Gravissimum Educationis

Gravissimum Educationis est la Déclaration sur l'éducation chrétienne de l'Église catholique produite lors du IIe concile œcuménique du Vatican. Elle fut approuvée par un vote favorable de 2 290 voix pour et 35 voix contre et fut promulguée par le pape Paul VI le .

Le titre de la déclaration (en latin) signifie  : L’extrême importance de l’éducation. Il est dérivé des premiers mots de la déclaration même.

En 2025, le pape Léon XIV rend hommage à ce texte tout en procédant à son actualisation par la lettre apostolique Disegnare nuove mappe di speranza.

Présentation

Écrite en latin, comportant douze sections, la déclaration présente un préambule et une conclusion. Ce texte bref reprend largement l'encyclique de Pie XI promulguée en 1929 : Divini illius Magistri. Peu commentée, cette déclaration n'a pas suscité grand intérêt et ce, dès sa promulgation par Paul VI. Elle constitue cependant un marqueur de « l'auto-compréhension que l'Église a d'elle-même, de sa mission propre et de sa capacité à entrer en dialogue avec les politiques gouvernementales »[1].

Contexte

La déclaration sur l'éducation chrétienne a été préparée par la commission pour les études et les séminaires du concile, présidée par le cardinal Giuseppe Pizzardo, secondé par le bénédictin Agostino Mayer. Particulièrement active, cette commission produit plusieurs schémas sur la vocation, l’éducation, l’enseignement, le thomisme, la langue latine et l’enseignement de l’Écriture Sainte. Seuls deux seront retenus après d'importantes modifications, dont le texte sur la question éducative qui est placé au nombre des déclarations conciliaires, un type de texte inédit jusqu'à Vatican II[2].

Dans sa rédaction d'un schéma pour l'éducation, la commission s'appuie sur le texte de Pie XI, qui est son repère en ce qui concerne le rôle de l'Église en matière d'éducation. L'Église considère alors qu'elle a l'autorité morale pour la mission éducatrice, un droit ecclésial qui s'impose et relègue au second plan la famille et l'État. La préoccupation du concile est donc de réaffirmer le projet éducatif chrétien dans un contexte d'évolutions politiques (décolonisation, communisme, capitalisme) qui mettent en péril le droit d'organiser de l'enseignement catholique. La question éducative est ainsi abordée dans un climat de vives tensions[1].

L'élaboration du texte connaît « une histoire tourmentée »[3]  : la portée universelle de la déclaration a révélé la grande difficulté à traiter d'un sujet soumis à d'importantes particularités liées aux contextes nationaux[1]. Le texte proposé en aux pères conciliaires sous le titre Constitution des écoles chrétiennes fait alors 31 pages. Retravaillé à la suite de leurs observations, le schéma est ainsi réduit à 14 pages[2]. La première discussion de l'ébauche en fait naître des sentiments mitigés, conduisant à une succession de versions, voire de demandes de révisions substantielles. La version finale adoptée en se présente donc comme un texte d'orientation, qui « proclame des principes fondamentaux de l'éducation chrétienne » (préambule)[1].

Contenu

Le premier objectif d'une éducation chrétienne (à laquelle tout chrétien a droit) est de faire connaitre par stades successifs le mystère du Salut, de faire croître le don de la foi reçue personnellement au baptême, d'apprendre à adorer Dieu en vérité comme Père et Fils dans l'Esprit, et de former le baptisé à vivre de manière plénière dans la conscience de ses droits et devoirs.

Préambule

Il souligne l'importance de la mission éducative pour l'Église.

1. Droit universel à l’éducation

Le droit à l'éducation est inaliénable car il dépend de la notion de dignité de la personne humaine. Le texte fait référence à la Déclaration des droits de l'enfant adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le et au Protocole additionnel à la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales adopté à Paris le .

2. L’éducation chrétienne

Tous les baptisés ont droit à une éducation chrétienne et les pasteurs doivent veiller à la rendre possible.

3. Les responsables de l’éducation

Cette section s'attache au rôle des familles et des parents qui ont le devoir d'être « les premiers et principaux éducateurs » de leurs enfants. La famille chrétienne est affirmée comme « la première école des vertus sociales nécessaires à toute société ». La société civile se doit de son côté de promouvoir l'éducation de la jeunesse. La mission éducative relève tout particulièrement de l'Église, qualifiée de Mère de ses enfants.

4. Moyens variés au service de l’éducation chrétienne

Cette section traite de la catéchèse mais aussi des « autres moyens éducatifs qui appartiennent au patrimoine commun de l'humanité » et que l'Église s'efforce de porter à un niveau supérieur, tels « les moyens de communication sociale, les multiples organismes qui ont pour objet le développement du corps et de l’esprit, les mouvements de jeunesse et surtout les écoles ».

5. Importance de l’école

Parmi ces moyens, l'Église accorde une place prépondérante à l'école et à ses éducateurs qui assurent « une belle mais lourde vocation ».

6. Devoirs et droits des parents

Cette section insiste sur le droit des parents à la liberté de choix de l'école et au devoir des États de le garantir.

7. Éducation morale et religieuse à l’école

Cette section stipule que les États doivent garantir la possibilité d'une formation chrétienne aux enfants scolarisés hors des écoles catholiques, parallèlement à leur formation profane.

8. Les écoles catholiques

Est exposé ensuite ce qui constitue le propre des écoles catholiques : « c’est de créer pour la communauté scolaire une atmosphère animée d’un esprit évangélique de liberté et de charité, d’aider les adolescents à développer leur personnalité en faisant en même temps croître cette créature nouvelle qu’ils sont devenus par le baptême, et finalement d’ordonner toute la culture humaine à l’annonce du salut de telle sorte que la connaissance graduelle que les élèves acquièrent du monde, de la vie et de l’homme, soit illuminée par la foi ».

9. Les différentes sortes d’écoles catholiques

Cette section développe la précédente. Est abordée aussi l'hypothèse des écoles catholiques accueillant des enfants non catholiques.

10. Facultés et universités catholiques

Le Concile recommande que « les problèmes nouveaux et les recherches suscitées par le progrès du monde moderne (soient) étudiés très soigneusement » et que soit plus profondément saisi « comment la foi et la raison s’unissent pour atteindre l’unique vérité ».

11. Les facultés de théologie

Dans cette section, le Concile exprime l'importance de son attente aux facultés de théologie qui se doivent « d’acquérir une intelligence chaque jour plus pénétrante de la révélation sacrée, d’ouvrir plus largement l’accès au patrimoine de sagesse chrétienne légué par nos aînés, de promouvoir le dialogue avec nos frères séparés et avec les non-chrétiens, et de fournir enfin une réponse adéquate aux questions posées par le progrès des sciences ».

12. La coordination dans le domaine scolaire

Cette dernière section souligne l'importance de la coopération à tous les niveaux en matière d'éducation.

Conclusion

La conclusion comporte une exhortation à prendre conscience de la valeur de l'éducation et exprime la reconnaissance du Concile à tous les éducateurs qui s'efforcent « d’inspirer aux élèves l’esprit du Christ ».

Fondation Gravissimum Educationis

Le , pour les initiatives promues à l’occasion de la cinquantième année de la déclaration, le pape François a créé la fondation Gravissimum Educationis[4] dans le but de poursuivre les finalités scientifiques et culturelles destinées à promouvoir l’éducation catholique dans le monde[5].

Aggiornamento de la déclaration

À l'occasion du 60e anniversaire de la déclaration conciliaire, le pape Léon XIV a procédé à son aggiornamento par la lettre apostolique Disegnare nuove mappe di speranza (que l'on peut traduire par Dessiner de nouvelles cartes d’espérance) publiée le [6]. Soulignant la « résilience surprenante » (1.1) du texte de 1965, Léon XIV réaffirme la pertinence de « la vision anthropologique intégrale » (4.2) de cet héritage. Mais face aux défis du XXIe siècle, l'Église doit mettre à jour son offre en relançant le Pacte mondial pour l'éducation (ou Pacte éducatif global[7]) institué en 2020 par son prédécesseur. Aux sept voies définies par le pape François (mettre la personne au centre ; écouter les jeunes générations ; promouvoir la dignité et la pleine participation des femmes ; reconnaître la famille comme premier éducateur ; s’ouvrir à l’accueil et à l’inclusion ; renouveler l’économie et la politique pour le service de l’humanité ; prendre soin de la vie commune) il ajoute trois priorités : l'encouragement à la vie intérieure, la formation à l’utilisation du digital et l’éducation à la paix (10.3)[8].

Notes et références

  1. Henri Derroitte, « De la déclaration Gravissimum Educationis à nos jours : Réflexions sur l'éducation chrétienne », Revue théologique de Louvain, vol. 45, no 3,‎ , p. 360–388 (DOI 10.2143/RTL.45.3.3036721, lire en ligne, consulté le ).
  2. Abbé Gabriel Billecocq, « Analyse de la Déclaration Gravissimum educationis du 28 octobre 1965 », sur La Porte Latine, FSSPX, (consulté le ).
  3. John W. O'Malley, L'évènement Vatican II, Bruxelles, Lessius, , 448 p. (EAN 9782872992072), p. 371.
  4. François, « Chirographe du Saint-Père pour l'érection de la Fondation “Gravissimum educationis” », sur vatican.va, (consulté le ).
  5. « Statuts - Art. 3 », sur fondazionege.org.
  6. « Lettre apostolique du pape Léon XIV : « Dessiner de nouvelles cartes d'espérance » », sur ZENIT , (consulté le )
  7. Pacte éducatif global : Vademecum [« Global Compact on Education »] (trad. de l'anglais, version française), Rome, Congrégation pour l'éducation catholique, , 36 p. (lire en ligne)
  8. Dominique Greiner, « Éduquer, un acte d'espérance », sur La doctrine sociale sur le fil, (consulté le )

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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