La Plume noire

La Plume noire
Photo de la façade de la librairie comportant un drapeau rouge et noir
Histoire
Fondation
Cadre
Type
Pays
Coordonnées
45° 46′ 19″ N, 4° 50′ 02″ E
Organisation
Idéologie
Carte

La Plume noire est une librairie et une maison d'édition anarchiste de tendance communiste libertaire située au no 8 rue Diderot à Lyon et animée par l'Union communiste libertaire (UCL)[1]. Fréquemment attaquée par l'extrême droite lyonnaise, elle sert de lieu de convergence des anarchistes et antifascistes lyonnais.

Fondée en 1989 par la Fédération anarchiste (FA) dans le quartier de La Croix-Rousse, elle se déplace à plusieurs reprises dans ses premières années avant de s'installer en 1993 dans un local qu'elle occupe jusqu'en 2010. En 1997, la librairie brûle des suites d'un incendie criminel mené dans un contexte de tensions entre les anarchistes et Jean-Marie Le Pen. En 2007, la FA laisse l'organisation de la librairie à la Coordination des groupes anarchistes (CGA) - future UCL. La Plume noire s'installe à son emplacement actuel en 2011. En 2016, elle est attaquée en marge d'une manifestation catholique traditionaliste.

En 2021, la librairie subit une attaque de la part de l'extrême droite lyonnaise, dont une cinquantaine de membres viennent viser la devanture avec des barres de fer et des pavés. Cette attaque, le fait que les assaillants ne soient pas inquiétés outre mesure par les autorités et que l'affaire se trouve classée sans suites provoque un choc notable parmi les milieux d'extrême gauche lyonnais. Ainsi, le Groupe antifasciste Lyon et environs (GALE) aurait entamé des actions plus radicales à partir de celle-ci. La librairie est vandalisée en 2026 après la mort de Quentin Deranque.

La librairie est un point notable de l'antifascisme et de l'anarchisme à Lyon. Elle est fréquemment citée par les témoignages de militants lyonnais comme servant de lieu de rassemblement ou encore d'éducation politique.

Histoire

Fondation et premières années (1989-1997)

La librairie La Plume noire est fondée par la Fédération anarchiste (FA) en 1989. Le lieu initial où se trouve la librairie est un local utilisé par le mouvement anarchiste au cours du XXe siècle, situé au 13 rue Pierre Blanc dans le quartier de la Croix-Rousse, lié à l'histoire anarchiste dans la ville depuis les canuts et la première période de presse anarchiste lyonnaise (1882-1884)[2],[3],[4]. Pendant cette première année, les locaux sont partagés avec la revue anarchiste lyonnaise Information Réflexion Libertaire (IRL)[3],[4].

Ils doivent quitter les lieux après que le propriétaire refuse de renouveler le bail l'année suivante et s'installent au 15 rue Rivet, encore à la Croix Rousse[3],[4]. Les relations avec les nouveaux propriétaires ne sont pas amicales et la librairie doit redéménager en 1993, se déplaçant au 19 rue Pierre Blanc, à quelques mètres du premier lieu utilisé par la librairie[3],[4]. Le bail est signé en juillet, des travaux entrepris en août et La Plume noire réouvre à cet endroit le . La Coordination des groupes anarchistes (CGA) s'y installe à cette période[3],[5].

Le , la librairie est visée par un incendie criminel de l'extrême droite dans un contexte tendu après que Jean-Marie Le Pen commence à viser la FA dans ses discours et à porter plainte contre Le Monde libertaire, le journal de l'organisation[6],[7]. L'incendie détruit la presque totalité des livres et de la librairie[6]. Une manifestation menée par la FA et la Confédération nationale du travail (CNT) réunit 3,000 personnes le [6]. Elle est rouverte rapidement grâce à une mobilisation importante pour la restaurer[6].

Installation dans le paysage lyonnais (1997-2020)

En 2007, la FA quitte les locaux, laissant les communistes libertaires de la CGA en charge du lieu[3].

Expulsée en , la librairie se réinstalle au 8 rue Diderot en [3],[7].

En , elle est attaquée en marge d'une manifestation catholique traditionnliste de la Fraternité Saint-Pie X qui est auparavant interdite par les autorités[7],[8]. Une vingtaine d'individus se présentent devant la librairie avec des barres de fer et des pavés avant d'en détruire la devanture[7],[8]. La CGA fait un communiqué où elle souligne la proximité entre la police, qui aurait laissé se produire un cortège interdit et les groupes responsables de ces violences[7].

En 2019, la CGA fusionne avec Alternative libertaire au sein de l'Union communiste libertaire, cette nouvelle organisation récupère ainsi la gestion de la librairie.

En , deux militants sont frappés violemment devant la librairie alors qu'ils organisent une collecte de fonds pour distribuer des jouets à des enfants[9].

Attaque de 2021

Le , La Plume noire est de nouveau attaquée, cette fois-ci par une cinquantaine de militants de Génération Identitaire et affiliés, un groupe néofasciste dissous quelques semaines plus tôt[9],[10]. Après avoir saccagé la librairie, ils ont les mains libres dans le quartier pendant une demi-heure sans intervention de la police[9]. Les autorités françaises ne font aucune arrestation ni procès pour cette affaire et elle est finalement classée sans suite[9],[11],[12].

L'attaque de provoque un choc important dans les milieux anarchistes et antifascistes lyonnais, décrit par StreetPress comme étant un « climat de terreur »[9],[13]. La manifestation devant se tenir pour protester contre cet événement est interdite par la préfecture, qui craint des affrontements, ce qui mène à de nouvelles critiques l'accusant de protéger l'extrême droite lyonnaise[14],[15].

Selon Emmanuel Macron, Jean Castex et Gérald Darmanin, la GALE, une organisation anarchiste lyonnaise, aurait commencé des actions plus radicales à partir de cette attaque en guise de vengeance[16]. Cette attaque est aussi utilisée par l'avocate de sept lyonnais arrêtés pour des violences commises à l'été 2021 pendant une manifestation contre le pass sanitaire pour expliquer le fait qu'ils auraient estimé l'impunité des mouvements d'extrême droite à Lyon trop importante[11].

Adrien R. dit Adrien Lasalle, un néonazi identifié comme membre du groupe ayant attaqué la librairie est arrêté plus tard dans l'année pour avoir poignardé deux jeunes hommes dans la rue[17],[18].

France post-COVID (2022-présent)

La librairie est vandalisée pendant les manifestations d'extrême droite suivant la mort de Quentin Deranque[19].

Postérité

Influence sur le mouvement anarchiste et antifasciste lyonnais

Cette librairie participe à donner à la CGA un rôle de « charnière » de l'antifascisme à Lyon[5]. Elle est fréquemment mentionnée dans les parcours de militants recensés par Olivier Minot comme un point d'entrée et de contact avec l'anarchisme et l'antifascisme[20].

Références

  1. « Une librairie vandalisée à Lyon : de lourds soupçons sur l'extrême droite », sur ActuaLitté.com (consulté le )
  2. Vincent Banssillon, « Lyon, capitale de l’anarchisme – 1860/1890 (5/5) », sur Histoires lyonnaises, (consulté le )
  3. « La Plume Noire, librairie et bibliothèque libertaire », sur Rebellyon, (consulté le )
  4. Julien Hage, « L’engagement des libraires et des librairies », dans Histoire de la librairie française, Éditions du Cercle de la Librairie, , 435 p. (ISBN 978-2-7654-0966-3, DOI 10.3917/elec.sorel.2008.01.0430, lire en ligne)
  5. Laurent Burlet, « À Lyon, la galaxie antifasciste dispersée face à l'extrême droite », sur Rue89 Lyon, (consulté le )
  6. « 16 février 1997 : la librairie anarchiste la Plume Noire incendiée par les fascistes. Réouverture peu après grâce à la solidarité. », sur Rebellyon, (consulté le )
  7. « Une librairie libertaire des Pentes attaquée par l’extrême droite radicale », sur Rue89 Lyon, (consulté le )
  8. Laurent Burlet, « Malgré l'interdiction, les cathos traditionalistes manifestent pour « sauver" une église de la Croix-Rousse », sur Rue89 Lyon, (consulté le )
  9. Maxime Macé et Pierre Plottu, « À Lyon, l’extrême droite fait régner la terreur », sur StreetPress (consulté le )
  10. Benjamin König, « Extrême droite : à Lyon, les identitaires font toujours leur loi - L'Humanité », sur L'Humanité, (consulté le )
  11. Sonia Kronlund, « L'affaire des sept antifas à Lyon », sur France Culture, (consulté le )
  12. « Défilé de la collection autonome des antifas », sur Les Jours, (consulté le )
  13. Jeanne Casez, « À Lyon rugissent les antifas », sur Les Jours, (consulté le )
  14. « Lyon. Les organisateurs de la manifestation annulée contre l’extrême-droite critiquent la préfecture », sur actu.fr, (consulté le )
  15. « Rhône. À Lyon, la manifestation « antifasciste » interdite ce samedi », sur Le Progrès, (consulté le )
  16. Gérald Darmanin, « Décret du 30 mars 2022 portant dissolution d'un groupement de fait (La Gale) », Décret du 30 mars 2022 portant dissolution d'un groupement de fait (La Gale),‎ , p. 1–3 (lire en ligne, consulté le )
  17. B, « Lyon : deux personnes poignardées par un néo-nazi », sur Contre Attaque, (consulté le )
  18. « « On ne veut pas d’arabes ici » : Lyon, capitale de l’ultradroite violente et raciste - L'Humanité », sur https://www.humanite.fr, (consulté le )
  19. Élise Martin, « Après la mort de Quentin à Lyon, les Pentes de la Croix Rousse sous tension ? », sur 20 Minutes, (consulté le )
  20. Olivier Minot, "À bas l'état, les flics et les fachos !": fragments d'une lutte antifasciste, Éditions Burn-août, (ISBN 978-2-493534-04-0, lire en ligne Accès libre)

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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