La Blanche Hermine (chanson)

La Blanche Hermine
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La Blanche Hermine est une chanson de Gilles Servat composée en 1970. Elle est la chanson éponyme d'un album sorti en 1971.

Le texte de la chanson évoque la lutte des Bretons face aux Francs.

Elle sort en single en 1972 et connaît un succès commercial en étant disque d'or.

Présentation

Caractéristiques

Techniquement, le texte est un heptasyllabe[1].

Thèmes abordés

Lors d'une expédition guerrière, le roi Conan Mériadec aurait aperçu une hermine blanche hésitant à franchir un ruisseau boueux et poussant des cris plaintifs. Le roi s'arrêta pour la regarder, la croyant blessée. Un de ses officiers lui dit : « Seigneur, cette petite bête est une hermine. Elle n'est pas blessée. Sa seule douleur, c'est qu'elle ne peut pas traverser sans tacher sa belle robe blanche, car l'hermine préfère la mort à la moindre souillure ». Bien que terrorisée, l'hermine se laissa prendre par le roi. On dit qu'en souvenir de cette scène, Conan fit broder sur ses bannières une hermine avec cette devise : « Plutôt la mort que la souillure »[2]. L'hermine est utilisée en raison de cet évènement comme symbole de pureté[3],[4].

Création

Contexte

La chanson est écrite par Gilles Servat en 1970, qui en a eu l'idée après avoir entendu une chanson irlandaise racontant le départ d'un partisan avec une balle dans sa poche[5].

Le soir même, il l'interprète pour la première fois au Ti Jos, un restaurant breton à Montparnasse où il faisait la manche, âgé de 25 ans[6].

Gilles Servat écrit des paroles guerrières car il souhaite une prise de conscience de l'état de la Bretagne et une révolte des Bretons :

« C'est devenu une chanson traditionnelle. Mais les gens ne la prennent pas comme nous. Nous, on pensait vraiment aller faire la guerre. Tout était tellement noir. La Bretagne se vidait, la langue mourait, on avait l'impression qu'on voulait transformer la Bretagne en station balnéaire. Et il n'y avait pas d'Europe ! On était seuls face à un pouvoir, représenté en plus par Marcellin à l'époque... » [7].

Réception

Controverses autour de la chanson

En 1975, le recueil Gilles Servat, poésie et chansons, réalisé par Guy Millière, rend compte du dialogue avec Servat qui « n'hésite pas à critiquer aujourd'hui les faiblesses de La Blanche Hermine. [ … ] La référence à une "troupe de marins, d'ouvriers, de paysans" ne suffit pas à justifier le très équivoque "faire la guerre aux Francs". De plus, utiliser des termes datant de l'époque féodale, "Francs" par exemple, mais il y en a d'autres, pour décrire la situation actuelle, ouvre la porte aux récupérations les plus réactionnaires. »[8]

En 1976, Daniel Chatelain et Pierre Tafini, dans Qu'est ce qui fait courir les autonomistes ? exposent aussi que « La Blanche Hermine de Servat où le héros part faire la guerre aux Francs pourrait très bien passer pour une œuvre de La Villemarqué ! […] L'artiste capte un flux émotionnel se portant à la fois sur sa personne et la mère patrie qu'il se charge d'incarner. On entre en plein dans l'irrationnel national qui fit communier dans le mythe Servat les militants culturels bretons de base de toutes tendances, des fascisants aux nationaux-gauchistes, réunis dans une même assemblée en 1973. »[9].

Le texte, avec la mention qui y est faite des forteresses de Fougères et Clisson, renvoie apparemment au souvenir de guerres féodales ayant opposé des Bretons et des Français sur la frontière du duché comme lors de la guerre de Bretagne au XVe siècle. Toutefois, l'évocation de guerilleros insurgés partant en embuscade « avec des fusils chargés » suggère un passé moins éloigné, laissant comme seul cadre temporel plausible les guerres de la Chouannerie, époque magnifiée par La Villemarqué dans le Barzaz Breiz[10],[11].

À partir de 1998, la chanson est utilisé lors de meetings par des militants d’extrême-droite (du Front national notamment)[12]. Gilles Servat déclare à ce propos :

« Qu'est-ce que j'apprends ? Il paraît que dans les arrières-cuisines du parti des aveugles que domine un führer borgne[13], on beugle La Blanche Hermine ? Qu'est-ce qui vous prend, les fafs ? Je ne vois pas comment on peut chanter ça sous vot' flamme tricolore ! Ou alors vous ne chantez pas tous les couplets ! Ou si vous les chantez tous, c'est qu'en plus d'être aveugles, vous êtes sourds ! »[14].

Gilles Servat décide alors de compose une diatribe contre l'extrême droite intitulée Touche pas à la blanche hermine[14].

Accueil commercial

La chanson devient disque d'or[15].

Reprises

En 2010, le groupe punk Les Ramoneurs de menhirs adapte et enregistre le morceau sur l'album Amzer an dispac'h !, avec des arrangements issus du guitariste Loran Béru (ex-Bérurier noir) et inspirés de morceaux des « Bérus » comme Mineurs en danger. Gilles Servat reprend les premiers couplets et la moitié du refrain à la fin du chant[16].

En 2017, le chœur Montjoie Saint-Denis a repris le titre dans son album Chants d'Europe[17].

En 2018, le groupe de chanteurs d'opéra Les Stentors reprend le titre pour son album Un Tour en France[18],[19].

En 2021, la chanteuse Erga fait une reprise de la chanson[20],[21].

Divers

Un certain passage de la chanson lui ayant été signalés comme misogynes, notamment par les ouvrières du Joint français en grève à Saint-Brieuc, Gilles Servat en interprète une version modifiée en 1975, qu'il nomme « Le Départ du Partisan », en dialogue avec Nancy Davis, dans l'album Le Pouvoir des mots[22].

Un exemple de modification : l'extrait de la version originale ci-dessous —

« Elle aura bien de la peine
Pour élever les enfants
Elle aura bien de la peine
Car je m'en vais pour longtemps »

— devient, de la part de Nancy Davis :

« Nous ferons tous deux la guerre,
Vous prendrez votre fusil
Et moi je tiendrai la terre
Et je prendrai les outils »

Notes et références

  1. ↑ La régularité du nombre de syllabes n’est pas complète si la chanson est prononcée en suivant exactement les règles classiques, qui occultent les e caducs.
  2. ↑ Légendes celtiques de Bretagne, Yoran Embanner, , 424 p. (ISBN 9782367850016).
  3. ↑ D'où la devise latine qui lui est associée : « Potius mori quam foedari » (« Plutôt la mort que la souillure » ou « Plutôt la mort que faillir »), en breton « Kentoc'h mervel eget bezañ saotre ». Cette devise liée à l'hermine, emblème héraldique adopté par les ducs de Bretagne, est associée à une légende qui raconte qu'une hermine acculée au bord d'une mare boueuse par un renard ou par les chasseurs d'Anne de Bretagne (selon les légendes, le personnage cité peut aussi bien être Konan Meriadeg, le roi Nominoë ou Barbe-Torte), préféra se retourner et lui faire face plutôt que de salir sa fourrure immaculée en traversant la mare.
  4. ↑ Michel Pastoureau, « L'hermine : de l'héraldique ducale à la symbolique de l'État », dans Jean Kerherve et Tanguy Daniel, 1491, la Bretagne terre d'Europe : colloque international, Brest, 2-4 octobre 1991, Brest, Centre de recherche bretonne et celtique, , 516 p. (OCLC 463640846)
  5. ↑ « À travers chants: 20 chansons avec de la Bretagne dedans », sur France 3 Bretagne, (consulté le )
  6. ↑ « Brodeuses. Dans les pas de Gilles Servat », sur Le Télégramme, (consulté le )
  7. ↑ Bretons, n°80, octobre-novembre 2012, « Une chanson de lutte »
  8. ↑ Guy Millière, Gilles Servat, poésie et chansons, p. 30-31.
  9. ↑ Daniel Auteur du texte Chatelain et Pierre Auteur du texte Tafani, Qu'est-ce qui fait courir les autonomistes ? / Daniel Chatelain, Pierre Tafani ; avec la collaboration de Roland Biard, (lire en ligne)
  10. ↑ Avec par exemple les chants Ar re c'hlaz (Les Bleus) ou Ar chouanted (Les Chouans). [1]
  11. ↑ Voir également : François Cadic, Chants de Chouans, éd. Slatkine, 1949.
  12. ↑ « La Blanche Hermine : chant breton engagé | Revue Histoire », sur https://revue-histoire.fr/, (consulté le )
  13. ↑ Gilles Servat fait ici référence à Jean-Marie le Pen, alors pilier du Front National et président d'honneur de ce parti.
  14. (en) « Gilles Servat - Touche Pas à La Blanche Hermine Lyrics », sur www.lyricsmania.com (consulté le )
  15. ↑ chawax, « Gilles Servat », sur Terres Celtes, (consulté le )
  16. ↑ « Gilles Servat / Les Ramoneurs de menhirs • La blanche hermine » (consulté le )
  17. ↑ « Chœur Montjoie Saint-Denis • La Blanche Hermine » (consulté le )
  18. ↑ [vidéo] « La blanche hermine », Les Stentors - Topic, , 4:25 min (consulté le )
  19. ↑ La blanche hermine (lire en ligne)
  20. ↑ Stéphanie, « « La Strasbourgeoise », le petit bonbon musical d'Erga - Une Bonne Droite », sur www.unebonnedroite.fr, (consulté le )
  21. ↑ Erga - Âge d'Or, (lire en ligne)
  22. ↑ « Kalondour... Le Départ du Partisan de Gilles Servat » [archive du ], sur kalondour.com (consulté le )

Voir aussi

Bibliographie

  • « 4 chansons pour un combat, Gilles Servat », Le Peuple breton, no 128,‎ (ISSN 0245-9507)
  • Guy Millière, Gilles Servat, poésie et chansons, Seghers, 1975
  • Daniel Chatelain et Pierre Tafini, Qu'est-ce qui fait courir les autonomistes ?, Stock, 1976
  • Erwan Chartier, Gilles Servat. Portrait, Blanc Silex, 2004

Liens externes

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