Gracieuse et Percinet

Gracieuse et Percinet est un conte de fées français écrit par Madame d'Aulnoy et paru pour la première fois en 1697, dans Les Contes de fées. Andrew Lang l'a inclus dans le Livre des Fées Rouges.
Même rédigé par Mme d'Aulnoy, le conte présente des motifs et des éléments du mythe gréco-romain de Cupidon et Psyché et, par extension, du cycle de récits de l'Animal comme Époux.
Synopsis
Un roi et une reine avaient une fille belle et vertueuse, nommée Gracieuse. À leur cour, vivait une duchesse laide, la duchesse Grognon, qui la détestait. Un jour, la reine mourut. Le roi fut si affligé que ses médecins lui ordonnèrent de se divertir. Durant une partie de chasse, las, il s'arrêta au château de la duchesse Grognon et découvrit sa richesse. Il accepta de l'épouser en échange de sa dot, même si elle exigeait le contrôle de sa belle-fille.
La princesse fut enjointe par sa nourrice à bien se comporter. Attristée, Gracieuse s’isola dans le jardin du château. Elle y rencontre Percinet, un jeune et riche prince doté d'un don féérique, qui se mit à son service. Il lui offrit un cheval pour saluer la duchesse durant les noces. Jalouse de l'attention que recevait Gracieuse pour sa monture, la duchesse Grognon la lui réclama. Le cheval rua, s'enfuit et blessa la duchesse. Convaincue qu'il s'agissait d'un complot de Gracieuse, la duchesse Grognon la fit battre à coups de verges. Percinet transforma les verges en plumes de paon, et Gracieuse ne subit aucun mal.
La duchesse Grognon rétablie, le mariage eut lieu. Le roi organisa un tournoi pour honorer la reine. Les chevaliers du roi surpassèrent tous les autres, jusqu'à ce que Percinet les surpasse tous. Durant le tournoi, montrant le portrait de la princesse, il déclara qu'il s'agissait de la plus belle femme du monde. La reine, furieuse et jalouse, fit abandonner Gracieuse dans les bois, à la nuit tombée. Percinet la sauva et l'emmena dans son palais. Gracieuse demanda à revenir chez son père. Percinet lui expliqua que la reine l'avait déclarée morte et avait enterré une bûche à sa place, mais Gracieuse insista.

Le roi fut heureux de la voir, mais, sous l'influence de la reine, ne souhaitant pas perdre les richesses apparemment inépuisables de sa nouvelle reine, il se persuada que Gracieuse était un imposteur. La reine emprisonna Gracieuse et, avec l'aide d'une fée maléfique, lui confia d'impossibles travaux : démêler un écheveau, (Gracieuse fit appel à Percinet qui le démêla), puis trier une pièce remplie de plumes, ce que Percinet fit également, et enfin apporter un coffre dans son propre château en lui défendant de l'ouvrir. Par curiosité, Gracieuse ouvrit le coffre et libéra une nuée de petits hommes et de petites femmes. Percinet les fit rentrer dans le coffre. Au château, les serviteurs refusèrent l'entrée à Gracieuse.
La reine Grognon, agacée, lui confia une dernière tâche : l'aider à soulever une pierre qui recouvrait un puits dans le jardin, car la reine avait entendu dire qu'un trésor s'y trouvait. La pierre levée, elle poussa Gracieuse à l'intérieur et la laissa tomber. Percinet et sa mère la sauvèrent, et Gracieuse accepta de rejoindre son royaume et de l'épouser.
Analyse
Intertextualité
La princesse Gracieuse a été comparée à la princesse Psyché, l'héroïne du mythe de Cupidon et Psyché[1], et, par extension, à celle du cycle de récits de l'Animal comme Époux[2].
En , un ouvrage, incluant de nombreuses analyses liminaires d’extraits de ce conte, sera présenté par Elie Tordjman, étudiant en Khâgne au lycée Chaptal.
Variantes
France
Dans une variante lorraine, recueillie par le comparatiste Emmanuel Cosquin sous le titre Firosette, le personnage principal, Firosette, aime une humaine nommée Julie, mais sa mère, une fée, veut le marier à une autre femme. La mère de Firosette ordonne à Julie de vider un puits à l'aide d'un tamis. Firosette apparaît pour l'aider et utilise sa baguette magique pour accomplir la tâche. Le lendemain, la mère de Firosette lui ordonne d'apporter une lettre à sa sœur, qui vit à Effincourt. Firosette informe Julie que sa tante lui offrira une boîte de dentelles et de rubans, et qu'elle obtiendra le plus beau ; Julie en choisira un, mais ne devra pas le porter ; elle l'attachera plutôt autour d'un buisson. Julie s'exécute et le buisson brûle. Enfin, la mère fée de Firosette le marie à une autre épouse et oblige Julie à tenir dix bougies entre ses orteils, dans la chambre du couple. Firosette convainc sa fiancée d'échanger sa place avec Julie. Après cela, la mère de Firosette demande de loin à Julie si elle est prête ; son fils répond oui, et sa mère maudit la personne qui tient les bougies en la transformant en nourriture pour qu'elle puisse les manger. Elle comprend son erreur et meurt sur le coup.
Cosquin et l'érudit allemand Ernst Tegethoff (de) ont noté la ressemblance partielle de ce conte avec la deuxième partie du mythe de Cupidon et Psyché, en particulier les tâches de Vénus[3].
Références
- ↑ Amy Vanderlyn DeGraff, The Tower and the Well: A Psychological Interpretation of the Fairy Tales of Madame D'Aulnoy, Summa Publications, Inc., , 93–98 p. (ISBN 9780917786037, lire en ligne)
- ↑ Barchilon, « Adaptations of Folktales and Motifs in Madame D'Aulnoy's "Contes": A Brief Survey of Influence and Diffusion », Marvels & Tales, vol. 23, no 2, , p. 353-64 [353-354] (JSTOR 41388930) Accessed 28 February 2025.
- ↑ Emmanuel Plantade, Les Métamorphoses d’Apulée à travers les lieux et les âges: Réceptions, réécritures, héritages, Classiques Garnier, (ISBN 978-2-406-17421-9), « Le récit d’Amour et Psyché et la tradition orale du conte-type 425 en Méditerranée. Morphologie et diffusion », p. 62
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