Inscriptions néopuniques de Cherchell

Inscriptions néopuniques de Cherchell
Image illustrative de l’article Inscriptions néopuniques de Cherchell
Inscription honorifique en l’honneur de Micipsa (AO 1028), Musée du Louvre.
Type Inscription lapidaire
Matériau Marbre
Méthode de fabrication Gravure
Fonction Funéraire et honorifique
Période IIe siècle av. J.-C.Ier siècle av. J.-C.
Culture Civilisation carthaginoise
Numide
Date de découverte 1847 (première découverte)
1875 et 1882 (découvertes principales)
Lieu de découverte Cherchell (ancienne Césarée de Maurétanie), Algérie
Coordonnées 36° 36′ 26″ nord, 2° 11′ 24″ est
Conservation Musée du Louvre (Paris)
Signe particulier Deux inscriptions principales :
  • AO 5294 (colonne funéraire)
  • AO 1028 (Micipsa)
Géolocalisation sur la carte : Algérie
(Voir situation sur carte : Algérie)
localisation

Les inscriptions néopuniques de Cherchell sont deux inscriptions en langue néopunique gravées sur marbre, découvertes en 1875 et 1882 à Cherchell (ancienne Césarée de Maurétanie) en Algérie. Elles sont actuellement conservées au Musée du Louvre, sous les numéros AO 1028 et AO 5294[1].

Historique des découvertes

Les deux pièces néopuniques aujourd’hui conservées au musée du Louvre furent acquises auprès d’Achille Schmitter, receveur des douanes à Cherchell, grâce à l’intervention de l’archéologue et épigraphiste Antoine Héron de Villefosse[2].

La première découverte remonte à 1847, lorsqu’une inscription néopunique fut mise au jour à Cherchell. Gravée sur une cymbale en alliage de cuivre, probablement utilisée dans un contexte rituel ou musical, cette pièce constitue un exemple rare d’épigraphie sur un objet métallique et révèle l’existence d’usages votifs ou symboliques dans les pratiques puniques tardives. Elle fut publiée pour la première fois en 1859 par A. Judas dans la Revue Archéologique[3].

Une seconde inscription, découverte ultérieurement, se distingue par son importance historique et linguistique : il s’agit d’une stèle funéraire mentionnant Micipsa, fils du roi numide Massinissa. Datée de 118 av. J.-C., cette inscription est l’un des rares témoignages directs associant l’élite numide à la culture néopunique. Elle éclaire non seulement la survivance de la langue punique après la chute de Carthage, mais aussi la pénétration des pratiques épigraphiques dans le royaume numide. Cette pièce fut étudiée en détail par J. G. Février en 1951 dans la Revue d’Assyriologie et d’archéologie Orientale[4].

Ces découvertes, réalisées dès la seconde moitié du XIXe siècle, mettent en évidence l’importance historique de Césarée de Maurétanie (actuelle Cherchell) comme un centre de permanence de la tradition punique et un témoin privilégié de la transition culturelle entre le monde carthaginois et le royaume numide. La cité tire ses origines du comptoir de Iol, fondé par les Phéniciens au Ve siècle av. J.-C. sur un îlot côtier. Au IIe siècle av. J.-C., le roi numide Micipsa, en fit l’une des capitales de son royaume. À cette époque, la ville numide s’étendait sur environ huit hectares sur le plateau littoral, témoignant d’un urbanisme structuré et d’une forte interaction entre héritage phénico-punique et pouvoir numide[5].

Colonne funéraire (AO 5294)

Colonne funéraire de Cherchell (AO 5294), conservée dans les réserves du Musée du Louvre (non exposée).

Découverte en février 1875, cette inscription provient d’un champ sur la route de Ténès. Elle fut d’abord acquise par un boulanger de Cherchell, avant d’être achetée par Achille Schmitter[6].

Elle est gravée sur un cube de marbre blanc (17 × 24 cm) et comporte six lignes en néopunique, bien conservées sauf la sixième (lacune)[7].

Inscriptions néopuniques de Cherchell – Colonne funéraire (AO 5294)[8]
Ligne Transcription (latinisation) Traduction française
(1) SKR BR’ L’ŠT N‘MT MHRT ṬN ’T HMṢBT RŠ B‘T « Un mémorial durable pour une femme instruite et intelligente ; cette matzebet fut érigée par Rosh, fille de »
(2) ‘BD’ŠMN BN ‘ZRB‘L L’M’ LT‘WNT ’ḤR ’Š P‘L ṢYW‘N « ‘Abd-Eshmun, fils d’Hasdrubal, à sa mère, T‘wnt, après qu’un monument avait été fait »
(3) LHḤYM H’Š ŠL’ ‘ZRB‘L HYLD ŠḤRB‘L B‘N ŠQLN « pour la vivante par Hasdrubal, le jeune. Šḥrb‘l, fils de Šqln »
(4) ’M’ LŠRT ŠNT ḤMŠM B’Y ḤŠBR LṬHRT NKTBT « sa mère, qui se soumit pendant cinquante ans sur l’île de Ḥšbr à une purification imposée »
(5) WNŠMR’ R’T MY QN’ W’Y DR’ LŠMR’ M‘ŠRT « et se garda de voir les eaux des roseaux et l’île de Dr’, pour se maintenir pure »
(6) KMŠLM[T ‘L TMT P]‘L‘ HNŠKBT BT ŠMNM ŠT « Elle fut récompensée [pour son œuvre], mourant à l’âge de quatre-vingts ans »

Inscription honorifique de Micipsa (AO 1028)

Inscription néopunique honorant Micipsa (AO 1028), Musée du Louvre.

Acquise en 1882 par le Musée du Louvre, cette inscription honorifique mentionne Micipsa, fils de Massinissa, roi des Massyles, et date de 118 av. J.-C.[9].

Gravée sur marbre blanc veiné de rouge, elle mesure 30 × 22 cm et comporte 11 lignes en néopunique[10].

Inscriptions néopuniques de Cherchell – Inscription de Micipsa (AO 1028)[9]
Ligne Transcription (latinisation) Traduction française
(1) MYQDŠ QN’M ḤY ḤYM MKPZN MLK [M]ŠLYYM « Sanctuaire en mémoire de la vie des vivants, Micipsa, roi des [Ma]ssyles »
(2) HMYLL MYŠR ’RṢT RBT MMLK’T ḤŠB N‘M « l’illustre, souverain des vastes terres, qui conçoit le bien »
(3) L’ ṬN’ T HM’Š ZT[...]’Ḥ[.]‘L’ QBR’ Y‘ZM « pour lui, cette statue a été érigée… (près de) son tombeau, (par) Ya‘zan »
(4) BN YŠGGZN BN BG’T BN MZNZN MYQM ’LM « fils de Yazaggazan, fils de Bogud, fils de Massinissa, responsable des sacralités »
(5) ZKY KRR ‘LGM’.. TM’ ’.. ’KM’T BN[M] « … »
(6) WT ’KHN[.]M ’Š ‘L[..]M KL’ [.]‘[..]L’ LMḤ[..].... « … de son vivant … »
(7) T[.]NM ‘LM ‘K[..]T LḤ[..]’ [.] LHR‘T ŠL’......... « … sommeil éternel … »
(8) WŠ‘WTM [..] B‘L [..]L[..]’[..]M’ HŠM............. « … »
(9) [..]’ ŠL’ BKL ḤWT BN’ [..]Ṭ[.]’............. « … pendant toute la vie (de son fils ?) … »
(10) [.]Ṣ’T HMḤ[.]T ŠL’ T[.]NM R[.]............. « … »
(11) P‘L’ [..]Š BN [...]’.......... « Fait par …Š, fils de … »

Références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Cherchell Neopunic inscriptions » (voir la liste des auteurs).
  1. AO 1028 et AO 5294 sur collections.louvre.fr
  2. Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1875, p. 203 et 259–266.
  3. A. Judas, « SUR UN MONUMENT PUNIQUE. INÉDIT », Revue Archéologique, Presses Universitaires de France, vol. 16, no 1,‎ , p. 167–169 (lire en ligne)
  4. FÉVRIER, J. G. « L'inscription funéraire de Micipsa », Revue d'Assyriologie et d'archéologie Orientale, vol. 45, no 3, Presses Universitaires de France, 1951, p. 139-150, lire en ligne
  5. Marcel Philibert, « Iol, Caesareae, Cherchel : étude toponymique », Publications du Comité du vieil Alger, Alger, vol. 10,‎ , p. 1-11 (lire en ligne, consulté le )
  6. Derenbourg Joseph. Sur une nouvelle inscription néopunique de Cherchel. Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 19e année, no 3, 1875, p. 259–266.
  7. Bron, François, « L’inscription néo-punique de Cherchell, NP 130 », Vicino Oriente, 14, 2008, p. 257-261.
  8. George Albert Cooke, 1903 : Text-book of North-Semitic Inscriptions, p. 147.
  9. Berger, Philippe. « Inscription néopunique de Cherchell, en l’honneur de Micipsa », Revue d’Assyriologie et d’archéologie orientale, 2/2 (1888), p. 35–46.
  10. Donner, Herbert & Röllig, Wolfgang, Kanaanäische und Aramäische Inschriften, Band I, 5e éd., Harrassowitz, 2002, p. 36 (inscr. 161).

Bibliographie

  • Philippe Berger, Inscription néopunique de Cherchell en l’honneur de Micipsa, Paris, E. Leroux, (lire en ligne)
  • George Albert Cooke, Text-book of North-Semitic Inscriptions, Oxford, Clarendon Press, (lire en ligne)
  • Herbert Donner ; Wolfgang Röllig, Kanaanäische und Aramäische Inschriften, vol. Band I, Wiesbaden, Harrassowitz, (lire en ligne)
  • James Février, « Inscriptions puniques et néopuniques », Études d'antiquités africaines, Paris, Éditions du Centre National de la Recherche Scientifique,‎ , p. 81-132 (lire en ligne)

Articles connexes

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