Impôt révolutionnaire
Un impôt révolutionnaire est une somme d'argent collectée par une organisation armée présentant un objectif politique "révolutionnaire" (souvent des organisations indépendantistes : FLN algérien, ETA basque, FLN corse) auprès de commerçants, chef d'entreprises voire de simples travailleurs (dans le cas du FLN algérien et de sa collecte auprès des habitants du bidonville de Nanterre).
La collecte de cet impot s'effectue soit de manière volontaire (par patriotisme pour les organisations indépendantistes, adhésion idéologique si c'est une organisation communiste, ou bien pour obtenir la paix : dans le cas d'un chef d'entreprise désireux d'obtenir une protection, ainsi Lillo Lauricella, représentant de la mafia italienne sur l'île de Cavallo en Corse, avait lui même contacté François Santoni afin de payer plusieurs millions de francs par an au FLNC uni puis aux deux FLNC, Canal Habituel et Canal Historique, pour éviter les attentats sur "l'île des milliardaires"), soit par contrainte : l'organisation armée va directement à la rencontre de la personne qu'elle estime devoir payer l'impôt, elle lui explique ses objectifs et la menace de destruction de bien ou de meurtre si elle ne paye pas. Ces menaces sont mises à exécution en cas de non-paiement.
Bien que les objectifs ne sont pas les mêmes, la collecte de l'impot révolutionnaire peut ressembler dans la forme à celle du pizzo, le racket des mafias italiennes. La mafia vise le profit financier et le contrôle du territoire pour le pouvoir et l'argent, là où. Si l'ETA ou le FLN sont restées fidèles jusqu'au bout à leur objectif politique, l'ambiguité entre impôt révolutionnaire et racket mafieux apparaît plus nettement en Corse où elle est considérée comme un élément majeur ayant mené à la scission du FLNC en 1989-1990 puis la guerre fratricide ayant suivi dans les années 1990 jusqu'à l'exécution de Santoni et ses partisans en 2001. Si nombre de militants du FLNC sont sincères, y compris des chefs comme Pierre Poggioli ou Pantaléon Alessandri sur qui n'existent aucune accusation d'enrichissement personnel, les trajectoires d'Alain Orsoni, François Santoni et Charles Pieri évoquent l'usage de la collecte de l'impot révolutionnaire à des fins d'enrichissement personnel et de contrôle de territoire dans un but politico-mafieux, selon plusieurs observateurs.
Il semblerait que le terme "impôt révolutionnaire" apparaisse avec le Front de Libération National algérien, notamment sa branche sur le territoire métropolitain français qui collectait cet impot auprès des immigrés algériens en France, par exemple dans le bidonville de Nanterre où vivaient beaucoup d'Algériens. On peut voir une description de sa collecte dans le film Hors-la-loi.
Exemples
Le Front de libération national de la Corse
Le Front de Libération Nationale de la Corse crée l'impôt révolutionnaire en 1982, sous la forme de braquages et d'extorsions de fond, pour financer la lutte terroriste[1],[2]. L'argent récolté est ensuite centralisé par u Cunsigliu (l'organe de direction du Front), puis redistribué aux différentes branches de l'organisation[2].
L'impôt est souvent perçu par menaces et intimidations de commerçants, comme l'illustre l'assassinat du coiffeur André Schock en 1983[2], ou l'assassinat du vétérinaire Jean-Paul Lafay en 1987[1], qui avaient tous deux refusé de payer l'impôt.
Euskadi ta Askatasuna
L'ETA imposait aux chefs d'entreprise basques en Espagne un impôt révolutionnaire qui selon Thierry Vareilles[3] s'élevait en moyenne à 10 millions de pesetas dans les années 1970. Jusqu'en 1981, l'impôt était collecté par la branche impôt révolutionnaire de l'ETA, les Commandos Autonomes Anticapitalistes (CAA)[3]. L'argent était souvent extorqué sous la menace : en 1976, un commerçant d'Irun qui avait tenté de faire arrêter un collecteur d'impôt de l'ETA est assassiné deux ans plus tard[3].
Le racket finançait la majeure partie du budget de l'ETA, qui s'élevait à 10 millions d'euros en 2001[4].
Longtemps demandé seulement aux chefs d'entreprises, l'organisation terroriste s'en est également pris aux petits commerçants à partir des années 2000[5]. Le footballeur basque Bixente Lizarazu a par ailleurs été menacé de se plier au racket[6].
L'ETA a annoncé en 2011 avoir mis fin à l'impôt révolutionnaire[7].
Références
- Emmanuel Bernabéu-Casanova, Le nationalisme corse - Genèse, succès et échec, Éditions L'Harmattan, p. 201
- Xavier Crettier, La question corse, Éditions Complexe, p.123
- Thierry Vareilles, Encyclopédie du terrorisme international, Édition L'Harmattan, 2001, p. 316-317
- ↑ Counterterrorism: An Example of Co-operation, Juan Miguel Lian Macias, Ministry of Defence of Spain, 2002-2-22: "ETA is funded mainly from one source: the money it collects through extortion of small and medium businessmen, charging them the so-called "revolutionary tax". At present the amounts required are between 35,000 and 400,000 euros. The annual budget the terrorist organisation needs for the maintenance of its structures is estimated at around 10 million euros. Beyond the Spanish borders, ETA seeks links with similar groups and causes. Hence, it intends to gain the support of ideologically akin groups. It has or has had contacts with the Breton Revolutionary Army, with Corsican and Irish terrorist groups, with revolutionary groups from Latin America, etc."
- ↑ « L'ETA élargit son impôt révolutionnaire », La Libre Belgique, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Patricia Tourancheau, « Lizarazu: la menace ETA prise au sérieux. », Libération, (lire en ligne).
- ↑ Le Monde avec AFP, « L'ETA met fin à l'"impôt révolutionnaire" », Le Monde, (lire en ligne).
Voir aussi
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