Jean-Honoré Dunouy
Jean-Honoré Dunouy, parfois orthographié Dunoui, dit Dunouy l'aîné, est un ingénieur-géographe, limonadier et militant révolutionnaire français, né en 1755 ou 1756 à Paris et mort le à Gentilly (Val-de-Marne). Membre actif du club des Cordeliers puis de la Commune de Paris entre 1791 et 1793, il participe aux principales journées révolutionnaires de cette période. Membre du Comité insurrectionnel des Onze et président par intérim du Comité central révolutionnaire, son opposition à Chaumette conduit à son exclusion du Conseil général de la Commune en .
Biographie
Origines et formation
Jean-Honoré Dunouy naît à Paris en 1755 ou 1756[1]. Il est le fils de Jean Charles Dunouy, ancien maître rubanier, et de Marie Madeleine Fantin[2]. Son père décède avant [2]. Il a pour frère cadet le peintre paysagiste Alexandre-Hyacinthe Dunouy (1757-1841)[2], ainsi qu'un frère André-Henry Dunouy, marchand quincaillier, et une sœur Victoire-Rosalie Dunouy, mariée à Jacques Dandin, maître limonadier[2]. Le , Jean-Honoré épouse Victoire Josephe Janel (ou Javelle), veuve de Jean Gartien, marchand limonadier[3]. Il exerce alors lui-même la profession de marchand limonadier[3]. Le couple a plusieurs enfants[4]. À partir des années 1790, Dunouy se présente comme ingénieur-géographe[5],[6] et réside quai Saint-Bernard[7],[5]. En 1802, il est qualifié d'imprimeur en caractères[1].
Projets d'ingénierie
Durant l'hiver 1790-1791, Dunouy présente au club des Cordeliers un projet de canal destiné à relier Saint-Maur à Saint-Denis[8]. Cette infrastructure vise à couper la boucle de la Marne entre le Pont de Saint-Maur et le Moulin des Corbeaux. Le financement est prévu par un système de tontine, et le projet prévoit l'installation d'une soixantaine de moulins (à farines, à foulons, à filières) le long du canal[9]. Le projet bénéficie du soutien de Jean-Jacques Rutledge au sein du club des Cordeliers. Il est examiné le par le comité d'agriculture et de commerce de l'Assemblée nationale qui, sur rapport de Hell et de Sieyès, émet un avis favorable et le transmet à la municipalité de Paris. Le comité de mendicité adopte une position similaire le , sur rapport de Liancourt[9]. En 1790, Dunouy publie un Projet de différens travaux, tous indispensables et de la plus grande utilité, qui peuvent être entrepris et terminés en moins de deux ans, sans qu'il en coûte rien à la commune de Paris[10], réflexion sur l'amélioration des infrastructures parisiennes. Il entretient alors des relations d’affaires avec le négociant Ferrières et Garin, administrateur des subsistances[11].
Engagement révolutionnaire (1791-1792)
Dunouy adhère au club des Cordeliers en et y occupe rapidement des fonctions importantes : secrétaire les et [7],[6], puis président[12]. Il exerce ces responsabilités durant les déménagements successifs du club[13].
Lors de la fuite du roi à Varennes (), Dunouy propose des mesures radicales : sonner le tocsin et faire arrêter Bailly et La Fayette[12]. En , il fait partie des douze porteurs de la pétition des trente mille signatures demandant le jugement de Louis XVI et la proclamation de la République. Il est l'un des cinq militants qui parviennent à présenter cette pétition à l'Assemblée nationale[12].
Le , Dunouy participe à la manifestation du Champ-de-Mars. Désigné avec Robert, Peyref et Vachard pour rédiger la pétition républicaine[12], il joue un rôle crucial lors de la fusillade en conservant le texte de la pétition et les signatures. Bien que son propre récit puisse comporter des exagérations, la conservation de ce document par Dunouy est attestée par des sources fiables[14]. Le lendemain, il présente un rapport aux Cordeliers sur les événements. Il figure parmi les pétitionnaires menacés de répression, aux côtés de militants comme Jean-Guillaume Virchaux[15].
En , Dunouy quitte les Cordeliers[12] pour rejoindre le Club de la Vieille Monnaie, société dissidente présidée par Boucher-Saint-Sauveur et Jean-Jacques Rutledge[15]. Cette scission est liée au débat sur la Banque Territoriale de Ferrières. En , il publie un plan intitulé Organisation d'un nouveau pouvoir exécutif[16],[17], projet de gouvernement républicain rédigé un mois avant le . Après la journée du , il rédige et diffuse un pamphlet contre La Fayette[12]. Le 10 août 1792, il participe activement à l'insurrection. Il passe la nuit avec les fédérés marseillais et prend part à l'assaut des Tuileries au sein du bataillon des Cordeliers[12]. Le , alors que l'Assemblée législative a décidé de transférer la famille royale au palais du Luxembourg, Dunouy se présente seul devant l'Assemblée avec une pétition demandant l'incarcération de Louis XVI dans une véritable prison plutôt que dans un palais. Selon ses propres termes, il justifie cette exigence par la dangerosité du roi déchu[12]. La pétition est adoptée et la famille royale est transférée à la prison du Temple.
À la Commune de Paris (1792-1793)
Dunouy devient membre du Conseil général de la Commune insurrectionnelle le [18]. À partir du , il y représente la section des Sans-Culottes[19]. Il est nommé officier municipal[7],[5], puis intègre la Commune définitive de 1793[20].
En , il devient membre de la Commission temporaire des arts[18], organisme chargé de la protection du patrimoine artistique confisqué à la noblesse et au clergé. En , il est envoyé en mission à Bordeaux avec le citoyen Viallard[21],[22]. Dans une lettre du , il donne de l’état d’esprit des Bordelais une appréciation jugée trop optimiste, ce qui le rendit suspect ; le 13 du premier mois suivant, il est invité à rentrer à Paris.
Dunouy participe activement au mouvement déchristianisateur de l'automne 1793. Il joue un rôle influent dans l'adoption du décret du sur la fermeture des églises[23]. Le , il cosigne avec Renard, Le Clerc, Legrand et Dorigny une pétition demandant à la Convention de retirer à la Commune la responsabilité de la garde des prisonniers du Temple. Cette pétition réclame également l'envoi de Madame Élisabeth au tribunal révolutionnaire et le transfert des enfants de Louis XVI dans une prison ordinaire.
Au sein du Conseil général, Dunouy entre en conflit avec le procureur Pierre-Gaspard Chaumette[23]. Fin , lorsque Chaumette fait arrêter plusieurs administrateurs (Garin, Favanne, Cousin, Bidermann et Garat) pour défaut de reddition de comptes, Dunouy conteste publiquement ces mesures. Il fait valoir que des administrateurs ne peuvent être arrêtés pour ce seul motif et que seuls les tribunaux peuvent prononcer leur destitution en cas de prévarication[12].
Entre le 2 et le , Dunouy est expulsé du Conseil général comme « exagéré »[24]. Chaumette justifie cette exclusion en le qualifiant d'« ultra-révolutionnaire »[23], tandis que les procès-verbaux du Comité d'instruction publique mentionnent qu'il fut expulsé pour « avoir tenu des propos insultants contre le peuple »[18]. Il est également censuré par le maire Pache[22]. La Section des Sans-Culottes, dont Dunouy était membre[25], élit Claude Bigand, peintre, pour le remplacer au Conseil général[19]. Conformément à la procédure en vigueur, cette nomination doit être soumise à la censure des quarante-huit sections parisiennes[19].
Réactions à l'exclusion
Le 15 frimaire (), Dunouy adresse une lettre au Conseil général dans laquelle il conteste son exclusion et ses conséquences sur sa réputation[12]. Le 22 frimaire (), il est admis à la barre de la Convention nationale où il dénonce sa radiation[21]. Il tente également, sans succès, de se faire réintégrer au club des Cordeliers le même jour. Le 22 nivôse an II (), la section de Guillaume-Tell refuse d'accepter le membre nommé en remplacement de Dunouy[19], témoignant d'un certain soutien local au militant évincé. En 1793, Dunouy publie Vérités incontestables[17],[12], brochure de 22 pages dans laquelle il justifie sa conduite et attaque ses adversaires, principalement Chaumette. Il lui reproche notamment son absence lors des moments cruciaux de la Révolution : la présentation de la pétition des trente mille en , la fusillade du Champ-de-Mars et l'insurrection du [12]. Selon Daniel Guérin, le ton de ce pamphlet rappelle les imprécations de Jacques Roux et de Gracchus Babeuf, dénonçant une atteinte progressive à la liberté[23]. Dunouy survit à la Terreur et retrouve ses droits civiques sous le Directoire. En l'an VI (1797-1798), il figure parmi les électeurs du cinquième arrondissement de Paris, section de Bondy, toujours qualifié d'ingénieur et résidant faubourg Martin[26]. Entre 1798 et 1802, il se reconvertit dans l'imprimerie. En 1799, il publie La Contre-révolution présentée aux Parisiens. Il meurt en 1802 à Gentilly, dans le département de la Seine (actuel Val-de-Marne), à l'âge de quarante-six ans.
Œuvres
- Projet de différens travaux, tous indispensables et de la plus grande utilité, qui peuvent être entrepris et terminés en moins de deux ans, sans qu'il en coûte rien à la commune de Paris, 1790
- Jean-Honoré Dunouy, Dénonciation contre MM. les administrateurs des travaux publics de la municipalité : adressée à la Commune de Paris, s. l., s. d., 20 p., in-8°
- Organisation d'un nouveau pouvoir exécutif, Paris, imprimerie C.F. Gagnon, 1792, in-8°, 16 p.
- Fournier, Dunouy, Héron et Garin, Crimes de La Fayette en France, seulement depuis la Révolution et depuis sa nomination au grade de général, , in-8°, 15 p.
- Vérités incontestables, Paris, 1793 lire en ligne
- La Contre-révolution présentée aux Parisiens, 1799
Notes et références
- Archives de Paris 1802, Acte de décès, Gentilly.
- Archives nationales 1786, MC/ET/X/868.
- Archives nationales 1785, RE/LXI/11.
- ↑ Tables de successions 1802, DQ8, Paris.
- Burstin 2005, p. 454.
- France 1912, p. 27.
- Braesch 1923, p. 27.
- ↑ Buirette de Verrières 1791, p. 83.
- Mathiez 1910, p. 83.
- ↑ Dunouy 1790.
- ↑ Caron 1914, p. 95.
- Dunouy 1793.
- ↑ Il est ainsi l'un des signataires du bail de la rue Dauphine quand le Club fixe son lieu de réunion dans la salle du Musée. Sigismond Lacroix, Actes de la Commune de Paris pendant la Révolution, 2e série, vol. VI,p. 652
- ↑ Braesch 1923, p. 181-197.
- Bossut 1998, p. 105.
- ↑ Dunouy 1792.
- White 1894, p. 69.
- France 1897, p. cxxiii.
- Larné 2019, p. 21-46.
- ↑ Slavin 1986, p. 81.
- Archives Parlementaires 1913, p. 374.
- Moniteur 1793.
- Guérin 1968, p. 492.
- ↑ Moniteur 1793, n° 75, 15 frimaire an II.
- ↑ Archives Parlementaires 1913, t. 86, p. 664-667.
- ↑ Tableau des électeurs an VI.
Bibliographie
Sources
- Archives parlementaires, Archives parlementaires de la Révolution française, vol. 81, , 374 p.
- Alcide Beauchesne, Louis XVII, sa vie, son agonie, sa mort : captivité de la famille royale au Temple, Paris, , 191 p.
- Buirette de Verrières, Discours contre le projet de banque territoriale de Ferrières, Archives nationales, , 83 p. (lire en ligne)
- Pierre Caron, Paris pendant la Terreur : rapports des agents secrets du ministre de l'Intérieur : publiés pour la Société d'histoire contemporaine, vol. Tome II, Paris, Librairie Picard et fils,
- Claude Fournier, Mémoires secrets de Fournier l'Américain, Paris, François-Alphonse Aulard (éd.),
- Claude Fournier, Jean-Honoré Dunouy, Héron et Garin, Crimes de La Fayette en France, seulement depuis la Révolution et depuis sa nomination au grade de général, , 15 p., in-8°
- Jean-Honoré Dunouy, Vérités incontestables, Dunouy appelant au peuple contre Chaumette et consorts, Archives nationales, , 22 p., in-8°
- Commission temporaire des arts, Procès-verbaux de la Commission temporaire des arts, , 27 p.
- Convention nationale et Comité d'instruction publique, Procès-verbaux du Comité d'instruction publique de la Convention nationale, , cxxiii
- Le Moniteur universel, vol. XVIII, , 580 p., chap. 164
- Alexandre Tuetey, Répertoire général des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la Révolution française, vol. Tome IX : Convention nationale, seconde partie, Paris, Imprimerie nouvelle,
Études
- Nicole Bossut, Chaumette, porte-parole des sans-culottes, Paris, CTHS,
- Frédéric Braesch, « Les Pétitions du Champ-de-Mars, 15, 16, 17 juillet 1791 », Revue historique, vol. 143, no 2,
- Haim Burstin, Une révolution à l'œuvre : le faubourg Saint-Marcel, 1789–1794, , 454 p.
- Daniel Guérin, La Lutte de classes sous la Première République, 1793–1797, , 492 p.
- Aurélien Larné, « La Commune de Paris et le gouvernement révolutionnaire sous le mandat de Pache : élections et révocabilité des élus en l'an II », Annales historiques de la Révolution française, no 396, avril–juin 2019, p. 21–46
- Sigismond Lacroix, Actes de la Commune de Paris pendant la Révolution, vol. I, II, V, I, 146–147 ; II, 95–104 ; V, 238
- Albert Mathiez, Le Club des cordeliers pendant la crise de Varennes et le massacre du Champ-de-Mars,
- (en) Morris Slavin, The making of an insurrection: Parisian sections and the Gironde, Harvard University Press,
Voir aussi
Articles connexes
- Club des Cordeliers
- Club de la Vieille Monnaie
- Fusillade du Champ-de-Mars
- Commune de Paris (Révolution française)
- Jean-Jacques Rutledge
- Pierre-Gaspard Chaumette
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