Lazare Lelong

Lazare Lelong
Hémisphère gauche de Lazare Lelong atteint d’aphasie (Sorbonne Université)
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Domiciles
Activité
Terrassier

Lazare Lelong, né le à La Charité-sur-Loire (Nièvre) et mort le à Gentilly, est un terrassier français atteint d'aphasie. Il est connu pour être l'un des deux sujets d'étude de Paul Broca qui lui permirent de découvrir ce qui est appelé ultérieurement l'aire de Broca.

Biographie

Lazare Lelong est né le à La Charité-sur-Loire de Matthieu Lelong, ouvrier à la manufacture royale, et de Marguerite Dumont[1].

Il exerce la profession de terrassier[2]. Il a deux filles et deux fils[2], tout en étant signalé comme célibataire dans son acte de décès[3].

Il entre à l'hôpital de Bicêtre le [4] pour « débilité sénile »[2]. En 1860, il est pris en charge par l'infirmerie de Bicêtre pour une apoplexie cérébrale[2]. Depuis cet accident, il ne prononce plus que cinq mots : oui, non, tois (pour dire trois), toujours et Lelo (pour Lelong)[2]. Mais il comprend tout ce qu'on lui dit. Il interagit avec le corps médical en faisant des gestes de la main et à l'aide des quelques mots de vocabulaire qu'il arrive à prononcer[2] :

« — Depuis combien d'années êtes-vous à Bicêtre ? — Trois, et il levait huit doigts.

— Avez-vous des enfants ? — Oui.

— Combien ? — Trois, et il levait quatre doigts.

— Combien de garçons ? — Trois, et il levait deux doigts.

— Combien de filles ? — Trois, et il levait encore deux doigts.

Tout cela était parfaitement exact[2]. »

Il se brise le col du fémur le et meurt des suites de sa fracture douze jours plus tard, le à l'hôpital de Bicêtre[2],[5].

Cas médical

Hémisphère gauche du dénommé Lelong atteint d’aphasie
Photographie d'une préparation humide de Lazare Lelong par Éloïse Quétel (Sorbonne Université).
Date
Technique
préparation humide
Dimensions (H × L × l)
15,9 × 16,6 × 7,5 cm
Collection
No d’inventaire
SU.MD.T.2015.0.375
Localisation
Inscription
60. Cerveau du nommé Lelong âgé de 84 ans. Moitié latérale gauche du cerveau, cicatrice d'un ancien foyer hémorragique qui a lésé la partie postérieure de la 2ème et 3ème circonvolution frontale; aphasie. Professeur Broca (cat. Houel T.3 page 276, N°60.

Armand Trousseau rapporte qu'en 1861, les membres de la Société d'anthropologie de Paris ont échangé au sujet de la localisation des fonctions cérébrales. « Devait-on faire du cerveau un grand centre, dont toutes les parties sont solidaires, ainsi que les facultés qui en dépendent ? Devait-on, au contraire, diviser le cerveau en départements, et rechercher dans quel département siégerait telle faculté ? »[5]

Au cours de l'année, Paul Broca présente deux observations médicales : celle de Lazare Lelong en [2], quelques mois après avoir présenté un cas similaire observé chez Victor Leborgne. Broca donne à ce trouble le nom d'aphémie : « Ce qui a péri en eux, ce n'est pas la faculté du langage, ce n'est pas la mémoire des mots, ce n'est pas non plus l'action des nerfs et des muscles de la phonation et de l'articulation, c'est la faculté de coordonner les mouvements propres au langage articulé ». Le terme est très vite abandonné et remplacé par aphasie[5].

Une autopsie est réalisée par Broca, afin de vérifier si le siège de la légion de Lelong est identique à celle observée chez Victor Leborgne[2],[6]. Broca ne dissèque pas le cerveau, mais se contente d'observations externes[7]. Broca trouve des lésions localisées dans l'hémisphère gauche, plus exactement entre la deuxième et la troisième circonvolution frontale[2]. Il conclut que l'observation médicale de Lelong présente des analogies très remarquables avec celle de Leborgne, tout en étant « beaucoup plus démonstrative, puisque le mal y est ici parfaitement circonscrit »[2]. Cette deuxième observation permet de délimiter plus précisément l'un des sièges de la faculté du langage articulé[5].

L'hémisphère gauche du cerveau est conservé et remis à la Faculté de médecine de Paris. La préparation humide est décrite dans le catalogue de Houel en 1877. L'hémisphère gauche de son cerveau et deux moulages en plâtre sont conservés dans les collections médicales et d'anatomie pathologique de Sorbonne Université[8].

Cette observation médicale est mentionnée à de nombreuses reprises dans la littérature scientifique, par exemple : Henry Calderwood (en) (1879)[9], Adolf Kussmaul (1884)[10], Désiré-Antoine-François Bernard (1885)[11], Fernand Bernheim (1901)[12], Paul Sainton (1908)[13], Léonce Manouvrier (1909)[14]. Bernard Zalc et Florence Rosier (2016)[15], Lau et al. (2021)[16], Jean-François Marmion (2022)[17].

Notes et références

  1. Acte de naissance, Archives de la Nièvre, La Charité-sur-Loire (Saint Jacques), cote 4 E 59/16, vue 120 sur 183, 29 mars 1877.
  2. Paul Broca, « Nouvelle observation d'aphémie produite par une lésion de la moitié postérieure des deuxième et troisième circonvolutions frontales », Bulletins de la Société anatomique de Paris, 36e série,‎ , p. 398-407 (lire en ligne).
  3. Acte de décès, Archives du Val-de-Marne, Gentilly, 9 novembre 1861, cote 6E 62, vue 171 sur 206, n°649.
  4. Registre d'entrée, Archives de l'AP-HP, Hôpital Bicêtre, cote BCT/1/Q/2/114, vue 22 sur 150, n°1486, 25 juin 1855.
  5. Armand Trousseau, Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris, J.-B. Baillière et fils, (lire en ligne), p. 639-694.
  6. Notice du cerveau de Victor Leborgne dans les collections médicales et d'anatomie pathologique de Sorbonne Université.
  7. (en) N. F. Dronkers, O. Plaisant, M. T. Iba-Zizen et E. A. Cabanis, « Paul Broca's historic cases: high resolution MR imaging of the brains of Leborgne and Lelong Get access Arrow », Brain, vol. 130, no 5,‎ , p. 1432–1441 (lire en ligne).
  8. Notices de Lazare Lelong dans les collections scientifiques et patrimoniales de Sorbonne Université
  9. (en) Henry Calderwood, The relations of mind and brain, Macmillan, (lire en ligne), p. 309-310.
  10. Adolf Kussmaul, Les troubles de la parole, J.-B. Baillière et fils, (lire en ligne), p. 204-205.
  11. Désiré-Antoine-François Bernard, De l'aphasie et de ses diverses formes, (lire en ligne), p. 183.
  12. F. Bernheim, « L'aphasie motrice », La Parole : revue internationale de rhinologie, otologie, laryngologie et phonétique expérimentale,‎ , p. 225-226, 267-308, 349-364, 402-435 (lire en ligne).
  13. Paul Sainton, « La discussion sur l'aphasie à la société de neurologie », Encéphale,‎ , p. 68-72, 310-322 (lire en ligne).
  14. Léonce Manouvrier, « L'aphasie motrice et la circonvolution de Broca », Revue mensuelle de l'École d'anthropologie de Paris,‎ , p. 367-370 (lire en ligne).
  15. Bernard Zalc et Florence Rosier, La Myéline : Le turbo du cerveau, (ISBN 9782738163356, lire en ligne).
  16. (en) Yoke Lian Lau, Chek Kim Loi et Mohd Nor Azan bin Abdullah, « The historical development of the study of Broca's aphasia », Malang Neurology Journal, vol. 7, no 2,‎ (lire en ligne).
  17. Jean-François Marmion, « Broca siffle le coup d’envoi de la neuropsychologie », dans Histoire de la psychologie : De Pinel à Damasio, Éditions Sciences Humaines, (lire en ligne), p. 61-64.

Voir aussi

Bibliographie

  • Paul Broca, « Sur le siége de la faculté du langage articulé avec deux observations d'aphémie (perte de la parole) », Bulletins de la Société anatomique de Paris,‎ (lire en ligne)
  • « Sur le siège de la faculté du langage articulé, avec deux observations d'aphémie dues à une altération des deuxième et troisième circonvolutions frontales », Journal de médecine mentale,‎ , p. 161-170 (lire en ligne)
  • Armand Trousseau, Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris, J.-B. Baillière et fils, (lire en ligne), p. 639-694
  • (en) N. F. Dronkers, O. Plaisant, M. T. Iba-Zizen et E. A. Cabanis, « Paul Broca's historic cases: high resolution MR imaging of the brains of Leborgne and Lelong Get access Arrow », Brain, vol. 130, no 5,‎ , p. 1432–1441 (lire en ligne)

Liens externes

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