Jacques Van der Smissen

Jacques Van der Smissen
Titre de noblesse
Baron
à partir du
Biographie
Naissance
Décès
(à 67 ans)
Wiesbaden
Nom de naissance
Jacobus Dominicus Vander Smissen
Allégeances
Domiciles
Anvers (d) (jusqu'en ), Bruxelles (-), Cortenbergh (d) (à partir de ), Wiesbaden (-), Wiesbaden (-)
Activité
Militaire
Conjoint
Louise Catherine Colleton Graves
Enfant
Autres informations
Date de baptême
Unités
Korps Rijdende Artillerie (d) (à partir de )
3e régiment d'artillerie
Garde civique
Grades militaires
Sous-lieutenant (d) (à partir de )
Major (à partir de )
Lieutenant général (à partir de )
Conflits
Distinctions

Jacques Van der Smissen est un militaire belge né le à Bruxelles et mort le à Wiesbaden, dans le royaume de Prusse.

Officier d'artillerie dans l'armée du royaume uni des Pays-Bas jusqu'en 1818, il prend ensuite le parti des volontaires de la révolution belge de 1830 puis participe à deux reprises à une conspiration orangiste visant à faire monter son ami, le prince d'Orange, sur le nouveau trône de Belgique[1]. La question de son amnistie fut la source de débat houleux au Parlement belge et cause la chute du gouvernement de Theux I.

Il fait partie de la noblesse belge avec le rang de baron.

Biographie

Origines

Jacques Van der Smissen nait à Bruxelles le dans ce qui est encore les Pays-Bas autrichiens, confrontés à la révolution brabançonne. Il est le fils ainé d'Henry Vandersmissen, rentier, et de Marie Anna Van Haelen, domicilié à Molenbeek, Brabant Méridional[2].

Carrière militaire

En 1807, il s’engage dans la Grande Armée de Napoléon Bonaparte et y est nommé sous-lieutenant dans le 3e régiment d'artillerie en 1809. Il participe aux guerres napoléoniennes, notamment lors de la campagne de Russie, puis à la campagne d'Allemagne, après laquelle il est démis de ses fonctions le [3].

En 1814, la chute du Premier Empire entraine la formation du congrès de Vienne qui décide de la création du royaume uni des Pays-Bas. Le , Van der Smissen rejoint les forces armées du royaume uni des Pays-Bas avec le grade de major dans l’artillerie à cheval du Korps Rijdende Artillerie (nl). Il est également nommé commandant de l’artillerie de la 3e division néerlandaise, sous les ordres du général David Chassé. Avec le retour de Napoléon Ier lors de l'épisode des Cent-Jours, les Néerlandais sont engagés aux côtés des Alliés de la septième Coalition. Lors de la bataille de Waterloo le , n'ayant pas participé à la bataille des Quatre-Bras, la 3e division se trouve près de Braine-l’Alleud, à l’extrémité du flanc droit de l’armée alliée. À 15 h, elle reçoit l’ordre de se déplacer vers le centre afin de rejoindre la division d'infanterie britannique d'Henry Clinton, placée en seconde ligne sur l’aile droite. La batterie à pied de Johannes Hendrik Lux arrive à son tour et est réunie à la batterie à cheval de Charles Frédéric Krahmer de Bichin, toutes deux plaçées sous le commandement du major van der Smissen. Vers 19 h 30, lorsque le lieutenant-général Chassé remarque que le feu de l’artillerie britannique devant lui faiblit, il ordonne d'envoyer la batterie d’artillerie à cheval afin de tirer sur la Jeune Garde de Napoléon. Van der Smissen supervise le commandement de la manoeuvre, qui contribue grandement à l’issue de la bataille[4]. Pour ses faits d'armes, il est nommé chevalier de 3e classe de l’ordre militaire de Guillaume le [5].

Le , il démissionne de l’armée et est anobli du titre de baron en récompense des services rendus[6].

Vie privée

Il épouse Louise Catherine Colleton Graves le à Anvers[7]. Ils s'installent dans le château sur le domaine de l'ancienne abbaye de Cortenbergh et ajoute « de Cortenbergh » à son nom. Il entretient des relations étroites avec le fils du roi Guillaume, le prince d'Orange, qui devient le parrain de son fils aîné, Alfred, né le . Certaines rumeurs attribuaient même la paternité de ce fils au prince, ou suggéraient une relation intime entre les deux hommes, l'homosexualité de Guillaume II étant attestée[8] . Le couple Van der Smissen aura deux autres enfants: une fille prénommée Ernest Louis Auguste, née le [9], et Adolphe, né le [10].

Révolution belge et orangisme

L'objectif des orangistes était de placer le prince d'Orange (image), proche de Jacques Van der Smissen, sur le trône de Belgique.

Alors que la révolution belge survient en 1830, Jacques Van der Smissen va dans un premier temps s’investir du côté des révolutionnaires belges. Il participe aux Journées de Septembre et parachève, entre autres, la reddition des tirailleurs en garnison dans la citadelle d'Ath le . À la suite de quoi, il fait envoyer huit pièces d'artillerie et 200 000 cartouches à la capitale, qui redoute une contre-attaque du prince Frédéric après les Quatre Jours de Bruxelles[11].

Il rejoint la Garde civique puis les forces armées belges dès leur création, où il est nommé lieutenant-général. En pleine guerre belgo-néerlandaise, les mois de janvier et vont faire basculer Van der Smissen, devenant un partisan de la contre-révolution orangiste qui a pour objectif de faire monter son ami le prince d'Orange, fils du roi des Pays-Bas, Guillaume Ier, sur le trône de Belgique. Aux côtés de David Chassé, il n’hésite pas à faire usage de la force[réf. nécessaire]. Ce mouvement naissant connait alors deux pôles importants : Gand et Anvers. La combativité politique des gantois sera plus importante essentiellement grâce à une implantation forte des pro-orangistes dans les milieux de la presse et de l’administration juridique. Van der Smissen va peu à peu devenir leader dans les actions contre-révolutionnaires à Anvers. Après l'échec du coup d'état orangiste de 1831 à Gand, il prépare, avec d’autres contre-révolutionnaires, un nouvel essai le . Avec la trahison d’un diplomate anglais au sein même des leaders contre-révolutionnaires, ce coup d’État n’aboutit à rien sinon à l’emprisonnement des principaux instigateurs des actions. Van der Smissen parvient quant à lui à s’enfuir à Wiesbaden, en Prusse, grâce à l’avertissement du régent Surlet de Chokier[12].

Van der Smissen qui est pour sa part toujours exilé en Prusse voit avec beaucoup de frustration le fait que d’anciens orangistes puissent poursuivre une carrière militaire en Belgique. Durant son exil, il sera subsidié par le roi des Pays-Bas. Le Traité des XXIV articles va prendre des positions concernant les condamnés politiques (et en particulier les orangistes). Ainsi, il est stipulé que nul ne peut être discriminé pour raisons politiques. Ces écrits ayant été signés, Van der Smissen rentre en Belgique et sera autorisé par le gouvernement en place de garder son poste et de recevoir une allocation. La question de son amnistie sera alors débattue houleusement durant trois séances à la Chambre. Le gouvernement de Theux, craignant les révélations que pourrait faire Van der Smissen opte pour l’amnistie. L’opposition s’insurge sur le fait que celui qu’elle considère comme un traitre à la nation puisse recevoir l’amnistie. Cette affaire va amener à la démission du gouvernement et à la mise en place du premier gouvernement libéral homogène mené par Joseph Lebeau[13].

L'affaire Van der Smissen

L'échec du coup d'état orangiste de 1831 à Gand.

Comme précisé précédemment[style à revoir], la question de l'amnistie de Van der Smissen a amené la chute du gouvernement de Theux et de l'unionisme en Belgique. L'affaire Van der Smissen correspond davantage aux débats houleux qui se sont déroulés au Parlement belge sur cette question que sur la personne de Van der Smissen lui-même.

L'épopée Van der Smissen

Lors de la période du royaume uni des Pays-Bas, Jacques Van der Smissen est un proche du roi Guillaume. En effet, son fils ainé, le prince d’Orange est un proche du milieu des loges franc-maçonnes et est même membre de la loge franc-maçonne anversoise dont Van der Smissen est l’administrateur[14]. Lorsque la révolution belge se déclenche en 1830, Van der Smissen va connaître un retournement de veste assez incroyable. Lors des Quatre Jours de Bruxelles, tous les corps révolutionnaires s'empressent dans Bruxelles : il y a les volontaires et mercenaires, les patriotiques convaincus mais aussi des membres de l'armée royale comme Van der Smissen. Pour la jeune nation belge en puissance, il s’agit alors de poser des actes violents pour pousser les royalistes vers le nord. Ensuite, il sera question d’obtenir une opération « d'épuration » de la classe politique et des fonctionnaires pour ne pas avoir à subir un revirement de situation avec un retour des idées pro-orangistes qui ont une forte influence[15]. Dans cette période d'instabilité qui débute, de nombreuses personnes au sein de la nouvelle armée belge souhaitent l'avènement de Guillaume II sur le trône. De fait, ce-dernier véhicule une image de confiance, de calme et de continuité. De plus, il pourrait garantir les places de certains dans l’armée. Il est pourtant plus étonnant de retrouver des partisans comme Van der Smissen, ce même qui était un instigateur de violence contre son père, Guillaume Ier, quelques mois plus tôt[16].

La suite des événements est connue : après l'échec du coup d'état orangiste de 1831 à Gand, Van der Smissen va faire partie d’un commando anversois d’orangistes qui était censé se diriger vers Bruxelles. Ces tentatives de coups d’État sont mises en échec à cause de trahisons, de manque de communication et de désaccords internes. Les répressions envers les orangistes faites par l’État belge seront suffisamment dissuasives que pour mettre un frein presque définitif aux tentatives d'actions contre-révolutionnaires. Les orangistes qui ont réussi leurs fuites choisiront alors de s’établir à l’étranger et pour la plupart, la France sera un lieu de prédilection. Dans les faits pourtant, la répression semble légère : certains membres sont condamnés mais avec une peine faible (par exemple 5 ans de prison et exclusion de l’armée pour le colonel Borremans), certains ne sont pas poursuivis et d’autres sont même excusés[17].

Face au nombre trop important d'orangistes dans l’administration belge, le gouvernement belge a dû fermer les yeux sur les personnes concernées sans quoi l’administration serait défigurée (on estime que le taux d’orangistes varie entre 30 et 40 % selon le ministère). La même logique est d’application dans l’armée, certains anciens officiers néerlandais et même d’anciens meneurs du coup d'État manqué du mois de font partie des rangs de l’armée belge. Durant la première décennie de vie de la Belgique, les orangistes enrôlés dans l'armée belges ne cachent pas leurs sentiments de sympathie vis-à-vis de la famille d’Orange malgré les répressions mises en place par la police secrète de l'armée et par l'État[18].

Van der Smissen voit naturellement avec beaucoup de frustration que d'anciens compagnons d'armes font à nouveau partie de l’armée nationale alors que lui doit prolonger son exil avec une pension que lui accorde le roi Guillaume. Cependant, la signature du Traité des XXIV articles va changer bien des choses pour lui. En effet, en 1838, le roi Guillaume Ier se résigne à signer ce texte statuant définitivement la séparation de la Belgique avec les Pays-Bas. Ce traité est signé officiellement le entre les différentes puissances que comprenaient le continent européen. L’article 20 va se révéler primordial pour le retour de Van der Smissen et l’avenir de la politique belge, cet article stipule que « Personne, dans les pays qui changent de domination, ne pourra être recherché ni inquiété en aucune manière, pour cause quelconque de participation directe ou indirecte aux événements politiques. »[19].

C'est donc au nom de cet article que Van der Smissen estime que son retour en Belgique et naturellement son accès à des postes dans l’armée ou dans l’administration sont possibles. Il va monter avec l'aide de ses avocats un solide dossier et menace de se rendre dans un tribunal. Il fait aussi en quelque sorte du chantage car il a en sa disposition des témoignages et des correspondances qui risquent de mettre à mal un certain nombre de personnes très en vue en Belgique que ce soit dans l'administration ou dans l’armée. Ceci est craint par le roi des Belges, Léopold Ier, mais aussi par le gouvernement de Theux. En effet, le cabinet ministériel de Barthélemy de Theux de Meylandt qui a déjà connu de nombreux départs en 1839 notamment avec la négociation du Traité des XXIV articles, ne peut pas se permettre un scandale d’État qui mettrait sérieusement à mal la survie de ce gouvernement. Le gouvernement, par la voix de son ministre de la guerre Jean-Pierre Willmar, va alors s’adresser au Parlement le en proposant une amnistie pour Van der Smissen, une allocation d’attente de 2 000 florins néerlandais et une conservation de son poste même s’il ne reçoit pas de commandement. Notons que secrètement le roi Guillaume Ier promet secrètement à Van der Smissen 2 000 autres florins qui pourrait alors subvenir à ses besoins[13].

Débat au Parlement et fin de l'unionisme en Belgique

Il suffira de trois séances à la Chambre des représentants en trois jours pour que se joue la mort du gouvernement mené par le catholique Barthélemy de Theux de Meylandt. Les débats y seront houleux et le Parlement sera le lieu de véritables scènes de théâtre à grand succès avec tout ce que cela implique : rebondissements, interruptions intempestives et mauvaise foi.

L’ordre du jour de la séance du comporte les deux points suivants : d’abord les pièces adressées à la Chambre, puis le projet de loi portant le budget du département de la guerre pour l’exercice de l'année 1840. Ce dernier point devait débuter par une discussion générale portant sur le rétablissement dans les cadres de l'armée belge du général Van der Smissen par suite du traité des XXIV articles. Cependant, cette discussion est loin d’être un préalable à la question sur le budget car elle occupe tout le débat de 13h à 17h.

Comme précisé précédemment, c’est le ministre de la guerre Willmar, interrompu par le député catholique de Tournai Barthélemy Dumortier qui va lancer la discussion en précisant les raisons qui le poussent à croire que la voie de l’amnistie pour Van der Smissen est la seule voie possible si on s’en tient aux textes signés lors de la conférence de Londres du de l’année précédente. Durant son temps de parole, il aura aussi à cœur de rétablir les vérités face aux rumeurs qui ont été répandues jusque-là. Face à ce discours, l’opposition libérale réagit négativement par la voix de plusieurs députés libéraux qui jugent ou bien que l’article 20 est mal interprété par les ministres du gouvernement ou bien parce qu’ils jugent qu’un pays neutre ne doit pas avoir une armée aussi conséquente ou encore que le gouvernement s’y prend avec beaucoup de légèreté dans cette affaire.

Chose plus étonnante, c’est Barthélemy Dumortier, un député catholique qui va véritablement se présenter comme le plus farouche opposant à ce gouvernement dominé par les personnalités à tendance catholique depuis les nombreuses démissions de 1839. La fin de la séance est plus qu’agitée, cela se remarque car les députés tenaient jusque-là la parole pendant un long moment tandis que les paroles deviennent de plus en plus courtes et incisives. Dans ce chaos généralisé, Dumortier soumet une proposition de vote au président de la Chambre Isidore Fallon, élu catholique[20]. Le président prend alors la parole et annonce : « Voici la proposition que fait parvenir au bureau M. Dumortier : "La chambre a vu avec regret la conduite du gouvernement dans l’affaire du général Vandersmissen." »[21]. Face à cette annonce surprise, les députés qu’ils soient membres du gouvernement ou non, déclarent que le vote ne peut se faire de cette manière en fin de séance mais qu’il doit être fait le lendemain pour que chacun puisse motiver son avis[21].

Le , la séance s’ouvre avec les habituelles pièces adressées à la Chambre. Puis le président annonce les propositions de vote posées par deux députés : « La discussion continue sur l’ensemble du budget et sur les propositions qui ont été déposées sur le bureau et qui sont ainsi conçues : M. Dumortier propose que la chambre se prononce de la manière suivante : "La chambre a vu avec regret la conduite du gouvernement dans l’affaire du général Vandersmissen." M. Pirson demande qu’elle se prononce de la manière suivante : "Le ministère a blessé l’honneur national (ou bien a blessé toutes les convenances) en rétablissant le général Vandersmissen sur les contrôles de l’armée, quoique le plaçant en non-activité." »[22]. S’ensuit un débat houleux où l’on semble oublier le véritable enjeu du vote. En effet, chaque député retourne l’article 20 du Traité des XXIV articles pour qu’il aille dans le sens de son argument. L’opposition, essentiellement libérale, en profite évidemment pour à nouveau attaquer le gouvernement de Theux et la manière dont le Traité a été négocié en prononçant des mots forts : « Un traité a naguère mutilé nos provinces ; nous avons payé cher et beaucoup trop cher l’honneur d’être reconnus comme Etat indépendant par les autres puissances européennes. » dit le député libéral Pierre Lys[23]. Les différents ministres qui interviennent ne manquent pas de répondant ce qui n’empêche pas les députés de se succéder au parloir pour motiver leur choix de voter en faveur du regret face à l’amnistie de Van der Smissen. Même ceux qui annoncent voter dans le sens du gouvernement estiment qu’il s’agit là d’une erreur de la part des ministres du gouvernement. L’opposition entre le gouvernement de Theux (le plus souvent par la voix du ministre de la guerre) et Dumortier s’en retrouve grandie.

Un énième coup de théâtre se produit en fin de cette deuxième séance sur l’affaire Van der Smissen : l’opposant catholique Dumortier annonce changer le contenu de sa proposition de vote. Il dit ceci à l’assemblée : « […] Au reste pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, et puisque deux ministres ont déjà exprimé leurs regrets de l’arrêté que nous combattons, je consens à modifier ma proposition. Elle sera plus simple, mais le résultat sera le même, car il ne faut pas qu’il y ait de doute sur l’exécution de l’arrêté relatif à un général qui a trahi le pays. Je demande que la chambre se prononce de la manière suivante : "La chambre décide que le montant du traitement de disponibilité alloué par le projet de budget au sieur Vandersmissen sera retranché de l’imputation dans laquelle ce traitement est compris." Ainsi il n’y aura aucun doute sur la portée du vote ; chacun de nous sait s’il veut oui ou non maintenir dans les rangs de l’armée un général qui a déshonoré l’épaulette, qui a trahi la patrie. »[22]. Cette annonce fait à nouveau régner une impression de chaos au Parlement, les discours ne sont plus construits et certains députés demandent un nouveau report de la discussion au lendemain. Le moniteur indique que l’attention de l’assemblée est fatiguée et que certains députés quittent leurs bancs. Le président renvoie alors la suite de la discussion au lendemain. Il parait intéressant de noter que jusque-là, il n’est toujours pas question de la démission du gouvernement de Theux.

Le démarre avec une prise de parole d’un député catholique qui annonce la couleur des débats. Pierre Milcamps dit en effet ceci : « […] Ce que nous proposons virtuellement, messieurs, c’est de renverser le cabinet c’est de déclarer que les ministres n’ont plus notre confiance ; je ne concevrais pas, en effet, qu’après l’adoption par la majorité de la proposition de M. Dumortier, le ministère tout entier ne déposât pas sur-le-champ les pouvoirs qu’il tient de la confiance du Roi. […]»[24]. Dès que ces paroles ont été prononcées, on comprend que l’affaire Van der Smissen devient une affaire de gouvernement et qu’un vote qui irait contre la position du gouvernement équivaut à faire renverser de Theux et son gouvernement. La suite des débats sert aux députés qui le souhaitent de motiver le choix qu’ils vont faire lors du vote. Les députés mêlent une nouvelle fois leurs opinions sur l’affaire Van der Smissen et sur le Traité des XXIV articles. Finalement, le président annonce le vote : « Voici la proposition sur laquelle la chambre est appelée à statuer : "La chambre décide que le montant du traitement de disponibilité alloué par le projet de budget au sieur Vandersmissen sera retranché de l’imputation dans laquelle ce traitement est compris.". L’appel nominal étant demandé, il est procédé à cette opération. »[24]. Le résultat de ce vote est serré : sur 85 votants, 5 députés s’abstiennent, 42 répondent oui et 38 répondent non. Après les dernières déclarations de députés, dans le moniteur du , on pouvait lire ce qui suit : "Les ministres ont offert leur démission au Roi ; S.M. s’est réservée de statuer".

Le gouvernement se trouve donc être un gouvernement démissionnaire dès le . En attendant la réaction du roi, l’activité parlementaire va au ralenti même si la Chambre reste active sur certains sujets bien moins conflictuels. Le Léopold Ier invite Joseph Lebeau, un député libéral pour le conduire à former un cabinet ministériel. On apprend aussi que le roi avait aussi invité Félix de Mûelenaere, député catholique à former un cabinet mais celui-ci avait refusé la proposition. Toutes ces informations sont fournies par les principaux intéressés lors de la séance au Parlement le . En effet, face aux questionnements des députés présents, les deux hommes politiques et de Theux ont pris la parole pour relater ces événements[25].

Lors de la séance au Parlement du , on apprend par la lecture d’une lettre de de Theux que le roi a officiellement accepté la démission de son gouvernement. de Theux profite de cette lettre pour signaler sa déception que le vote sur l’affaire Van der Smissen ait fait tomber le gouvernement dans son ensemble : « […] Nous avons cru devoir exposer ces diverses considérations pour justifier notre retraite du ministère, bien que le vote sur une question isolée n’impliquât point, à nos yeux, un manque de confiance de la chambre, quant à l’ensemble du gouvernement, ni un refus de concours pour l’avenir. […] »[26]. Finalement, le , le gouvernement Lebeau II prête serment. Il s’agit du premier gouvernement libéral homogène dans l’histoire de la Belgique[27].

Conclusions sur l'affaire Van der Smissen

Après avoir analysé sous toutes les coutures le cadre de l’affaire Van der Smissen, les enjeux qui entourent le vote du Parlement du qui a conduit les ministres du gouvernement de Theux à présenter leurs démissions au Roi sont mieux connus. Dans cette crise, on peut distinguer deux catégories de réactions, ceux pour qui la démission de ce cabinet est une déception et ceux pour qui c’est une satisfaction.

Il s’agit avant tout d’une déception pour de Theux et son cabinet ministériel. Le gouvernement unioniste tenait encore la route malgré le passage plus compliqué connu avec les négociations pour le Traité des XXIV articles et les nombreuses démissions de ministres en 1839. La période qu’il a couvert (1834-1840) a connu le développement rapide de l’économie belge mais aussi la fin partielle des tensions aux frontières[28]. De Theux qui craignait les révélations qu’aurait pu faire Van der Smissen avait tout fait pour faire perdurer son gouvernement[13]. Son cabinet a essayé tant bien que mal de convaincre les députés du bien-fondé de l’amnistie du général, et ce d’autant plus que c’était nécessaire vis-à-vis de l’article 20 du Traité des XXIV articles[29]. Sa déception se ressent surtout dans la lettre qu’il destine au Parlement une fois que la démission de son cabinet est officiellement actée.

Pour le roi Léopold Ier, c’est aussi une déception. Il se sentait proche des catholiques conservateurs et la démission du gouvernement de Theux qui était alors majoritairement catholique était l’une de ses craintes. De plus, avec le refus du catholique de De Mûelenaere de former un gouvernement, il consent à inviter Lebeau à former le premier gouvernement libéral homogène de Belgique[30]. Notons malgré tout que le Roi reste un proche de Lebeau. Son rôle dans cette transition aura été primordial.

Van der Smissen aura lui aussi perdu son pari. Son souhait était de revenir dans l’action de l’armée belge. Le gouvernement Lebeau qui suit celui de de Theux le rayera définitivement de la liste de l’armée belge et Van der Smissen poursuivra sa vie dans les milieux orangistes[31].

Du côté des satisfaits, on retrouve les belgicains comme Dumortier. Leur but était de montrer que la Nation était ce qu’il y avait de plus cher et que ceux qu’ils appellent les traitres n’ont pas leur place dans l’armée. La question de savoir s’ils sont contre l’amnistie de Van der Smissen ou contre le Traité des XXIV articles peut cependant se poser. Notons simplement que cette partie des votants pour le « oui » est minoritaire. Les majoritaires sont, en effet, ces députés (pour la plupart libéraux) qui rêvaient de voir tomber ce gouvernement conservateur et unioniste qui n’avait plus de sens depuis que la paix avec les hollandais a été entérinée.

Distinctions

Notes et références

  1. « Acte d'accusation relatif au complot contre l'État belge (Conspiration des Paniers-Percés) », sur unionisme.be (consulté le )
  2. (en) « Family tree of Louise Catherine Colleton GRAVES », sur Geneanet (consulté le )
  3. « Fiche de Jacques Van der Smissen », sur généanet
  4. (en) « Horse Artillery Officers of the Netherlands Serving from 1813 to 1815: Smissen, Jacques-Louis-Dominique, Baron van der », sur Napoleon Series (consulté le )
  5. (nl) « Smissen, Jacobus Dominicus van der (Smissen, jhr. J.L.D. van der) », sur Ridders Militaire Willems-Orde (consulté le )
  6. LECONTE Louis, « Le général baron Van der Smissen », dans Les éphémères de la Révolution de 1830, Éditions universitaires, Bruxelles,1945 (Présence de l’histoire) p. 159-169.
  7. « Louise Catherine Colleton (Graves) van der Smissen (abt.1795-abt.1850) | WikiTree FREE Family Tree », sur www.wikitree.com (consulté le )
  8. Els Witte, Het Verloren Koninkrijk, Het harde verzet van de Belgische orangisten tegen de Belgische revolutie, , 496 p. (ISBN 9789085425502), p.45.
  9. « Fiche d'Ernest Louis Auguste Van der Smissen », sur généanet
  10. « Fiche d'Adolphe Van der Smissen », sur généanet
  11. Robert Demoulin, Les Journées de septembre 1830 à Bruxelles et en Province., Liège, Presses universitaires de Liège., (lire en ligne), p. 152
  12. Els Witte (trad. Anne-Laure Vignaux), Le Royaume perdu. Les orangistes contre la révolution. 1828-1850, Bruxelles, Samsa, coll. « Histoire », , 496 p. (ISBN 9789085425502), p.206-223.
  13. Witte 2016, p. 485-486.
  14. Witte 2016, p. 76-77.
  15. Witte 2016, p. 118-176.
  16. Witte 2016, p. 178-179.
  17. Witte 2016, p. 231-232.
  18. Witte 2016, p. 294-305.
  19. Article 20, Traité entre la Belgique et la Hollande, relatif à la séparation de leurs territoires respectifs, signé à Londres, le 19 avril 1839. en ligne).
  20. WOUTERS Alphonse, « FALLON, Jean-Baptiste-Isidore-Ghislain », dans La Biographie nationale, t. 6, Académie royale de Belgique, Bruxelles,1876, p. 869-871.
  21. Moniteur belge no 73 du 13 mars 1840.
  22. Moniteur belge no 74 du 14 mars 1840.
  23. KOCH Louis-B., « LYS, Pierre, Nicolas, Emmanuel, Marie », dans Nouvelle biographie nationale de Belgique, t. 1, Académie royale de Belgique, Bruxelles, 1988, pp. 255-257.
  24. Moniteur belge no 75 du 15 mars 1840.
  25. Moniteur belge no 94 du 3 avril 1840.
  26. Moniteur belge no 94 du 7 avril 1840.
  27. LEBAS Colette, L'union des catholiques et libéraux de 1839 à 1847 : étude sur les pouvoirs exécutif et législatif, Louvain, Nauwelaerts, 1960, (Interuniversitair centrum voor hedendaagse geschiedenis), p. 57-60.
  28. Henri Pirenne, Histoire de Belgique : De la révolution à la guerre de 1914, t. VII, Bruxelles, Maurice Lamertin, , p. 73-80.
  29. Article 20, Traité entre la Belgique et la Hollande, relatif à la séparation de leurs territoires respectifs, signé à Londres, le 19 avril 1839.
  30. DENECKERE Gita, Léopold I. De eerste koning van Europa, De Bezige Bij, Antwerpen,2011, p. 370-371.
  31. Witte 2016, p. 486-487.

Liens externes

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