne fuyant et n’embrassant rien, de sorte qu’un carrosse l’aurait bien écrasé, sans qu’il l’eût voulu éviter… »
  63. Diogène Laërce, De la Vie des philosophes, (lire en ligne), p. 196.
  64. Voir la notice de la BNF.
  65. L'un des rares exemplaires subsistants de ce premier tirage de 1668 se trouve à la Biblioteca comunale dell'Archiginnasio de Bologne (Italie), lire en ligne.
  66. Un second tirage (lire en ligne) dans lequel sont corrigées quelques menues erreurs typographiques, paraîtra sous la date de 1669.
  67. Le titre de « Dissertation sur la Joconde » est emprunté à l’auteur lui-même, qui écrit, sur la fin de sa lettre : « … Mais, Monsieur, il me semble qu'il y a assez longtemps que je vous entretiens, et ma lettre pourrait à la fin passer pour une dissertation préméditée. »
  68. Jacques Berriat-Saint-Prix, Œuvres de Boileau collationnées sur les anciennes éditions et sur les manuscrits, vol. I, Paris, (Œuvres de Boileau collationnées sur les anciennes éditions), p. lxxij
  69. Auguste Bourgoin, Les Maîtres de la critique au XVIIe siècle, Paris, (lire en ligne), p. 158
  70. Charles Révillout, Essais de philologie et de littérature : La Légende de Boileau, Montpellier, (lire en ligne), p. 463
  71. René Bray, « Le Dissertation sur "Joconde" est-elle de Boileau ?l : (suite) », Revue d'histoire littéraire de la France,‎ , p. 517 (lire en ligne)
  72. Corespondance entre Boileau-Despréaux et Brossette, Paris, 1858, p. 523, lire en ligne.
  73. Œuvres de Nicolas Boileau-Despréaux avec des éclaircissemens historiques donnez par lui-meme, Genève, 1716, tome II, pp. 337-354, lire en ligne.
  74. Voir par exemple Boris Donné, « Quelques réflexions sur l’apologue de Myrtis et Mégano », Le Fablier. Revue des Amis de Jean de La Fontaine, année 2000, n° 12 p. 59, note 48, lire en ligne.
  75. René Bray, "La Dissertation sur Joconde est-elle de Boileau ?, Revue d'histoire littéraire de la France, juillet-septembre 1931, p. 517, lire en ligne."
  76. Charles Perrault, Lettre à Monsieur D*** touchant à la préface de son Ode sur la prise de Namur, sans lieu ni date, p. 16, lire en ligne : "J'étais intime ami de Monsieur votre frère, qui était de l'Académie française. Dans le temps qu'il faisait agir ses amis pour obtenir la charge de contrôleur de l'argenterie, il me pria d'en parler à Monsieur Colbert, parce que le Roi, qui n'était pas content des contrôleurs précédents, l'avait chargé de lui trouver quelqu'un dont il lui répondît. J'en parlai à Monsieur Colbert, qui me demanda d'abord si je voulais lui répondre de l'homme que je lui proposais. La connaissance que j'avais du bon cœur, de la probité et du désintéressement de M. votre frère (voilà, Monsieur, comme je parle de votre famille) fit que j'en répondis comme de moi-même."
  77. Michel de Marolles, Traductions en vers de Virgile et de plusieurs autres poëtes célèbres des anciens, dont le dénombrement se verra ensuite apres l'épistre, par M.D.M.A.D.V., Paris, (lire en ligne), pp. 124-125.
  78. Geneviève Le Coigneux (1622-1688), demi-sœur de François Le Coigneux de Bachaumont et mariée en deuxièmes noces avec Michel Particelli, baron de Thoré (162?-1668), président au parlement de Paris, qui possède le château de Tanlay en Bourgogne et est sujet à de fréquents accès de folie. Sur ce couple et ses rapports avec Gilles Boileau, voir l'historiette de Tallemant des Réaux sur M. d'Émery.
  79. Ce document est reproduit dans un fascicule intitulé Documents inédits relatifs à Boileau et à sa famille, publié par le Vicomte de Grouchy à Paris, Librairie Techener, en 1893, p. 17.
  80. « Œuvres diverses du Sieur D***, avec le Traité du sublime, ou du Merveilleux dans le discours, traduit du grec de Longin », Paris, 1674, lire en ligne.
  81. Pierre Clarac développe cette hypothèse du détournement des œuvres de Gilles par Nicolas dans P. Clarac, Boileau, Paris, Hatier, coll. "Connaissance des lettres", 1964, pp. 47-57 et 116-119.
  82. Charles Perrault, Mémoires de ma vie : publiées par Paul Bonnefon, Paris, (lire en ligne), pp. 90 et suivantes.
  83. L'auteur anonyme de l'Avis au lecteur écrit à propos de cette traduction : « [Elle] a charmé une bonne partie de la Cour par la lecture que son auteur, de son vivant, a été comme forcé d'en faire dans plusieurs réduits célèbres. Elle a mérité l'approbation d'une des plus grandes et des plus spirituelles princesses de la terre, et elle a fait dire à un des plus fameux prédicateurs de notre siècle qu'à ce coup la copie avait surpassé l'original. »
  84. Pierre Richelet, La Versification françoise ou l'art de bien faire et de bien tourner les vers, Paris, Estienne Loyson, 1671, p. 9. L'auteur signale, p. 12, que « Monsieur B[oileau] Despréaux a composé aussi une Poétique, mais elle est en vers. On n’a jusqu’ici rien vu de ce rare esprit ni de mieux tourné, ni de plus égayé que les vers de sa Poétique. Je souhaiterais en faveur des gens de lettres qu’elle fût au jour. » L'Art poétique de Nicolas Boileau-Despréaux sera publié trois ans plus tard dans le recueil de ses Œuvres diverses.
  85. Le discours de Despréaux et la réponse de Cureau de La Chambre se lisent dans le Recueil des harangues prononcées par Messieurs de l'Académie françoise dans leurs réceptions & en d'autres occasions differentes depuis l'establissement de l'Academie jusqu'à present (Paris, Jean Baptiste Coignard, 1798, pp. 447-458). L'extrait de la réponse de Cureau donné ici se lit à la page 458.
  86. Le médecin et philosophe Marin Cureau de La Chambre, entré lui-même à l'Académie française en 1634.
  87. Histoire de l'Académie françoise depuis 1652 jusqu'à 1700, Paris, 1729, tome II, p. 102.

Annexes

Bibliographie critique

  • Pierre Bayle, Réponse aux questions d'un provincial, Rotterdam, Reinier Leers, 1704, chapitre XVIII, p. 129-136, lire en ligne.
  • Abbé d'Olivet, Histoire de l'Académie françoise depuis 1652 jusqu'à 1700, Paris, 1729, p. 99-106, consultable sur Gallica; réédition critique par Ch.-L. Livet, Paris, 1858, tome II, p. 105-110, consultable sur Google Livres.
  • Jean-Pierre Niceron, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres, chez Briasson, Paris, 1733, tome 24, p. 243-247, lire en ligne
  • Tastet Tyrtée, Histoire des quarante fauteuils de l'Académie française, Paris, 1855, tome III, p. 174-176, consultable sur Gallica.
  • Antoine-Charles Gidel, "Un frère de Boileau", Revue historique, littéraire et archéologique de l'Anjou, deuxième année, tome quatrième, Angers, 1869, p. 393-408, lire en ligne.
  • Gaston Bizos, Les Frères de Boileau-Despréaux, Aix, 1880, p. 37-101, lire en ligne.
  • Émile Magne, Bibliographie générale des œuvres de Nicolas Boileau-Despréaux et de Gilles et Jacques Boileau, Paris, L. Giraud-Badin, 1929, tome II, pp. 311-333, lire en ligne.
  • Antoine Adam, Histoire de la littérature française au XVIIe siècle, tomes II et III, passim.
  • Pierre Clarac, Boileau, Paris, Hatier, coll. "Connaissance des lettres", 1964, pp. 47-57 et 116-119.

Liens externes

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