La Chercheuse d'esprit (Favart)

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Marguerite Madeline Prault (d) |
La Chercheuse d'esprit est un opéra-comique en un acte de Charles-Simon Favart, musique de Jean-Claude Trial, créé le à la foire Saint-Germain de Paris.
Tiré du conte libertin Comment l’esprit vient aux filles de La Fontaine a été loué pour la décence avec laquelle le sujet potentiellement scabreux a été traité, sans offenser la pudeur ou la vraisemblance[1].
Acteurs
- Madame Madré, riche fermière.
- Monsieur Subtil, tabellion.
- Monsieur Narquois, savant.
- Nicette, fille de Madame Madré, Justine Favart.
- Alain, fils de Monsieur Subtil.
- L’Éveillé.
- Finette.
Le théâtre représente un village. La maison de Madame Madré est dans le fond.
Argument
La pièce débute avec une demande en mariage du bailli Subtil à Madame Madré, mais elle est surprise d’apprendre que c’est non elle-même, sa fille, qui est entièrement dépourvue d’esprit, que ce nouvel Arnolphe voudrait épouser. Subtil propose même la main de son fils Alain à Madame Madré, qui l’accepte de grand cœur. Lorsque Nicette survient, Monsieur Subtil tente de la courtiser, elle lui répond à tort et à travers. Sa mère la reprimande et l’envoie « chercher de l’esprit ».
Nicette, bien malheureuse de n’être sans esprit à son âge, rencontre, sur le chemin du village où elle va voir si on en vend, rencontre le savant Narquois, qui lui apprend qu’on acquiert de l’esprit dans les bons livres. Hélas, le vieillard s’avère incapable de lui procurer ce que ce prodige de science appelle « l’esprit naturel ». L’Éveillé qui survient, connait bien, lui, cet esprit-là, et accepte bien volontiers d’en pourvoir Nicette, mais Finette, qui vient de lui être fiancée, arrive et l’en empêche, car il ne doit donner d’esprit qu’à elle. D’ailleurs, elle lui apprend que, l’esprit « ça ne se donne point, ça vient tout seul. — Eh quand ça vient-il donc ? — Dame , ça vient… ça vient quand ça vient ». Elle lui suggère d’aller « apprendre d'Alain ce que c'est », ce qui la surprend puisque « On dit, hélas ! Qu'il n'en a pas. »
Alain, justement, apparait. Malgré leur manque respectif d’esprit, ils parviennent à se dire qu’ils sont bien aise de se voir et qu’ils partage un même désir de « s’instruire ». S’il pouvait Alain donnerait volontiers de l’esprit à Nicette, qui répond qu’elle aimerait mieux lui en avoir obligation qu’à d'autres. Sur ce, ils décident de poursuivre leur recherche à deux : « J’en trouverons mieux, Quand nous serons deux. […] Dès qu'il m'en viendra. Tout sera pour vous, Nicette […] Je n'en veux avoir que pour vous. » D’un commun accord, Nicette prend, au bras d’Alain, le chemin de Paris, où « On en vend là sans doute ».
Madame Madré les arrête, fait rentrer Nicette à la maison, et retient Alain. Elle est ravie d’avoir l’occasion de lui apprendre l’esprit, qui « ne se façonne que par le commerce du biau sesque. » Elle lui explique qu’il doit avoir une amoureuse, et doit même lui expliquer ce que c’est. Madame Madré, qui croit que c’est elle qu’il a choisie, lui explique qu’il faut donner un bouquet à son amoureuse, lui baiser la main, vore l’embrasser, et qu’ainsi vient l’esprit. Alain prend le bouquet, mais le garde par-devers lui pour le donner à Nicette qui, seule à la maison, s’aperçoit que l’interdiction de sa mère de parler à Alain lui donne toutes les envies du monde de se trouver avec lui.
Nicette sortant, entend l’Éveillé rappeler à Finette, à qui il veut voler un baiser, et auprès de qui il a « de l'esprit comme un démon », comment lui est venu l’esprit, après qu’il lui a baisé la main pendant qu’elle dormait au fond d’un bocage. Finette, de son côté dit qu’elle faisait semblant. En tout cas, Nicette. Retenu la leçon et se promet bien de l’appliquer à Alain. L’aprecevant qui arrive, elle se met, à son tour, sur le gazon et fait semblant de dormir. Alain veut l’orner de rubans sans le réveiller. « Je sommeille », dit-elle. « — c'est assez dormi ; C'est la voix d'Alain, vôtre ami Qui vous réveille. — Allons, baisez-moi la main, afin que je fasse semblant de me fâcher. je sais comme vient l'esprit. — Oh, je le sais bien itout. Allez, l’esprit vient de l'amour. »
Alain offre un bouquet à Nicette, lui fait son compliment, et lui baise la main. Le cœur de Nicette palpite, celui d’Alain galope. Tous deux sentent l’esprit leur venir. Alors qu’ils s’apprêtent à compléter la procédure acquisitrice d’esprit avec un baiser, M. Subtil survient inopinément pour dresser les articles de son mariage avec elle. Devenue plus fine, Nicette trouve le moyen de l’éloigner. Alain rep[r]end la leçon qu’il avait commencée. L’esprit se remet à pénétrer Nicette, qui fait cacher Alain dans sa maison. Lorsque Madame Madré revient avec Monsieur Subtil, et devant sa surprise de voir Alain à la maison, Nicette lui dit qu’elle l’épousera demain. Devant la stupéfaction de sa mère, Nicette s’explique : « C’est qu'Alain m’a donné de l’esprit ; vous ne me gronderez plus de n'en point avoir. » M. Subtil se rend alors à la raison et accepte de mariage d’Alain et Nicette. À la place, il épousera Madame Madré qui accepte également. La pièce se termine par une danse générale.
Réception
Cette pièce a connu un tel succès qu'elle a été représentée lors de plusieurs foires et sur de nombreux théâtres français et étrangers jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.
Critique
Pour La Harpe, la Chercheuse d'esprit est le chef-d’œuvre de Favart, et « encore et peut-être sera toujours celui du vaudeville dramatique[1] ». Pour Fréron : « La Chercheuse d’esprit sera toujours la plus agréable de ces sortes de bagatelles qui exercent tant de chercheurs d'esprits, qui n'ont encore trouvé que le verbiage[2]. »
En 1781, l’Année littéraire place la Chercheuse d’esprit au rang « des meilleurs opéras comiques de Favart[3] »
Adaptations
Maximilien Gardel en a fait un ballet en 1777[4]. Anton Reicha en a fait un arrangement pour le piano accompagné d'une harmonie moderne[5].
Iconographie

Le succès de la Chercheuse d’esprit a été tel que Claude-François Attiret a réalisé, en 1774, un buste de Nicette, héroïne de la Chercheuse d’esprit, aujourd’hui au musée des Beaux-Arts de Dijon.
Notes et références
- Jean-François de La Harpe, Lycée : ou Cours de littérature ancienne et moderne, t. 2, Paris, Didier, , x-936, 1010 p., 3 t. en 2 vol. portr. ; in-8º (OCLC 7895530, lire en ligne sur Gallica), partie 1, p. 449.
- ↑ « La Chercheuse D'esprit », L’Année littéraire ou Suite des Lettres sur quelques ecrits de ce temps, Paris, Jean-Gabriel Mérigot (d), t. 5, , p. 179 (ISSN 2452-9354, lire en ligne sur Gallica).
- ↑ « Les Comédiens Italiens… », L’Année littéraire ou Suite des Lettres sur quelques ecrits de ce temps, Paris, Jean-Gabriel Mérigot (d), t. 7, , p. 149 (ISSN 2452-9354, lire en ligne sur Gallica).
- ↑ Edmund Fairfax, « La chercheuse d’esprit, a Pantomine Ballet (1777) », Eighteenth-Century Ballet, Paris, (lire en ligne).
- ↑ Antoine Reicha, La Chercheuse d'esprit, Paris, (lire en ligne sur Gallica).
Éditions
- La Chercheuse d'esprit : avec le compliment prononcé à la clôture du théâtre, opéra-comique de M. Favart, représenté, pour la première fois, en février 1741, Paris, , 69-ii p., in-12 (lire en ligne sur Gallica).
Liens externes
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