Houria Aouimeur

Houria Aouimeur
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Houria Aouimeur, née en 1971, est une juriste française. Elle se revendique comme lanceuse d'alerte dans l'affaire qui l'oppose à l'AGS, tandis que la justice lui a refusé ce statut en 2025.

Elle est directrice des affaires sociales de la « délégation Unédic-AGS » en 2012, puis directrice générale de sa branche conseil et enfin directrice nationale (à partir de 2018) de l'AGS - DUA (ou régime AGS, qui est l'organisme privé patronal chargé, en France, de garantir les salaires des employés des entreprises placées en redressement ou en faillite et liquidation judiciaire).

En 2018, Houria Aouimeur-Milano prend la tête de la DUA (Délégation Unédic-AGS), avec pour objectif de vérifier la bonne gestion des fonds par les administrateurs et mandataires judiciaires. Alors que la Cour des comptes avait précédemment fait état d’une certaine opacité, elle engage un audit avec Ernst & Young dont le rapport aboutit à de possibles détournements de fonds publics. En 2023, elle est licenciée pour faute lourde, ce qu’elle conteste.

Biographie

Houria Aouimeur-Milano est titulaire d’un diplôme d’études approfondies en droit des contentieux et d’une maîtrise en droit privé obtenus à l’université Jean Monnet de Saint-Étienne[1]. Elle commence sa carrière en 1992 comme juriste en droit social à la Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapés, avant de rejoindre l’Union professionnelle artisanale en tant que conseillère technique chargée des questions sociales[réf. nécessaire]. En 2012, elle intègre le Mouvement des entreprises de France (Medef) comme directrice des relations sociales[2] et, en 2016, elle est nommée déléguée générale de la Fédération Syntec[1]. Elle est nommée en 2018 directrice nationale de la délégation Unédic-AGS par Geoffroy Roux de Bézieux, alors président du Medef[2].

Affaire au sein de l'AGS

Fin 2018, Houria Aouimeur-Milano est nommée directrice de la Délégation Unédic-AGS (dite DUA) par Geoffroy Roux de Bézieux (alors patron du Medef). Dès son arrivée, elle a connaissance de rumeurs de malversations, déjà constatées par la Cour des Comptes en 2018[3],[4], et constate que de fortes sommes (des avances correspondant jusqu'à 7,5 milliards d'euros) étaient anormalement classées en perte[5]. En 2018, la Cour des comptes fait état d’une certaine opacité concernant les procédures internes[6],[5]. Houria Aouimeur commande un audit à Ernst & Young, dont le rapport aboutit à de “potentielles” malversations[7] et constate ce qui pourrait être considéré comme des détournements de fonds — estimés à plusieurs milliards d'euros — au sein de l'AGS[5].

Le rapport d'audit (baptisé « projet Albatros ») commandé par Houria Aouimeur, sur instruction de son employeur d'après l'UNEDIC, et confié au cabinet Ernst & Young (EY), met en évidence des anomalies pouvant engager la responsabilité de Thierry Météyé (le précédent directeur de la DUA, resté en poste durant 37,5 ans)[2] : il lui est – notamment – reproché d'avoir attribué de façon « massive et anormale » des dossiers à une même avocate[8], ce qui lui vaut d'être placé à la retraite, puis licencié pour faute lourde[9] (il assure de son côté avoir exercé la « mission sociale » qui était la sienne avec « rigueur, loyauté et transparence »[10].). Deux autres personnes sont mises en cause : Béatrice Veyssière, alors responsable du service juridique de la DUA ; et l'avocate Valérie Dutreuilh[2], qui déposera plainte contre Houria Aouimeur en juin 2022 sur les modalités de la rupture de son mandat[11].

S'ensuivent plusieurs plaintes, déposée en février et , par diverses parties prenantes, dont le Medef et l'Unédic, pour « vol, corruption et prise illégale d'intérêt » avec en particulier la labellisation par l'agence de mandataires judiciaires « (…) ce qui leur donne droit aux versements automatiques des salaires, sans vérification a priori de la réalité de l'existence des entreprises et de leurs salariés » (ce sont eux qui reçoivent les fonds destinés aux salariés)[2],[12]. Des soupçons de malversations sont alors émis à l'encontre de plusieurs administrateurs judiciaires et mandataires judiciaires. Un haut responsable patronal affirme alors qu'« on ne sait pas où est allé l'argent » avancé, dans certaines procédures, à ces professionnels servant d’intermédiaires[8].

Un second audit est commandé, cette fois au cabinet Advolis qui doit trouver ce que sont devenus plusieurs dizaines, voire des centaines de millions d'euros disparus après avoir été confiés aux mandataires judiciaires en 5 ans (de 2013 et 2018) ; Advolis conclut que les pertes pourraient atteindre plus de 7 milliards[8]. Une seconde série de plaintes est déposée le par le Medef, l'Unédic, la DUA, et d'autres parties prenantes : lors des liquidations d'entreprises en faillite, de nombreux mandataires judiciaires pourraient avoir conservé dans leurs études une partie des avances qui auraient dû être versées aux salariés. Une instruction est ouverte au parquet de Paris pour « faux et abus de confiance », confiée au juge d'instruction parisien Vincent Lemonier[8],[2].

En mars 2025, le dossier des plaintes de 2019 est transmis au Ministère public, sans aucune mise en examen[13]. Un non-lieu est requis par le parquet de Paris en juin 2025, l'enquête n'ayant pu établir de système de détournements de fonds au détriment de l'AGS[14]. Poursuivie personnellement par un administrateur judiciaire, Houria Aouimeur obtient gain de cause lors du jugement rendu le 24 juin 2025[15].

Licenciement pour faute lourde

En 2022, l'Unédic réalise des audits internes sur les frais de fonctionnement de l’ensemble de ses établissements, dont la DUA. L’audit de la DUA conclut que les frais de fonctionnement sont anormalement élevés (frais de taxis, de restauration…)[8]. Puis, deux nouvelles expertises sont lancées, dont l'une, faite par le cabinet PwC, qui conclut que la direction de la DUA, dirigée par Mme Aouimeur-Milano, a passé plusieurs contrats avec des prestataires sans respecter les obligations relatives à la passation des marchés publics, ce qui a justifié la décision de l'Unédic de licencier sa directrice, ce qu’elle conteste[16]. Des dérives également pointées par les magistrats[17].

En 2023, le média « La Lettre » estimait que le numéro deux du Medef Patrik Martin, « qui a bâti son entreprise en reprenant des concurrents en difficulté via l'aide de mandataires judiciaires », surveillait Houria Aouimeur et avait lui-même choisi l'un des cabinets d'audit missionnés, puis collaboré avec René Ricol « dont le rapport sur l'AGS a permis un retour aux anciennes pratiques »[18], en cherchant à faire passer sous silence la dénonciation de détournements faite par la direction de l'AGS[19].

Les avocats de Houria Aouimeur dénoncent alors un audit établi : « On veut ainsi lui faire payer les actions en justice qu'elle a engagées et l'alerte qu'elle a lancée. Les griefs retenus contre elle ne tromperont personne sur la réalité des motifs qui ont conduit à cette mesure d'élimination » affirment-ils[8]. Elle porte plainte contre l'Unédic et contre son directeur, Christophe Valentie, pour « harcèlement, menaces, etc. »[2]. Houria Aouimeur, en , est accusée par son employeur de n'avoir pas respecté les obligations relatives à la passation des marchés publics et est sanctionnée par un licenciement pour « graves manquements » (le Medef, après l'avoir soutenue, lui reproche un train de vie dispendieux, des prestations de service conclues au mépris des règles, etc.)[2].

Elle conteste son licenciement, affirmant qu'il s'agit d'un acte de « représailles »[8] devant les Prud'hommes de Paris, et demande la reconnaissance officielle de son statut de lanceuse d'alerte. Huit mois plus tard, en référé, Houria Aouimeur-Milano est déboutée de sa demande de reconnaissance de statut de lanceuse d'alerte[20].

En , elle déclare au journal La Vie: « L'établissement que je dirigeais n'était pas parfait, mais on pouvait mettre en évidence des anomalies. À présent, on me dit que les moyens de contrôle mis en place sous ma direction ont été supprimés, et les robinets seraient de nouveau ouverts »[5]. En juillet 2025, Le Monde rapporte que la cour d’appel de Paris conclut « Il n’est nullement fait état de faits que [Mme Aouimeur] aurait personnellement constatés (...) Il n’est fait spécifiquement mention d’aucune alerte ou révélation d’informations qui n’auraient pas été connues avant son embauche[21].

L'une des personnes concernées par l'affaire de l'AGS est Valérie Dutreuilh, avocate au barreau de Paris, spécialiste du Droit des entreprises en difficulté, et notamment des procédures collectives et du « restructuring »[note 1]. En tant que « collaboratrice administrateur judiciaire » travaillant autrefois avec l'AGS, elle s'est estimée lésée par la rupture de son mandat par Houria Aouimeur après que cette dernière, en tant que directrice de l'AGS, ait jugé ses honoraires trop élevés.

Dans un premier temps, la cour d'appel de Paris a jugé que ces honoraires étaient fondés. Puis, le tribunal judiciaire de Paris a statué que sa rémunération très élevée, avait été accordée par l'ancien directeur, Thierry Météyé, en violation des règles et des processus internes[22],[23].

En 2025, elle reçoit le statut de lanceuse d'alerte par la Maison des lanceurs d'alerte et par la Défenseure des droits pour avoir dénoncé de possibles malversations financières[24]. La Cour d'appel de Paris examine l'affaire opposant Houria Aouimeur à son ancien employeur (l'Unédic) et confirme en qu'elle « ne peut utilement revendiquer le statut de lanceuse d’alerte »[25],[26].

A la suite de la diffusion sur ARTE du documentaire Qui veut la peau de la lanceuse d'alerte ?, dans un communiqué de presse, l'avocat de Houria Aouimeur affirme avoir déposé plainte pour des messages menaçants publiés sur Youtube le , et pour l'empoisonnement de son chien, le même jour[27].

Voir aussi

Filmographie

Notes et références

Notes

  1. Dans le domaine des administrateurs judiciaires, l'anglicisme restructuring désigne l’ensemble des procédures et stratégies visant à redresser une entreprise en difficulté financière. Il peut inclure des mesures de prévention, des procédures collectives comme le redressement judiciaire, ou encore des opérations de cession d’actifs pour assurer la pérennité de l’activité. Les administrateurs judiciaires, dans ces processus, accompagnent les entreprises, en négociant avec les créanciers et en mettant en place des solutions adaptées pour éviter la liquidation.

Références

  1. « Houria Aouimeur quitte la direction des relations sociales du Medef... » Accès payant, sur AEF info (consulté le )
  2. « Qui veut la peau de la lanceuse d’alerte du patronat ? » Accès libre, sur Le Nouvel Obs, (consulté le )
  3. « Faillites d’entreprises : une lanceuse d’alerte dénonce le scandale des milliards envolés », Le Monde,‎ (lire en ligne Accès payant, consulté le )
  4. Grégoire Pinson, « Entreprises en difficulté: l’explosive affaire AGS qui se retourne contre le patronat » Accès libre, sur Challenges, (consulté le )
  5. Corine Chabaud, « Lutte contre la corruption : Houria Aouimeur, ou la destinée éprouvante d'une lanceuse d'alerte », sur La Vie.fr, (consulté le ).
  6. « Affaire des garanties de salaires : nouvelle plainte du Medef », sur Les Echos, (consulté le )
  7. « Les pratiques du régime de garantie des salaires totalement remises à plat », sur Les Echos, (consulté le )
  8. « La directrice du régime de garantie des salaires licenciée pour « faute lourde » », (consulté le ).
  9. « L'Unédic condamnée aux prud'hommes », (consulté le ).
  10. « Régime de garantie des salaires : l'ex-directeur ne comprend pas les soupçons de malversations », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  11. « AGS : l'ancienne avocate du fonds patronal attaque pour corruption active », sur Le Lettre, (consulté le )
  12. « Soupçons de malversations au sein du régime de garantie des salaires », (consulté le ).
  13. « Non-lieu dans le scandale des entreprises en difficulté f », sur Le Monde, (consulté le )
  14. « Scandale des entreprises en difficulté : le parquet préconise un non-lieu », sur Le Monde, (consulté le )
  15. « Affaire AGS : le tribunal judiciaire juge illégal le système des restitutions », sur La Lettre, (consulté le )
  16. « L’étrange liquidation de la patronne de l’Agence de garantie des salaires », sur Le Canard Enchaîné, (consulté le )
  17. « Régime de garantie des salaires : la piste d’une réduction des droits », sur Le Monde, (consulté le )
  18. « Le jeu trouble de Patrick Martin autour de l'opération mains propres de l'AGS » Accès payant, sur La Lettre, (consulté le ).
  19. « Le Medef et l'Unedic font le grand ménage à l'AGS - 03/02/2023 », sur La Lettre, (consulté le ).
  20. « Le scandale de la disparition de 7 milliards d'euros de l'association patronale de garantie des salaires embarrasse l'Unédic », sur lejdd.fr, (consulté le ).
  21. « L’ex-directrice du régime de garantie des salaires subit un nouveau revers judiciaire », sur Le Monde, (consulté le )
  22. Coline Emmel, « Agence de garantie des salaires: le feuilleton judiciaire tourne à l'aigre », sur Gotham City, (consulté le ).
  23. « TJ Paris, 8 février 2024, n° 19/07890 », sur courdecassation.fr (consulté le )
  24. « Affaire AGS : Houria Aouimeur obtient l'appui du Défenseur des droits - 06/01/2025 », sur La Lettre, (consulté le ).
  25. Renaud Lecadre, « Lâchée par le Medef, Houria Aouimeur, lanceuse d’alerte anticorruption, poursuit sa bataille judiciaire », Libération,‎ (lire en ligne)
  26. « CA Paris, 10 juillet 2025, n° 23/07311 », sur courdecassation.fr (consulté le )
  27. « « Qui veut la peau de la lanceuse d’alerte ? », sur Arte.tv : portrait d’Houria Aouimeur, « incontrôlable chic fille » », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  28. « L'Unédic maintient la pression contre l'ancienne patronne du régime de garantie des salaires », sur La Lettre, (consulté le )
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