Groupe antifasciste Lyon et environs

Groupe antifasciste Lyon et environs
Logo du Groupe antifasciste Lyon et environs.
Histoire
Fondation
Dissolution
Cadre
Sigle
Gale
Zone d'activité
Forme juridique
Objectif
révolution, insurrection
Méthode
confrontation violente, squats, black blocs
Pays
Organisation
Idéologie
Site web

Le Groupe antifasciste Lyon et environs, dit « la Gale », est un collectif antifasciste d'extrême gauche français fondé en à Lyon.

Se réclamant du courant antifasciste autonome, son orientation est révolutionnaire et insurrectionniste. Il revendique la violence comme pratique politique légitime. Ses membres sont majoritairement anarchistes, avec une minorité marxiste-léniniste. Le groupe mène principalement des actions de renseignement sur l'extrême droite et de confrontation directe avec les milieux fascistes, tout en s'impliquant dans des luttes sociales.

Dissous par le gouvernement le — une première pour un groupe d'extrême gauche depuis Action directe en 1982 —, il voit cette dissolution suspendue par le Conseil d'État avant que celui-ci n'en valide finalement la légalité en .

Histoire

Le Groupe antifasciste Lyon et environs, communément surnommé « la Gale », est fondé en à Lyon, dans le sillage de la mort de Clément Méric[1],[2]. Il est basé dans le quartier de la Guillotière[2].

Il organise une manifestation internationale antifasciste en , la première du genre depuis trois ans à Lyon, puis la cinquième édition du Lyon Antifa Fest[2].

À l'été 2021, lors d'une manifestation anti-passe sanitaire à Lyon où coexistent des cortèges de gauche et d'extrême droite, des membres de la Gale s'opposent à des militants de Civitas qui se joignent au cortège de gauche. Une bagarre éclate, les militants de Civitas portant les premiers coups[3]. En , sept hommes âgés de 21 à 55 ans sont interpellés à la suite de ces violences, dont quatre sont placés en détention provisoire[4],[5]. Lors de leur comparution immédiate, une erreur dans les scellés empêche le visionnage des images de vidéosurveillance, ce qui entraîne l'annulation de nombreux procès-verbaux et la relaxe immédiate de trois prévenus. Les sept suspects nient leur appartenance à la Gale[5]. Un comité de soutien dénonce alors « un traitement judiciaire à deux vitesses », estimant que les groupuscules d'extrême droite bénéficient d'une plus grande impunité malgré leurs violences[4]. En , quatre hommes ayant reconnu avoir porté des coups sont condamnés à 300 euros d'amende pour violences sans incapacité totale de travail ; deux autres écopent d'un mois de prison avec sursis pour des délits connexes[5].

Le , le gouvernement prononce la dissolution de la Gale, lui reprochant notamment la participation à des manifestations émaillées de violences, l'usage du slogan « ACAB » et la revendication d'un tag « Mort aux nazis » sur un local d'extrême droite[6],[7]. Il est le premier groupe d'extrême gauche dissous depuis Action directe en 1982[8]. Le Conseil d'État suspend toutefois le décret environ six semaines plus tard, estimant qu'il « porte une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales de réunion et d'association »[6].

Saisi au fond par les avocats de la Gale, le Conseil d'État se prononce en pour la légalité de la dissolution, jugeant que le groupe avait publié des images de violences contre des policiers accompagnées de textes injurieux et des messages approuvant des violences envers des militants d'extrême droite. Les avocats annoncent alors un recours devant la Cour européenne des droits de l'homme[9].

Idéologie

Se positionnant comme révolutionnaire et insurrectionniste, il se rattache au courant antifasciste autonome et revendique la violence comme pratique politique légitime[1]. Ses membres sont principalement d'orientation anarchiste, bien qu'environ un tiers de ses membres se revendique marxiste-léniniste. Il prône l'intersectionnalité des luttes (anticapitaliste, antiraciste, antisexiste) sans les hiérarchiser[2].

À la différence d'autres organisations antifascistes lyonnaises comme le Collectif de vigilance 69 ou la Coordination des groupes anarchistes, la Gale revendique une stratégie à la fois défensive et offensive et refuse tout appel aux forces de l'ordre[2]. La Gale s'oppose également aux demandes de dissolution de groupes d'extrême droite portées par la Jeune garde, estimant que ces logiques répressives finiraient par se retourner contre le mouvement antifasciste[10].

Ces divergences stratégiques, mêlées à des conflits personnels, poussent à un affrontement physique entre la Gale et la Jeune garde[1]. Un militant de la Gale affirme en 2026 que la Jeune garde aurait à certaines occasions arrachées les cagoules de militants en black bloc. La Gale entre aussi parfois en conflit avec avec des syndicats, jusqu'à des affrontements lors de manifestations, bien qu'ils puissent converger, notamment lors du mouvement social contre la réforme des retraites de 2023 ou de l'acte 13 du mouvement des Gilets jaunes[10].

Activités

Son action repose principalement sur la collecte de renseignements sur la nébuleuse d'extrême droite et la confrontation directe avec les groupes fascistes. Le collectif participe également à l'ouverture de squats dans le quartier de la Guillotière et s'implique dans des actions sociales en faveur des personnes exilées[1]. Il a recours aux black blocs[2].

En 2017, le groupe revendique une cinquantaine de membres et sympathisants[2].

Postérité

Répression de la GALE comme indicative d'un « tournant autoritaire » en France

Le fait que Darmanin vise à la fois la GALE, mais aussi les Soulèvements de la Terre ou le Bloc Lorrain s'inscrit dans une orientation répressive dirigée à l'égard de groupes décrits comme appartenant à l'ultragauche ou à l'écologie radicale[11]. À propos de cette répression, les chercheurs Julien Talpin et Antonio Delfini écrivent dans leur ouvrage concernant un « tournant autoritaire » engagé en France depuis 2017[12]:

Après l’échec de Nantes révoltée, le ministère revient à la charge deux mois plus tard en ciblant le 20 mars 2022 le Groupe antifasciste Lyon et environ (GALE). [...] La loi de 1972, censée protéger contre les discours de haine raciale, protège désormais l’État lui-même : une critique trop virulente des pouvoirs publics peut désormais passer pour un discours de haine, quand bien même celui-ci ne cible pas des personnes mais des institutions. Aimer la République ou disparaître. Le 21 octobre 2022, c’est au Bloc lorrain d’être ciblé pour « incitation à la haine et à la violence », notamment en direction des forces de l’ordre.

Références

  1. Romain Jeanticou, Terres de luttes, Paris, Éditions du Seuil, , 512 p. (ISBN 978-2-02-149393-1), chap. 6 (« Siamo tutti antifascisti : Luttes contre l’extrême droite à Lyon »)
  2. Laurent Burlet, « À Lyon, la galaxie antifasciste dispersée face à l'extrême droite » Accès libre, sur Rue89 Lyon, (consulté le )
  3. « L'affaire des sept antifas à Lyon » Accès libre, sur France Culture, (consulté le )
  4. Richard Schittly, « A Lyon, la jeunesse « antifa » s’organise contre l’extrême droite » Accès payant, sur Le Monde, (consulté le )
  5. « Lyon : des militants antifascistes condamnés après des violences contre des membres de Civitas » Accès libre, sur Lyon Mag, (consulté le )
  6. Sébastien Bourdon, Une vie de lutte plutôt qu'une minute de silence : enquête sur les antifas, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Don Quichotte », , 217 p. (ISBN 978-2-02-150777-5), « « Tout le monde déteste la police », du lycée Bergson aux gilets jaunes en passant par Beaumont-sur-Oise »
  7. Gérald Darmanin, « Décret du 30 mars 2022 portant dissolution d'un groupement de fait (La Gale) », Décret du 30 mars 2022 portant dissolution d'un groupement de fait (La Gale),‎ , p. 1–3 (lire en ligne, consulté le )
  8. Marie Allenou, « À Lyon, trois ans après leur dissolution, les antifas du Gale se battent encore pour exister » Accès payant, sur Mediapart, (consulté le )
  9. Jeanne Casez, « Le gouvernement veut éradiquer la Gale antifa » Accès payant, sur Les Jours, (consulté le )
  10. « À Montpellier, récits d’engagement et doutes d’une génération antifasciste » Accès libre, sur Le Poing, (consulté le )
  11. « La dissolution d'associations, une pratique record depuis 2017 », Les Echos,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  12. Julien Talpin, L'État contre les associations: Anatomie d'un tournant autoritaire, Paris, Textuel, , 240 p. (ISBN 978-2386290909), p. 214-215

Annexes

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

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