Jean Jégoudez

Jean Jégoudez
Jean Jégoudez
Naissance

Paris (France)
Décès
(à 91 ans)
Grasse (France)
Nom de naissance
Jean Ferdinand Jégoudez
Nationalité
Activité
Mouvement

Jean Jégoudez, est un peintre français, né à Paris (8e) le , mort à Grasse le . Certains thèmes, la nature, les visages réduits plus tard aux seuls yeux, sont récurrents dans son œuvre. Tantôt figurative, tantôt abstraite, elle a évolué.

Biographie

La jeunesse

Jean Jégoudez grandit dans une famille bourgeoise. Son père est diplômé des Beaux-Arts et succède à son propre père. Le grand-père, Léon, est sculpteur sur pierre, venu de Bretagne, et a créé une entreprise de décoration en staff[1]. De nombreux immeubles, à Paris et ailleurs, doivent leur façade à l’entreprise familiale (Claridge aux Champs-Élysées) ou leur décoration intérieure (Villa Arnaga d’E. Rostand au Pays basque). Jean Jégoudez dirigera, après sa démobilisation, les derniers chantiers commandés à l’entreprise.

Il fait ses études secondaires au Lycée Carnot, puis, entre à l’École Nationale des Arts Décoratifs. Dès 1934, il participe à des projets décoratifs ou publicitaires (atelier Carlu).

Il fait le service militaire, suivi des rappels en 1938/39. En 1940, il est fait prisonnier par les Allemands à Provins, parvient à s'évader et regagne Paris à pied. Cette expérience le rend antimilitariste, mais lui fait découvrir la camaraderie avec des jeunes gens de milieux sociaux ou culturels éloignés.

Les souvenirs de ces mois apparaissent dans ses dessins : des visages esquissés, multipliés, barrés d’un trait épais. Jean Rousselot lui rend visite, en 1946, dans « l’immense caverne crayeuse » qu’est l’entreprise paternelle ; il lui dit : « Je voudrais […] faire une peinture où puissent à nouveau se reconnaître les hommes… »[2].

Il est appelé par le Gouvernement Militaire de la Zone française d’Occupation, fait plusieurs séjours en Allemagne, prend la direction artistique des revues du Spectacle et des Arts Verger et Die Quelle.

La maturité parisienne

Portrait de René Guy Cadou par Jean Jégoudez

Les deux décennies après la guerre sont fécondes.

Il noue des amitiés avec des peintres : Jean-Claude Libert ou Jacques Lagrange, des poètes, notamment René Guy Cadou, Jean Bouhier, Luc Bérimont et d’autres de l’École de Rochefort[3]. Jean Jégoudez accompagne de ses dessins des poèmes de Luc Bérimont tels Le blason des Autres Dimanches ou Ballade de Hurlecoeur.

Il signe un portrait de René Guy Cadou. L’auteur lui dédie un poème :

« Amitié à Jean Jégoudez !
Il n'a pas craint de venir chez moi
À travers champs à travers bois
Par un matin jonché de neige ![4] »

Il rend visite à René Guy Cadou peu avant sa mort[5]. Il restera fidèle à son ami poète, associant leur poésie et peinture.

Jean Jégoudez dans son atelier rue Notre-Dame-des-Champs

Il vit modestement dans son atelier de la rue Notre-Dame-des-Champs. Il se marie en 1950. Une fille naît en 1951.

La nature vraie manque au jeune Parisien ; il déteste le Parc Monceau et ses allées bien dessinées. Ses amis l’ont surnommé « l’ami des arbres ». Luc Bérimont déclare : « Jean Jégoudez a regardé les arbres… Il a senti vibrer ces grandes lyres végétales… » et Jean Bouhier : « Il est évident que pour Jégoudez l’arbre est un personnage, le plus grand personnage de la poésie. ». Il dessine les arbres au fusain ou à l’encre de Chine. La mer l’attire. Il dessine l'horizon en quelques traits maîtrisés. Aucun personnage n’apparaît dans ses paysages. La présence humaine est évoquée à travers un pignon, un toit à moitié caché sous les frondaisons, une barque colorée de quelques touches d’aquarelle ou une fenêtre encadrant le paysage.

Ses œuvres abstraites sur toile sont une peinture tourmentée et puissante, d’une matière épaisse, ridée, boursouflée dans des couleurs sombres et raffinées, tachées de blanc, parfois illuminées d’un rouge vermillon. Le critique d’art, Jean-François Chabrun, admire, chez lui, « l’audace merveilleuse sans laquelle nous ne verrions le monde ni comme il est ni comme il sera »[6].

Lithographie de Jean Jégoudez sur un poème de René Guy Cadou

Il expose à Paris, dans plusieurs galeries dont celles du Faubourg Saint-Honoré (galeries Bing, André Hurtrez) ou de la rive gauche (galerie Michel Warren, rue des Beaux-Arts, galerie Rovier, rue Guénégaud…). Son ami Bouhier le décrit : « un artiste complet, puissant qui nous restitue avec ses toiles et ses dessins son cœur gonflé de poésie et de lyrisme. »[7]

Jean Jégoudez collabore aux premiers numéros des Cahiers de l’Herne[8] sous la direction de Dominique de Roux ; il suggère de consacrer le tout premier à Cadou (en 1961, c'est le 10e anniversaire de sa mort). Il illustre le poème Celui qui entre par hasard[9] par 12 lithographies abstraites, en noir et blanc.

Il réalise plusieurs œuvres pour des établissements scolaires ou universitaires ; la première, en 1966, est une vaste peinture murale[10] pour la faculté de Nantes. C'est une œuvre géométrique, colorée, originale par rapport à tout ce qu’il a créé jusqu’alors.

Le choix du Midi

Il découvre la Côte d’Azur à 20 ans ; au début des années 1960, il séjourne souvent dans la région de Cannes. Il achète et restaure une vieille maison, au milieu des oliviers, près de Saint-Cézaire-sur-Siagne.

Après son divorce, il épouse en 1967 Cornélia Romey, musicienne née à Stuttgart en 1942. Ils s'installent définitivement dans le Midi, un peu avant la naissance de leur fils.

Ses voyages à Paris deviennent rares, il perd les liens avec le milieu artistique parisien. Il continue à peindre, à dessiner, inlassablement, dans son atelier, ouvrant largement sur un jardin presque sauvage. Gouache et pastel deviennent ses matériaux favoris.

La nature est sa source d’inspiration. Dans les dernières années, l’arbre solitaire réapparaît, mais, sous une forme déroutante. Ce n’est plus l’arbre majestueux dans une prairie paisible comme au temps de sa jeunesse. C’est un tronc tortueux et dépouillé, réduit à sa plus simple expression, représentant la nature dans son essence même. L'arbre devient un double de l'être humain.

Un autre thème majeur est repris sous de multiples variations : les yeux. Des visages d’autrefois, il ne reste que les yeux, inquiétants, ironiques ou mélancoliques. Dans ses dernières œuvres, il associe un de ses dessins avec le vers d’un poète (R. G. Cadou ou d’autres). Il s’amuse parfois à déchirer en 2 ou 3 morceaux ses dessins pour ensuite les juxtaposer à sa façon.

Après un voyage dans le massif du Tanneron, il meurt, le , à Grasse[11].

Galerie


Références

  1. « Pont-Scorff XIXe siècle - Chapitre III, Des Destins pas comme les autres au XIXe siècle »
  2. Jean Rousselot, les cahiers bleus, Musée à contre-courant
  3. « La pierre et le sel - Actualité et histoire de la poésie - L’école de Rochefort »
  4. tiré du recueil : Le cœur définitif dans Poésie la vie entière - Seghers
  5. Hommage à René Guy Cadou à la Maison de la Culture de Bourges 1965
  6. article de J.F. Chabrun paru dans l’Express du 09/03/1961
  7. page collée sur un carton, sans date ni source
  8. « Les revues littéraires - Cahiers de l’Herne »
  9. poème tiré de « Hélène ou le règne végétal »
  10. « atlasmuseum - Titre inconnu (Jean Jegoudez, Nantes, 1966) »
  11. Fichier de l'INSEE des personnes décédées en France sur le site matchID

Liens externes

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