Guillaume Besse (historien)

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Vers 1600 Carcassonne |
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Guillaume Besse (ou Guillaume Bessé comme l'écrivent quelques dictionnaires), est un avocat et historien français du XVIIe siècle, importante figure de l'historiographie du Languedoc et du catharisme. Il est l'auteur, en 1645, du premier ouvrage historique consacré à Carcassonne, dans lequel il rapporte la célèbre légende de Dame Carcas. En 1660, il publie une histoire des ducs de Narbonne ; cet ouvrage est resté célèbre pour l'insertion de la « charte de Niquinta », document capital relatant le concile cathare de Saint-Félix tenu en 1167.
Biographie
La vie de Guillaume Besse demeure largement méconnue. Il est probablement issu d'une lignée de notaires. Les archives mentionnent en effet un Guillaume Besse, notaire royal et procureur au siège présidial de Carcassonne, qui épousa en 1579 Antoinette Andrieu, veuve du marchand Bernard Lhérisson marchand de la cité[1]. Ce notaire et juriste exerça jusqu'en 1608, date à laquelle un certain Bernard Besse lui succéda jusqu'en 1654[2]. Ces deux praticiens pourraient être respectivement le grand-père et le père de l'historien. Quant à son homonyme, imprimeur à Narbonne entre 1648 et 1672, il pourrait être un cousin éloigné[3].
Né dans la cité de Carcassonne, probablement à l'aube du XVIIe siècle, Guillaume Besse y reçoit une éducation humaniste, sans doute au collège de la ville dirigé à partir de 1623 par les Jésuites. Jurisconsulte et avocat, il exerce au barreau de Carcassonne dès 1635. Il semble ensuite s'être installé à Paris. Il est en effet qualifié d'avocat en parlement dans les privilèges royaux accordés aux deux livres qu'il publie dans cette ville en 1659. Cela suppose qu'il exerce alors au Parlement de Paris.
Par ses travaux d'historien, Besse a cherché à obtenir la protection des États de Languedoc et de leur président né, l'archevêque de Narbonne, espérant décrocher une pension semblable à celle proposée à Pierre de Cazeneuve. Toutefois, ses ambitions se brisent en 1661 avec la disgrâce de Nicolas Fouquet et de son frère François, archevêque de Narbonne, auxquels il avait dédié ses deux derniers ouvrages l'année précédente. De retour dans sa ville natale, sa trace s'estompe après 1668, année où il assure encore la défense de la Cité dans un litige relatif au péage (leude) de Carcassonne. Il serait mort en 1680, selon Villenave[4] et Alphonse Mahul[5] qui ne précisent pas leurs sources.
Œuvres historiques et littéraires
Amoureux de sa petite patrie et passionné d'histoire, il lui consacre son premier ouvrage, L'Histoire des antiquités et comtes de Carcassonne, imprimé à Béziers en 1645. Dédié aux membres des trois États de la province de Languedoc, ce livre, premier ouvrage d'histoire sur Carcassonne, vise à défendre les privilèges contestés de la cité tout en sollicitant la protection de la province. L'ouvrage mélange des sources historiques, issues notamment des dépôts d'archives de la ville, et des traditions légendaires d'origine savante ou populaire qu'il a parfois sauvées de la disparition. Il s'appuie ainsi, pour l'époque carolingienne, sur le Roman de Notre-Dame de Lagrasse et sur la légende de Dame Carcas, dont il livre, après le Toulousain Guillaume Catel, l'une des versions les plus développés[6]. Il se fait également l'écho d'une légende locale situant le trésor du roi wisigoth Alaric au fond du Grand Puits de la Cité. À cet appui, il cite un poème occitan anonyme décrivant ce puits comme donnant accès à un palais souterrain, placé sous la garde de fées[7]. Il puise également la matière de certains chapitres dans l’Indiculus episcoporum Ecclesiae Carcassonensis, un mémoire resté inédit et aujourd'hui perdu. Son auteur, le chanoine Bernard d’Estellat, mort prématurément de la peste en 1629, n'avait pu l'achever et l'imprimer.
Soucieux d'approfondir ses recherches, Guillaume Besse s'efforce d'intégrer les cercles érudits de son temps. C'est le Toulousain Pierre de Cazeneuve (1591-1652) qui lui aurait transmis en 1652 la fameuse « charte de Niquinta ». À Toulouse, le conseiller au parlement Guillaume de Masnau et à Paris, l'auditeur à la chambre des comptes Antoine Vion d'Hérouval lui ouvrent leurs cabinets, lui offrant l'accès à d'importantes ressources documentaires. En 1653 et 1654, il est en relation avec l'archevêque Pierre de Marca et son secrétaire Étienne Baluze[8],[9]. Il leur soumet une Dissertation sur la différence des Hérétiques surnommés du pays d'Albigeois : dans cette étude, alors en chantier, il démontre que les « Bons Hommes » (Cathares) et les Vaudois constituent deux mouvements hérétiques distincts[10].
Il publie en 1660, chez le libraire parisien Sommeville une Histoire des Ducs, Marquis et Comtes de Narbonne dédiée à François Fouquet, nouvel archevêque de Narbonne puis un Recueil de diverses pièces servant à l'histoire du roy Charles VI, dédié au frère cadet de l'archevêque, le surintendant Nicolas Fouquet. Il y publie de nombreux documents issus des archives de la sénéchaussée de Carcassonne, des consulats du Bourg et de la Cité de cette ville, des archives des archevêques de Narbonne et des archives royales parisiennes.
On attribue à Besse deux études manuscrites, une Explication du titre de Maréchal de la Foi et de marquis de Mirepoix, contenant le panégyrique de la maison de Mirepoix et une Généalogie de la maison de Lévis[11]. Il est encore l'auteur d'une Histoire des evesques de Carcassonne, évoquée dans son Histoire des ducs de Narbonne, restée à l'état manuscrit et aujourd'hui disparue. Il serait également l'auteur de pièces de théâtre en vers dont il donne quelques extraits dans son Histoire des comtes de Carcassonne.
Postérité et historiographie
Les publications de Guillaume Besse, pillées par ses successeurs carcassonnais tels que Thomas Bouges[12] ou Pierre Viguerie, ne lui valurent pas la renommée qu'il méritait. Les biographes et les historiens, dont Gaston Jourdanne[13] , lui ont souvent reproché sa crédulité pour avoir mis inséré dans son ouvrage nombre de légendes dont celle de Dame Carcas[13]. Besse précise pourtant que ce sont des fables. Au contraire, Jean Girou estime que son premier ouvrage est un « document inestimable des traditions et contes populaires de l'époque » et que dans ses ouvrages suivant il est « un historien scrupuleux et patient. »
Plus nuancée, Monique Zerner, considère que « Besse a un sens critique inégal, une curiosité d’historien et un goût de la synthèse évidents, mais des qualités littéraires médiocres et un esprit confus. Quant à ses capacités d’érudit, elles sont plus que douteuses et ne faisaient probablement pas illusion »[14].
L'honnêteté de Guillaume Besse a parfois été remise en question par certains auteurs qui l'ont accusé d'être un faussaire, suspectant notamment qu'il ait lui-même forgé la « charte de Niquinta ». Toutefois, les travaux des spécialistes réunis par Monique Zerner lors du colloque de Nice en 1999, ont réfuté cette thèse sans toutefois s'accorder sur l'authenticité de l'acte : leurs analyses démontrent que ce document ne peut être considéré comme une falsification moderne[15],[16].
Publications
- Guillaume Besse, Histoire des comtes de Carcassonne par G Besse citoien de Carcassonne, Béziers, Arnaud Estradier marchan libraire de Carcassonne, (lire en ligne). (Réédité par Jean Amiel, Carcassonne, 1926).
- Guillaume Besse, Histoire des ducs, marquis et comtes de Narbonne, autrement appellez princes des Goths, ducs de Septimanie et marquis de Gothie ... par le sieur Besse, Paris, A. de Sommaville, (lire en ligne).
- Guillaume Besse, Recueil de diverses pièces servant à l'histoire du roy Charles VI,... par le sieur Besse, Paris, A. de Sommaville, (lire en ligne).
Bibliographie
- Jean Amiel, Six ataciens célèbres : Guillaume Besse, André Chénier, Guillaume Peyrusse, Edouard Ourliac, Charles Cros, Achille Rouquet, Carcassonne, au Livre du pays, (lire en ligne), p. 11-32.
- Jean Girou, Vies des personnages célèbres de l'Aude, Montpellier, Causse, (ISBN 978-2-402-22507-6, lire en ligne).
- Gauthier Langlois, Dame Carcas, une légende épique occitane, Carcassonne, Société d'études scientifiques de l'Aude, , 304 p. (ISBN 978-2-9531120-4-7, présentation en ligne).
- Claude-Marie Robion, « Besse (Guillaume) », dans Rémy Cazal et Daniel Fabre, Les Audois : dictionnaire biographique, Carcassonne, Association des amis des Archives de l'Aude Fédération audoise des oeuvres laïques Société d'études scientifiques de l'Aude, (ISBN 978-2-906442-07-8), p. 63-64.
- Julien Roche, « La Charte de Niquinta : un point sur la controverse », Slavica Occitania, vol. 16, no 1, , p. 229–245 (DOI 10.3406/slaoc.2003.2033, lire en ligne).
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- Monique Zerner, « Mise au point sur Les cathares devant l'histoire et retour sur L'histoire du catharisme en discussion : le débat sur la charte de Niquinta n'est pas clos », Journal des Savants, vol. 2, no 1, , p. 253–273 (DOI 10.3406/jds.2006.1702, lire en ligne).
- Monique Zerner, « L'hérésie médiévale dans l’œuvre de Guillaume Besse (1645-1661). Érudition locale, ambition parisienne, désastre final », Cahiers de Fanjeaux, vol. 49, no 1, , p. 419–437 (DOI 10.3406/cafan.2014.2211, lire en ligne).
Notes et références
- ↑ « [AD 11 B21] - Carcassonne (Aude, France) - Liasses judiciaires diverses », sur Geneanet (consulté le )
- ↑ « 3E Notaires | Les Archives départementales de l’Aude », sur archivesdepartementales.aude.fr (consulté le )
- ↑ Gabriel Cros-Mayrevieille, « Les anciens ateliers typographiques à Narbonne », Revue des Pyrénées et de la France méridionale, Revue des Pyrénées, vol. III, , p. 50-57 (lire en ligne)
- ↑ Alphonse Mahul, Cartulaire et archives des communes de l'ancien diocèse et de l'arrondissement administratif de Carcassonne..., vol. VI-2, Carcassonne, V. Didron, (lire en ligne), p. 331
- ↑ Gauthier Langlois, Dame Carcas, une légende épique occitane, Carcassonne, Société d'études scientifiques de l'Aude, , 304 p. (ISBN 978-2-9531120-4-7, présentation en ligne), p. 32-36
- ↑ Ce poème figure pages 39-40 de l'ouvrage. Une version en occitan normalisé en a été publiée par René Nelli et Henri Alaux, Carcassonne, d'heureuse rencontre, Aix-en-Provence, Édisud, , p. 66
- ↑ BnF ms, coll. Baluze 7, fol. 36-42 (lire en ligne)
- ↑ BnF ms, coll. Baluze 379, fol. 351-353 (lire en ligne)
- ↑ BnF ms, coll. Baluze 275, fol. 1-62 (lire en ligne)
- ↑ Ces manuscrits sont aujourd'hui conservés aux Archives de l'Ariège dans le fonds Lévis-Léran. Voir Félix Pasquier, Archives du château de Léran : inventaire historique et généalogique des documents de la branche Lévis-Léran, devenue Lévis-Mirepoix : précédé d'une notice sur les cinq premiers Lévis, t. 3, Toulouse, E. Privat, (lire en ligne), p. 642
- ↑ Thomas Bouges, Histoire ecclésiastique et civile de la ville et diocèse de Carcassonne, Paris, (lire en ligne)
- Gaston Jourdanne, Contribution au folk-lore de l'aude, Maisonneuve & cie., (lire en ligne)
- ↑ Monique Zerner, « L'hérésie médiévale dans l’œuvre de Guillaume Besse (1645-1661). Érudition locale, ambition parisienne, désastre final », Cahiers de Fanjeaux, vol. 49, no 1, , p. 419–437 (DOI 10.3406/cafan.2014.2211, lire en ligne)
- ↑ Julien Roche, « La Charte de Niquinta : un point sur la controverse », Slavica Occitania, vol. 16, no 1, , p. 229–245 (DOI 10.3406/slaoc.2003.2033, lire en ligne)
- ↑ David Zbiral, « La Charte de Niquinta et le rassemblement de Saint-Félix : État de la question », dans Jean-Claude Hélas, 1209-2009: Cathares : Une histoire à pacifier ?, Portet-sur-Garonne, Loubatières, (ISBN 978-2862666297, lire en ligne), p. 31-44
Liens externes
- Claude Marquié, « De la légende à l'histoire : Guillaume Besse et Thomas Bouges (XVIIe et XVIIIe) », La Dépêche du Midi, .
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